‹ Paris intimeChapitre 18 sur 29 · LA JEUNESSE DORÉE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DORÉE

Qui donc osait médire de notre jeunesse dorce ? Ne m'avait-on pas soutenu que ces jolis jeunes gens qui ont des chapeaux si petits, des favoris si bien roidés, des yeux si myopes et des grooms si ridicules, ne s'occupaient d'aucun travail sérieux et ne cherchaient à acquérir aucun genre de connaissances utiles! Viuiment on avait indignement abusé de mon innocence, et j ai hâte de rendre justice à ces dandys calomniés.

Ils passent trop de temps accoudés aux fenêtres de leurs clubs, fumant de gros cigares et lorgnant les fenmies qui passent : cela est vrai ; ils donnent trop de soins à Tétude du Stvd-Book : je le confesse ; ils parlent un peu trop de chevaux, de chiens, de vénerie et de steeple-chases : il faut l'avouer ; ils ont le tort de porter des voiles bleus ou des cartes vertes à leurs chapeaux quand ils reviennent de la Marche : je ne It niemi pas ; ils aiment à être piis

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pour leui's jockeys, ils affectent d'estropier ht langae française et d'adopter des modes disgracieuses, afin de ressembler à des Anglais. Je reconnais tous leurs travers; mais prétendre qu'ils n'ont aucun talent, c'est aller trop loin, et je le prouve.

Le 4 avril, cinq ou sLx sportsmen avaient dîné dans un restaurant du boulevard ; leur repas avait été copieux. Ils restaient seuls dans la salle et conversaient librement. Ils traitaient un sujet grave ; vous allez en juger :

— Je parie, dit M. X..., un beau garçon taille comme l'Hercule Farnose, je parie de mettre à tous coups ce couteau dans cette ouverture.

Il s'était levé de table et montrait la bouche étroite de l'urne où les garçons de restaumnt versent la monnaie que les consommatcui^s ont la bonhomie de leur laisser en acquittant leur note.

Les cinq lions s'approchèrent de la tirelii-e :

— Je parie contre vous, dirent-ils tout d'une voix.

— Bien, partie liée en dix coups ! Chaque fois que je manquerai mon exercice, je paierai dix louis; si je réussis dix fois à mettre le couteau dans le trou, chacun de vous me paiera la même somme.

Aussitôt l'Hercule Famèse prit position ; il plaça un couteau sur le marbre du comptoir, et, par un mouvement de doigts que je n'essaierai pas de vous décrire, il exécuta dix fois de su!te son tour d'a«

dresse avec une sûreté et une précision incomparables.

Quand il eut fini, ce furent des cris de joie et d'admiration ; \m peu plus on essayait de le porter en triomphe. Chacun de ses adversaires s'acquittant de Ut dette convenue, il empocha cent louis avec un juste orgueil.

— Comment êtes-vous parvenu à cette prodigieuse dextérité? lui dit un des parieurs.

Il voulut bien alors livrer son secret.

Depuis deux ou trois ans, peu pressé de besogne, m^ jaloux de faire parler de lui, il s'était adonné à im travail de patience bien méritoire. Chaque matin, en se le\'ant, il s'enfermait dans sa chambre, et là, loin des regards profanes, il s'étudiait, pendant deux ou trois heures, à lancer un couteau dans un trou ; il lui avait fallu d'innombrables expéiiences pour mesurer la distance, la force de projection, la parabole ; mais son courage ne se rebutait d'aucune fatigue ; U fit d'abord tomber son couteau dans la large gueule d'un vase de Chine, puis dans le goulot d'une carafe, puis dans le col plus resserré d'une bouteille ; enfin, U était parv^enu à loger à tout coup son projectile dans la plus étroite ouverture.

