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à la hauteur de nos belles manières, et qui s’imaginent que le sans-façon et le débraillé sont encore choses de mauvais ton, sont exposés par là à tomber dans de singulières méprises.
L’autre jour, pendant la représentation, voici qu’on entend des voix d’hommes et île femmes riant, parlant haut, chantant presque dans les couloirs; on les voit et on les entend essayer successivement à grand bruit toutes les places vacantes. Enfin la compagnie, qui était nombreuse, se case dans deux loges l’une à côté de l’autre, où son arrivée fait retourner toute la salle. Les hommes ont l’air d’avoir plus que bien dîné, cl se renvoient, pour amuser ces dames, des lazzis, qui arrivent presque aussi distinctement que ceux de h scène à l’oreille des spectateurs. Les femmes rient de leurs folies et ont l’air de les encourager plutôt que de leur imposer silence.
A coup sûr, parmi les spectateurs, la plupart provinciaux et étrangers, pour qui ces deux loges étaient devenues le point de mire des lorgnettes, l’opinion avait été tout d'abord bien fixée sur cette bruyante société : « Ce sont des nymphes au vin de Champagne, suivies d’une escorte de bohèmes viveurs! » — Ah bien oui ! 11 y avait là trois femmes et quatre jeunes gens de la meilleure compagnie de Paris, trois femmes dignes de tout respect, qui n’ont d’autre tort que d’avoir adopté la mode du sans-façon, en même temps que celle de la crinoline.
Le sans-façon rapproche, mais la crinoline éloigne. Y a-t-il compensation ?
On rencontre en ce moment sur les trottoirs de la vie pa-
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risienne beaucoup plus d'hommes mariés que de femmes apparlenant à la catégorie des femmes légilimcs.
Ces dames se sont envolées vers les champs, elles promènent leurs robes blanches dans quelqu’une de ces élégantes villas qui fourmillent à quinze lieues de rayon autour de Paris. Ces messieurs restent ici jusqu’à la saison des vacances et des chasses.
Une fois par semaine au plus, ils vont rendre visite à ces dames, du samedi soir au dimanche soir, ou au lundi matin. et la plupart se plaignent alors grandement des occupations qui les retiennent au rivage. I)'où il résulte que nos einirons sont, six jours sur sept, à peu près exclusivement peuplés de veuves dont les maris ne se sont jamais si bien portés, tandis qu’on salue sur le boulevard des Italiens bon nombre de veufs dont les femmes sont fraîches comme un matin de printemps.
De cette situation naît une question que j’appellerai la question des intérims.
Quand un ministre prend un congé, et c’est ce qui se voit tous les ans à pareille époque, il ne s’éloigne pas sans laisser son portefeuille à un remplaçant provisoire. Pas plus tard qu’hier, le Moniteur nous apprenait que M. Baroche était chargé de l’intérim du ministère des affaires étrangères, pendant l’absence de M. le comte Walcwski.
Mais ce que la feuille officielle ne nous apprend pas, ce qu’elle ne peut nous apprendre, c’est comment seront remplis les intérims dans les ménages,
Auprès de M me A...?
Auprès de M. A...?
t’ A II I S I X T I M K
Le mieux, assurément, est qu’ 1 n'v soit pas pourvu; mais, vous le savez, le mieux n’est pas toujours le vrai. Admettons, pour aujourd’hui, quoique la campagne soit mauvaise conseillère, que le portefeuille de M. A... ne court aucun risque. Il n’a pu le laisser à personne, attendu que c’est là un portefeuille d’affaires très-particulières et non pas étrangères. Personne ne l’usurpera en son absence?... Soit! Mais pendant que M mc A... prend son congé, c’est notre devoir de la prévenir que l’intérim ne chôme guère.
