‹ Paris livréChapitre 15 sur 20 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

# Solution américaine et solution française. — Exemples de l'Espagne, du Mexique. — Bourgeoisie et peuple. — L'égalité.

A la situation malheureuse de la France, deux solutions viriles et raisonnables s’offraient le 4 septembre :

La solution américaine et la solution française.

La solution américaine, celle des gens pratiques, consistait à conclure immédiatement la paix avec la Prusse, à lui céder ce qu’elle exigeait, ce qu’elle avait droit d'exiger. Car elle avait été injustement attaquée par la France, et elle était victorieuse.

Il fallait alors ne considérer tant de pertes que comme le fait de l'Empire, et non de la République. Certes, la République n'avait pas à se rendre solidaire et responsable des crimes, des folies et des rapines de son assassin.

L'Empire avait fait banqueroute. Son bilan se soldait par un gigantesque déficit. Le rôle de la République n'était pas de prendre la suite de ces mauvaises affaires, mais de liquider au plus vite.

Débarrassée de ces entraves, la République devait consacrer toutes ses forces à se donner de bonnes institutions, capables de prévenir à tout jamais le retour de pareils malhèurs.

Instruire tous les citoyens de leurs droits et de leurs de-

ÉPILUGUE. 291

voirs, organiser une bonne armée nationale, et non plus dynastique, réparer vite les ruines, et démocratiser profondément le pays, en assurant le crédit à tout citoyen honnête, telles devaient être les préoccupations d'hommes sensés et intelligents.

Mise à ce régime fortifiant et salubre, la France serait devenue digne de tenir place parmi les peuples libres, capable de reconquérir un jour tout ce qu’elle perdait. |

La solution française, celle des enthousiastes, consistait à se battre. Mais, révolutionnairement, comme en 1793, guerre à outrance, vaincre ou mourir.

Il fallait alors prendre au pays toutes ses ressources, ’tous ses hommes, toutes ses forces, et, avec la rage et l'énergie terrible du désespoir, vaincre l'invasion allemande.

Verser beaucoup de sang, se ruiner, mais enfin vaincre.

Chacune de ces deux solutions avait ses avantages. L'une ou l’autre pouvait sauver la France. Mais, il n’y avait pas de moyen terme pour des hommes sensés, il n’y avait pas de compromis acceptable entre ces deux alternatives : agir révolutionnairement, ou bien traiter avec l'ennemi.

Continuer la lutte selon le système impérial, maintenir les généraux de l’Empire, c'était se faire battre à coup sûr.

Cette troisième solution, bâtarde et funeste, a pourtant été préférée par les hommes qui ont usurpé la dictature au 4 septembre.

Ils devaient infailliblement trouver l’abime au bout de cette voie.

Ils l'ont trouvé, et nous y ont précipités avec eux.

Certes, nous sommes bien accablés. D’autres pays ont été plus accablés que nous et se sont relevés.

L'Espagne n'avait pas d'armée. Napoléon Ie envoyait coutre elle les meilleures troupes de l'Europe, celles qui avaient vaincu en batailles rangées toutes les armées régulières du continent.

Le frère de Napoléon, le roi Joseph, trônait dans la capi-

tale de l'Espagrie, à Madrid. L’invasion française paraissait bien maîtresse du pays.

Cependant, niles paysans, ni les ouvriers espagnols ne voulaient rester esclaves de l’étranger. C’est pourquoi ils se soulevèrent , et, sans armées régulières, sans généraux chamarrés d’or, sans batailles rangées, défirent et chassèrent les troupes de Napoléon. |

Le Mexique, cette Espagne américaine, n'avait pas d'armée. Napoléon II] l’envahit avec de telles forces, qu'il put écraser toute résistance, conquérir la capitale, y renverser la République, et y introniser un empereur, Maximilien.

Ce Maximilien régna à Mexico quatre années entières!

Tout semblait bien perdu et désespéré. Le président de la République, le seul pouvoir légitime, l’indomptable patriote, le grand citoyen Juarez, errait proscrit, trahi à chaque pas, dans les steppes du Rio-Grande au Sacramento.

Les meilleurs esprits niaient que les efforts de Juarez pussent jamais réussir, et qu’il y eût une délivrance possible.

Et cependant, aidé d'hommes énergiques, de généraux républicains, de Porfirio Diaz, d’Alvarez, d'Escobedo, d'Ortega, le noble Juarez a vaincu.

Il a enfermé l'ennemi dans sa conquête. Au champ de mars de Queretaro, Maximilien, assassin de la souveraineté nationale d’un peuple, a expié son crime.

Le Mexique est redevenu indépendant.

Nous sommes dans une bien moins mauvaise situation que n'étaient le Mexique et l'Espagne. Nous avons tout un grand pays qui est resté intact, toute une France, celle du Midi, où l'ennemi n’a point pénétré.

Nous ne sommes pas moins braves que les Mexicains et les Espagnols, mais nous sommes plus corrompus.

Ou plutôt, la bourgeoisie, classe dominante parmi nous, qui a en main le pouvoir et le capital, est plus corrompue.

Parvenue à la toute-puissance en 1789, par sa victoire sur la: noblesse, elle s’est aussitôt dépravée; et elle en

Page 1