Mercure de Souahe
les réclament avec passion, chaque maison est une ambulance. Dans l'appartement de nos amis, rue de Seine, que nous avons occupé quelques jours, il y a sept lits pour les blessés. On organise dans tous les bui*eaux de journaux des souscriptions. Il faut de Targent et encore de l'argent pour acheter des vêtements chauds, peaux de mouton, couvertures, à nos pauvres défenseurs qui couchent sur la' terre glacée.
5 Décembre, — Pourquoi interrompre cette action victorieuse et stériliser tant de sacrifices ? Le général Ladreit de la Charrière a succombé à ses blessures. Le colonel de Grancey, des mobiles de la Côted*Or, est tué ; le colonel Franchetti dangereusement blessé ; le général Renault vient d'être amputé. Et que d'autres généraux gravement atteints!... La victoire était si belle I On sait aujourd'hui le nombre des prisonniers prussiens pris sur le champ de bataille, il y en a plus de huit cents.
Victor Hugo a envoyé aujourd'hui sa nouvelle édition de Napoléon le Petit^ à mon mari, qui lui a répondu ceci :
Que de siècles ont passé depuis le jour où j'ai pu lire pour la première fois, Napoléon le Petite à Bruxelles, en 1852 ! C'était déjà la justice, mais le criminel semblait devoir vous échapper. Eh bien ! non ; ce livre est retombé sur sa tête et le malfaiteur ne s'en est jamais relevé. Toute sa vie d'empereur s'est passée sur l'échar faud où vous l'avez cloué pour l'éternité. Honneur à vous 1 Gloire à vous ! Je vous vois en ce moment comme la justice qui plane sur l'assassin dans le tableau de Prudhon.
6 Décembre, — Noires nouvelles ! Orléans est repris par les Prussiens. M. de Moltke a adressé au général Trochu la dépêche suivante ;
Versailles, 5 décembre 1870^ Il pourrait être utile d'in former Votre Excellence que Tarmée de la Loire a été défaite hier près d^Orléans, et que cette ville est réoccupée par les troupes allemandes.
Si toutefois Votre Excellence juge à propos de s'en convaincre par un de ses officiers, je ne manquerai pas de le munir d'un sauf-conduit pour aller et venir.
Agréez, etc.
Comte DE MOLTKE.
Le gouverneur a répondu :
Paris, 6 décembre 1870.
■ Votre Excellence a pensé qu'il pourrait être utile de m'informer qu® Tannée de la Loire a été défaite près d'Orléans, et que cette ville est réoccupée par les troupes allemandes.
J'ai l'honneur de vous accuser réception de cette communication, que je ne crois pas devoir faire vérifier par les moyens que Votre Excellence m'indique.
Agréez, etc.
Trochu.
A cette réponse si digne, le Gouvernement ajoute cette déclaration au peuple de Paris :
Cette nouvelle qui nous vient par l'ennemi, en la supposant exacte, ne nous ôte pas le droit de compter sur le grand mouvement de la France accourant à notre secours. Elle ne change rien ni à nos résolutions ni à nos devoirs. Ln seul mot les résume : « Combattre 1 Vive la France ! Vive la République ! »
Le peuple ne s'émeut pas le moins du monde de tout ceci. Et pourtant quelle misère croissante, quel froid ! La neige tombe, les vivres sont rares, pas une plainte. Cette page de Thistoire de France fera un jour l'admiration de la postérité.
Ce qu'il faut aussi admirer, c'est M. de Bismark. Voyant ses ruses éventées, ni met en avant le savant M. de Moltke, pour signitîer cette notification doucereuse.
Mon mari ne perd pas un moment et se hâte de préciser le vrai sens, la portée de cette réoccupation d'Or-
léans, incident ordinaire de la guerre. Il écrit ce soir son article : M, de Moltke.
Kh bien ! oui, les Français ont abandonné Orléans. Ils ne se sont pas obstinés dans une position qu'il n'était pas indispensable de garder; pour passer la Loire et marcher sur Paris, notre armée n'a pas besoin d'occuper Orléans. « Trois jours de combat! » dit M. de Moltke. Cela prouve une fière et vaillante résistance. Si nos armées étaient sérieusement atteintes, avec quelle joie M. de Moltke nous en instruirait ! Il se garde bien de nous dire la vérité entière. Il espère provoquer le découragement, les dissensions ; mais le peuple sait que cet échec n'a pas grande importance.
