PREFACE III
Pour la première fois, je vis une France sans réaction, sans détours obliques, sans jésuitisme, sans servitude. Combien cela était nouveau pour moi! L'action conforme à la parole. Point de manèges souterrains^ l'âme d'une grande nation qui planait sur la ville ; plus dé savoir-faire , chacun relevé et transfiguré ; tous les visages rayonnants de l'éclat des bombes ; le long mensonge dissipé par le voisinage de la bataille ; le fer et le feu ramenant les plus endurcis à la vérité, à la sincérité perdue; une ville qu'on disait si légère et qui s'est trouvée avoir un cœur de bronze; inflexible tant qu'il lui est resté une bouchée de pain; l'ennemi, qui avait compté sur la discorde, étonné de rencontrer, au lieu des petites passions d'un peuple vieilli, la patience, l'énergie d'un peuple neuf; Sparte au lieu de Byzance.
Voilà le spectacle que j'ai vu et qui me reste présent. Heureux qui a pu le raconter avec vérité et le faire revivre une seconde fois !
Tant qu'il y aura une France, elle se retournera avec orgueil vers ces jours immortels.
Versailles, 23 mars 1873.
EDGAR QUINET