‹ Paris; journal du siègeChapitre 4 sur 33 · L'INVASION · texte numérisé non relu

L'INVASION

PERNIÈJtE MEURE DE PAIX. — LA GUEBRE

Je veux rappeler ici la délicieuse matinée du 15 juillet 1870, dernière heure de paix.

C'était dans le jardin supérieur, en face de la jolie maison à l'italienne, aux colonnettes enroulées de rosiers, que nous habitions vers la fin de l'exil. Quelques vieux noyers ombragent un ruisseau vcrilé de hautes herbes et de fleurs; ses eaux glacées se précipitent sur des dalles blanches; un banc circulaire entoure l'arbre qui étend sur nous ses branches épaisses. J'écris, mon livre appuyé contre le tronc moussu où se promènent des fourmis ; eUes passent et repassent le long de mon papier; du bout de la plume, je les remets en leur droit chemin.

Jouissances calmes et simples, que vous êtes difâcfles à conserver, même à la campagne ! ear rien n'est plus rare que la paix de l'esprit. En ce moment, elle est profonde en nous, autour de nous. Une température plus fraîche succède à des jours de feu et permet le travail en plein air.

Penser en face de la nature, l'âme mêlée à l'arbre qui vous (xnbrage, au torrent qui vous berce, à la vie

qui fourmille, quelle plénitude de l'existence! C'est prendre possession de la Création. Elle nous est souvent voilée par mille soucis; car cette terre si belle est peuplée de méchants qui s'interposent entre la nature et nous, troublant nos plus pures joies par les pensées amères qu'ils sèment dans nos cœurs.

Pourquoi la première heure matinale est-elle vraiment sacrée? C'est que tout dort ; on sent les passions assoupies, les hommes désarmés ; ni haines, ni intérêts sordides; la terre respire plus librement; le chant de l'alouette s'élève seul vers le ciel et avec elle l'aspiration fervente.

Sous le feuillage touffu de ce beau groupe, planté par les Bernois, cette vérité m'apparaît distincte : en réalité, on ne travaille que pour l'avenir . Les générations futures seules recueillent le fruit de nos labeurs. Ces arbres aussi ne versaient pas tant d'ombre à leurs contemporains. Consolante pensée : travailler pour l'avenir ! On devient indifférent à la louange, au blâme, patient, plein d'espoir. Oui, le sacrifice du citoyen, le livre où le penseur met toute son âme, sont mieux compris après eux.

Les vérités qu'ils répandent, l'exemple de leur vie> pénètrent aujourd'hui un petit nombre de cœurs d'élite ; mais la foule n'en profitera que longtemps après, quand le temps, aura fait lever la moisson, quand ces troncs robustes, cette vivante coupole auront défié les orages.

Ils nous protègent encore après trois siècles; qu'ils soient bénis! et cette divine matinée aussi! elle réfléchit la sérénité du lac et du ciel.

Le lendemain, un coup de foudre. Première déclaration de guerre! Et dans le même journal, après la mémorable séance du Corps législatif, aux Dernières nou-

l'invasion

velles^ cette dépêche sinistre : « Les troupes prussiennes sont entrées en France par Forbach. »

La France envahie! la France envahie!... Est-ce moi qui écris ces mots? Le sol sacré souillé par l'étranger... Les Prussiens en France?... Est-ce vrai? est-ce possible?... La France est-elle donc morte? De grandes batailles se livrent peut-être à cette heure!... qui nous donnera des nouvelles? L'invasion! et du premier coup... Ah! les misérables! ils ont voulu la guerre à tout prix et n'ont pas même su protéger nos frontières. Cette guerre impie, entreprise malgré la nation, contre la nation, c'est un véritable coupe-gorge de Thumanité., Mais la guerre portée sur le territoire français, dés les premiers pas la France envahie... cette idée fixe est inortelle à la raison. On deviendrait fou de stupeur *.

