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CHAPITRE IX

LA FINANCL

•ANQCTE1I8 ET BANQOISTES, CHEVAUERS ET CNEVALifeRES D*IRDII8TR1C. GOfiOS ET PIGEONS.

Je rencontrai un jour, sur le boulevard, un vieillard dont la figure attira mon attention ; il était assis sur une de ces petites caisses où les décrotteurs cachent leur cirage et leurs brosses.

— Tiens ! me dis -je, c'est Gobineau !

Je venais de reconnaître un brave homme qui, il y a bientôt dix ans (dix ans, mon Dieu ! ) me ramenait le soir au collège dans un petit cabriolet qui lui appartenait. J'avais si souvent pris sa voiture , et nous avions fait de si longues causeries, que nous étions devenus une paire d'amis. Cependant Gobineau était de ces amis que l'on perd de vue , et je l'avais bien un peu oublié.

Je m'arrêtai.

— Bonjour, Gobineau.

— Oh ! bonjour, Monsieur.

— Eh bien ! comment vous êtes-vous porté depuis l'époque où j ai cessé de vous voir.

'— Ah ! Monsieur, j'ai eu bien des malheurs !

— Vraiment? Contez-moi donc cela.

— Volontiers, Monsieur, mais ce sera long.

— C'est égal, je vous écoute.

— Un jour je conduisis deux messieurs, là-bas , à l'autre bout de Paiis , me Plumet... Oh ! je ne l'oublierai jamais ! L'un d'eux descendit et entra dans un bel hôtel, où il resta près d'une heure. Ce qu'il y fit, je l'ignore. Mais son camarade resta dans le cabriolet et engagea la conversation avec moi. Il avait l'air d'un bon enfant ; je lui aurais fait ma confession générale.

— Vous ne gagnez pas grand'chose % me dit-il.

— Mon Dieu, Monsieur, cela dépend : tantôt quatre, tantôt six francs dans ma journée. Je ne sais pourquoi, mais autrefois le métier allait mieux.

— Ce coupé et ce cheval vous appartienn^it ! C'est une lourde charge.

— Oui, Monsieur, j'ai encore deux autres chevaux.

— Alors, vous devez avoir quelque argent en réseiT e \

— Oui, six mille et quelques cents francs, et j'ai l'intention de donner à mon commerce un petit développement. J'ai envie d'acheter encore deux coupés et un troisième cheval.

— Je ne vous le conseille pas. . . Ce n'est pas le moment. Écoutez, mon brave. . .

— Gobineau, pour vous servir.

— Ecoutez, mon cher Gobineau; vous avez xme figure qui me plfut et je veux vous être utile. Vous avez , m avez-vous dit , cinq mille fittncs d'économie?

— Six mille, Monsieur.

— Six mille... Eh bien, il y a quelque chose à fedre de cette somme. Que diriez-vous si je vous trouvais un placement à 30, à 35 pour cent.

— Est-ce possible!

— Parfaitement. Tenez, venez me voir, voici mon adresse ; je vous donnerais bien 4'endez-vous pour demain , mais demain je suis trop occupé , j'ai au moins douze visites à faire chez des banquiers, des ambassadeurs, et il me serait impossible de me trouver chez moi. Mais après-demain, tentez la fortune. 'Je donnerai votre nom à mon concierge et à mon domestique, et, si je suis chez moi, vous ne ferez pas antichambre.

— Au Jour dit, continua Gobineau , je me présentai à l'adresse indiquée.

Un beau concierge en habit noir me dit d'un ton rogue :

— Où allez-vous t

— Chez M. X. . . , homme d'affaires.

■ — M. X. . . n'y est pas.

— Je suis Gobineau.

— Ah ! pardon, montez, Monsieur vous attend. Et le concierge me salua avec une politesse qoi

me toucha.

Au premier étage , je tirai un très-beau cordon de sonnette en velours rouge ; un domestique, en culotte de peluche rouge et en bas de soie blancs, vint m ouvrir :

— M. X..., s'il vous plaît!

— Monsieur est bien occupé et je doute qu*il puisse vous recevoir. Tenez, dans ces deux salonsci, il y a quatre chefs de division de ministères, le secrétaire de M. de Rothschild et le consul-général du Paraguay, qui attendent leur tour d'audience.

