GO
doute, se trouve au Château-des-Fleurs. Parmi les groupes de danseurs, il remarque une belle fille qui se livre à tous les caprices d'une danse qui n'a pas encore de nom dans le langage de la bonne compagnie. II reconnaît sa visiteuse du matin, il laborde au moment où, toute ruisselante de sueur, elle allait s'asseoir sur un banc solitaire :
— Vous avez donc quitté le deuil, Mademoiselle î
La sylphide, surprise en flagrant délit de folâtre humeur, ne cherche pas à inventer une histoire; elle éclate de rire, et répond :
. — Mon Dieu, Monsieur, puisque je me suis trahie,vous allez tout savoir. Je sers de commissionnaire à un chevalier italien qui fait ou commande d'abominables croûtes. Il m'envoie chez les gens riches; je leur propose ma marchandise ; à chaque tableau je donne le nom de quelque artiste célèbre; j'en demande deux ou trois mille francs. Quand j'en obtiens deux ou trois cents francs , le chevalier me donne une pièce de dix ou vingt de francs. Je fais ce métier-là dans la journée ; le soir, je danse dans les bals publics, et je ne fais pas trop de façons pour me laisser reconduire par les gens aimables qui ont une voiture.
Pauvre orpheline !
Quand on fera le portrait du chevalier italien, j'espère qu'on n'oubliera pas de lui donner pour pendant le portrait d'une belle étrangère qui fait
coDCorrence à sa petite industriel — à moins qu elle ne soit associée avec lui, ce qui serait beaucoup plus ingénieux.
Un comte hongrois, arrivé depuis peu de jours à rhôtel du Louvre, reçut le bDlet suivant :
« Monsieiy le comte, « Je connais votre goût pour les beaux-arts. J'ai en ma possession un tableau magnifique, tous les musées me le demandent ; je serais heureuse de vous le réserver, et puisque je suis obligée de m'en séparer , j'aimerais à le voir dans votre belle galerie.
« Comtesse Emiua V. h
Le magnat, soit curiosité, soit désir de se montrer courtois envers une femme et une femme titrée, se rend chez la comtesse Emilia. Il trouve une personne fort belle, ayant des cheveux noirs et des yeux bleus pleins d*^rdeur ; la maîtresse de la maison, malade, sans doute, le reçoit dans une chambre à coucher très-coquette et ornée d'un lit somptueux.
La grande dame daigne faire elle-même l'exhibition de ses richesses artistiques. Elle montre de petits, de grands tableaux ; ils valent de cent sous à trois cent francs , et elle en demande de deux mille francs à quarante mille francs.
Le comte marchande poliment , n'obtient aucune concession, et veut se retirer, enchanté de n'avoir fait aucune emplette. Comme il va se lever,
la comtesse, changeant brusquement ses batteries ;
— Monsieur le comte, vous ne voulez pas de toèè tableaux ; vous avez le phis grand tort , mais n en parions phis. J'ai beaucoup entendu parler de vous, et ce qu'on ma dit m'a inspiré pour votre personne une haute conâdération. Tenez, sans plus de détours, j'ai envie de vous marier. . .
Au comble de la surprise, l'étranger retombe sar sa chaise ; il écoute, comme un homme qui rêve, les propositions de la comtesse : on lui parle d'une jeune fille accomplie, grand nom , beauté incomparable, coeur excellent, magnifique dot. Après avoir longtemps parlé, la comtesse ne serait pas fâchée d'obtenir une réponse.
— Eh bien ! Monsieur, dit-elle en attaquant son homme en pleine poitrine, qu'en dites-vous!
— Je dis, Madame. . . je dis que vous me amiblez de bontés; mais je vous demande la liberté de... réfléchir.
n salue et s'esquive ; en descendant l'escalier, il répète à chaque marche : « Singulière fenrnie ! "
Le soir, il se trouve dans une réunion d'honunes, et raconte son étrange aventure chez la comtesse Emilia
— Oh ! charmant ! charmant ! dit un membre an Jockey-Club en battant les cartes et en se tordant de rire. Pauvre comte! vous l'avez échappé belle; cette comtesse dont vous parlez est une coqmne que
nous connaisaonâ tons. Voici son métier : Quand un étranger de qualité arrive à Paris, elle lui écrit, lattire chez elle, et lui propose ses tableaux. Elle en a vendu à cinq mille francs qui ne valaient pas un ëcu ! Elle a de jolis yeux qui font très-bien l'article . Quand on refuse les tableaux, elle propose des mariages. Bon an, mal an, ce petit commerce lui donne bien soixante-quinSEe ou quatre-vingt mille livres de rente. Ah ! pour être sorti de ses mains sans y laisser quelques billets de mille fi;^ncs ou votre titre de célibataire , comte, to\^hez-là, vous êtes un habile homme.
M. de M. . . a connu très-intimement une dame qui habite la Chaussée-d'Antin; quand il na rien de mieux à faire, il va encore lui rendre visite dç temps à autre.
Samedi dernier, vers trois heures , il monta chez elle.
