LE CHAPITRE DES MIRACLES
Dans une ville de province \dvaient deux frères, Tun peintre, l'autre avocat. Ils s'aimaient tendrement et logeaient ensemble ; ils avaient tous deux l'esprit cultivé, et leurs entretiens tournaient souvent aux plus graves sujets. Ils s*inquiétaient en particulier de la vie future, et cherchaient à percer d'impénétrables mystères. « Le premier de nous qui mourra, se dirent-ils maintes fois, reviendra donner vn signe au sunivant. »
Dernièrement, le peintre monta à cheval et se rendit à une campagne peu éloignée de la ville ; son absence devait durer jusqu'à une heure avancée de la nuit.
En rentmnt au logis, l'avocat traverea la chambre de son frère pour gagner la sienne. Il était à peu près onze heures ; la maison était \ide, et le voisinage silencieux ; il faisait un beau clair de lune. Un large rayon de lumière éclairait le lit de son frère ;
spontanément il regarda de ce côté; le lit était occupé.
— Tiens ! tu es^ rentré î
Point de réponse. Il approche; il aperçoit son frère couché sur le dos, les yeux à demi-fennés, la bouche entr'ouverte , le visage impassible, décoloré, les'1)ras le long du corps et le corps immobile, n appelle de nouveau, le silence continue ; il tend la main et touche une peau froide et des membres roidis.
Épouvanté, Û allume une bougie, il regarde. . . le lit est vide!
— Suis-je fou? dit-il. Quelle est cette lugubre hallucination?
Le cœur lui bat si «fort, il a l'âme si bouleversée, qu'il ne peut ni se coucher, ni* même rester dans la maison.
n sort; il vient à peine de fermer la porte, qu'il voit de loin un groupe d'hommes qui se dirigent vers lui. Ces hommes approchant, il reconnaît qu'ils portent im blessé sur un brancard. Il s'élance à leur rencontre : « C'est mon frère ! »» s'écrie-t-il d'une voix déchirante. On cherche à l'éloigner : •♦ Ce n'est rien, Monsieur, M. votre frère est tombé de cheval; mais l'accident n'aura pas de suites. ♦» — u Je vous . dis qu'il est mort ! «» répète-t-il en s'eiforçant d'arriver jusqu'au corps.
fl le touche, c'est un cadavre!
L& Patrie a rapporté rhistoire de Cette ésme^ tl<)ue quii au milieu de la nuit, sV.veilk eh èuf^tlt, fondant en larmes et criant qu'elle venait dé toir mourir sa mère. Cette fille était en condition à Lyoa et sa mëre habitait Bourgoin. Deux jours aprbs, tttia lettre apportait la nouvelle officielle du malbeiu' dOflt la pauvre servante avait été avertie en songe.
J*ai à vous citer un fait du même genre qui oancerne des personnes de ma famille.
Au mois de décembre 1857, le comte d*Audigtér d'Aurelle, moti grand-oncle, était fort malade. Agé de 88 ans, il habitait Paris depuis son retour do rémigration ; mais il étcût né à Saint-Fortunat, petit village du Vivarais, où demeure encore une partie de sa famille. Là-bas, sous le toit de notre masure paternelle, une domestique, depuis longtemps infirme et contrefaite, achevait péniblement de mourir.
Un jour, à trois heures de Taprès-midi, cette vieille femme fit entendre un appel plaintif ; une servante, qui veillait sur elle, accourut et lui demanda ce qu'elle désirait :
— Roscj répondit-elle tranquillement, M. d*Aurelle vient de mourir. Va le dire à M. le commandant. C'est le nom sous lequel le frère aîné de mon père, officier supérieur en retraite, est connu dans le pays.)
Laàôrv&nte, sans faire la moindre attention à oé propos, arrangea le lit de la malade, hu dit dé dé reposer, et se retira.