Et l'on dit que ces gens-là ne savent rien faire et perdent leur temps sur la terre! Écoutez encore ceci :

Dans le courant du mois de mai, M. de L.., membre du Jockey-Club, paria qu'il irait les yeux

bandés de la me de Gi*aminont au cii-que de l'Impératrice. Il suivit les boulevards jusqu'à la Madeleine, puis la rue Royale, la place de la Concorde, et, passant entre les arbres des Champs-Elysées, arriva sans encombre à la porte des écuries du cirque, qu'il ouvrit lui-même, à la grande stupéfaction des palefreniei^s, occupés encore de leur besogne à cette heur€f avancée de la nuit.

Une autre fois, vers une heure -du matin, M. Cpartit du club de la rue Royale les yeux bandé?, n'ayant en main que sa canne, et, conmie M. de L. . . , se dirigea avec ime assurance meiTeilleuse vers le cirque de l'Impératrice ; il traversa la chaussée des Charaps-Éljsées, reconnut la grande porte du Palais de l'Industrie, s'achemina en droite ligne vers le quai; puis, longeant la place de la Concorde, revint au club de la rue Royale. Une vingtaine d'amis, et quelques badauds attardés formaient le cortège de cet étrange promeneur. Des éclaireurs marchaient en avant pour prévenir les sergents de ville qu'aurait pu inquiéter cet attroupement nocturne. M. C. . . devait avoir bien étudié son terrain avant de commencer son expédition , car il paraissait calculer le nombre de ses pas, compter les candélabres et s'orienter avec une certitude parfaite au milieu des arbres, des bancs, des chaises, des mille obstacles qui semaient sa route. Sa tournée ne diuti qu'ime heure et demie, et, avant de s'aller coucher, les parleur^, qui se sont gaînient exécutés, durent

payer au vainqueur une jolie petite collection de médailles d'or à lelEgie de nos souverains.

Le jour de la Mi -Carême, M"® Félicie X. . . , une pécheresse élégante et, dit-on, spirituelle, se trouvait au bal de l'Opéra. Un jeune homme l'aborda dans la cohue du foyer et l'invita à venir s'asseoir dans sa loge. Elle fit quelques façons en femme qui sait son métier, et ne céda qu'après une honnête résistance. Elle avait reconnu son cavalier, qui est membre de l'un des cercles fashionables de Paris ; au théâtre, au bois, aux bains de mer, aux courses, dandys et lorettes ont mille occasions de se voir, et M. de R. . . avait plusieurs fois adressé la parole à Félicie, mais il n'avait gardé d'elle qu'un vague souvenir, et, sous son loup, il était impossible de la reconnaître.

La conversation s'engagea dans la loge :

— M. de R. . . est-il remis de la chute de cheval qu'il fit à Vichy î

*— Quoi! tu me connais, charmant domino î

— Parfaitement, et, si tu veux, je te donnerai d'autres détails de ta biographie ; mais, prends garde, ils ne sont pas tous édifiants, tu le sais, et, «"omme tu n'as pas de faux nez, je te verrai rougir.

— Mais toi, qui es-tu ( J'ai beau examiner tcîf

yeux brillants et le galbe pur de ton menton, je ne me souviens pas de t'avoir jamais rencontrée,

— Tu m*as ymb, pourtant ; mais tu ne me connais pas.

— Au nom du ciel? sois moins mystérieuse, et ne te joue pas plus longtemps de ma curiosité et de mon impatience.

M. deR... dut encore, à plusieurs reprises, renouveler ses instances ; le domino enfin se décida à parler, mais bien bas , bien bas, à l'oreille de son cavalier.

— Je suis la princesse V. . . , vous devez connaître mon nom et savoir que mon mari vit à Pctersbourg et que je ne l'importune jamais de mes xisites. Cependant il me serait impossible de vous recevoir chez moi ; je suis trcjî-libre, mais je tieus à ma réputation.

— Oh! Madame, vous me désolez aprc:> m a^oi^ ravi de joie. Quoi ! vous daignez me dire votre nom, et, malgré cette marque de confiance dont vous m'honorez, vous me fermez votre porte ! Voyons, princesse, serez-vous sans pitié ?

— Ecoutez, M. de R. . . ; je vous connais pour un galant homme et je serais heureuse de vous voir de temps à autre ; mais il faut user de nise. H me vient à l'esprit une idée plaisante.

