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que sans doute le monde savant aurait laissé passer inaperçue sans le ballon de M. Jules Simon.
* Autant ce gouvernement était hostile à tout ce qui pourvait réellement défendre et sauver Paris, autant il favorisait tous les étalages inutiles d’une lutte à outrance. Le moindre travail défensif exécuté sur l'un des plateaux qui dominent Par:s, au plateau de Châtillon ou d’Avron, à Montretout, l'aurait évidemment beaucoup mieux protégé que toutes les barricades faites dans ses rues.
Les barricades sont bonnes dans une ville aux rues étroi. tes comme Saragosse, dans une ville petite où l’on ne risque pas d'être tourné derrière chaque barricade. Paris, sur plusieurs points, renferme des espaces vides, assez grands pour que l'on y puisse faire manœuvrer des armées entières ; à quoi peuvent servir des barricades d’un côté si l’on est tout ouvert de l’autre? D'ailleurs les barricades s'improvisent d'elles-mêmes tout à coup; faites à l'avance, elles ne peuvent que gêner la circulation, nuire à la défense en retardant les mouvements des troupes. Quand un peuple, fanatisé par le patriotisme ou la religion, veut se battre à outrance, il sait bien se créer subitement des remparts imprenables : 11 abat les maisons, il dépave les rues en un clin d'œil. Enfin, le plan des Prussiens étant de bloquer Paris, de le réduire à la capitulation soit par famine, soit par bombardement, il était clair qu'on n'aurait pas à les combattre dans nos rues, que notre défense était en avant et non en arrière de nos lignes, qu'il fallait les contraindre à débloquer Paris, marcher en avant, au lieu d'attendre que la famine nous fit capituler, nous obligeât à abattre nous-mémes nos barricades. |
Mais, les badauds parisiens n'auraient point vu les travaux exécutés à Montretout. Les Prussiens seuls en auraient connu l'existence et apprécié l'utilité. Au contraire, barricader les rues, cela frappait les esprits. « Vous voyez bien, disaient aux sceptiques les bonnes gens, que le gouvernement ne trahit pas; qu'il ne veut pas, comme le prétendent ces ca-
nailles de rouges, livrer Paris aux Prussiens, puisque: non content des forts et des remparts, il établit une troisième ligne de bonnes et solides barricades. Vive Trochu! C'est celui-là qui est un brave homme. Nous le soutiendrons quand même, et noûs nous ensevelirons avec lui sous les ruines de nos maisons plutôt que de capituler! »
Les barricades étaient dônc une excellente spéculation sur la crédulité publique. Élevées dans les faubourgs, elles s’adressaient surtout au peuple, le ralliaient par sa bonne foi, indignement jouée, au gouvernement. Le membre le plus populaire de ce gouvernement, Henri Rochefort, trompé, lui aussi, par ces jésuites, fut nommé président de la commission des barricades. Flourens en fut nommé membre sans avoir été consulté. À cette commission affluèrent bientôt tous les inventeurs de moyens infaillibles d'exterminer les Prussiens, jusqu'au dernier, par l’eau, par le feu, par l'électricité, par les gaz et par les ballons. Triste signe de décadence quand on croit suppléer par des moyens matériels de destruction au courage, à ce courage qui faisait prendre les batteries prussiennes au pas de charge par les soldats de Valmy!
Ardeur de la garde nationale. — Trochu la méprise. — Enireticn avec ce sauveur.
Persuadé que” les meilleures barricades étaient des poitrines humaines, animées du souffle invincible de la Révolution, Flourens ne vint qu'une fois à cette commission, et s’occupa tout entier de l’organisation de la garde nationale. En sortant, attristé et malheureux de son entreiien du 8 septembre avec Rochefort, il avait renconirè son cher cama-
rade Greffier. 11 avait appris de cet excellent ami qu'un ba-
Dans le peuple il se retrempa; il y avait chez fous ces hommes de cœur tant de noble et généreuse volonté de vaincre ou de mourir, tant d’'ardeur pour sauver la République, tant d’abnégation, qu'il était impossible de ne pas espérer avec eux la victoire, malgré tous les traîtres. Ils quittaient tout volontiers, femme, enfants, ateliers, travail rémunérateur, pour s’enrôler parmi les défenseurs de la Révolution. À cette époque, ils ne touchaient pas encore de prêt et ne savaient même point si on leur en donnerait jamais ou si on les laisserait mourir de faim. N'importe, la patrie était en danger, ne fallait-il pas souffrir pour elle? Ils allaient stoïiquement, pendant les froides nuits d'automne, monter la garde aux remparts en blouses, avec des chaussures percées ; ils grelotaient de froid, ne mangeaient presque pas; aucun d'eux ne se plaignait.