Quelques moments après, le commandant rentra & la maison et demanda des nouvelles dô la vieilk Marianne '.
— Elle ne va pas bien en ce moment , répondit la servante. Je crois qu'elle a le délire. Figurez- Vous qu'elle m'a appelée tout à l'heure pour mé dire que Monsieur voire oncle de Paris venait de mourir.
Le commandant se dirigea vers la chambre où couchait Marianne. Celle-ci, eh l'entendant venir, se tourna vers lui :
— Monsieur, lui dit-elle, M. votre oncle vient de mourir ; je vous assure qu'il est mort il n'y a pas dix minutes.
Le lendemain soir, le facteur de la poste apporta une lettre : elle annonçait que la veille, à trois heures de l'aprës-midi, M. d'Aurelle avait succombé à une attaque de goutte dont il souffrait cruellement depuis une quinzaine de jours.
Marianne n'eut même pas le temps d'apprendre la confirmation de la triste nouvelle qu*elle avait donnée. Elle rendit le dernier soupb* quelques heures après son vieux maître qu'elle avait vu mourir i plus de cent cinquante lieues de distance.
Tels sont les faits dont je puis garantir l'exactitude, mais que je ne me charge point d expliquer. Je
les crois capables d'intéresser les amis du merveAleiuc , et dignes peut-être d'exciter la curiosité des savants.
Je n'essaierai pas davantage de m'expliqaer ce que j'ai vu dans une soirée magnétique, où j'avais été convié et où je me rendais, je dois le dire» par politesse et pour l'acquit de ma conscience.
J'ai une répugnance naturelle pour le merveilleux, pour l'inexplicable, pour ce qu^on nomme les sciences occultes ; je me défie singulièrement des tours de passe-passe et des prestiges, et souvent j'ai dit, comme certains descendants du sceptique Thomas : H Je verrais que je ne croirais pas ! "
Cependant, j'ai assisté chez M"« Mongruel ( Délia Grimaldo) à d'étranges spectacles. J'ai ni cette belle et intelligente sonmambule montrer par ses gestes et par ses paroles qu'elle lisait à livre ouvert dans l'intelligence de gens qu'elle voyait pour la première fois, traduire des pensées non exprimées et se mettre en relation directe avec d'autres personnes placées fort loin d'elle et qu'elle n a jamais connues.
Je suis sorti de chez la Sybille Moderne, ànon converti et croyant , du moins étonné , inquiet. Ce que j'appelle ma raison résiste encore au témoignage de mes yeux ; mais , je conçois aujourd'hui les passions vives, les amitiés et les haines ardentes qu'excite le magnétisme.
Le 1*' novembre 1857, vers dix heures du soir, dans une maison de la rue d'Anjou-Saînt-Honoré, deux jeunes gens causaient devant un bon feu :
— A propos, difVun ; tu ne sais pas, mon cher, j'ai failli me marier.
— Ah ! et pourquoi as-tu failli î
— C*est tout un roman. J'ai fait ma cour à ma future pendant quinze jours environ. A chacime de mes visites, la mère de Clémence me disait avec une exEUîtitude merveilleuse ce que j'avais fait la veille : " Vous avez été au bois, vous avez été à l'Opéra, vous avez soupe, vous avez été à droite , vous avez été à gauche, n Elle ne se trompait jamais. J'étais furieux et intimement convaincu que la famille de B. . . avait ime police secrète. J'organisai un système de contre-police. Je me fis suivre par des amis pour savoir si j'étais suivi par des espions. Jamais ils né trouvèrent de visages suspects ; je ne pouvais comprendre comment M™« de B. . . était si bien informée de ma conduite, et moi, qui ne suis guère superstitieux, je crus qu'elle avait à son service quelque agent surnaturel. Voilà où j'en étais venu, mon cher, tant ce mystère me troublcut l'esprit. Toutefois , je ne négligeai aucun moyen naturel de deviner le mot de Ténigme.