Malheureusement, que de morts glorieuses à enregistrer après la bataille de Champigny ! La plus sensible de toutes est celle de Franchetli, l'organisateur des francs-tireurs, un héros ! une des figures les plus admirables du siège de Paris; il était en quelque sorte le chef des défenseurs. C'est lui qui le premier a tiré sur les Prussiens. Il vient d'expirer à l'ambulance du Grand- Hôtel. Sa jeune femme, ses enfants loin de lui, ignorent encore sa mort.
Et le général Renault, mort aussi! Et le général Ladreit de la Charrière , mort ! Honneur à tous ces braves ! Le sang de ces généraux tués pour la patrie, le 2 décembre 1870, efface le sceau que le Deux-Décembre 1851 avait imprimé sur l'armée.
Dan§ une reconnaissance heureuse vers Aulnay, Je commandant Poulizac a enlevé trois postes du chemin de fer de Soissons, sept Prussiens sont restés sur place ; les Français n'ont pas eu de blessés.
7 Décembre. — Soutenir le cœur de la foule dans un jour d'anxiété, empêcher le découragement, c'est
plus difficile que d'exalter la joie publique et d enflammer le patriotisme de cet admirable peuple de Paris. C'est ce qu'a fait Edgar Quinet dans ces pages :
La dépêche de M, de Moltke (1).
« M. de Bismark nous garde rancune. Il sent que son éloquence a perdu son crédit, il charge M. de Moltke de nous donner des nouvelles de Tarûiée de la Loire.
Paris a vu qu'on veut lui faire peur. Paris s'est mis à rire. C'est sa première réponse.
Que nous apprend M. de Moltke ? L'armée de la Loire a été défaite^ nous di^il. L'armée de la Loire s'est repliée sur ses renforts sans avoir été ni coupée, ni entamée. Dans la guerre nationale d'Espagne, les Espagnols ont commencé à être défaits. Dans la guerre nationale de Russie, les Russes ont commencé à être défaits. Dans la guerre nationale d'Allemagne, les Allemands ont commencé à être défaits à Dresde, Lutzen, Bautzen. Cela les a conduits à se venger à Leipzig, à Waterloo.
Comme eux, redoublons à chaque défaite notre haine et la volonté de nous venger. . Nos ennemis trouveront chez nous leur Bérésina et leur Leipzig.
8 Décembre. — Plus de canonnade; silence sur toute la ligne. Point de nouvelles du dehors; nulle action au dedans. On dirait que le comité de défense entend prolonger le siège de Paris comme celui de Troie. Ces queues interminables aux portes des cantines, ces femmes qui stationnent dans la boue, dans la neige, le bruit, l'agitation de la foule transie, afiamée, tout cela ne dit-il pas assez que l'heure est venue de tenter les grands efforts ?
Où est l'armée de Chanzy? Où est Bourbaki? On le disait à Sens, à Chantilly. Plus de pigeons porteurs de nouvelles! la glace, la neige arrêtent nos bienfaisants messagers.
l. Voyw 4rt^« de Parti, 1871.
Pour toute nouveauté , une leçon de morale ; on nous réprimande parce que quatre officiers prussiens, mis en liberté sur parole, ont été mal accueillis en public. C'est demander trop de philosophie à un peuple assassiné par les Allemands. Introduire en plein café de Paris quatre officiers allemands, c'est exposer les Parisiens à une violente tentation.
Ah! si nous étions vainqueurs, si nous avions en notre puissance trois cent cinquante mille prisonniers prussiens ! si nos armées s'étaient emparées sans coup férir d'une grande partie de l'Allemagne, nous aussi nous laisserions promener en plein Paris des prisonniers prussiens sur parole. Mais, après trois mois de tortures subies par nous, trois mois d'atrocités commises par notre impitoyable ennemi , près d'être étranglés par nos bourreaux, espionnés par leurs émissaires, ne mettez pas les Parisiens à une telle épreuve ; elle est au-dessus des forces humaines.