Jls mettaient tant de zèle, tant d'intelligence à apprendre les exercices et les manœuvres, à bien manier leurs armes!
‘En trois jours ils en savaient plus que les conscrits n'en
apprennent en trois mois. Ils avaient d'excellents instructeurs et en profitaient fort bien. Belleville, où les loyers sont beaucoup moins chers qu'au centre de Paris, renferme un grand nombre d’anciers sous-officiers de l’armée, renvoyés par la loi Niel À la vie rivile. Ces sous-officiers faisaient de très-hons capitaines et lieutenants. Avec les ouvriers de Paris, de Lyon et de Marseille, si intelligents et si braves, on pourrait former une armée au moins égale aux armées prussiennes, bien supérieure à nos armées de villagepis conscrits, éduqués par les curés de campagne. Mais une armée tellement révolutionnaire, qu’elle ne permettrait plus à aucun souverain de régner en France. Bonaparte [er aimait mieux voir les Cosaques maitres de sa capitale que d’armer le faubourg Antoine.
Paris tout entier n'était plus qu'un vaste camp. On choisissait pour chefs de bataillons les hommes qui avaient
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donné le plus de preuves d'énergie, qui avaient montré le plus de convictions républicaines. Chacun était soldat, et, pour retrouver les victoires de 1795, il suffisait de ne pas entraver l'élan populaire. Entre peuple et bourgeoisie l'union était parfaite, la confiance réciproque immense. Des citoyens du faubourg Saint-Germain offraient à Flourens le commandement d'un bataillon.
On n’était impatient que d'une seule chose : marcher en avant. À chaque moment, on s'attendait à recevoir l'ordre si désiré de partir. On sentait le prix du temps, on comprenait que du bon ou mauvais emploi de ce mois de septembre dépendait le salut ou la perte de Paris. On avait appris en quelques heures le maniement du fusil, on marchait par pelotons bien alignés, on exécutait déjà les divers mouvements avec précision et rapidité. Même armée des vieux fusils à piston que Trochu donnait seuls à la garde nationale, réservant les chassepots à ses Bretons, la garde nationale toutentière voulait marcher de suite à l'ennemi. Sentant bien mieux que les paysans du Finistère, quelque braves quepuissent être ces jeunes gens, la nécessité de défendre ses foyers, elle aurait fait des merveilles, À elle seule, sans le concours des deux cent mille soldats que Trochu maintenait dans une inaction honteuse, elle aurait pu, bien commandée, percer dix fois les lignes prussiennes, si çlairsemées alors, donner la main aux armées de province, “ravitailler et, partiellement au moins, débloquer Paris.
Le plan de Trochu s’apposait formellement à ces audaces. Il avait un souverain mépris pour la garde nationale. Tout en l’accablant d'éloges outrés en publie, il prétendait dans l'intimité, qu’elle lâcherait pied dès qu’elle apercevrait l'ennemi. En réalité, il voulait pour occuper le peuple et l'empêcher de se mutiner, le faire jouer quelque temps au soldat, le militariser, le tenir en laisse par la solde des trente sous accordés aux hommes, et ensuite des quinze sous accordés aux femmes, aux femmes « légitimes» seules . s'entend, car le saint homme n'aurait consenti, pour rien
au monde, à encourager le vice, et le pudibond Jules | Favre n'admet même pas qu ‘une femme « non légitime » ait droit à l'existence. ’
Il voulait éteindre peu à peu ce beau feu d'ardeur patriotique, si incommode pour son plan de capitulation, en lassant les citoyens par des patrouilles et d’inutiles gardes aux remparts, par l'oisiveté de la vie de garnison insupportable à qui n’en a pas l'habitude, par cette eau-de-vie empoisonnée des bivouacs, qui aide à tuer le temps et qui tue l'homme plus sûrement encore, qui, même à petite dose, congestionne immédiatement le cerveau, par la famine enfin, qui, avec ce système de défense, ne devait pas tarder à venir, par la famine, qui débilite Le corps et rend le cœur lâche. Afin de tuer la Révolution et de sauver ses amis les jésuites, la garde
nationale devait jouer dans le plen de Trochu le rôle qu'ont
joué en 1848 les ateliers nationaux. Avec la différence que, pour dissoudre ces nouveaux ateliers, les troupes du roi de Prusse remplaceraient avantageusement l'armée du général Cavaignac.
