SCENE PREMIERE
R0D0I.PH0, MICHAELII.
Au lever du rideau, Hodolphn est assis sur le devant de
la scène; on garde parait dans la galerie, conduisant
Miobaelli, aoquelU désigne Rodolpho ot se relire. HiciUKLU, venant frapper sur l'épaule de Rodolpho.
Salut à l'ami Rodolpho I
HODOLPnO.
Mi^aeUi!.. toi, mon vieux camarade, de retour ' au paiaU de Milan!
mCBAXLU.
J’y viens porteur d'an message pour le prince Galtes, et j'ai voulu en entrant dans ce palais commencer par l’y lerrer la main.
RODOLPBO. lui donnant la main.
Bien venue soit l’occasion qui te{ ramène (éf se fève); et dis-moi... ta fortune...
UICHASLLI.
Quand je te quittai, il y a deux mois, tu le sais, j’emportai mille ducats que m’avait donnés le prince Galéai pour le testament de Jean Visconti; l’oisiveté me rendit bientét amoureux d’une fille de Venise, belle, entraînante et joyeuse, comme sa cité natale, mais comme elle aussi bien ingrate et cruelle. Enfin, mon cher, en deux mois que j'ai vécu près de cette femme, j’ai eu des joies du ciel, des terreurs insensées, des vanités étranges, des valets effrontés, des nègres pour rameurs et des chevaux lariares; j’ai flatté son orgueil, j'ai servi sa beauté...
RODOLPHO
Et vidé tonescaroefle ?
MICIIABLLI.
Complètement; et l’ingrate alors, pour conquérir sa liberté, a lancé sur moi mes créanciers avides, qui allaient mcconduire en prison, quand le général Léonessa. se .souvenant de mes services passés, m’a tiré de leurs mains, et chargé du message que j'apporte... Et me voici, Rodolpho, de retour d’un voyage durant lequel j'ai bu la vie dans des coupes d’or, ou de fer, ou d'argile, d’o6 je ne rapporte rien qu'une ride de plus sur un front qui a vécu ; mais je suis sans regret, sans haine et sans souvenirs; le hasard me ramène près d’un ami fidèle; je suis heureux, content, mon cher, embrassons-nous!
RODOLPHO, lui tendant les bras.
De grand coeur, Michaelli!
• Mir.lIAEI.LI.
Et maintenant que je t’ai dit mon histoire, à ton tour, instruis-moi: que se passe-t-il ici?
RODOLPHO
Tout y est sombre et mystérieux... Galéas le régent, triste par habitude ou joyeux par colère, y est toujours farouche et inquiet comme un homme qu'un secret introuvable occupe ou que le remords tourmente, et à l'heure où le crime devenu nécessaire et commandé ()ar lui s'accom» plil dans l’ombre, il boit jusqu'à l’ivretsCo.
UICIIAKLL1.
Et le prince Giovanni?
RODOLPHO
Le régent a su le rendre inutile et superstitieux; Beppo, l'ancien gardien du sé|iulcre, est devenu le confident intime du régent, avec lequel ils'cn-
Digiîizea oy vjuogle
ferme pour causer louvent des nuits entières... Stella sa fille, que jadis nous avions enlevée, vit maintenant au palais comme un enfant de la famille, s'unissant à Sara pour distraire ou consoler le jeune prince; et si tu ajoutes à cela, mon cher, au lieu de ces guerriers intrépides qui jadis peuplaient le palais ducal, quelques jeunes cour* tisans insoucieux pour Tétât et joyeux dans Torgie, tu sauras bien exactement ce qu'est à cette heure devenue cette cour formidable et brillante au temps du duc Jean Visconli.
mCHAELU.
Mais tu ne me parles pas de toi, Rodolpho?
RODOLPUO.
Moi, j’ai quelquefois dirigé, durant Tivresse du régent, le poison ou le poignard vers quelques hommes clairvoyants ou dangereux, et trop inhabile que je suis pour deviner la politique ou les espérances du régent, je me suis fait pour ainsi dire Tesclave obéissant qui marche dans le labyrinthe obscur en attendant que U révolte, la guerre, l’alliance et Témcule viennent lui olfrir la chance d’en sorür d’une façon fructueuse et ftcile.... Mais j’enleodi les courtisans qui précèdent le régent... {Regardant au fond.) Et en effet, il vient accompagné de Beppo.
nidiABLLi, prenant un parchemin dons ta ceinture.
Je vais accomplir ma mission...