Je pris un jour, entre deux portes, M"* Judith, la fenune de chambre de M"* de B. . . , et je lui dis :
— Mademoiselle, vous pourriez peut-être me tirer d'un grand embarras.
Tout en parlant, je roani^a négligemment un billet dQ banque*
M"* Judith m'écoutmt avec une religieuse attention, et ses yeux brillaient de convoitise.
— Vraiment ? dit-elle en souriant, je sui» à vo» ordres.
--P Eh bien ! aavez-vous comment il 3e fait que je ne puisse faire un pas, un mouvement, un geste, san* que M"® de B. . . . en soit informée sur-le-champ î
^— Oui, Monsieur, je le sws. Figurez-voi» que Mïidemoiselle est sujette à des crises. • .
— A des crises!
— De catalepsie.
— Ahl mon Dieu?
— Oui, Monsieur, et elle se trouve ^ors dans qa tel état de lucidité, qu elle voit ce qui se passe loin d'elle. Je vous dirai, entre nous, qu elle profite presque toujours de sa seconde vue pour vous surveiller, n faut croire que vous l'intéressez, Êtes-vous heu^ reux. Monsieur?
— Oui, ma fille, assurément. Je suis très-hewreux, et je te remercie...
Je lui donnai mon billet de banque, et je me sauvai à toutes jambes.
— Diable ! diable ! me disais-je, voilà une révéla*
tion utile. Une femme cataleptique, ce n'est pas agréable ; une femme si clairvoyante, c*est fort dangereux.
Je n*ai pas remis les pieds dans la maison, et voilà pourqu(H j'ai failli me marier.
— Eh bien ! mon cher, dit l'autre jeune homme, si tu m'avais conté ton histoire il y ^ huit jours, j'aurais cru que tu te moquais de moi. Mais elle ne me surprend plus, depuis que j'ai lu l'ouvrage du docteur Alexis Favrot sur Y Hystérie et la Catalepne. Je tacherai de te le procurer, et ce n'est pas cbo^e facile; l'édition est complètement épukée. Mab jeveux que tu lisçs ce livre,. il en vaut la peine. U te prouvera, entre autres choses, que tu m bien fdit de ne pas te marier,
Dans un café du boulevard, trpis jeunes ger\% 44j^unalçnt le surlendemain du bal de l'Opéra.
— Figurez-vous, dit l'un, que j'ai rêvé dç cette femme dont nous avons remarqué le costume k ]a fois étrange et magnifique, cette large robe de satin cerise parsemé d'étoiles noires, une toilette de bohémienne millionnaire. J'ai rêvé de chats, de chauves-souris, d'animaux fantastiques se jouant sur les genoux d'une jeune et belle fée.
— Eh bien, dit un autre, je snis maintenant
quelle est cette inconnue. On m'a dit son nom, elle se nomme Sdonie. Elle a fait ime fortune d'une manière rapide et singulière. 11 y a un an environ, elle menait une existence fort précaire, lorsqu'elle fit la connaissance d*un coulissier. Un jour, on vintlà parler de magnétisme devant elle.
— Vous vous moquez de ces sortes de choses, dit-elle au coulissier, eh bien ! je parie que je vous endors moi-même, ici même.
Ce disant, elle fixa sur lui ses regards, il s endormit sur-le-champ. Dans son sommeil, il fit preuve d'une lucidité si étonnante, que M"« Sidonie résohit de tirer parti de facultés si puissantes.
Ces deux personnes se sont associées pour jouer à la Bourse ; elles osaient tout, comme gens sûrs du résultat. En un an, elles ont gagné 180,000 fr., et cette année elles comptent que leurs gains senmt encore plus considérables.
Après cela, il paraît que le moyen n'est pas infaillible, et j*ai entendu certains sceptiques prédire que les deux associés se ruineraient avant deux ans: pour moi, je ne risquerais pas cinquante centimes dans l'entreprise.