Comptant sur le courage de Flourens, dix mille citoyens vinrent de suite se faire inscrire dans son bataillon. Au lieu d'un bataillon, il eut une division pleine d'impatience févreuse de marcher à l'ennemi. Il était péniblement ému de voir tous ces braves gens, à peine vêtus, souffrir du froid. Il travailla de toutes ses forces, sans une minute de relâche, à les vètir, à les chausser, à les équiper, à les exercer, et au bout de dix jours, malgré toutes les entraves d’une administration routinière et paresseuse, il eut la b'en vive satisfaction d'être prêt à cutrer en ligne. Il avait établi dans Belleville des ateliers de couture, où les femmes gagnaient leur vie en cousant les vareuses de leurs fils et de leurs
maris. Si l'Iôtel de Ville avait bien voulu décentraliser par-
tout le travail de cette manière, les autres bataillons auraient pu être habillés beaucoup plus tôt.
Nc pouvant conserver cinq bataillons avec le cadre d'officicrs d’un seul, Flourens alla trouver le général Trochu
pour aplanir cette difficulté. Celui-ci répondit que la véritable unité de combat, d’après lui, était le bataillon. Idée absurde, puisque, avec cinq cents hommes en ligne, un chef militaire, faute de cohésion avec les bataillons voisins, ne peut rien faire. D'ailleurs, M. Trochu a pris soin de se contredire lui-même quelque temps après. Quand il a prétendu se servir réellement de la garde nationale pour tenir campagne, il a formé avec les bataillons mobilisés des régiments, et il a confié le commandement de ces régiments à des officiers dont il se croyait sûr. |
Voyant pourtant que le 63* bataillon ne voulait pas abandonner le chef en qui il avait confiance, et que le cadre d'officiers d'un -bataillon ne pouvait suffire à dix mille hommes, M. Trochu se décida enfin. Le grade-de colonel dans la garde nationalé lui répugnait trop en ce moment. Il inventa celui de « major de rempart, » vaine et piloyable dénomination, puisqu'il devait laisser le rempart de Paris si paisible, puisqu'il devait l’abaisser lui-même devant les Prussiens. Et il conféra ce grade au commandant du 63° bataillon. |
L'interlocuteur de M. Trochu, ‘aspergé par lui d'eau bénite de cour, sortit de cet entretien plus désolé que jamais. « Oui, je sauverai Paris, lui dit le général, d'un ton pénétré, convaincu, patelin. Oui, je sauverai Paris, j'en ai la ferme conviction. Rien ne pourra m'en empêcher, j'ai mon plan. Pourvu seulement que les Parisiens ne s’effrayent pas trop de voir leurs maisons écrasées par les obus et les bombes ! » Il y avait visiblement chez cet homme une affection sénile que les médecins appellent ramollissement, un certain mode de dégénérescence du tissu cérébral qui produit le verbiage incessant, incohérent, vide d'idées, plein d’infatuation de "soi. D'ailleurs, regard vague et toujours indécis, une ressemblance par le côté fourbe avec Bonaparte, mais l’audace et surtout le Morny manquant pour faire un coup d'État.
Autre ruine, siégeait à la place Vendôme, Tamisier, commandant en chef de la garde nationale. Un vieux brave
homme, type d’épicier retraité, qui, sans doute, il y a vingt ans, dut avoir de l'énergie, mais qui aura passé le reste de sa vie à se repentir de cette énergie. Un inoffensif. Ne com-
prenant pas combien il était criminel de collaborer à la ruine
de son pays, ce vieillard aïdait de sa faiblesse, de son inca-
pacité, la trahison de Trochu. Il paraissait ne pas se douter
qu’il y eût des Prussiens autour de Paris. Mais, dans les pre-
miers jours de septembre, il avait bien peur des faubourgs
et demandait à chacun des nouvelles rassurantes. Ensuite
il se calma, fit meilleure contenance, vint même, à la mairie
du vingtième arrondissement, entrelenir pendant une heure
douze chefs de bataillons de la nécessité de prohiber toute
réunion populaire à l’église de Ménilmontant, de la néces-
sité d'empêcher le peuple de rentrer en possession de ces
édifices municipaux usurpés par le clergé catholique. Et
cependant les Prussiens commençaient alors à serrer leurs
lignes et à affamer Paris.
‘Imaginez les Grecs du Bas-Empire s’agitant pour savoir si
la lumière qui sortait du nombril de Jésus-Christ était créée
ou incréée, tandis que les Turcs appliquaient leurs échelles sur les murs de Byzance !
Journée du 5 octobre.