— Laquelle, Madame, veuillez m'en faire iiart-

— Je vais mettre votre amour à l'épreuve. — • Oh t merci, Madame I Parlez.

— Je m'occupe de peinture, Monsieur, et je fais en ce moment un tableau d'histoire. J'ai besoin d*un modèle pour une tête de Philopœmen. Vous avez les traits réguliers, Tair mâle , la barbe noire et fourme. . . Savez-vous que vous feriez un Philopœmen très-présentable ?

— Eh bien, Madame?

— Eh bien! voulez-vous, demain, vous déguiser en ouvrier , mettre une blouse , ime casquette , et venir vers une heure à mon hôtel î J'avertirai mes gens de votre arrivée, et vous entrerez dans mon atelier sous prétexte de poser pour mon héros grec.

— A mer\'eille, Madame. Demam, aune heure, Philopœmen sera chez vous.

En effet, vendredi dernier, M. deR... ayant fait sa toilette de modèle, montait la rue d'Amsterdam et entrait chez la prétendue princesse ruisse. Quand il sortit, son étonnement fut grand ; il n'avait pas fait dix pas qu'il rencontrait un ami; dix pas plus loin, il en rencontra un autre, et ainsi de suite pendant une demi-lieue : on eût dit que tout son cercle s'était donné rendez- vous dans le quartier. Tous ses amis firent semblant de ne le point voir, et il en fut enchanté.

Le soir, quand il vînt au club , il fut entouré et pressé de questions :

— Que diable faisais-tu ce matin en costume de serrurier du côté de la barrière Blanche 1 tu avais des airs de beau ténébreux qui nous ont donné beau-

coup à penser. Est-ce une gageure! est-c« une servitude amoureuse ?

— C'est une servitude amoureuse ; je subissais le caprice d'une charmante femme.

— Heureux coquin! et peut-on savoir quelle est cette femme dont les désirs sont poui* toi des ordres ?

— Non, non, ce n'est pas possible.

^ Oh ! oh ! c'est donc une femme du monde!

— Vous l'avez dit, et du grand monde, une princesse russe.

— Une princesse russe dans cette maison-là! Ecoutez, mon cher, nous ne voulons pas vous taquiner plus longtemps ; mais nous avons été hier avertis de votre déguisement et de votre voyage à la nie d'Amsterdam par la dame de vos pensées.

— Vous la connaissez donc!

— Paibleu ! qui ne la connaît pas ! C'est Félicie !

— Ah ! c'est Félicie ! Fort bien, Messieurs, je vous remercie de m'avoir enlevé mes illusions ; mais, pour vous témoigner toute ma reconnai^ance, je veux échanger une balle ou deux avec chacun de vous. Tenez, Monsieur D. . . , c'est avec vous que je commencerai; c'est vous que j'ai rencontré le premier en sortant de chez la princesse. Si M. D... me tue, tout sera dit; sinon, je viendrai. Messieurs, vous inviter les uns après les autres, et j'espère que personne ne me refusera la réparation qui m'est duc.

Cela dit, M. de R. . . prit son chapeau et quitta le cercle.

Vous le voyez, les choses tournaient au tragique. Mais, pendant la nuit, on délibéra, et on convint d'arranger cette affaire à l'amiable.

Le lendemain, les témoins arrêtaient ce qui suit :

— M. de R... et M. D... ne se battront pas au pistolet, non plus qu'à l'épée. Us partiront dans huit jours pour l'Inde , et iront ensemble chasser l'éléphant. Dans un an, ils reprendront le chemin de la France. Celui qui aura tué un éléphant ou le plus grand nombre d'éléphants, sera considéré comme le vainqueur, et le vaincu nous paiera à tous, à la Maison-d'Or, un grand dîner, qui sera présidé par Féiicie.

Dans un an, s'il y a lieu , nous vous donnerons le dénoument de cette tragi-coméàie.