Des heures pesantes, taciturnes, dévorées d'angoisses, succèdent maintenant à la vie ailée, radieuse de Tesprit. Une noire tristesse emprisonne l'âme. Avec quel serrement de cœur on revoit la lumière du jour, auparavant si. bénie! Désormais elle éclaire les luttes, les carnages, les désastres, la honte. Des flots de sang, des flots de mensonges inonderont la terre. On n'entendra plus que le lugubre cliquetis des armes serviles et les cris des peuples mourant pour leurs Césars. La France républicaine traînée à la boucherie... et pourquoi? Pour raffermir le pouvoir chancelant du crime. Que veulent-ils? EtouSer la liberté dans son germe, l'empêcher de naître, de grandir, faire rentrer la France dans la nuit, dans la mort. Après vingt ans de servitude asiatique, ce peuple commençait à renaître. C'est une guerre d'extermin^-

1. La nouvelle de rentrée des Prussiens sur le territoire français, prématurée le }Q juillet, se véi-ifia cinq jours après. ^

tion. Toute rAUemagne se jettera dans Tincendie. Il s'agit, pour ce peuple orgueilleux, de montrer qui l'emportera, du Germain ou du Gaulois. Quel recul effroyable de la civilisation! Tous les nobles instincts changés en appétits sanguinaires! Toute vie de l'àme transformée en fureur de bêtes fauves. . . Pauvre France ! pauvre France! c'est le mot qui vient sans cesse du cœur aux lèvres. France, si pleine d'avenir au mois de mai, dans quelles mains se trouve l'honneur de ton drapeau!... Comment se terminera cette lugubre épreuve?... Un vieux mot breton la résume : « Ce jour, ce combat, sera l'époque de notre servitude éternelle ou de notre liberté recouvrée. »

les heures nocturnes, les sombres appréhensions prés du torrent desséche de la Verraye , ou sur le bane au-dessus de l'abri désormais appelé le banc de l'Invasion ! Nous regardions les impassibles étoiles, les vers luisants dans les buissons et les éclairs de chaleur sur la cime des rochers de Naye.

Non, ce n'est pas la bouche qui profère ces mots déchirants dans le silence de la nuit. Gémissements, anxiété, profonde pitié pour ce peuple se mêlent dans un murmure qui n'appartient plus. à la parole humaine; c'est la langue inarticulée de la douleur et de l'amour.

Voilà donc toute l'Europe embrasée, la terre remuée jusque dans ses fondements par un caprice de. Louis Bonaparte.

Si la République eût jeté cette perturbation dans le monde, y aurait- il assez de malédictions contre les auteurs de cette guerre ! Mais de l'homme de décembre on tolère tout. On le méprise et on le ménage; ce qui plaît en lui, ce sont ses vices. Il est l'incarnation des mensonges, des corruptions, des réactions, le garant des

l'invasion

despotismes européens et de l'agiotage, l'appui des jésuites, des ultramontains, le fondateur du byzantinisme moderne. Rien en lui n*a excité le dégoût, la haine du monde. Il débute par le crime, il continue dix-neuf ans dans -là voie du crime; massacres, déportations, emprisonnements, répression de la pensée, compression par la terreur, dissôWtion des mœurs, on lui passe tout. Le monde 'chrétien, civilisé, rangé, honnête et modéré, a eu le spectacle d'un soi-disant empereur donnant au vice le temps qu'il dérobait à la politique d'extermination. On a tout admiré en lui : ses cotiUons, ses transpOTtations, ses emprunts, ^ses discours, ses expéditions, ses voyages, ses congrès, ses agressicms, ses échecs, ses maladies, ses turpitudes et ses œuvres complètes ; on a tout loué, excusé, acclamé, parce qu'il était le syndic des banqueroutiers, le général des jésuites, le gendarme des monarchies despotiques. Et voilà pourquoi on lui fait la guerre sans vouloir le renverser. Et c'est cet hcHnme qui va sacrifier des millions de vies pour écraser la liberté renaissante. Ils l'ont dit : « Guerre aux irréconciliables. »

Alternative terrible, cercle vicieux, infernal : si la France est battue, c'est l'invasion, la mort de la patrie. Si elle est victorieuse, la dynastie césarienne est fondée, rajeunie dans un bain de sang, l'Europe décembrisée.

Les Français auront-ils l'énergie d'extirper à temps la cause de leur ruine morale et matérielle ? Hélas ! ne peuvent-ils se débarrasser de leurs tyrans qu'au prix d'un Waterloo !

On discute déjà l'hypothèse d'un siège de Paris! Et ces mots ne les brûlent pas ? En prévision de ce désastre suprême, ne se lèveront-ils pas enfin comme -un seul homme pour prononcer la déchéance ?

