CHAPITRE XVI
L'ESPRIT DES BÈTES.
Vous le voyez, j'emprunte ici le titre d'un des ouvmges les plus savants et les plus spirituels que Ton ait jamais écrits sur les animaux ; M. Toussenel a su donner à un livre d'histoire naturelle toutrattraîtd'un roman et toute la gravité d*une étude philoso^ phique. C est le maître du genre.
Les anciens ont été frappés comme nous de la merveilleuse intelligence des animaux, et les nombreuses légendes que leurs livres nous ont transmises prouvent assez quelle curiosité leur inspirait une des plus intéressantes questions de Thistoire naturelle. Grecs et Latins ont écrit de charmantes pages sur les abeilles et les chiens en particulier. Tout le monde connaît le chapitre de Pline sur les dauphins : « Le dauphin, dit-il, n'aime pas seulement l'honmie, il aime encore la musique. >»
Le grave savant indique même avec précision quels sont les deux instruments dont le son flatte le
plus les ouïes du poisson dilettante. Puis, sur la foi de Mécène, de Fabien, de Flavius Alfius, gens d esprit et philosophes, il raconte les aventures du dauphin du lac Lucrin. Ce dauphin se prit d'amitié vive pour un petit bonhomme qui, suivant le chemin de Baïes à Pouzzoles pour se rendre à l'école, lui jetait chaque jour des morceaux de pain. Au premier appel de l'enfant, le poisson accourait des profondeurs des eaux, prenait sa pitance, offrait son dos et portait son bienfaiteur jusqu'à la porte du magister. Après la classe, même complaisance, et cela dura plusieurs années. Un jour, Técolier tomba malade et mourut; ne le voyant plus venir, le dauphin ne tarda pas à mourir de tristesse. Un chien n'aurait pas fait mieux.
Depuis Taraignée mélomane, nous rions volontiers de ces récits dont l'invraisemblance nous choque ; et pourtant, chstque jour, combien de petits prodiges fort dignes de remarque ! Les singes qui font la petite guerre et les chiens qui jouent aux cartes ne noiis étonnent plus, et nous voyons d'un œil indiiférent les phénomènes les plus étranges.
Une aimable jeune fille, W^^ Emilie Van der Meersch, et un homme d'esprit, qui a composé les paroles de bien des romances et écrit le livret de Croquefer pour les Bouffes-Parisiens, M. Tréfeu, ont dressé de petits oiseaux qui en savent plus long qu'un certain nombre de citoyens français. Ils savent lire et écrire ! Leur adressez-vous une question,
ils secouent gentiment leurs ailes et sautent sur une bcute qui contient des caractères t}q[>ographiques ; ib en tirent les lettres une à Tine, les alignent et coniposent leur réponse.
Quel que soit le procédé employé par M^ ¥an der Meersch et M. Tréfeu, n'est-ce pas im beau résultat que d'avoir su donner à un oiseau les éléments de rinstruction primaire t
M. Tréfeu a bien voulu nous offrir une représentation en tout petit comité, et faire jouer pour nous ses jolis acteurs emplumés. Par malheur, le premier sujet de la troupe se trouvait indisposé ; c'est un artiste de premier ordre, dont nous avons vivement regretté l'absence. Toutefois, ses camarades ont si bien tenu leurs rôles, que nous avons passé une soirée charmante.
Au milieu de son salon, M. Tréfeu place une petite table couverte d'un tapis * sur cette taUe, une cage très-coquette divisée en quatre compartiments, qui sont les loges des quatre acteurs; devant la cage, une ligne serrée de petits cartons ; les uns sont blancs, sur les autres sont écrits des noms d*hommes, de plantes, de fleurs, des chiffres, etc. Voilà toute la mise en scène.
Armé d'une baguette, qui lui donne un petit air de magicien, M. Tréfeu se place à la gauche de sa cage ; il ouvre ou ferme la porte, suivant les besoins de la représentation, et ses oiseaux n'entrent en scène qu'après son signal et avec sa permission.
