‹ Paris inconnu. Avec une étude sur la vie de l'auteurChapitre 6 sur 77 · RUES TRAVERSINE ET CLOS-BRUNEAU · texte numérisé non relu

RUES TRAVERSINE ET CLOS-BRUNEAU

A LA vue de ces rues, on ne se croirait jamais à Paris. Elles ont l'aspect des villes du Midi. C'est partout des bancs et des chaises devant les maisons, des hommes, des femmes, des enfants couchés, endormis devant les boutiques, des ateliers entiers de couturières travaillant sur le seuil des portes, et les galants du lieu folâtrant auprès de ces demoiselles.

Ceux-ci se recrutent en partie dans la population la plus dangereuse de l'arrondissement; ce sont généralement de jeunes filous qui essayent là leurs tours et se réfugient dans ces oasis en attendant qu'ils aillent exploiter leur coupable industrie dans les quartiers riches.

Ils séduisent les jeunes filles, les entraînent dans le vice, et souvent en font leurs complices.

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On ne voit presque jamais de chiffonniers sur les bancs de la cour d'assises; mais, en revanche, combien n'y rencontret-on pas de naturels de la place Maubert et des rues environnantes!

Ils conimencent par fuir l'atelier, ils exercent les mille petites industries du vagabondage parisien; peu à peu la paresse, les mauvaises connaissances, le besoin d'argent, les entraînent au vol, et ils finissent la plupart dans les maisons centrales ou aux bagnes, quand leurs méfaits ne les poussent pas encore plus loin.

Les musiciens errants, les joueurs d'orgue, les montreurs de singes et d'animaux vivants jl y a là des maisons qui sont de véritables ménageries', lesimpresarii de marionnettes, etc., y établissent leur quartier général. Ceux-ci ont importé toute une industrie dans la rue Clos-Bruneau. Ils y font vivre toute une population, population curieuse, douce, bonne, presque artiste, qui rappelle de loin certains personnages des contes fantastiques d'Hoffmann. Elle est toute employée à la fabrication des fantoccini. — Il y a d'abord le sculpteur en bois qui fait les tètes ; il est à la fois peintre et perruquier : il travaille dans le commun et dans le so;gné. Il vend ses têtes jeunes, dans le soigné, de 2 à 4 francs, celles de vieillards à barbe et cheveux blancs, de 10 à i5 francs; une perruque simple, douze sous; avec agréments et frisure, pour femmes ou pour chevalier Louis XIII, 2 francs. A côté de lui se trouve l'habilleuse qui fait les costumes. On lui fournit les étoffes. Lorsqu'elle travaille pour un spectacle bien établi, comme celui de M. Morin, rue Saint-Jean-de-Beauvais, elle gagne 2 francs par jour sans se donner trop de mal. — Puis, viennent les cordonnières.

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celles qui font les souliers de satin pour les marionnettes dansantes, et les bottes en chamois pour les chevaliers. Les souliers se vendent quatre sous la paire, les bottes quinze sous. — Enfin le véritable magicien de ce monde, celui qui ensecrète les bouibouis. Ensecréter un bouiboui consiste à lui attacher tous les tils ([ui doivent servir à le faire mouvoir sur le théâtre. C'est ce qui doit compléter l'illusion. Il faut une certaine science pour bien ensecréter: car celui ({ui est chargé de faire danser les marionnettes doit ne jamais pouvoir se tromper, et ne prendre jamais un fil pour un autre, ni faire remuer un bras pour une jambe, La disposition de l'ensecrètement doit être telle qu'en voyant les fils détachés celui qui a l'habitude de ces exercices puisse dire : « Celui-ci sert aux bras, celui-là aux jambes, etc., etc. »

