ÉPILOGUE
meurt. Ainsi mouraiént de corruption, avant leur trentième année, tous les rois mérovingiens, ces barbares subitement entrés dans la civilisation romaine.
Ne voulant point partager les fruits de là victoire avec le peuple, comme l'exigeait la justice, elle a cherché une arme contre les légitimes réclamations populaires.
Elle a trouvé cette arme dans le jésuitisme. Alliance entre les fils de Voltaire et les fils de Loyola. Ce monstrueux embrassement la tue.
Elle y a perdu toute virilité, toute rectitude de jugement, toute élévation de sentiments.
Elle” ya perdu le sens de l'utile, le sens politique. Elle ne songe qu’à se donner un maître, jamais à se donner des institutions. Elle ne songe qu'à faire des restaurations monarchiques. Dynasties qui avortent à peine nées. Trônes qui
durent quinze ou vingt ans, puis sont brisés. Avant-hier
Louis-Philippe, hier Louis Bonaparte, aujourd'hui le comte de Paris, demain peut-être le fils de Bonaparte!
Elle y a perdu le sens du juste, le sens moral. Sa devise, c’est le mot de Guizot, coryphée du parti: Enrichissez-vous. Pourvu qu'elle pôt s'enrichir, acheter coupons de rente, maisons, actions de chemin de fer, elle acceptait la pourriture impériale, même elle aimait cette pourriture. Tant que Bonaparte a été debout, elle lui a servilement voté tous ses plébiscites, elle a traité de fous et d’ennemis publics ceux qui osaient l’attaquer. Elle ne l’exècre aujourd'hui ‘que parce qu'en tombant il a fait tomber la rente!
Elle y a perdu le sens du vrai et du beau. Elle a aimé « l’art pour l’art» qui envahit tout, beaux-arts et littérature. Écrivains, artistes se conforment à son goût, ne lui peignent plus que jouissances et triomphe de la matière. Nulle inspiration grande, nul sentiment élevé.
Sénile et niaise infatuation de soi, chauvinisme, dédain stupide des autres peuples, dont la | plupart valent mieux que nous.
Si quelque heureuse convulsion ne vient enlever le pouvoir
à la bourgeoisie, nous ne serons bientôt plus qu'une nation de baladins et de mandarins, de proxénètes et de vendus, d'agioteurs et de repus, de rhéteurs et de grammairiens.
Pour l'observateur superficiel, la France est finie. aujourd'hui. Ce n'est pourtant que la fin d'un système politique et d'une caste.
Au siècle dernier, quand l’Europe voyait la lâcheté des généraux de Louis XV, la trahison de ses ministres, la sottise de ses diplomates, et la frivolité de la nation qui chansonnait ses défaites, l’Europe disait : Nation finie. -
Pourtant la France vivait encore et vivait très-bien par la bourgeoisie. Politiquement le tiers état n’était rien, il payait ses nobles maîtres et obéissait. Par la vitalité du génie, il était tout. Nourri de ja forte moelle des encyclopédistes, élève des grands penseurs, de Rousseau, de Montesquieu, de Voltaire, il fit la révolution de 1789. Ses principes étaient incomplets, mais vrais, puisqu'ils sont devenus féconds.
Aujourd’hui, la France vit encore et vit très-bien par le peuple. La bourgeoisie, héritière de la noblesse, a commis la même faute qu'elle et en meurt. Elle a tout pris pour soi, n’a rien laissé au peuple. Elle a seulement changé le privilège du sang, en privilège de l'argent.
Ses fils commandent seuls. Pour commander dans l’armée de terre ou dans là marine, 1l faut être fils d’épicier enrichi ou d’usurier, il faut avoir payé pension aux Écoles militaires. Le sous-officier, fils du peuple, brave et sachant bien son mêtier, ne commandera jamais parce que son père n'a eu ni négoce, n1 boutique, n’a pu vendre de la cassonnade mauvaise, voler ses clients, amasser des gros sous. Ce sont Les fils de la bourgeoisie, officiers par droit d'argent, qui viennent de nous faire battre dans toute cette lugubre campagne, comme les fils de la noblesse, officiers par droit de naissance, faisaient battre la France à Rossbach.
Dans cette lutte contre la Prusse, l'essor du peuple a été constamment réprimé par ses maitres. Îl n’a pu rien faire que se faire tuer obscurément et inutilement.