S'il y a un peuple, justice sera faite. Déchéance au

nom de dix-neuf ans de crimes ! Déchéance au nom de la patrie menacée. L'homme du Deux-Décembre a livré la France à l'étranger. Trois fois en un demi-siècle, la famille Bonaparte déchaîne sur la patrie l'opprobre de l'invasion. Dix-neuf ans de servitude devaient aboutir au désastre des désastres : la violation du sol sacré que Jeanne d'Arc et la Révolution française ^avaient sauvé.

On refuse aux Français des armes pour défendre la frontière menacée. Point de garde nationale.

Au lieu de la grande voix de la patrie en danger, un pastiche de Tibère : « Le drapeau que nous déployons est celui de notre grande Révolution. »

La Marseillaise chantée par ordre à TOpéra, aux Tuileries ; une Marseillaise fardée, avinée, drapée du manteau impérial. Amour sacré de la Patrie^ le Chant du Départ y applaudis par les histrions et les complices du Coup d'Etat!

Ils ont tout profané !

Mais sont-ils sûrs que l'armée, le peuple ne se redresseront pas tout de bon à ces accents qui réveillent les morts î

Louis Bonaparte s'est dit : Je les ai foulés aux pieds pendant dix neuf ans, je les ai dépouillés de tout, je les ai accablés de mille fléaux et d'outrages; puis, quand le moment critique viendra, je déchaînerai la guerre, j'invoquerai les souvenirs de la grande Révolution, et ils marcheront avec enthousiasme.

Avec enthousiasme? Non. Le désordre, l'incurie éclatent dès les premiers pas. Les soldats sont en proie à la faim. A Paris, à Metz, dans les grandes agglomérations, ils manquent de pain et invoquent la charité publique. La panique régne déjà aux avant-postes ; le soldat est inquiet, nerveux, . la moindre alerte le trouble, partout

l'invasion 9

les sous-of Aciers font défaut ; on répand le bruit que les Prussiens ont miné le pays.

L'entrée en campagne des armées commandées par 1 homme de Boulogne et de Strasbourg manque dès le début. Les Prussiens, pris au dépourvu, rassemblent leur landwehr, massent leurs troupes ; on conçoit qu'ils ne se précipitent pas sur la France. Mais le conspirateur qui se prépare depuis quatre ans, d où vient son inaction pendant quinze jours ? Il était prêt, plus que prêt, pas un bouton de guêtre ne manquait : que n'empêcbe-t-il les mouvements de concentration des Prussiens ? Ses indécisions politiques, les verrons-nous appliquées en stratégie ?

On part pour cette guerre et on oublie poudre et cartouches. Mais les fourgons d'argenterie, les meubles somptueux suivent les généraux. mœurs de TEmpire ! Ces brillants états-majors absorbent tout; le soldat ne possède rien. Ce monde prétorien, chamarré d'or et d'argent, aime à parader ; les généraux prussiens mangent leur pain de seigle sans nappe, les colonels prussiens couchent à terre sans tentes, chaque officier a une carte détat-major dans sa poche , et le général français demande : « Y a-t-il loin de Metz à la frontière ?» La marche de nos soldats est constamment entravée par l'encombrement des équipages. Des régiments partis à neuf heures du matin pour arriver à trois heures ne sont pas encore campés vers minuit. La viande est à la veille de manquer.

Aussi ceux qui savent le secret des choses ne sont pas sans inquiétude.

Mais comment trembler pour l'armée française, la première armée du monde ?

La bravoure militaire est aussi naturelle aux Français que de respirer. C'est plutôt l'âme française qu'il

faut défendre contre tout compromis de conscience. Un pays en armes est toujours sûr de vaincre.

Mais si les Français allaient confondre la dynastie et la patrie î Oh ! alors, tout serait perdu.

V^Tons-nous qgtte nation dans l'impuissance de se délivrer elle-même î Eh quoi ! elle n^aurait pas Ténergie de proclamer la déchéance de son plus crud ennemi, qui lui a tout ravi, liberté, honneur, et jusqu'à la volonté d'être libre?

Profonde est notre douleur.