Nous avons dit que nous avions rencontré dans ce mondelà des vertus touchantes, des délicatesses exquises. Laisseznous vous raconter l'histoire du chef d'orchestre du théâtre de M. Morin. Cet homme est âgé de cinquante et quelques années: c'est un petit homme au visage triste et réfléchi, plein de résignation. L'œil est doux et intelligent. On voit que M. Morin pense et qu'il est bon. Il est toujours vêtu de noir. Les habits, quoique vieux, sont d'une propreté militaire. Il fait peu de gestes, il parle bas, et semble écouter avec plaisir son interlocuteur, tout en donnant audience à ses pensées. Il est d'une politesse méticuleuse. Il a plutôt l'air d'un homme de spéculation et de calcul que d'un homme d'inspiration. Il est né en Savoie, il se nomme Brosset. Il partit de son pays à làge de huit ans pour venir chercher fortune à Paris. Il était avec son frère. Tous deux jouaient de la

vielle en demandant un petit sou le long de la route. Après un voyage qui dura bien longtemps, hélas! pour de pauvres petites jambes de dix ans, ils entrèrent dans la grande ville. Là leur sort changea, car, à peine la barrière franchie, la première chose (jui se présenta à leurs yeux fut un portefeuille bien ventru, bien rebondi, ayant tous les airs d'un meuble de bonne maison. Nos deux petits Savoyards s'empressèrent de cacher leur trouvaille à tous les yeux. Retirés dans un coin, ils l'examinèrent ; il contenait dix beaux mille francs en billets de bantjue, et d'autres papiers, tels que lettres de change, billets à ordre, etc., etc., toute une série de papiers timbrés paraphés de noms solvables. « Ah ! mon Dieu! s'écria Brosset , aussitôt qu'il eut apprécié la valeur de sa trouvaille, il doit être bien malheureux, celui qui a perdu un pareil trésor! il faut le retrouver et lui rendre son bien. "

Les deux frères ne prirent aucun repos qu'ils n'eussent trouvé le propriétaire du portefeuille perdu. C'était un riche commerçant; ce beau trait de probité le toucha : il prit les deux enfants, leur fit faire des études et apprendre la musique, et leur procura ainsi tous les moyens de gagner honorablement leur vie. Il ne voulut pas que ce trait demeurât inconnu ; il le fit raconter dans tous les journaux du temps, en citant l'âge et le nom des deux frères. Brosset, depuis lors, eut bien des succès, car il est excellent musicien ; il a couru le monde d'un bout à l'autre; mais il a toujours conservé le journal qui relate ce fait, encadré dans sa chambre, parce que, dit-il, il lui rappelle le temps de sa misère et le souvenir de la reconnaissance qu'il doit à son bienfaiteur. Malheureusement le

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nom de ce dernier nous échappe, nous ne pouvons le joindre à celui de l'obligé.

Le moment le plus curieux où il faut visiter ces rues abandonnées est le soir, vers sept heures dans cette saison, ou h la tombée de la nuit en été. On ne peut se figurer le grouillement qui s'y fait : c'est partout un bourdonnement, un cliquetis de souliers et de sabots à rendre sourdes les oreilles les plus intrépides. Les petits marchands crient les légumes de la saison, les femmes se querellent, les enfants crient, les hommes rient et causent de façon à se faire entendre une lieue à la ronde : c'est de la grosse gaieté, c'est du tapage; les ouvriers quittent leur travail ; il se répand dans l'air une odeur insupportable de friture, car à peu près toutes les ouvertures des boutiques de marchands de vins et de rogommistes sont occupées par un friturier, et presque toutes les maisons sont accaparées par ces industries. II s'organise de tous côtés des parties de main chaude. Les hommes sont là, plus que partout ailleurs, de grands enfants; ils s'amusent de tous les jeux du jeune âge. En effet, ils ne pensent pas, ils ne savent pas plus que les enfants des autres quartiers; ils n'ont donc pour distraction que les jeux bruyants de l'enfance, qu'ils ne quittent jamais pour entrer dans l'âge viril. Cooper, dans ses romans, nous montre les habitants des forêts de l'Amérique, toujours jeunes et sans soucis, se livrant à des passe-temps que dédaignerait un enfant de dix ans dans les pays civilisés. Le même fait se rencontre ici chez ces sauvages de Paris. Les jeunes filles et même les femmes d'un certain âge dansent des rondes en chantant : Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés. Toutes ont un aspect champêtre et candide à Texte-

rieur : c'est la loi des contrastes qui le veut ainsi, cette loi qui faisait que Lacenaire se trouvait mal en voyant tuer un poulet.