Nous étions prêts à marcher. Nous sentions que chaque journée ‘perdue dans l'inaction emportait irrévocablement nos meilleures chances de succès; que, là où il serait encore
aisé de percer les lignes prussiennes, il faudrait, un peu plus tard, sacrifier des cenfaines d'hommes pour s'ouvrir une voie. Le sang nous bouillait dans les veines, la terre nous brülait sous les pieds. Que faire ? Les réclamations les plus ardentes des journaux républicains étaient nulles et
non avenues. Trochu continuait à dormir ou à aller faire d’inutiles promenades aux forts et aux avant-postes. Nous devions agir, ou bien nous devenions complices de la trahison. ,
Dans la soirée du # octobre eut lieu une réunion des officiers de Belleville, sous la présidence de Flourens. 11 y fut décidé qu’on irait le lendemain à l'Hôtel de Ville, avec les cinq bataillons, demander au gouvernement les dix mille chassepots laissés. inutiles dans les magasins de l’État, la levée en masse, le changement complet de système militaire, la sortie immédiate contre les Prussiens en nombre suffisant pour vaincre, et non par petites colonnes, les élections municipales, le réquisitionnement et le rationnement de toutes les subsistances, qui décroissaient déjà sensiblement. Ces mesures, quoique tardives, pouvaient encore tout sauver. La manifestation n'avait rien d’illégal. Elle ne pouvait se faire qu’en armes ; d’ailleurs, les armes n'olfraient rien de menaçant, mais étaient nécessaires pour assurer le bon ordre de la manifestation, pour distinguer les gardes . nationaux de la foule sans armes. C'était une véritable revue de cinq bataillons, animés du plus pur et du plus sincère patriotisme, que devait passer le gouvernement, averti dès le matin par Flourens. |
Tout se fit dans le plus grand calme et avec la dignité Ja plus grande. Les bataillons se rangèrent sur la place de Grève; puis l'état-major monta à l'Hôtel de Ville. 11 y était attendu par Trochu, Gambetta, Dorian, Garnier-Pagès, Pelletan, Jules Ferry, Étienne Arago, maire de Paris. Flourens présenta ses réclamations avec une grande modération, mais avec fermeté. Trochu, visiblement embarrassé, chercha à s’esquiver en blessant Flourens, dont il se dit d’äge à être le père, en blessant tous les offi@iers, auxquels il reprocha d’avoir abandonné le rempart, que les Prussiens attaquaient peut-être en ce moment, pour venir manifester à l'Hôtel de Ville, en prétendant qu’on l’attendait aux avant-postes pour livrer une bataille, et que si cette bataille étdit perdue en
son absence, la faute en serait à Belleville. Flourens l’arrêta alors en dui donnant sa démission. « Vous n'avez pas le droit de la donner ! s’écria le jésuite ; nous nous devonstous au salut de la patrie, et aucun de nous n’a le droit de donner sa démission avant de l'avoir sauvée. » Comme Flourens persistait, « Eh bien, alors, moi aussi, je donne ma démission. — Nous la donnons tous ! » exclament en chœur les autres gouvernants, non moins comédiens que leur chef. Pendant le mouvement général produit par ce coup de théâtre, Trochu, grâce à sa, petite taille, parvint enfin à s'esquiver. Sans doute il craignait que cela ne finit mal, et était inquiet de se voir entouré de tant de bataillons républicains. Gambetta reprit la parole pour prouver l’impossibilité des élections municipales pendant l’état de siége. Ces mêmes élections avaient déjà été successivement promises et refusées deux fois par le gouvernement, et ont fini par être accordées. Tous les actes de ces gens-là portent la trace de l’indécision, de l'incapacité et de l'entêtement le plus aveugle. Gambetta, l'avocat, fit du pathos; Arago, le vaudevilliste, fit du drame. Mais, en somme, ils essayèrent, en vrais saltimbanques, de jouer d’honnètes gens par de vaines paroles, et'ne voulurent rien changer à leur système de trahison de Paris. | Flourens, incapable de manquer de parole aux citoyens qu'il avait conduits à cette manifestation, et pourtant impuissant, devant ce refus obstiné du gouvernement, à satisfaire leurs si légitimes réclamations, maintint sa démission. En vain les officiers insistèrent pour la lui faire reprendre, en vain Ferry s’écria : « Si le sang coule ce soir dans Paris, "« on dira que c’est à cause d’une démission qui ne devait « pas être donnée. » Flourens sortit de. l'Hôtel de Ville, persuadé qu'il faudrait, pour sauver Paris, en venir aux mains avec ces gens-là, car ils ne voulaient ni écouter les bons. conseils, ni laisser agir les bons citoyens. On lui a reproché de n’en avoir pas fini de suite avec ces traîtres, de n'avoir pas arrêlé Trochu s'enfuyant, investi
l'Hôtel de Ville avec ses bataillons, fait un appel au peuple par des élections immédiates, qui auraient remis dans des mains plus dignes le mandat usurpé si indignement par les acclamés du 4 septembre. Certes, ce n’est ni la conviction qu’il fallait des mesures énergiques et promptes pour tout sauver, ni la volonté de prendre ces mesures, qui lui a manqué. