‹ Paris inconnu. Avec une étude sur la vie de l'auteurChapitre 56 sur 77 · PEINTURES DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

PEINTURES DE FONTAINEBLEAU

appris ultérieurement que M. Bineau avait autorisé M. Couderc à reprendre ses travaux de restauration de cette même galerie de Fran(,ois I"-"''.

Si l'ex-ministre des travaux publics croit (ju'une frescjue est une partie ([uelconque de la maçonnerie, il est de notre devoir de l'avertir ([u'il se trompe. Car si nos efforts ne réussissent pas à arrêter une seconde fois une ruine qui paraît si fermement résolue, ils n'en doivent pas moins être tentés. 11 ne faut pas que de pareilles choses s'accomplissent sans qu'elles soient signalées, et sans que le pouvoir, dont elles dépendent, soit éclairé sur ce qu'il permet.

Une chose des plus graves, et que nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer en ces circonstances, c'est que cette mutilation est une des dernières qu'il soit possible de faire subir à ce malheureux château de Fontainebleau. Tout le monde semble s'être plu à le détériorer : Louis XV fit abattre la galerie d'Ulysse pour bàlir des appartements comme à Versailles; il détruisit le magnifique escalier des Ambassadeurs pour avoir trois chambres de plus.

La salle de bal a été entièrement repeinte sous le dernier règne. Quoiqu'elle soit la moins maltraitée, il est impossible de la voir sans regrets. De rares figures peintes dans les embrasures des fenêtres conservent seules quelque chose du caractère de l'ancienne peinture; mais les autres parties n'en ont plus rien ; c'est tout simplement de la médiocre peinture moderne. A voir ces amas d'armes qui sont au-dessus des grands sujets, il est impossible d'y soupçonner, nous ne disons pas une main, mais seulement une disposition du XVl^ siècle; ce sont des fusils, des couteaux et autres instruments qui

semblent sortir des magasins de M. Devisme, La chambre d'Alexandre avait déjà perdu tout son caractère, lorsque dans le dernier siècle elle fut convertie en escalier. Les peintures en sont plus détruites que si elles avaient été grattées, car elles sont devenues, sous le pinceau du réparateur, d'une insignifiance désespérante. Si l'on veut en avoir une idée, il faut recourir aux anciennes gravures qui sont maintenant tout ce qui en reste.

Nous rappelons ces faits pour qu'ils démontrent irrévocablement à tout homme qui a des yeux, que la restauration de la galerie de François l^f^ ne peut être que la ruine de cette magnifique page de l'art du XVI*" siècle, en aboutissant au même résultat.

Nous tirerons encore un exemple contraire, mais tout aussi frappant, de ce même château de Fontainebleau : nous voulons parler de la grande chapelle de la Trinité, peinte sous Henri IV et Louis XIII, par Martin Fréminet. La voûte a soutiert dans quelques parties; la couleur a perdu de son éclat, elle est devenue mate; certaines figures se sont estompées, elles ont poussé au noir, on ne les voit qu'avec difficulté. Néanmoins, en regardant ce qui nous reste du maître, nous nous demandons comment on pourrait restaurer ce plafond sans le repeindre en entier. Si on le tentait, il ne resterait plus rien de Fréminet, ni sa couleur, ni son dessin. Un homme de notre époque saurait-il peindre avec le pinceau et avec la ligne du temps de Louis XIII, avec la main de maître Roux ou de Fréminet? il croirait corriger souvent; il changerait toujours, c'est-à-dire qu'il gâterait.

A la fin de la Restauration, on eut l'idée de faire repeindre

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