Ce temps est le plus amer que nous ayons trav^:^. Après le coup d'Etat, il y avait un grand parti vaincu, l'immense protestation de l'exil. Aujourd'hui que le crime des crimes est consommé, une guerre inique déclarée sans le consentement de la nation, malgré la France, contre la France, est-ce aux républicains à se rallier autour du prescripteur î Est-ce lui qui symbolise la patrie, l'indépendance? Marcher sous la bannière du Deux-Décembre ?

Le proscrit frappait la route poudreuse de son bâton, s'écriant : « Voilà ce qu'ils ont fait de la France, à force de passer et de repasser la meule. Plus de force de cohésion ; volontés impuissantes, disséminées. Quelle atroce douleur de voir ce peuple qui s'abandonne ! »

Lui qui a tant souffert, encore enfant, de l'invasion, en 1814 et 1815, il verrait le peuple s'y accoutumer en 1870 ? Depuis que ce cœur bat, il exhale la haine, la malédiction contre ceux qui attirent sur la patrie le désastre des désastres ! Il a prédit cet effroyable dénoûment aux peuples qui livrent leur liberté et renoncent à la vie morale.

C'est un crime de répudier les saintes traditions d'honneur et de vertu que les héros de la patrie nous avaient léguées. C'est un crime de renier la grande

L*INVAStON 1 1

Révolution et de la laisser exploiter parle Daux-Décembre. C*est un crime de retourner à deux mille ans en arrière, au lieu de suivre la voie de la lumière, de l'avoir.

France ! tu seras rudement frappée... et notre deuil, vingt ans de souffrances, aboutissent, nous le sentons, à une catastrophe inévitable, inouïe dans Thistoire.

Que fera le proscrit î Comment agir du fond de l'exil? Sa voix se perd dans le. fracas des armes et les clameurs insensées d'une tourbe belliqueuse. Voici ses pensées sur cette guerre impie * ;

La voilà donc cette guerre horrible entre les décembristes et rAUemagne. (La France ne sait pas même de quoi il s'agit. Elle n'a pas été consultée.) Pour les décembristes, c'est un besoin de couvrir leurs crimes ; ils veulent dépayser, égarer la nation. Ils savent que la guerre est le meilleur moyen d'abrutir la nation que l'on conduit à un stupide carnage. On leur demandait compte de leurs scélératesses. Us espèrent tout brouiller dans le sang. S'ils ont un succès, prolongement d'esclavage pour dix ans. Battus, ils espèrent que la nation s'identifiera à eux. Voilà leur calcul. Aussi quelle précipitation insensée ! Ils pensent n'avoir rien à perdre dans la ruine publique.

Spectacle horrible ! ime nation conduite à l'abattoir par les plu^ vils des hommes.

Les Prussiens ne veulent pas renverser l'homme du Deux-Décembre ; il est pour eux le gardien de l'esclavage de la France. La guerre, dans ce cas, ne serait poussée à outrance ni d'une part ni de l'autre. On débute^ comme dans les guerres du dix-huitième siècle. Mais ces calculs d'aventuriers peuvent être trompés.

Où se fera l'attaque ? Le but prochain doit être de séparer de la Prusse l'Allemagne du Sud. Si l'on débouche vers le Haut-Rhin, on refoule le sud de l'Allemagne sur la Prusse. Fausse manœuvre.

Pour séparer de la Prusse son aile gauche, il faudrait déboucher par le Mein. Mais on ne peut y songer.

1. Je trouve dans un carnet les trois pages suivantes écrites par Edgar Quinet à la date des 18, 19 et 21 juillet 1870.

Reste donc un point, entre Strasbourg et Bâle, et Ton n^aura séparé que la plus faible portion de l'Allemagne du Sud. Résultat très médiocre.

De plus, une armée française qui déboucherait de Kehl aurait sur ses derrières les Prussiens de la Bavière rhénane à Saarrebnick, sur la Saar.

Je suppose un succès. Vous verrez aussitôt le second empire bâcler une paix de Villafranca, pour le prix des Français morts sur le champ de bataille ; vous verrez la conquête d'un peu de fumée. On répétera que le second empire ne vit que de gloire, n'est fait que pour la gloire ; et la France, qu'on aura abêtie entre la crainte et l'espérance, se vautrerait aux pieds du triomphateur.