La misère est plus horrible, plus hideuse et moins touchante ici que partout ailleurs. Elle y a des aspects repoussants et terribles, qui font qu'on craint toujours que celui qui vous implore le jour d'une voix mielleuse ne vienne la nuit exiger l'aumône le couteau à la main. Enfin le cœur s'endurcit au contact de tant de misères et d'abjection; on est tenté de se laisser prendre un moment à l'inhumaine doctrine des philosophes qui admettent l'expiation ici-bas. Lorsqu'on pénètre la première fois dans cet enfer où tourbillonnent tous ces damnés de Paris, on se sent pris d'une immense pitié ; mais peu à peu ce spectacle fatigue, et Ton finirait par trouver que beaucoup d'entre eux méritent leur sort, si' l'on y restait longtemps. Ce serait injuste.

La ville de Paris a abandonné ce quartier depuis des siècles. En eiïet, l'agglomération de la misère se fait toujours de plus en plus sur la rive gauche. Aussitôt que le marteau municipal, en démolissant les vieux quartiers pour faire des rues nouvelles, chasse les vagabonds et les mendiants d'un endroit, ils viennent se réfugier à la montagne Sainte-Geneviève. Il est temps qu'on s'en occupe; autrement le douzième arrondissement, que le peuple nomme déjà le Faubourg souffrant, pourrait changer son nom pour prendre celui de Cité des misères.

Voici, à l'appui de ce que nous avançons, quelques chiffres. C'est un état officiel publié par le bureau central de l'administration de l'assistance publique en 1847. Les indigents

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inscrits et secourus par les bureaux de bienfaisance de l'arrondissement étaient au nombre de 6,191 ménages composés de 14,301 individus. Ces chiffres, d'après l'administration des hospices, donnent un rapport de i indigent sur 6 habitants, tandis que dans d'autres arrondissements on ne compte que 1 indigent sur 40 habitants.

Ces nombres sont ceux de la population indigente constatée; mais, à côté de cette population, vient se placer la population nécessiteuse, dont le chiffre est bien autrement considérable. Il résulte des documents authentiques émanés de l'administration elle-même que dans le douzième arrondissement, à une époque bien voisine de nous, au i*^'' janvier 1849, le nombre des individus de ces catégories s'est élevé à 5o,283 personnes représentées par 2 i ,o33 ménages, et qu'on leur distribuait 191,222 kilogrammes de pain.

Dans une période de six mois, du i '^' juillet au 3 i décembre 1848, les dépenses faites pour venir au secours tant des indigents que des nécessiteux du douzième arrondissement, se sont élevées à la somme énorme de i ,183,345 fr. 65 c. Dans cette même période il a été distribué 2, 3 53, 281 kilogrammes de pain, et 335,433 kilogrammes de viande, représentant, le pain, une somme de 661,684 fr. 3i c, et la viande 300,077 ^'"- ^o ^- E'ifin^ (Ju i'' 90Ùt 1848 au 3i juillet 1849, il a été distribué par le bureau de bienfaisance 5,840,864 kilogrammes de pain.

Voici d'ailleurs un chillre beaucoup plus éloquent que tout ce que nous pourrions dire; nous le copions dans les tableaux publiés par l'administration de l'assistance publique.

Chiffre général des indigents de Paris : 28,724.

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Douzième arrondissement, indigents: 14,301.

Ainsi donc le douzième arrondissement renferme, à lui seul, juste la moitié des indigents de tout Paris! Maintenant y a-t-il un moyen de remédier à ce déplorable état de choses? Oui.