Le général en chef va renvoyer en Prusse ces quatre officiers (qui se sont promenés librement dans Paris) pour les échanger contre quatre officiers français.
9 Décembre. — Les circulaires de M. de Bismark sont les commentaires des atrocités commises par les troupes allemandes. Qui saura jamais les soufirances des provinces envahies, ravagées, pillées, décimées, incendiées, les patriotes fusillés comme espions, assassinés parce qu'ils défendent leurs foyers, leurs villages? Comment s'étonner si l'esprit s'égare sous le coup de tant de ressentiments, s'il y a à cette heure dans Paris affamé des Parisiens qui rêvent de ravitailler la ville, non avec la viande de cheval , mais avec la chair des Prussiens! Que voulez-vous? tant de coup« de marteau répété» sur la tête ânissent par y casser quelque chose.
En lisant attentivement les journaux, on entrevoit cette redoutable vérité : la défense se localise en province. Chaque département est décidé à se défendre vigoureusement ; mais, hélas ! ces armées difiFérentes ne convergent pas sur Paris. Les unes gardent Tours, les autres Lyon; d'autres vont dans TEst, tandis qu'une seule pensée devrait les attirer droit sur Paris.
Mon mari ne se lasse pas de prêcher la seule mesure de salut; il vient d'écrire au général Trochu la lettre suivante :
Mon général,
Mon ancien collègue M. Jules Favre m'avait fait espérer que je pourrais vous entretenir pendant quelques instants. Ce désir n'ayant pu ^tre rempli, je me permets de vous signaler en peu de mots le point sur lequel je me proposais d'appeler votre attention. Le 15 octobre dernier, j'ai adressé à M. le général Leflô un mémoire sur la route à suivre pour amener une armée de la Loire aux environs de Paris. Dans ce mémoire et cette lettre, nous établissions, M. Guîchard et moi, qu'il faut se garder de suivre la route décou-, verte en rase campagne d'Orléans a Étampes. Le chemin par lequel une armée de secours peut se rapprocher de Paris, en se couvrant contre la cavalerie et l'artillerie prussiennes, est celui qui traverse la région forestière. Cette direction part, non pas d'Orléans, mais de Gien, en remontant un peu la Loire. De là, on entre dans la Puisaie, pays tout semblable au bocage de Vendée. Les chanips y sont partout enfermés de haies et les forêts s'y joignent aux forêts jusqu'à celle de Montargis, qui touche à celle de Fontainebleau. Celle-ci se lie à la forêt de Sénart, laquelle conduit aux portes de Pai*is. Les premières étapes, en sortant du bassin de la Loire, sont Bléneau, Saint-Fargeau, Saint-Sauveur, Chaource. Deux intérêts de premier ordre se réunissent dans le choix de la direction de ce mouvement à travers la région forestière : Couviir les approches de l'armée des départements, ravitailler Paris, que cette même région tient en communication avec les provinces où Paris puise son alimentation par les troupeaux de bétail, c'est^-dire avec le Nivernais, le Bourbonnais, le Charollais, l'Auvergne.
Si vous pensiez, mon général, qu'il fût à propos que j'entrasse
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avec vous dans quelques autres détails sur le point indiqué, je n'ai pas besoin d'ajouter que je me tiens à vos ordres. Veuillez agi*éer, etc.
E. QUINET
10 Décembre. — Je viens de parcourir vainement plusieurs quartiers, à la chasse des vivres. Nous subsistons au jour le jour. En entrant en ménage, rue de Vaugirard , on ne trouvait plus rien, pas un biscuit. Mon amie, M™® Busquet, ma providence, n'attend jamais ma prière pour m'exaucer; elle me cède souvent quelques grammes de cheval. Mais ce soir, je reviens à la maison les mains vides. Le long du chemin, je me disais en guise de consolatioa : Nous sommes à Paris, le divin Paris, toujours étincelant de beauté, de génie, d'élégance, et, de plus, doué de ces vertus sévères auxquelles on ne croyait plus.