Une femme, élégamment mise, entra chez un coiffeur, et, le prenant à part, lui dit :
— Vous êtes le coiifeur de M. X. . . (Ici le jiom d'un de nos puissants financiers.) Si vous le voulez, vous pouvez faire ma fortuné et la vôtre. •
— Par quel moyen, Madame?
— Le moyen est des plus simples : La prochaine fois que vous taillerez les cheveux de M. X. . . , coupez-lui une mèche que vous me remettrez. Je vous la paierai le prix que vous me demanderez. •
Le coiffeur, ne pensant pas que les cheveux de M. X. . . fussent un talisman comme ceux de Samson, coupa la mèche et la donna à l'inconnue.
Celle-d courut chez une somnambule, et, la mettant en communication avec M. X. . . , apprit d elle tous les calculs, tous les projets, toutes les manœuvres du financier. Munie de ces renseignements, elle commença des opérations fictives sur les valeurs publiques ; elle joua en blanc, suivant l'expression technique. Toutes ces tentatives préparatoires furent -très-heureuses. Alors, elle songea à jouer bon jeu, bon argent, et se mit en relations avec la Bourse. En quelques jours elle fit des gains considérables.
— Restez-en là, lui dit la somnambule elle-même; et ne comptez pas trop sur mes oracles ; je dirai vrai quatre-vingt-dix-neuf fois, la centième je me trom • perai et vous perdrez tout.
Mais il paraît qu'on ne saurait se borner quand on est en veine de prospérité. Les conseils de la somnambule ne furent pas suivis, et, pour avoir
voulu poursuivre son jeu, M™* C . . » fini par se ruiner complètement.
Je la^lains personnellement ; mais j'estime que son malheur est d'un exemple utile. S'il était vrai que la lucidité des somnambules fut constante et que leur autorité fût infaillible, les gens qui les consultent joueraient à coup sûr et n'auraient qu'à mettre la mam dans le sac pour y puiser à discrétion. Ce ferait vraiipent trop commode !
En écrivant Feu Lionel, ne dirait-on pas que M. Scribe a connu l'histoire d'un jeune homme que nous nommerons prudemment Jules Bernard!
H y a quelques années, il se trouvait à la tête d'une manufacture considérable : il y régnait, mais ne gouvernait pas. Se sentant plus de goût pour le plaisir que pour les affaires, il \dvait gaîment.
Un jour, le dernier jour d'un mois, il eut un réveil terrible ; il se trouva dans l'impossibilité de faire honneur à ses engagements.
n fit secrètement un paquet de quelques bardes, et disparut.
Le lendemain, son domestique, entrant dans la chambre, vit une lettre cachetée placée en évidence sur la table de travail. Elle était adressée à M. Bernard père et conçue en ces tennes :
** Un négociant qui fait faiUite est perdu d'honneur. J*aimais mieux Thonneur que la vie. Demain je serai mort. "
L'alarme fut vive dans la famille Bernard ; on fit jou6r le télégraphe ; on avertit la police ; on fit des insertions dans les journaux. Mais on ne put recueillir aucun renseignement.
Un ami de Jules, un auteur dramatique très-spirituel, voulut que l'on consultât une sonmambule.
— La somnambule, aux mains de laquelle on plaça une cravate de Jules, répondit avec assurance :
— Je le vois. Il marche seul, il marche à pas précipitée.
— Où se trouve-t-il?
— Dan» une forêt. . . c'est la forêt de Fontainebleau. Dieu! qiAl a l'air agité! Oh! courez! courez I Vous arriverez trop tard, il se pend, il est pendu !
-^ Dans quel quartier de la forêt s'est-il arrêté t
La somnambule indiqua avec précision la physio*
Qomie des Ueux où se passait la scène lugubre qu'elle
décrivait. Sur-le-champ M. B..., courut au chemin
de fer de Lyon.