M. Tréfeu se présente ^vec des cartes à la main ; UB des spectateurs choisit une carte et la caeke soigneusement.
Revenant alors vers la cage, M. Tréfeu demande à l'oiseau s'il peut dire quelle carte a été tirée du jeu. Pinson aussitôt agite ses plumes grises, et sollicite un laisser-passer : la cage s'ouvre, il s'élance, sautille sur la longue rangée de petits cartons, paraît se livrer à une recherche inquiète, hésite, donne des coups de bec, et enfin se précipite sur un des cartons, et, le tirant avec violence, montre le chiffre neuf. La carte tirée du jeu était le nexif dépique.
L oiseau a deviné de la même manière le cordon, l'effigie et le millésime d'une pièce de cinq francs de la république de 1848 ; le nom de baptême de deux ou trois spectateurs, le nom d'un chapelier caché au fond noir d'un chapeau ; îT a fait des calculs d'arithmétique assez compliqués ; il a lu le nom de M . Home et celtd de Bruschina, écrits avec mystère et trèsmal écrits par MM. Louis Ulbach et Jacques Ofifenbacb.
Une autre personne ayant gri0bnné le nom rébarbatif de rhododendron y M. Tréfeu demanda à l'oiseau s'il pouvait le lire. L'oiseaufitles raines les plus comiques, et tira sept fois de suite un carton, sur lequel on lisait non, et trois fois un autre carton où était tracé le mot fin. On a obtempéré à un ordre si formel, la représentation s'est terminée aux applaudissements de toute l'assistance, et, pendant un excel-
lent souper, on a beaucoup discuté sur rintelligence des animaux, qui n*est autre peut-être que rintelligence même de leurs éducateurs.
Un marchand de tabac a une chienne qui te (aire les provisions de la maison chez le boucher et k boulanger, et porte le linge à la blanchisseuse. A coup sûr, voilà une éducation soignée; mais les chiens aussi bien dressés ne sont pas rares. Le merveilleux, c'est que les petits de cette chienne ont hérité de l'intelligence de leur mère ; on §e les dispute, on en offre des prix énormes.
M. de Frarière a publié un travail curieux sur ce qu*il nomme Védtication antérieure dans la race humaine. Le caractère et Tésprit de la mère, doivent, dit-il, influer directement sur le caractère et Tesprit de l'enfant qu'elle porte encore dans son sein. Cette influence serait-elle donc encore plus évidente dans la race canine? Il suffit de bien instruire une chienne pour avoir une postérité de chiens bien dressés dès leur naissance, et possédant la science infuse comme un patrimoine transmissible avec le sang.
Hélas ! que n'en est-il ainsi des familles humaines ! On ne verrait pas si souvent un fils imbécile naître d'une mère intelligente !
Peut-être avez-vous entendu parler du corbeau du ministère de la guerre. Cet animal mérite un mot de biographie. C'est un vieux fonctionnaire. Depuis la Restauration, il veille à Tune des portes du ministëre.
Il est entré en charge avec un concierge qui fut installé sous le ministère de M. de Clermont-Tonlierre. Il se promène gravement dans la cour et passe en revue les visiteurs ; on prétend qu'il distingue très-bien un chef de division d'un solliciteur, et varie, suivant les circonstances, ses attitudes et les expressions de sa physionomie. (La physionomie d'un corbeau î — Pourquoi pasî L'insecte en a bien une ; consultez à ce sujet le dernier livre de M. Michelet.) Il a mille nuances de dignité, de gaité, de bienveillance ou d'humilité. C'est un oiseau qui a du monde.
11 est particulièrement aimable pour messieui-s les militaires, les soldats, veux-je dire, et les sousofficiers, peut-être ; mais il ne peut souffrir les oj£ders depuis qu'un de leurs pareils, choqué de le voir perché sur l'épaule d'un fusilier. Ta chassé de ce poste et brutalement battu. Depuis ce jour, quand l'oiseau voit une épaule tte, ses plumes frémissent comme l'eau dont le vent fat rider la surface ; il
tremble, il a ses nerfs et s*enfuit dans sa cage.
Il y a quatre ans, il eut une surprise désagréable; il avait passé la journée, comme de coutume, avec les bons petits soldats de la ligne ; il aimait leur beDe capote grise et leur pantalon rouge ; il se plaisait à leur conversation et les traitait en camarades. Il prit congé d*eux d'assez bonne heure, et alla se coucher. Le lendemain, il s'éveilla gaiement et sauta hors de sa cage :
— Qu'est ceciî se dit-il, quel est ce soldat étranger! quel est cet uniforme que je ne connais pas? QueDe barbe ! quelle coiffiire! La France serait-elle envahie t . . .
n s'était arrêté tout court dans sa marche, et regardait d'un œil défiant la sentinelle inconnue qui montait la garde devant sa guérite.