Dans un restaurant du Palais-Royal , une vingtaine d'hommes et de femmes étaient réunis autour d'une table somptueuse. On mangea, on but, on rit beaucoup, et le repas se prolongea jusqu'à minuit.

Alors l'amphitryon monta sur ime chaise, et, réclamant le silence , parla à peu près en ces termes :

- Mesdames, Messieurs , le moment est venu de

placer la petite homélie que je vous réservais. Je vous ai priés de venir enterrer avec moi ma vie de garçon ; je vous remercie de votre empressement, et j'ai passé avec vous \me soirée délicieuse.

« Maintenant, veuillez écouter une déclaration solennelle.

« Mon intention n'étant pas, mes amis , de vivre marié comme je vivais garçon, je vous annonce qu'à partir d'aujourd'hui, le Georges D. . . que vous avez connu est mort, mort et enterré. Je n'existe plus pour vous, je ne vous connais plus, Messieurs, je ne vous connais plus, Mesdames.

« Seulement, permettez qu'en mourantje vous lègue un souvenir de moi, et Dieu vous garde en bonne santé. Adieu.

« Pierre, lisez mou testament, n

Cela dit, Georges D... s'esquiva. Pierre, son domestique, resta et lut le testament. Georges léguait à chacun de ses amis une partie de son mobilier de garçon; à l'un son cheval , à l'autre ses armes» etc. A chacune des femmes, il donnait 400 fr. de rente sur l'État.

Un post-scriptum annonçait que Georges allait quitter Paris le jour même de son mariage et se retirer en Bourgogne , dans une terre isolée*. Là, il passera le printemps, l'été, l'automne, et viendra vivre deux ou trois mois d'hiver à Paris. Il se promet d'être maire de son village, marguillier de sa paroisse et agronome. A Paris, il ira entendre les vê-

.près à Saint-Thomâs-d'Aquin. Jamais conversion ne fut plus complète, le pénitent a voulu prévenir jusqu'aux occasions d'être tenté.

Le 21 avril, au café Anglais, une réunion de jeunes honmies et de jeunes femmes, après avoir soupe, lit apporter des cartes. M"® Constance tenait la main ; ses amies avaient depuis longtemps perdu le peu d'argent qu'efles avaient apporté, mais n*en continuaient pas moins à jouer et paj^ent en jetickes. C'est une liberté que la courtoisie de ces messieui^s laisse presque toujours à ces dames.

De tous les jeunes gens qui avaient pris part au souper, un seul, le baron de ***, avait refusé de s'asseoir à la table du lansquenet et fumait tranquillement à la fenêtre.

— Eh bien ! baron, dit M"« Amélie, ne ferez- vous pas quelque chose!

— Non, ma chère, répondit le baron, homme de bon ton, mais homme de sens et maître de lui-même au milieu des plaisirs.

Une demi-heure après. M"* Amélie renouvela sa demande:

— Baron, il y a vingt louis. Les faites-vous ?

— Non, je ne les ferai pas.

— Pourquoi î

— Parce que je les ai.

M"« Amélie se mordit les lèvres, et le sourire des' hommes voulait dire :

— Bravo ! bien touché !

Quand vous prendrez l'omnibus de la Madeleine à la Bastille, ne croyez pas que toutes les femmes vous regardent avec amour.

C'est ce que fit un jour M. Théophile de B. .., et il s*en mordit les doigts.

Il se trouvait dans la voiture publique en face d'une jeune femme élégante et joUe, et son premier soin fut de lui adresser les œillades le» plus provoquantes.

L'inconnue souriait ; son œil était vif et animé ; toute sa physionomie exprimait la passion et la tendresse.

Aussi, quand elle mit pied à terre, Théophile s'élança-t-il à sa poursuite, et l'abordant assez cavalièrement :

— Permettez-moi, Madame, de....

— Monsieur, que me voulez-vous t lui répondit-on d'un air surpris. . . .

— Je serais heureux, Madame, de vous faire accepter mon bras.

— Monsieur, je n'ai pas l'habitude de lier conver-

— cessation avec les gens que je ne connais pas et encore moins d'accepter leur bras.