Les maris qui ont devant eux un ou deux mois de la vie de garçon à dépenser à Paris sont facilement reconnaissables. Au physique, ils ont dix ans de moins que la veille de leur faux célibat, le chapeau sur l’oreille, une badine légère et tout à fait jeune homme à la main, un lorgnon x aiu pieur à l’œil. Ils donnent volontiers le bras aux petits jeunes gens, et les étonnent par leur jeunesse. Au moral, un mot les peindra : leur célibat d’occasion prend le mors aux dents au moindre prétexte coiffé d’un chapeau bleu, blanc, rose ou lilas. Ils courent connue un cheval de Franconi qui, par une métamorphose subite, deviendrait un libre et sauvage habitant de la plaine. Un pareil coursier échappé abuserait assurément de son indépendance pour se prouver à lui-môme qu’il ne tourne plus dans le cirque
Tels les maris délivrés du bercail battent les buissons comme de vrais enfants prodigues. Qui donne à dîner ? — Eux. Qui organise les parties? — Eux, toujours eux. Us trouvent succulentes toutes les cuisines de restaurateurs, et s’agenouillent devant les beautés frelatées pour qui les vrais jeunes gens n'ont plus un regard. Ce que c’est que
d’avoir une bonne cave à soi, à sa disposition, tous les jours !
Il y avait une fois une Annule de plâtre qui avait pris dans ses lacs un de ces Kenauds de bonne volonté. Cet une fuis pourrait bien signifier hier. Renaud, par malheur ou par bonheur, n’était pas encore un scélérat endurci. La faini, l’occasion, l’herbe tendre l'avaient poussé à tondre d’un pré, maintes fois fauché par autrui, la largeur de sa langue, et il avait «les remords. Il ne s’asseyait pas une fois au festin coupable sans voir surgir en face de lui l’ombre de Banco, je veux dire : le fantôme du contrat qu’il assassinait de coups de canif. Las de cette lutte avec sa conscience, effrayé peut-être des représailles auxquelles il ouvrait la porte du domicile conjugal, il sortit un beau jour, et par une boniuv résolution, du logis extra-conjugal pour n’y plus rentrer.-
Oui fut surpris? Ce fut la demoiselle abandonnée. Jillc avait fait fond sur la constance de ce mari, garçon par la grâce de la villégiature, cl voici quel était son plan : rester à Paris tant qu’il y resterait lui-même, mettre le temps et sa bienveillance à profit pour s’organiser un joli petit trousseau tout neuf, lequel on irait étaler â Bade à l’époque où le galant serait rappelé dans scs terres par l’ouverture des chasses.
Mais voilà que ces projets avortent par le brusque départ dont nous avons parlé. Le protecteur n’est plus là, le trousseau commandé reste sur les bras de la petite personne, et il est un peu lourd. Comment se tirer de ce mauvais pas?
Au lieu de partir dans deux mois, elle part, elle est par-
tic sur-le-champ, partie sans bourse délier, et cependant avec toutes ses nippes composant un bagage qui, pour une demoiselle toute seule, est aussi considérable que celui de M. de Morny pour un ambassadeur.
Elle jouit pourtant d’un crédit médiocre auprès de ses divers fournisseurs. Mais elle s’est avisée d’un tour assez original pour ajourner leur payement à son retour.
Elle avait un cordonnier, elle en a pris deux ; une couturière, elle en a pris une seconde ; une lingèrc, un gantier, un bijoutier; elle leur a adjoint une autre lingère, un autre gantier, un autre bijoutier. Elle avait commandé bijoux, gants, linge, robes, chapeaux et chaussures, un trousseau, enfin, au compte de M. A...; quand M. A... ne s’est plus trouvé là pour acquitter la facture, elle a fait chez de nouveaux marchands une seconde commande pareille à la première.
C’était doubler sa dette, dira-t-on ? A coup sùr; mais en la doublant, — elle l'esquivait.
Le premier cordonnier vint pour essayer ses chaussures. Il y en avait huit paires, si vous voulez tout savoir. Il se trouva que les huit pieds droits gênaient la dame et avaient besoin d’une savante retouche. L’artiste emporta les pieds droits, laissa les pieds gauches, et naturellement ne parla pas de sa note, qu’il se promit de rapporter à quatre jours de là, en livrant sa fourniture complète.
Après lui, ce fut le tour de son confrère en saint-crépin. Lui aussi, tant souliers que brodequins, avait été chargé de confectionner huit paires de chaussures. Les pieds droits
allaient bien, les gauches laissaient à désirer et furent reçus
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