Deux heures après, guidé par des paysans, il arrivait auprès d'un grand chêne dont le tronc pourri présentait une grande déchirure. En levant les yeux, il aperçut un corps attaché par le cou à Tune des premières branches. On coupa la corde.
— C'est bien lui ! s'écria M. B. . . Cependant, afin de ne plus avoir de doutes, examinons le genou du
mort. Jules avait à cette place une cicatrice trfesfacile à reconnaître.
On examina le cadavre. Point de cicatrice au genou!
— Cet homme ressemble étonnamment à Jules ; mais ce n'est pas Jules! s'écria M. 6..., gardant encore quelqu'espérance. Il revint à Paris et rendit compte de son voyage. Aussitôt on renouvela les dépêches télégraphiques et Ton fit publier dans les . journaux la note suivante :
« M. Jules B. . . a disparu depuis quelques jours. Sa famille est dans les pli^ vives inquiétudes. En quelque lieu qu'il lise ces lignes, qu'il écoute l'appel des siens, qu'il revienne auprès d'eux et soit assuré de retrouver toute l'affection et toute l'estime de ses parents et de ses amis. »
Pendant ce temps, on arrangeait les ai&dres du fugitif, on payait ses créanciers, et l'on mettait sa réputation conmierciale à l'abri de tout soupçon.
Un matin, on frappa à la porte de M. Bernard père. C'était Jules Bernard; sa santé était parfaite; mais il avait coupé ses moustaches et portait les cheveux taillés en brosse. Pendant qu'on pleurait sa mort, il avait été faire un petit voyage sur les bords du lac de Genève.
Feu Lionel, feu Bernard, veux-je dire, est aujourd'hui un de nos industriels les plus riches et les plus estimés.
A l'époque où Robert Houdin étonnait le public par ses prodiges de prestidigitation, une jeune dame vint le trouver:
— Monsieur, lui dit-elle, je connais votre puissance surhumaine, et vous seul pouvez me rendre le bonheur que j'ai perdu. Mon mari me néglige et me délaisse. Je vous en supplie, ramenez-le, retenez-le auprès de moi.
— Madame, répondit Robert Houdin, je suis touché de vos peines ; mais, en vérité, conmient pourrais-je y porter remède î
— Oh ! Monsieur, si vous vous intéressiez à moi, vous me prépareriez un philtre qui rendrait mon mari fidèle.
— Mais, Madame, c'est Tafiaire des magiciens et je ne suis point magicien.
— Vous, Monsieur, vous n'êtes pas magicien? Vous qui, d'une seule bouteille, faites sortir cent liqueurs différentes ! . . . Je vous en prie, ne soyez pas impitoyable.
Pour se débarrasser de cette folle, Robert Houdin eut la bonté de lui montrer par quels moyens trèsnaturels il produisait des effets extraordinaires, et hii livra tous les secrets, toutes les ficelles de son
art. La jeune femme se retira désolée, et alla tout conter à une amie.
— Ma foi, ma chère, lui répondit cette amie, vous avez été plus heureuse que moi ; vous avez eu affaire à un honnête homme, qui n'a pas voulu abuser de votre crédulité. Moi, j*ai fait, il y a deux ans, une sottise qui m'a coûté assez cher. On m'avait indiqué ime tireuse de cartes, et j'allai la voir. Elle habitait un taudis, au sixième étage d'une sale maison dans ^ quartier du Temple . Je lui demandai aussi un pUlire pour rendre mon mari fidèle, La bohémienne alors, ayant caressé une aHireuse poule noire et remué un paquet de cartes grasses, me dit :
«-i-* Ma petite dame, je vous préparerai ee philtre; mais, avant toute chose, il faut s'entendre : les bms comptes font les bons amis. Si votre mari revient & vous, vous me donnerez 6,000 fr. ;• s'il ne revient pas, je sa vous demande rieii. Mais, pour compaiar mon philtre, j'ai besoin de quelques avances ; il me &ut acheter des herbes rares et de la fAsrre d aimant, une pierre très-précieuse, et, par eonaéquenti très-chère. Je ne puis rien commencer avant que Yous ne m'ayez compté 113 fr. C'est au plus juste prix.'