C'était un zouave, et jamais le corbeau n'avait vu de zouaves. Le soldat s'étant détourné, l'oiseau fut si effrayé qu'il s'enftiit dans sa retraite, s y blottit, et, pendant plusieurs jours, reftisa d'en sortir.
Un matin pourtant il se hasarda,vint rôder autour du poste, et s'approcha insensiblement. On lui fit bon accueil ; il renouvela sa visite ; il finit par s'habituer à ces figures terribles ; il les regarda sans peur, puis avec intérêt, puis avec plaisir.
Aujourd'hui il e.st plus familier avec les zouaves qu'il ne l'a jamais été avec les autres soldats ; il a retrouvé la gaîté et la paix des anciens jours.
Un contrebandier, pourchassé par les douaniers, s'enfuyait à travers les rochers des Pyxénées ; il était suivi de son chien, compagnon utile en toute autre occasion, dangereux dans celle-ci.
Une meule de foin se présente. Notre homme songe aussitôt à s'y cacher. Mais que faire du chien î
— Si je le laisse dehors, oïl le verra j si je le prends avec moi, il aboiera. De toutes façons, il va me trahir.
i^rès un moment d'hésitation, le contrebandier s'enfonce dans le foin et y disparaît avec son chieh. L'animal, au premier bruit, peut s'élancer ou donner de la voix : son maître lui saisit le corps d'une main et de l'autre lui serre le museau.
Les douaniers arrivent; la meule attire naturellement leur attention ; ils s'approchent. Le chien frémit et veut se dresser; on le retient; les douaniers fouillent le foin et le sondent à coi^s de baïonnette. Rien ne bouge ; pas un mouvetnent, pas un murmure.
Us partent. Quand ils sont loin, le contrebandier sort de sa cachette et voit que èon chien saigne. La pauvre bête avait été blessée d'un coup de baïonnette et n'avait pas fait entendre le moindre cri.
Une société de jettxies gens et de jeunes femmes dînait dans un restaurant du boulevard. Le repas se prolongea jusqu'à onze heures. Quand on sortit du i-estaurant, le temps était si beau, l'air si doux, k lune si claire, que personne ne voulut prendre de voiture, et les dames consentirent pour cette fois à se servir de leurs pieds pour regagner leur logis.
M'^^ C... accepta le bras de M. de R..., un beau garçon, très-gai, très-étourdi, aimable et courtois comme un marquis du dix<-huitième siècle. Ses flatteurs disent qu'il a l'esprit de Rivarol et l'él^ance de Lauzun.
Pendant que le gros de la troupe marchait lentement, M** C... et son cavalier prenaient les devants ; on se dirigeait vers la maison de M. C...
La route parut courte, tant la conversation fut bien menée.
On arriva à la porte de M"* C... M. de R... hésitait à franchir le seml.
— Eh bien ! entrez donc, je vous en prie, loxm mari est à cent pas tout au plus.
L'invitation fut acceptée avec empressement. M. de R... monta l'escalier, la joie dans le coeur; mais à peine avait-il passé la porte, qu'une grosse voix se fit entendre dans la pénombrc. Une forme
àiingulière, tenant du chien, du loup et du mouton, se détacha du fond de la chambre, s'avança dun bond jusqu'au visiteur, lui sauta à la tête, mais sans lui faire de mal, et, retombant à terre, saisit entre ses dents' la manche de son paletot. L'attaque avait été si brusque, que M. de R. . . ne put retenir un cri; M™« C. . se jeta sur un canapé en riant aux éclats.
Au moment même l'arrière-garde de la troupe arrivait :
— Ah ça, dit M. de R. . . au mari, quel cerbère avez- vous placé ici ! Avez- vous dressé ce chien à la chasse de l'homme? Il a failli me dévorer quand je sfuis entré avec Madame.
— Je suis désolé de cet accident, mon cher ami, répondit M. C. . . ; mais il faut croire- que vous étiez un peu en faute pour que mon chien ait songé à vous punir.
