REPARATION DES PEINTURES DE FONTAINEBLEAU
(galerie de FRANÇOIS I^'')
DEPUIS quelque temps on se préoccupait beaucoup, dans le monde des arts, des réparations entreprises à Fontainebleau par ordre de M. Bineau, ex-ministre des travaux publics. La chose nous paraissait extraordinaire. En effet, par quelle aberration du pouvoir l'homme chargé de présider au dépavage du boulevard pouvait-il être chargé de faire exécuter des travaux de réparation dans une des plus célèbres galeries peintes du monde? Quel rapport pouvait-il exister entre le macadam et le Rosso? M. Bineau est-il donc un Laurent de Médicis? L'a-t-on vu fournir les plans d'un nouveau système de canalisation, parcourir les ateliers et guider de ses conseils les grands artistes de son époque? Hélas! Monsieur, cet ex-ministre des travaux publics n'a, que nous
le sachions, aucune prétention a cette double réputation; il est très amateur du macadamisage ; mais encore cela est-il bien loin de constituer une réputation de Léon X. Aussi avons-nous voulu voir pour croire. Nous avons vu.
Hélas! le sacrifice est consommé, le vandalisme triomphe. Et ce qu'il y a d'inouï, c'est qu'un peintre auquel nous devons quelques tableaux d'un certain mérite, un homme qui jusqu'ici avait joui d'une réputation méritée, se trouve complice de cet acte de barbarie, de ce macadamisage artistique. Il y a quelques années, c'était aux applaudissements des gens de goût qu'on accueillait la mesure qui suspendait les restaurations de la galerie François h''' à Fontainebleau. Depuis février, M. Couderc, qui en avait été chargé sous le dernier règne, s'était fait autoriser de nouveau ; mais ses travaux étaient à peine commencés que des réclamations s'élevèrent de toutes parts. Les rares personnes qui avaient pu les voir déclarèrent que, s'ils continuaient, c'en était fait des peintures du Rosso.
L'on s'émut; une commission présidée par AL d'Albert de Luynes, ayant M. de Nieuwerkerke pour secrétaire, fut nommée. Elle se transporta sur les lieux, et son rapport conclut très énergiquement, non pas à la suspension, mais à la cessation absolue de tous les travaux de réparation, et cela par les motifs très bien établis « que la galerie pouvait et devait rester dans l'état où elle est ; qu'y toucher ne pouvait que lui être préjudiciable ».
Cette commission arriva au but désiré; mais ce succès n'a pas été de longue durée. Quelques lignes insérées au Moniteur, et que nous n'avons pu lire sans étonnement, nous ont