Le moyen est trouvé, il est indiqué dans tous les écrits que publie la commission centrale des propriétaires et habitants du douzième arrondissement ; il faut percer la rue des Écoles, il faut la percer, non pas par tronçons, comme le veut l'administration municipale, mais d'un seul coup, d'un bouta l'autre; il faut non pas la commencer par le bout du côté de l'École de médecine, mais par le centre ; faire disparaître immédiatement les rues infectes qui ont noms Traversine et Judas en Clos-Bruneau, le petit passage hideux qui communique de la rue des Carmes à la rue Saint-Jean-de-Beauvais, et le cloaque de Saint-Jean-de-Latran, dont nous avons entretenu nos lecteurs. Il faut donner de l'air à ce quartier, y faire passer une rue large qui remplacera le fleuve pour balayer les écuries d'Augias. Il faut y attirer du monde, faire passer des étrangers au centre du quartier. Si la misère ne disparaît pas tout à fait, elle perdra du moins sa livrée de loques et de haillons. Elle se civilisera, pour ainsi dire.

En effet, les habitants de ces rues vivent là entre eux, sans quitter jamais leurs tanières qu'à la tombée de la nuit; ils ne voient jamais d'étrangers, ils sont tous vêtus de même; pourquoi feraient-ils des frais de costume pour rester dans un lieu où tout le monde se ressemble, où ils pourraient même se passer de vêtements? Mais, lorsqu'il y aura des passants, lorsqu'ils se trouveront en contact avec la civilisation, qu'ils habi-

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teront des maisons aérées, bien construites, ils seront bien obligés de se mettre à l'unisson. Depuis (ju'on a détruit les horribles cabarets qui peuplaient la barrière Montparnasse, qu'on y a construit de grandes et belles maisons, presque des palais, les disputes et les luttes sont devenues moins fréquentes; on n'y voit plus de ces scènes de sauvagerie à coups de dents et de couteau qui jadis ensanglantaient si souvent cette barrière. Les habitants de ces endroits sont restés les mêmes; mais ils sont plus proprement vêtus, ils crient et se querellent moins. Ils n'oseraient plus se présenter chez Richefeu, par exemple, avec le costume qu'ils portaient jadis, ni tenir les propos qu'ils y tenaient quand cette maison n'était qu'un cabaret enfumé. Cela se conçoit, le laid appelle le mal.

Voici un fait qui vient à l'appui de ce que nous avançons. Lorsqu'on ouvrit l'école Cochin, dans la rue Pascal, au faubourg Saint-Marcel, les enfants y arrivaient en guenilles; ils ressemblent aujourd'hui aux écoliers des autres quartiers, et Ton a pu remarquer que la condition des parents s'est améliorée avec celle des enfants. Quand Valence, cet autre Saint- Jean-de-Latran de la rue MoufVetard, existait, les habitants étaient presque aussi déguenillés que ceux de la rue Traversine. On a percé une rue sur cet emplacement; or, la population n'a pas changé: ce sont toujours les mêmes habitants; mais quelle différence ! Ce sont maintenant des ouvriers laborieux. Leur santé s'est améliorée; on n'y voit plus se rouler dans la boue des enfants hâves et rachitiques: ils sont beaux et joufflus, pleins de sève et de vie.

La rue des Écoles est donc une nécessité immédiate. On

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doit la donner au douzième arrondissement en compensation d'un trop long oubli. 11 ne peut, il ne doit y avoir qu'un seul plan adopté : c'est celui (jui passe au nord, et, pour mieux préciser, au-dessous de TEcole polytechnique, et vient rejoindre la Tue Saint-Victor dans le voisinage de l'Entrepôt des vins, courant toujours à mi-côte du versant septentrional de la montagne Sainte-Geneviève. Qu'importe le contreprojet consistant à faire une rue (|ui aura l'aspect d'un Z colossal? Est-ce que les rues Judas et Traversine n'existeront pas toujours? Et c'est là qu'est le danger, c'est là qu'est le mal; c'est là qu'est la peste, le choléra, la mort. Ainsi, au point de vue de l'hygiène, le projet de la rue des Ecoles sous l'École polytechnique est bon; le contre-projet, qui consiste à prolonger la rue Clovis, est insignifiant; au point de vue de la sécurité générale, il en est absolument de même. « Consultez les dossiers de la Préfecture de police, dit M. Quatrefages [Réponse à M. Bonifdce], vous vous convaincrez que le versant septentrional de la montagne Sainte-Geneviève est devenu le refuge de tous les hommes dangereux traqués de toutes parts par les démolitions. Vous y apprendrez notamment que les tapis francs de la Cité, qui ont fourni à nos romanciers des tableaux si tristement vrais, se sont réorganisés dans ces rues réservées jusqu'à ce jour à la population pauvre mais laborieuse et généralement honnête des chiffonniers. »