— Madame est au bois, lui répondit une femme de chambre.
Toutefois, comme il est familier dans la maison, il entre et s'installe au coin du feu. A quatre heures, ne voyant venir personne, il se retire. Arrivé au bas de l'escalier, il tourne machinalement les regards vers la cour de l'hôtel. La porte de la remise est ouverte ; il croit reconnaître la voiture de son amie
M"*« D..., il 8 avance vers la remise et s'arrête tout court ; il voit une chose si étrange qu'il n'en peut d'abord croire ses yeux.
C'est la voiture de M™* D. . . . et dans la voiture M"*® D. . . elle-même conversant avec un Monai^ir dune physionomie digne.
H va rétrograder et se reproche déjà d'avoir été indiscret, lorsque M™« D. . . l'aperçoit et l'appelle.
-^ Bonjour, dit-elle en lui tendant la main par la portière. Vous voij^ bien étonné, n'est-il pas vrai!
^— Je dois avouer que. . .
— Je vais tout vous expliquer, mon cher anu. Vous savez combien mes créanciers sont nombreux et criards. Ds sont tout le jour suspendus à ma sonnette et ne me laissent pas un moment de repos. J'ai eu longtemps la ressource de faire atteler et d'aller me promener ; mais mon cocher, que je ne pa}'ûs pas, s'est lassé un beau jour, Tingrat! et a quitté ma maison en emmenant mes deux chevaux.
Il me reste ma voiture ; je n'ai plus un moment de calme dans mon appartement, et quand je veux causer sérieusement , c'est ici que je me retire. Monsieur est venu me parler d'aifedres, et, pour être plus tranquille, je lui donne audience dans le seul abri qui me reste contre les fâcheux.
— Ah ! fort bien. Je saurai désormais oii vous trouver. Adieu, je ne veux pas troubler plus longtemps votre conférence.
Depuis deux on trois uns, un jeune homme, le comte de ... , avait pour maîtresse une jolie fille/ à laquelle il ne refusait rien et qui menait rondement sa fortune. Pendant trois ans , ils coulèrent une joyeuse existence, au nûlieu du luxe et des plaisirs ; ils marchaient à la ruine par un chemin semé de fleurs, et ne virent le prédpice qu après y être tombés.
Il y a quinze jours, le comte, rentrant chez lui, fouilla vainement ses tiroirs : il n'y trouva plus un rouge liard. Il avait dévoré ses vingt-cinq mUle livres de rente, n'avait pas ^ morceau de pain pour son déjeuner du lendemain, et ses effets étaient déposés au Mont-de-Piété.
Le 15, il ne put payer son terme, et le propriétaire lui donna congé en retenant ses meubles. Il sortit et se mit à courir Paris au hasard. A neuf heures du soir, il était encore à jeun. Il se trouvait aux Champs-Elysées ; il s'assit sur un banc à l'écart et se mit à réfléchir.
— Que faire? dit-il en se serrant dans son paletot d'été, et considérant son pantalon de coutil et ses souliers percés qui prenaient l'eau. Vais-je confier sous le pont de la Concorde ou me jeter à la rivière! Non, attendons encore un peu; je crois aïoir un ami, je vais lui demander asile.
n se leva et se rendit chez cet ami, qui le reçut à merveille, lui fit un bon feu et lui donna à manger. Os causèrent au dessert, et le comte, maudissant
es fenmes , loaiidiseaiit ramour , disait avec enthousiasme : M Qu'un ami véritable est une douce chose ! *• Tout d'im coup on sonna. L'ami alla ouvrir et introduisit une bette personne qui s'avança sonnante vers le comte : c'était sa maîtresse ; eOe s'assit auprès de lui, et hii prenant les nuûns :
«-* Pauvre ami, dit-elle, vous me maxvlisses, n'est-il pas vrait Yoi^s m'accusez de votre malheiur. Eh bien ! écoutez-moi, vous allez voir que je ne sms pas tout à &it ce que vous croyez. Dès que je voiis ai connu, mon cher Gaston, j'ai compris que la première femme sans cceur dont vous feriez votre maîtresse, abuserait de votre générosité, vous rainerait rapidement. J'u accepté tout ce que vous m'avez donné, j'ai inventé chaque jour de dispendieux caprices ; j 'avais hâte d'épuiser vos ressources, enfin j'ai détruit votre fortune.
— Je ne vous reproche rien, ma chère, dit tristement le comte.
— Et vous faites bien ; car, votre fortune perdue, la voici !
Ce disant , elle montra un portefeuille fort bien garni, et ajouta :
«— J'ai gardé ce que vous me donniez , je viens vous le rendre.
— Oh ! Marguerite , je t'avais méconnue ! M» reconnaissance. . .
— • Tu parles de reconnaissance \ Veîix-tu m'en donner une preuve! Épouse-moi I
Le comte sauta au cou de Marguerite, et ce fut toate sa réponse. On m'assure que leur mariage est prochain. Ds iront vivre quelque temps à l'étranger, et dans deux ou trois ans ils ouvriront salon à Paris.