Cela n'ajoute rien au dîner. La viande salée, fumée, était si atrocement dure qu'il . était impossible d'y mordre. On a été heureux de pouvoir la remplacer par une tasse de chocolat à l'eau.
Quelle fée a vu notre détresse? Quoi! ce beau lapin qu'on vient de me mettre dans les bras, ce n'est pas un manchon, c'est un vrai jeannot lapin dans sa belle robe fourrée ! Comme il va aider au ravitaillement ! Comme il faudra le faire durer ! Ce secours nous vient encore de cette bonne et aimable M™" Coignet, qui nous a apporté il y a un mois la poule au pot, que le bon Henri promettait aux Parisiens assiégés.
M. de Bismark fait encore des siennes. Le ballon ^ Daguerre, parti de Paris, était tombé à Ferrières au pouvoir des Prussiens^ il contenait des pigeons. Hier
soir, un de ces innocents messagers introduit dans Paris deux dépêches frauduleuses fabriquées par Tennemi pour terrifier les Parisiens.
Rouen, 7 décembre. — Rouen occupé par les Prussiens qui marchent sur Cherbourg. Population rurale les acclame. Délibérez. Orléans repris par ces diables. Bourges et Tours menacés. Armée de la Loire complètement défaite. Résistance n'offre plus aucune chance de
salut.
Signé : Layertujon.
Cette ruse est si grossière, qu'on ne peut l'attribuer qu'à un loustic d'état-major. Ils croient que le secrétaire général du gouvernement est à Rouen ; il est ici à l'Hôtel de Ville.
Il n'est pas impossible que Rouen soit pris, mais l'intention de cette frauduleuse dépêche est encore plus visible dans la seconde :
Tours, 8 décembre. — Rédacteur Figaro. Paris, — Quels désastres î Orléans repris. Prussiens à deux lieues de Tours et Bourges. Gambetta parti Bordeaux. Rouen s'est donné. Cherbourg menacé. Armée Loire n'est plus ; fuyards, pillards, population rurale partie connivence Prussiens.
Tout le monde en a assez. Champs dévastés. Brigandage florissant, manque de chevaux, de bétail. Partout la faim, le deuil. Nulle espérance. Faites bien que les PariFÏens sachent que Paris n'est pas la France. Peuple veut dire son mot.
Signature illisible.
Ici le grotesque surpasse le criminel ; aussi l'effet produit sur les Parisiens, c'est un prodigieux accès de gaîté.
Dimanche^ 11 Décembre. — Grands froids; la diane réveille chaque matin Paris, si bien accoutiimé à ces allures guerrières, qu'il aura de la peine à se reconnaître un jour- sous une autre figure. Toute la population prend son parti avec calme et méprise les intrigues autant que les menaces prussiennes. Pourtant, les armées de secours n'arrivent pas. Où sont les légions de peuples que la France a défendus et aidés ?
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Nous savons que de nobles individualités représentent leur nation ; la petite légion grecque suit de prés les légions italiennes de Garibaldi et de Bossac. Dans Tarmée de la Loire, le colonel Lipouski représente aussi la Pologne. M. de Rosencrantz, un Suédois, commande des volontaires qui se sont distingués à Cham-. pigny. Arrivez, il est temps 1 Ne laissez pas expirer ce peuple magnanime ! cette France que vous tous vous appeliez une seconde patrie !
Joie profonde de revoir nos braves combattants échappés à la mitraille! Après une de ces batailles terribles, où nos mobiles sont exposés aux batteries foudroyantes derrière lesquelles s'abrite l'invisible ennemi, c'est un miracle de retrouver vivants ceux auxquels on avait dit un adieu éternel.
M. de Ricard vient d'échapper doublement à la mort. Malgré sa frêle santé, il couche à Saint-Denis dans une tannerie où il n'y a pas de vitres aux fenêtres, où il est impossible de faire du feu. Il nous raconte l'inquiétude grandissante des mobiles ; ils#se voient commandés par des chefs sans talents militaires, auxquels on suppose des arrière-pensées monarchiques. On ne se gêne pas pour critiquer tout haut la défense nationale ; on la trouve pauvrement organisée. Point ^e plan général, pas de tête fortement douée; des mots, des imitations, rien de grand, d'énergique. C'est pitié de voir ces mesures incomplètes ou superflues.