— Cependant, Madame, le changement qui se produit en vous a lieu de me surprendre.

— Que voulez-vous dire t

— EIn chemin. Madame, vos regards, votre sourire avaient quelque douceur, j*ose le dire, et....

L'inconnue se mit à rire et répondit :

— Pardonnez-moi, Monsieur, de vous avoir trompé sans le savoir. Je vais à ma répétition, je joue un rôle d amoureuse, et je le repassais dans ma mémoire. Mes sourires ne s'adressaient pas à vous, je vous le jm'e, mais au personnage très; aimable qui me fait la cour dans la pièce que je vais répéter.

Le soleil avait illuminé ce magnifique théâtre naturel qu'on nomme le jardin des Tuileries, et la foule y était grande.

Sur la terrasse qtii termine Vallée des Feuillants, et qui a vue sur les Champs-Elysées, une dame d'une mise très-distinguée était assise et regardait jouer son enfant, une petite fille de six ou sept ans, qui avait la crinoline, les airs penchés, toutes les allures d'une femme coquette ; il ne lui manquait que la taille.

Un lion, semblable à celui de rÊcriture, cherchant sa proie, quœrens quam decoret, remarqua la mère de la jolie poupée, et vint prendre place sur le banc de bois, à côte d'elle. Il resta un moment silencieux, il cherchait une entrée en matière et se donna beaucoup de peine pour engager un entretien. Enfin, il saisit un moment où sa voisme, sans regarder de son 'coté, ne lui tournait pas absolument le dos, et, prenant sa plus gracieuse grimace :

— ^Vous êtes la mcre de cette enfant? dit-il. Quel chaiinant babil !

En entendant ces mots , la petite fille s*!^ procha.

- Une mëre est toujours sensible au plaisir d'entendre louer son enfant •: Imconnue s^inclina en souriant discrètement, et répondit :

— Elle est gentUle, Monsieur, quand elle cs^t sage.

C'est une formule toute faite, et la dame comptait que cette banalité allait clore une conversation qu'elle n'avait aucim désir de continuer.

Mais le lion ne la laissa point tomber ainsi.

— Alors, Madame, elle est tout à fait sage aujourd'hui, car elle est tout à fait jolie.

— Oh! oui, Monsieur, repartit l'enfant terrible, maman m'a dit ce matin que j'étais bien gentille, parce qu'elle avait perdu la pince qui lui sert à arracher ses cheveux blancs, et c'est mqi qui l'ai retrouvée.

La dame rougit sous son voile, et ledîon, n'ayant plus fairo, se retira.

Une femme du monde, jeune, élégante, passait à pied dans la rue Yivienne. Un de ces Lauzuns du trottoir, qui font métier d'importuner les femmes de leurs insolentes galanteries, s attache à ses pas et lui tient des propos inconvenants. Fort embarrassée, M™« de C... passe de l'autre côté de la rue ; mais le manant continue de la suivre et de chuchoter à son oreille. A bout de patience, M™"deC... s'arrête, tire son porte-monnaie, y prend im sou, et tournant pour la première fois la tête:

— Tenez, dit-elle, voilà pour vous, mon brave homme.

Le mendiant d*amour s'éloigna sans deinander son reste.

M. D... est criblé de dettes. Un de ses créanciei-s, un pauvre diable, vient le surprendre le matin, et le trouve à table, dévorant une aile de poulet, U7i€ chair blanche et niolle.

— Que voulez-vous, mon cher, je n*ai pas un sou chez moi.

— Pourquoi vous moquer de moi, Monsieur! Pendant que ma femme et mes enfants n'ont pas de pain, vous avez le courage de me dire que vous n avez point d'argent, et je vous trouve mangeant du poulet !

— Ah ! ne vous y méprenez pas, mon cher. Ce luxe est la meilleure preuve de ma misère. Je n'ai plus crédit que chez le marchand de volailles; je mange du poulet depuis quinze jours, matin et soir; si vous croyez que cela m'amuse , vous vous trompez.

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