Pas une seule garantie solide contre l'Allemagne. Il ne peut être question de la prise et de la conquête de la rive gauche du Rhin ; pas une seule conquête véritable, mais de l'apparence, de la jactance, de la servitude. Le système décembriste sera raffermi. Voilà quelle serait la conquête. Ce sont les coquillages que Caligula rapportera encore une fois de sa campagne sur l'Océan. Amis de la liberté, cette guerre se fait contre nous.

Au fond de tout cela, une chose incroyable : c'est l'inertie, la stupeur des hommes ; ils n'ont plus la force, non pas de s'indigner, mais même de s'étonner. On les pousse à la boucherie, ils le savent, ils s'y traînent, aveuglés, abêtis, silencieux, sans pensée, sans souvenirs, déjà changés en cadavres. Qui a fait ce miracle ? Vingt ans d'esclavage.

Hier, ils répétaient encore : l'Empire cest la paix. Aujourd'hui, on les pousse par masses à une guerre dont ils ne veulent pas, qu'ils ne comprennent pas, et ils n'ont pas le cœur même de s'interroger. Ils sont assoupis ; et de quel sommeil empoisonné ! Est-ce la mort qui les réveillera ?

19 Juillet. — Le Times commence ainsi un long article : « Le jrhis grand crime national que nous ayons eu la douleur de constater depuis l'établissement du second empire vient d'être consommé. La guerre est déclarée, une guerre injuste, mais préméditée. »

Le plus grand crime ! Cet homme chargé de crimes depuis vingt ans, sentait que la conscience publique s'éveillait, que le moment approchait où elle lui en demanderait compte. 11 croit ({u'il lavera ces années d'infamie dans l'extermination. Tous ceux qui ont étt'^ ses complices ou qui le-sont devenus voyaient aussi ariiver pour

l'invasion 13

eux rheure où kt lumière se ferait sur tant de scélératesses ; ils se sont mis aussitôt à crier : Guerre ! guerre !

La terre a-t-elle jamais rien vu de plus hideux que ce chef des criminels et sa bande, jouant au patriotisme !

Ils invoquent la Convention ! Tous ces infâmes s'enveloppent, ' disent-ils, dans le drapeau. Leur susceptibilité nationale ne peut souifrir la moindre atteinte !

La conscience publique leur a répondu enfin par le mot que nous seuls répétions dans Texil : « Crime ! » Le plus grand des crimes. Voilà Técho à leurs hurlements.

Au reste, dans leurs journaux, nous lisons que cette guerre est dirigée contre nous, qui nous obstinons dans la justice ; voilà ce qu'ils avouent. Ne l'oublions pas.

Jeudis 2i Juillet. — Quand les armées sont en présence, quand la terre est peut^tre déjà rougie de sang, que peut la parole d'un homme avide de justice ? Elle est couverte par le fracas de la guerre. Qui voudrait l'entendre ? L'attente, le silence, l'angoisse, voilà tout ce qui lui -reste.

11 ne peut qu'une chose : élever son. esprit au dessus de la bataille, tenir son cœur en paix avec lui-même, redire à tous les échos que ces hommes qui sont précipités les uns contre les autres par l'effet d'une seule volonté ou d'une fantaisie personnelle, étaient amis hier, qu'ils sont destinés à le redevenir demain.

Que ne puis-je empêcher de se haïr ceux qui vont s'entre-tuer aujourd'hui ?

La vraie barbarie est cette haine de race à race, de peuple à peuple, qui s'engendre dans le carnage. Car elle survit aux morts et elle empoisonne l'avenir.

C'est la vapeur qui s'élève des champs de bataille ; elle glace jusqu'aux générations futures.

]Se laissons pas, comme cela est toujours arrivé en de pareilles occasions, toute notion de droit, toute lueur de liberté s'éteindre dans le sang.

Les hommes se lasseront de s'égorger au profit de quelques-uns ou d'un seul. Le soir venu, ils auront soif, non pas seulement d'eau, mais de vérités, de sympathies pour guérir leurs blessures.

Veillons sur ces vérités immortelles. C'est, après tout, l'areenal invincible où chaque nation ira retremper ses armes. Humanisons la guerre.

Nous ne retournerons pas à la bai'barie si nous savons nous dé-

Page 1