12 Décembre. — Le siège entre dans une phase sévère. Le bruit du canon soutient toujours l'espoir ; cette nuit la rue était fort animée... Mais l'armée de secours arrive-t-elle ?
Quatre officiers français de l'armée de la Loire ont été échangés hier contre les quatre officiers prussiens du
café de Paris, nous aurons par eux des nouvelles. Ce qu*on sait déjà, c*est Taclivité extraordinaire de Gambetta, la vigoureuse impulsion qu'il donne à la défense nationale en province.
On nous cite la réponse d'un aumônier français à un général prussien qui définissait ainsi cette guerre : € C'est une lutte entre le droit divin et le droit -des peuples. — Dieu retire son appui à ceux qui n'en sont pas dignes. »
Serons-nous trompés par les cléricaux comme en 48 ? En février, ils bénissaient les arbre^ de la liberté; aujourd'hui ils relèvent les morts sur les champs de bataille et organisent des cérémonies religieuses. A toute prise d'armes, on voit l'aumônier caracoler, flamberge au vent; le goupillon est* inséparable du sabre. Même jeu qu'il y a vingt-deux ans, avec le même but, dénaturer, puis détruire la République.
Ils se couvrent aujourd'hui du drapeau de l'ambulance.
Oh! qu'ils nous feront payer chèrement un jour ces droits acquis ! Et il y a des âmes candides qui croient la transformation possible ! Elles nous disent : < Dans le jésuite même , le nouvel homme se réveille, le patriote qui ne songe qu'à défendre le pays. Aussi, après la victoire, plus de haines, nous serons tous frères ! »
13 Décembre, — Ecrire aux absents, n'est pas une consolation. Pendant dix minutes, je tiens la plume sans avoir lé courage de commencer ma lettre. L^dée qu'elle peut être lue par nos bourreaux, non par un cœur ami , ce sentiment d'écrire en face du vide, d'un mur inexorable que la parole ne peut franchir, vous paralyse. Et que dire de la situation, toujours la même ?
Les jours se ressemblent, mornes, immobilisés, figés, pétrifiés, sans apporter aucun changement. Point d'armées de secours ! Et pourtant que le peuple de Paris mérite d'être sauvé ! Quelle persévérance ! quel stoïcisme ! Si les hommes sont des héros, les femmes aussi ont bien droit à Tadmiration, au respect. Leurs souffrances , leurs privations supportées avec tant de fermeté et de simplicité, prolongent et fortifient la résistance.
Qui peut voir sans émotion, le soir, dans les rues, Timmense file de ménagères à la porte des cantines, pour y attendre une ration de riz ou de maigre bouillon ! A la boucherie municipale, on ne distribue qu'une fois par semaine, trente grammes de viande de cheval ou de bœuf salé. Les autres jours, c'est de la morue ou du riz. Eh bien ! tous ces visages gardent la sérénité, l'espérance. On sent qu'on fait son devoir; mais on est soutenu par l'idée que la province vient à notre aide... Viendrat-elle
14 Décembre, — On reproche amèrement au Gouvernement son incurie, son parti pris de rester sourd aux avis intelligents et patriotiques, sa faiblesse en face de ceux qui sèment l'alarme, qui compromettent la résistance et la victoire.
L'action d'un gouvernement consisterait-elle uniquement dans les proclamations ?
Il n'y a qu'une voix dans Paris contre ce comité d'artillerie qui entrave systématiquement l'admirable réorganisation dé nos forces. Aujourd'hui, nous avons des fusils, des canons supérieurs à ceux des Prussiens. N'est-il pas incroyable que ce soit par souscription privée que ces canons et ces affûts aient été donnés au Gouvernement ? La canonnière Farcy rend tant de services !
pourquoi ne pas en fabriquer une seconde, une troisième? Elle a contribué à la victoire de Champigny . Cette brave canonnière Farcy intervient dans les combats, semblable aux monstres marins d'Homère .