‹ Paris; journal du siègeChapitre 2 sur 33 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

Comment l'âme humaine a-t-elle été frappée de la verge de fer? Quels cris a-t-elle poussés? Où étaient son espérance et sa force? Comment a-t-elle survécu sous tant de ruines? Voilà ce que je veux savoir dans toute histoire, et surtout dans la nôtre. Rien de plus rare que de trouver la réponse à ces questions.

Que ne donnerais-je pas pour qu'une âme véridique eût noté jour par jour ses douleurs, ses attentes, ses indignations, ses colères, ses espoirs, ses angoisses aux 'époques de bouleversement ou de rénovation du monde, pendant la Révolution de 89, sous la Terreur, sous les invasions de 1814 et de 1815? Je n'aurais pas à chercher, à recomposer péniblement l'accent de la nature humaine sous la cendre des événements. Au lieu d'une science érudite, plus ou moins incertaine, je posséderais ce qu'elle ne peut ni donner ni refaire : le battement du cœur humain à chacun des grands jours du passé.

Pour moi, si je dois ajouter mon témoignage à celui d'un autre moi-même, je dirai que ces cinq mois du siège de Paris ont été les meilleurs de ma vie, parce que ce sont ceux où j'ai vu'la nature française atteindre sa plus grande hauteur.

Sous chacun des régimes quej'avais traversés, j'avais senti le même faux, le même vide effrayant; souvent je m'attendais, en pleine paix , à voir la France s'abîmer dans le gouffre que chaque gouvernement creusait sous ses pas.

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