— Quoi ! que voulez-vous dire \
— Le voici. En France, nous avons des chiens qui flairent les voleurs ; en Kabylie, les chiens ont encore une intelligence plus extraordinaire, ils reconnaissent les séducteurs et les galants. Dans une des tribus nouvellement soumises, les maris, n'ayant pas le moyen de se procurer des eunuques, y suppléent par des chiens qui gardent leurs femmes. Quand les galants manifestent des* intentions trop criminelles, les chiens leur sautent à la gorge ; s'ils se conduisent décemment et s'en tiennent aux ga-
— Galanteries, le$ chiens se contentent de les troubler dans leur bonheur et de les saisir par un pan de leur habit. Il paraît que vous vous conduisiez décemment, puisque mon chien ne vous a fait aucun mal ; cependant il faut penser que vous n'étiez pas tout à fait sans reproche, puisqu'il a cru devoir vous arrêter.
Tout le monde se mit à rire, et M. de R... plus que les autres.
•— Ma foi ! mon cher, dit-il, je ne donnerai votre adresse à personne ; car si le bruit de mon aventure se répandait, tcms les maris viendraient vous demander des chiens de votre chienne.
Au coin de la rue de l'Ouest et de la rue de Vau* girard, un petit garçon, vêtu d'une blouse bleve, passait en bayant aux corneilles, suivant la coutume de ses pareils. Cependant, il était alors chargé d'une mission de con&ance ; il portait deux magnifiques pains de quatre livres, blonds, dorés, appétissants. Il s'arrêta, et tout en si£9ant, se mit à observer les capricieuses allures d'un ivrogne qui battait les nmrs. n riait de tout son cœur.
Tout à coup un choc imprévu le fait chanceler ; il serre le bras machinalement et cherche ses paîna : il n en trouve plus qu'un ; il regarde à terre : rien. Il regarde en arrière, et voit un canicàe aux poik
frisés qui se sauve à toutes jambes vers le hottt de la rue, emportant un pain entre ses dents.
Le bambin pousse des cris , donne Talanne ; oh court après le chien ; les passants, âveitis de loin par des signes, se£Ebrcent d'arrêter le voleur; mais i comme on dit au collège, il est fatt en dé* tours y il se glisse entre les jambes de ceux qui le poursuivent, tourne brusquement à Tangle de la me Yavin » se jette dans un escalier et disparaît.
Poixrtaiit,ses ennemis n'avaient pas perdu àa trace; des voisins indiquèrent la maison où il était esAté. On monta jusqu'au cinquième étage, et là toutes les colères s'apaisèrent comme par enchantement.
Dans un taudis large de quelques pieds, un vieillard à longue barbe blanche était couché sur un misérable grabat ; il était maigre et pâle comme un mourant. Le chien s'était pelotonné dans un coin et regardait les visiteurs d'un œil timide et inqiliet^ le pain volé était au milieu de la chambrette.
Le viedllatd , se soulevant avec peine, demaiida ce qu'on lui voulait : on lui conta l'escapade de son chien. Alors, il se mit à pleurer, et, d'une voix fai^ ble, fit im récit à déchirer le cœur.
n restait couché par économie ; il avait remarqué qu'en gardant le Ut et en n'ouvrant pas sa fenêtre, il pouvait vitre aveè un sôu de nourriture par jour. Depuis trois jours, il n'avait pas mangé , et il n'aitendait de secours d'auctine part. Strn diîèn, s*hs
doute, avait compris sa déti'esse , et souiFrait d'aUleurs de la faim comme son maître. Il était sorti sans être vu, et avait commis le lardn qu'on lui reprochait.
Parmi les personnes réunies dans ce galetas, se trouvait M. le comte de V.... que la curiosité j avait poussé. Les paroles du vieillard le touchèrent si vivement qu'il s'approcha de lui , lui parla à l'oreille, puis, se retournant vers ceux qui l'entouraient :
-^ Messieurs, veuillez vous retirer ; je me duurge d'arranger cette affidre ; mon petit , voici votre pain.
Tout le monde se retira. Resté seul avec le malade, le comte le pria de lui raconter son histoire» et apprit que ce pauvre homme avait été autr^ns dans une très-bonne position.