— Cependant, M. X. .. a eu la bonté de me dire que je ne serais pas forcé de faire antichambre.

— Vous êtes donc M. Gobineau t

— Lui-même !

— Ah ! que ne le disiez- vous ! et il me fit •entrer deux minutes après dans le cabinet de son maître. Ce cabinet était tendu de velours vert , meublé de chêne sculpté , et plein d'objets d'art et de porcelaines rares. Je fus ébloui. Quant à M. X. . . , il vint à moi, le sourire aux lèvres, et me tendit une main couverte de bagues. Pendant que j'examinais sa robe à ramages, il me tint ce petit discours :

— Voyons, cher ami, nous n'avons pas de temps à perdre. Parlons peu, mais parlons bien. Je voust ai promis un placement avantageux. Tenez, pendant

que je vais écrire deux- mots à M. C. . . , agent de change, lisez ceci.

Il me donna un petit coquin de journal financier, où je lus l'éloge d'une entreprise nouvelle : « C'est une ai&ire magnifique, dont les bénéfices sont incalctdables. . . La première année, les actionnaires peuvent compter sur un dividende de 30 0/0. »

— Eh bien ! me dit M. X. . . en cachetant sa lettre, que pensez- vous de cette affaire? Vous pouvez TOUS amasser, en deux ans, une petite foitune ; et, dans cinq ans, vous vous ferez brouette^' au lieu de brouelter les autres.

Il éclata de rire, je fis comme lui, et je pris ses actions de...

Gobineau nomma les actions, mais je me tais par respect pour les morts.

— La première année, ajouta mon pauvre cocher, je reçus, comme on me l'avait promis, un dividende de 30 0/0 ; je crois même que j'eus 31. Mais, l'amiée suivante, l'entreprise était coulée, et M. X. . . avait levé le pied.

Je sus plus tard que son portier et son domestique n'étaient autres que ses deux frères, deux gredins comme lui, et ses complices en escroqueries.

Aujourd'hui, je n'ai pas un sou ; je vis au jour le jour des commissions qu'on me fait faire.

— Pauvre Gobineau, vous aurez ma pratique et celle de mes amis : je n'ai qu'un rejçret. c'est

de n'avoir pas un mîHier d'amis tous riches et bteafaisants.

Dans on restaurant de la rue Saint-Ifoiiorë, une 1 société de huit personnes, hommes et femmes, fiûsaît un assez bon déjeuner. C'étaient des employés d*iine maison de nouveautés, qui mangeaient le bénéfice d'une curieuse petite affaire de commerce.

Huit jours auparavant , une femme du demi-monde s'était présentée dans un magasin de confection, et avait commandé, pour un bal ti-avesti, un costume de fantaisie, trcs-riche et très-original; c'était une espèce de caraco de velours pourpre garni d'omcments en or lin.

En commandant ce magnifique costume, Télégante pécheresse avait compté sans ses créanciers, qui, deux joui% après, faisaient opérer la saisie et la vente de son mobilier.

Le caraco resta donc au marchand qui, rassemblant ses commis, leur £t :

— Voici un ti-avestissen^ent qui vaut au moins huit cents francs. La personne qui Va fait faire est aujourd'hui ruinée ; je ne me dissunule pas que c'est une fouiiûture d'un placement difficile. Eh bien ! si quelqu'un de vous panient à la vendre, je lui piXH mets une remise de deux cents francs. Avisiez donc, et comptez sur ma parole.

Les commis, alléchés par Tappât de la récompense promise, se mirent l'esprit à la torture ; mais les phis ingénieux avaient donné leur langue aux chats, lorsqu'une petite demoiselle de comptoir s'écria .

•^ Le caraco est vendu.

— A qui!

— Vous le verrez dans un quart d'heure. J'attends M"« X. . . , qui va venir essayer sa robe. Vous ne connaissez pas M"* X. . . , vous autres? C'est une fenunetrcs-sotte, très-mal élevée, dont le mari vient de faire fortune. Elle n'a jamais vu le monde et n'entend rien à la toilette. Vous allez voir comment je vais la prendre dans mes filets.

M"® Ernestine achevait de parler, lorsque la porte du magasin s'ouvrit et l'on vit entier une grande femme, couverte de fourrures et portant haut la tête.

M^ Ernestine vint au devant d'elle, lui fit un salut gracieux, et puis :

— Oh ! Madame, si vous saviez quel magnifique vêtement nous avons ici ! C'est une merveille, dont Thistoire même est curieuse.

— Voyons, de quoi s'agit-il \

— Voulez- vous prendre la peine de passer dans , ce salon!

M"*^ X. . . y consentit; la petite marchande aloi^s, hii montrant le caraco rouge et or, comme une salle de spectacle :

M. C. . . est venu à Paris, il y a un an environ. Il n'apportât pas avec lui un portefeuille bien garni : dégoûté de la province, il voulait tenter ici la fortune et essayer de vivre le mieux possible en tmvaillant le moins qu'il pour mit. 11 prit, dans un hôtel

— Ce vêtement, Madame, nous avait été-com- | mandé pour la reine de Delhi, qui désirait s'en parer aux fêtes de sa cour. Mais les Anglais sont arrivés; la pauvre souveraine a eu bien d'autres soucis que ceux de sa toilette. Ce beau costume nous est resté, et nous cherchons une bonne occasion pour nous en défaire. Moi, à vous voir si belle, si élégante, si riche, j'ai pensé que vous étiez la personne de tout Paris à qui convenaitle mieux cette dépouille roj'ale. Vraiment, ce vêtement vous ii-ait à ravir et ferait fureur dans les salons du grand monde que m)us fréquentez.

M"^ Ernestine fit si bien l'ailicle, que M™« X... paya sur-le-champ les huit cents francs.

Tout le monde est enchanté de ce marché,

M"® Ernestine ayant gagné la prime offerte par soti patron, a invité ses camarades à déjeuner, et M"»* X... conte à qui veut Tentendie, quelle Aient d'acheter pour rien un vêtement de cour destiné à cette infortunée reine de Delhi !

de troisième ou quatrième ordre, une chambre de très-médiocre apparence et s'y installa avec son mince bagage. La maîtresse de la maison n'eut pas d'abord pour lui ces bienveillants sourires réservés aux voyageurs qui ont beaucoup de malles, d'étuis, de boîtes et de cartons à chapeaux ; au bout de quelques jours, elle présenta sa note. M. C... la paya sans peine : il ne s'agissait que d'une trentaine de francs. Mais il n'était ni de son goût ni de sa dignité de se laisser dorénavant harceler par son hôtesse ; il voulait obtenir du crédit. Pour cela, il ne suffit pas, à Paris, de payer une fois une dette de trente francs; il faut sortir à son honneur d'une lente et minutieuse épreuve. De deux choses l'une, il faut, du premier coup, éblouir ses fournisseurs, ou les satisfaire très-longtemps par une exactitude militaire et un scrupuleux respect des échéances. M. C. . . , ne comptant pas beaucoup sur ce second naoyen de se concilier la confiance, résolut de la prendre d'assaut par le premier. Dans sa modeste chambre, il fit placer un cofFre-fort immense, magnifique, à la fois brillant et solide, muni de serrures à secret, inaccessible aux voleurs, et capable de résister à l'incendie. Pour acheter ce coffre-fort, il se saigna aux quatre^ veines, et, quand il le posséda, il n'eut guère à y placer qu'une paire de sous-pieds ^t un paquet de cure-dents. Mais il l'ouvrit et le ferma si discrètement, il imita si bien le bruit métal- ^que des pièces d'or et le froufrou des billets de

banque, cette lourde machine meublait si bipi sa chambre, que sa position changea brusquement dans Thôtel, dans le quartier, dans la ville ; Yhotesselui souriait, les garçons le saluaient très-bas, les visiteurs étaient aimables, les fournisseurs respectueux. Personne n'entrait, personne ne soilaxt sans donner un coup d*œîl au superbe coffine-fort, et chacun s'empressait d être agréable à un homme'qui devait cacher tant de richesses dans CQtte citadeDe de fer. Bref, M. C. . . , épanchant un jour sa joie dans un cœur ami, disait :

— Ce cofl&e-fort ma plus servi qu'un appartement de dix mille francs ; il m'a donné crédit partout, et je vis comme si j'avais cinquante mille livres de rentes.

M^^ B. . . est une femme ti*ës-riche. Elle appartient à une famiUe des plus honorables, et le nom de son mari est digne de toute considération.

Un samedi, vers deux heures, elle se trouvait seule chez elle ; son mari venait cK sortir. On sonna à sa porte, et sa femme de chambre hii présenta la carte d'une personne qui demandait à être introduite. Sur cette caile on Ksait : M"** Séraphine G...

— Séraphine G...Î se dit M««B... Ce nom m'est inconnu.

Puis, se tournant vers sa femme de chambre :

— Faites entrer , dit-elle.

La porte s'ouvre, et une très-belle femme entre en levant son voile avec un geste hardi.

A sa vue, M"« B. . . pâlit ; elle croit à une hallucination ; rinconnue lui ressemble au point qu'elle pense, en la regardant, voir son image reflétée dans une glace. C'est sa taille, son teint, k couleur de ses yeux, tout l'ensemble et tous les détails de sa ph}rsionomie.

Sa surprise est telle qu'elle reste debout, immobile et muette, en face de M*^® Séraphine. M^^ Séraphine est moins émue ; elle salue, sourit et prend ainsi la parole :

— A votre pâleur. Madame , je vois sur-lecliamp que nous allons sans peine nous entendre. Voulez-vous me permettre une question? ^

— Parlez, Mademoiselle.

— . Avez- vous lu, Madame, un roman d'Alexandre Dumas intitulé : Le Collier de la Heine f

— Non, Mademoiselle, je ne lis pas de romans.

— J'en suis fâchée, Madame, parce que mon explication eût été moins longue. Dans le roman dont je vous parle, les ennemis d'une noble et charmante femme, Marie- Antoinette, découvrent une aventurière qui ressemble meiveilleusement à la reine de France ; l'aventurière donne un rendez- vous au cardinal de Rohan, elle accepte un coUier magnifique, et

— ISO —

le galant prélat croit avoir afffiûre à la, fille de Marie- . "Thérèse ; M"* Oliva paraît à propos en mainte occasion dangereuse pour la ix^putation d'une honnête femme, elle se compromet, elle s'affiche ; les badaud:^ la prennent pour la reine, et les méchants laissent dire les badauds. En quelques jours, la vertueuse Marie- Antoinette est réputée pour une femme sans délicatesse et sans pudeur. . . Ne devinez-vous pas encore, Madame, où je veux en venir?

— Non, Mademoiselle, et je vous prie d'abréger cet entretien, qui m'est pénible, je dois vous lavouer.

— Il touche à sa fin, Madame, et je vais être plus explicite. Vous avez remarqué , n'est-il pas vrai! combien je vous ressemble, et, soit dit en passant, Madame, j'ai tout lieu de me louer de cette ressemblance. Quiconque me voit croit vous voir; tout ce que je ferai vous sera attribué, et votre réputation, l'honneur de votre mari, la pabt de votre ménage, l'avenir de vos enfants, tout dépend de la conduite qu'il me plaim de tenir.

Vous allez donc me constituer en bonne forme une rente de deux mille cinq cents francs; \ons voyez que je ne suis pas exigeante. Sinon, dès demain, j« me lance dans une \'ie de désordres bruyants, je fais en sorte que tout Paris parle de mes débordements ; je traîne votre ressemblance dans les bals, les soupers et les orgies, je laisse croire que je suis M"* B. . . Pei-sonne n'en doutera,

et, avant huit jours, vous et les vôtres vous êtes déshonorés. J'ai dit!

M"** B. . . , toute tremblante, ne savait à quoi se résoudre ni queUe réponse imaginer.

—«Eh bien! Madame, dit Séraphine, je crois que vous hésitez. Ah ! vraiment, pour une femme honnête et riche comme vous Têtes, ce serait mal de marchander en ce moment. Sauver votre honneur et celui de votre famille pour une rente de deux mille cinq cents francs, est-ce là un sacrifice qui puisse vous épouvanter!

-—Mon Dieu, Mademoiselle, laissez-moi le temps de prendre un parti.