Le Conseil municipal de la Seine devrait visiter la localité en personne : lorsqu'il verrait ces maisons fatiguées, crevassées, se supportant l'une l'autre avec peine et d'où suinte une humidité verdàtre qui répugne ; ces longues perches s'avançant de toutes

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les fenêtres sur la rue pour y faire sécher des haillons multicolores, tristes étendards de la misère, nous sommes certain qu'il s'empresserait de commander des travaux, et qu'il viendrait les surveiller régulièremeni toutes les semaines pour en activer l'achèvement. En cela il agirait comme un ancien magistrat, messire de La Michodière, prévôt des marchands en 1772, qui parcourait deux fois par semaine les rues de Paris pour s'assurer de la bonne exécution de ses ordres. Ce magistrat eut l'honneur d'avoir Buiïon pour ami, et le grand naturaliste disait en parlant du prévôt : « La Michodière me réconcilie avec l'humanité. » Les optimistes prétendent que la rive gauche n'a pas été négligée le moins du monde. C'est une erreur. En effet, du i6 septembre 1807 au i*^'' janvier 1847, c'est-à-dire en l'espace de quarante et un ans, la ville a payé pour terrains livrés à la voie publique 16, 088, 685 fr. 5 5 c. Or, la part de la rive gauche a été de 2,767,444 fr. 5 c. — De l'an VI à 1849, pendant une période de cinquante et un ans, l'élargissement de la voie publique, par mesure d'expropriation ou d'acquisitions amiables, a coûté la somme de 65,495,535 fr. 66 c. Or, la rive gauche étant le tiers de Paris par sa population, son étendue, l'impôt qu'elle paye, elle devait recevoir 21 millions au moins d'améliorations, et cependant sa part n'a été que de 9,685,544 fr. 85 c. Il est vrai de dire, pour justifier une partie de cette disproportion, que les terrains sont de beaucoup moins chers sur la rive gauche que sur la rive droite.

Ajoutons que l'église Saint-Nicolas du Chardonnet, par exemple, qui fut commencée en 1641, sur les dessins de Lebrun dont elle renferme le tombeau, cette charmante

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église, par ses heureuses dispositions, son élégante ornementation, est une de celles dont l'achèvement, réclamé et attendu depuis un siècle et demi, ferait honneur h l'administration, en même temps qu'elle dégagerait et embellirait la rue la plus importante du (juartier du Jardin des Plantes. Cet achèvement est réclamé avec instance, et M. Hemjueville, curé de la paroisse, possède un curieux document, qui est une lettre adressée au roi Louis XV par le clergé et les marguilliers (en 1763) pour solliciter l'achèvement du portail; cette lettre est signée : Hilaire (curé , le maréchal de Tonnerre (marguillier d'honneur), etc., etc. Eh bien! quatre-vingt-six ans se sont écoulés depuis, et rien n'a été fait, quoique le conseil de fabrique ait offert décéder une maison, située rue Saint-Victor, (jui lui appartient.

Une dernière particularité sur cette rue : au coin de la rue du Paon-Saint-Marcel, une des plus dangereuses ruelles de Paris, celle où il arrive le plus d'accidents aux hommes et aux chevaux à cause de la rapidité de sa pente, on voit encore les anneaux qui servaient à attacher les chaînes que le quartenier faisait tendre chaque soir pour la sûreté publique, ce qui prouve du moins qu'on n'y a pas fait beaucoup de réparations depuis le XV'' siècle.

Maintenant, il ne nous reste plus, en finissant ce long article, qu'à rendre hommage à MM. Qiiatrefages, Dubarle, Prauit, Vautier, Portret, Duez, dont les éminents écrits nous ont si souvent servi dans le cours de ce travail. Et nous serons heureux si, en joignant nos faibles forces aux généreux efforts qu'ils font depuis si longtemps, nous parvenons à faire disparaître ce camp des Barbares de Paris, en faisant percer, selon

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