En le quittant, il lui dit :
— Ne vous inquiétez plus, Monsieur, voici quelque argent, soignez-vous et guérissez ; puisse vous procurerai une place dans un chemin de fer ; d'id-là, vous ne manquerez de rien.
Un vendredi, à l'heure où la musique militaire attire les oisifs sur la place Vendôme, un petit drame se passait entre ciel et terre.
A Tun des angle.s de ce magnifique quadrilatère de palais, entre l'hôtel de 1 etat-major de la place , et rhôtel de S. Exe. le maréchal commandant Tarmée de Paris , une nuée d'hirondelles voltigeait avec un grand bruit d'ailes et de cris aigus qui ne tardèrent pas à attirer Tattention de la foule.
Pourquoi ce concours d'hirondelles t Pourquoi cette agitation furieuse et ces clameurs étranges t II ne s'agissait ni d'une arrivée ni d'un départ de ces oiseaux voyageur^. Que signifiaient donc les allures inquiètes de ces mères, qui d'habitude, à pareille époque, s'occupent si paisiblement à construire leurs nidsl
Quelques observateurs s'avancèrent vers le côté de la place. où les hirondelles menaient si grand tapage. Déjà les soldats de garde à l'hôtel de l'état-major et les factionnaires placés à la porte du maréchal levaient la tête vers les toits. On finit par , reconnaître la cause de tout ce tumulte aérien.
Une pauvre petite hirondelle était accrochée par une patte à un fil attaché à la corniche de l'hôtel ; de douloureux soubresauts agitaient ce pauvre corps étique, et ses longues ailes frémissaient autour de sa tête pendante. Les autres oiseaux tournaient auprès de la captive, poussant des cris plaintifs, prenant de loin leur élan pour rompre le fil d'un coup d'aile ou d'un coup de bec, allant et venant avec une effrayante rapidité. Mais leurs efforts étaient vains; le fil résistait à tous les chors et la pauvre hiron-
délie agonisût au milieu de ses sceurs impuiâsantes et désolées.
Tous ceux qui, de la terre, contemplaient ce pé^ nible ^ctacle, cherchaient un moyen de secourir la gentille bête. Une seule personne aurait alors paie faire, mais ne semblait guère s en soucier. C'était une grosse bonne d'enfants , qui , d'un étage âevé de l'hôtel, assistait à cette touchante scène, riant de tout son c(£ur et faisant partager sa gaîté à trois on quatre bambins confiés à sa garde.
Tandis que cette brave campagnarde se d^piUt ainsi la rate, les rideaux rouges de l'hôtel du maréchal se soulevèrent doucement , et l'on vit paraître un gracieux visage de jeune fille. Elle aperçut là malheureuse hirondelle et la prit en pitié : elle rentra dans l'appartement et un moment après reparut à la fenêtre avec le maréchal commandant l'armée de Paris. En même temps, une dame vêtue de noir se montra au balcon du ministère de la justice. Le général commandant la place et M""* Soumain s'empressèrent aussi d'ouvrir leure croisées : tout le voisinage était en émoi.
En un instant des ordres furent donnés : un hoomie monta sur les combles de Thotel, et, à l'aide d'une longue perche» rompit le lien qui retenait l'hirondelle.
Le charmant oiseau, ayant un moment battu des ailes, comme pour reconnaître sa route et revenir de son étourdissement, prit un rapide essor et s'éleva
dans Tair avec toutes ses sœurs, qui semblaient célébrer sa délivrance par leurs cris joyeux et leurs rapides évolutions.
C'est peu de chose que cette tres-véridique histoire ; mais si Michelet vous l'eût contée , vous en auriez les larmes aux yeux. Pour moi , en vous la rapportant, j'ai voulu seulement mériter l'honneur inattendu que m'a fait la Société Protectrice des animaux.
Voici un extrait du procès- verbal de la séance du 18 février 1858, présidée par M. le vicomte de Valmer :
« H est décidé, sur la proposition de M. le président, qu'une collection de nos bulletins sera offerte, à titre de remerciement , à M. Henry d'Audigier, rédacteur de la Chronique, dans le journal la Pairie, pour la sympathie qu'il témoigne , dans toutes les circonstances, à notre œuvre, en pubUant des anecdotes tendant à propager les idées de justice et de protection envers les animaux. «
« Je suis fier de ce témoignage de sympathie, et je m'efforcerai de le mériter désormais. »