— Impossible , je suis pressée. Une voiture à l'heure m'attend en bas. Veuillez vous décider sans retard. ^

— Vous aurez ma réponse avant ce soir.

— Bouche close surtout ! dit Séraphine en se retirant, vous pourriez vous repentir d'avoir parlé. C'est d'ailleurs une affaire entre vous et moi, Madame, il convient de la traiter à l'amiable.

Deux heures après, M. B... rentra. H trouva sa femme toute en pleurs. Elle lui conta la visite de M"« Séraphine;

— N'est-ce que cela? dit-il.

Ma chère, lemeto-toi d'nne alarme si chaude. KooB vivons Mun un prince ennemi de la francic.

et le commissaire de police est à deux pas d'ici.

11 prit son chapeau et sortit pendant un petit quart d'heure. Quand il rentra :

— Oliva, ditril tout joyeux, Oliva est sous la protection des lois, et Marie- Antoinette peut désormais ^iyre sans crainte, comme elle \it sans reproches.

M. G... et M. R. sont fort riches. Leur richesse ne date pas de loin ; ils la doivent à deux ou trois spéculations heureuses qu'ils viennent de faire à la Bourse.

Au mois de juillet, les deux millionnaires se trouvaient ensemble dans un salon. Ils se prirent.de querelle, échangèrent des parole| très-vives, et un duel fut résolu.

«T— Quel dommage, se dirent quelques amis communs, de laisser se battre et s'exposer à la mort deux hommes qui n'ont jamais touché une épée, deux hommes si riches, et riches depuis si peu de temps ! N'y aurait-il donc pas un moyen de satisfaire l'honneur, sans priver ni l'un ni Tautre des douceurs que leur permet l'opulence!

A force de méditer, voici ce qu'on imagina : les deux ennemis seront mis en pixfeence ; on leur placeia sur la poitrine un plastron de cuir et à la main des fleurets munis de leur bouton ; ils tomberont en garde et feront assaut. Le premier tou^

— IBS —

ché payera cent mille francs à son adversaire.

Le dnel eut lieu dans ces conditions courtoises ; les deux Crésus se fendirent, s'attaquèrent avec une ardeur prudente, transpirèrent beaucoup, et M. G. . . fut le premier touché.

On ajoute que le vainqueur a donné aux pauvres les cent mille francs qu'il a si noblement gagnés.

Deux hommes, qu!à leurs yeux vifs, à leur teint brun, on reconnaissait sans peine pour des méridio* naux, étaient accoudés sur une table, dans un café du boulevard.

— Mon cher, disait l'un en allumant un cigare, depuis les affaires de l'Inde, une idée me trotte dans la tête.

— Voyons cette idée !

— -* Eh bien ! j'ai envie de fonder une Compagnie africaine pour remplacer la Compagnie des Indes, qui a fait son temps. Une annonce pompeuse ferait* connaître au public les immenses trésors que le conmierce peut tirer des régions inexplorées de l'Afrique, et démontrerait qtle le capital engagé dans cette merveilleuse entrepiise ne saurait, en aucun cas, courir de danger, etc.

— Ton projet est superbe ; mais , entre nous , l'actionnaire commence à être usé comme un vieux tapis de billard.

•— Tu te trompes, mon cher, et retiens bien ce principe : l'actionnaire est toujours plus bête qu'on ne le suppose.

Ce méridional vous semble, n'est-il pas vrai, un grand impertinent! Quel dommage qu'il ait raison !

Dans une diligence du chemin de fer de Saint- Germain, un Monsieur et une Dame conversaient, lautre jour, en regardant la campagne éclairée par un beau soleil ; on n'était pas ébigné d'Asnières.

— » Tenez, dit le Monsieur, voyez-vous cette maison superbe : elle vient d'être bâtie par un cuisinier enrichi.

— Dans son métier?

— Parfaitement.

— Vous m'étonnez. J'aurais cru qu'on ne devenait riche à plumer des pigeons. . . qu'à la Bourse.

Un usurier prêtait à 9 0/0. Comme on lui en faiîMtit reproche :

— J'espère, dit-il, que de là-haut le bon Dieu prendra mes 9 pour des 6".

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