Je payai les 113 francs, et je reçus la poticm merveilleuse. Mon mari ne revint pas, et j'w fus quitte ppur n^es avances de 113 fr. ; suppose qu« mon mari m eût rendu son cœur, j'aurais été obligée de payar i)^s 6»000 fr. Tu vois piaintenant \m habitudes dt
ces gens-là et les petits mystères de leiv métier. Ds font payer d'avance une bonne somme ; que le philtre agisse ou non, ils l'ont bien vendu, et c'e^t h phose essentielle*
M. de S. . . , neveu de M™« la comtesse Kisseleff, habite TAngleterre. Un soir, il rentre chez lui, Tesprit fort tranquille. A peine a-t-il allumé sa bougie, qu'il entend un bruit étrange. Il se détourne, et voit çur sa table une main qui trace rapidement quelques lettres sur le papier et disparaît. Il s'approche et lit : Godefrofij. C'est le nom d'un de ses amis qui voyageait alors dans l'Amérique du Nord.
M. de S. . . a pris note précise du jour et de l'heure dé cette apparition ; quelque temps après, il a su officiellement que ce même jour , à la même heure, son ami était mort au Canada- L'impression que cet événement a produite sur lui arété si vive > qu'il vient de renoncer au monde et d'entrer ftUJi Qratoriens de Londres.
M. Home, sç trouvant ch^ la veuve d*TO ancien ministre, mort depuis deux ans, évpqua Vaiue du
défunt. Aussitôt on aperçut une main lumineuse qui se posa sur une table , saisit une plume, écri^dt un nom composé de cinq lettres, et disparut. On approcha, c'était la signature du défunt. Elle fîit soumise à des experts en écriture, qui lexamînèrent longuement, à grand renfort de besicles, comme disait Rabelais, et déclarèrent à l'unanimité qu'ils reconnaissaient la signature de M. D. . .
Mme Léonie P... est xme femme jeune et charmante, mariée depuis quatre ans à un mari qu'elle adore. Depuis quatre ans, les deux époux ont vécu dans la plus parfaite intelligence , je devrais dire que leur lune de miel a duré quatre ans.
Cependant, depuis un mois ou deux, Léonie crut remarquer que son mari la négligeait un peu, sortait souvent sans elle et semblait rêveur dans le tete-àtete. La jalousie s'éveilla aussitôt dans le cœur delà jeune femme ; elle surveiUa, on dit même qu'elle fit surveiller son seigneur et maître. Elle ne tarda pas à se convaincre que Tinfidële était engagé dans une intrigue galante ; mais elle ne put découvrir quelle femme lui avait volé le coeur de son époux.
Depuis longtemps Alfred s'occupait de magnétisme pratique ; il avait pris sa fenrnie pour sujet et se servait d'elle dans ses expériences.
Un jour qu*il avait paru plus distrait et plus soucieux qu'à l'ordinaire, il pria sa femme de se prêter à une expérience nouvelle.
Un soupçon traversa Tesprit de Léonie :
-i— Je parie, se dit-elle, qu'il veut m'interroger au sujet de celle qu'il aime. Mettûns-nous en garde.
Elle s'assit dans un fauteuil ; Alfred lui prit les mains, la regarda fixement, et accomplit tout le cérémonial nécessaire pour plonger les somnambules dans le sommeil magnétique. Après un certûn nombre de passes :
—Tu dorsl dit-il.
— Oui, répondit-elle.
Sans défiance, Alfred coihmença son interrogatoire :
— J'aime M""« C. . . Toi, qui es son amie de pension et qui connais son caractère, penses-tu que je réussisse à lui plaire t
— Non ; Amélie est une femme honnête et fidèle à son mari.
— Cependant, j'ai des raisons de croire que je ne lui suis point indifférent ; elle m'a donné quelques encouragements. *
Léonie sentait son cœur bondir dans sa poitrine ; mus, réprimant son émotion :
— Quels sont ces encouragements dont tu parles t
—Mille petits témoignages d'estime et d'intérêt;
des souriras, iin serrement de mains, une fleur abandonnée, . .
— C'est égal, dit la .pauvre feoune d'une voix tremblante, tu ne réussiras pas.
— Tu le crois.
— J en suis sûre ; il n'y faut plus penser. Éveillemoi.
Alfred, par de nouveaux gestes, secoua la apmmeil dont il croyait sa femme aceablée. Quand elle ouvrit les yeux :
— £b bien, ma ehërei as*tu quelque souvenir de ce que je t ai demandé?
— Aucun ; c'est donc un secret!
— Non; c'est ime affaire dont je t^entretiendrai un p^u plus tard.
— A ton aise, mon ami.
Alfred se retira. AussitotLéonie prit son chapeau, se rendit à la gare de la rue Saint-lA^are et partit pour Versailles, oii demeurait son amie de pensipn,
— Ma chère Blanche, dit-elle en l'abordant, j'aurais le droit de vou$baïr et de vous traiter en ennemie, mais je préfère me souvenir de notre vieille intimité et vous donner un bon conseil. Vous avez une intrigue avec mon mari : prenex garde à vous, vous vous adresse? mal; Alfred manqua de discrétion ; ce qui vous le prouve , c est que je sais tout.
A cette brusque attaque. Blanche. prUeà l'impro-
- «07 - ^te, se troubla, rougit, mais nia, en balbutiant, la faute dont on l'accuftait.
-^ Voua niçî, ma chère, c est mal à vous. Mai» j« yaid préciser les faits. Il y a huit jours, vers neuf heures et demie, chez vous, vous avez serré la main ie mon mari, La lendemain, au bal de M. L* . . , vou» lui avesi abandonné une fleur de votre bouquet.
En parlant ainsi, li^onie avait la majesté d'Au^ guste disant à Cinna :
Ai-je de bons nvis on de mauvais soupçons ?
Blanche, se voyant prise, fit quelques aveux, •-«• Ouii il est vrai que votre mari s'est occupé de moi depuis quelque temps ; mais, je vous le jure, il n y a rien de grave entre nous ; j'ai été imprudente, non coupable. Si votre mari a parlé légèrement de moi, c'est un homme sans honneur.
— Il s'est vanté d'avoir reçu de vous des preuves d'amour.
— A qui a-t-il tenu ce langage? au nom du ciel, ne me le cachez pas.
— Je vous le cacherai, ma chëre ; j'ai voulu seulement vous mettre en défiance, et je vous laisse à vos réflexions. Adieu.
A ces mots, Léonie reprit la route de Paris. Le soir même, la lettre que voici arrivait chez Alfred :
. « Monteur, quand un homme d'honneur a reçu d'une femme une preuve de faiblesse, il en garde religieusement le secret. Dès lors, que penser d'un homme qui parle à tous venants de faveurs qui ne lui ont pas été accordées î N'est-il pas vrai que cest un calomniateur et un lâche 1 Afin de vous laisser tout le temps désirable pour méditer sur ce billet^ je vous prie de ne plus vous déranger pour me faire visite. H
Alfred courut à Versailles ; mais on refiisa de le recevoir, et ses relations avec Blanche sont rompues.
A l'heure qu'il est, il se creuse la tête pour deviner comment on a surpris le mystère de son amour. Il se défie de tous ses amis, et, tout entier à son irritation, ne sort plus de sa chambre, où, du matin jusqu'au soir, il s'écrie en frappant du pied :
— Comment diable ai-je livré mon secrétl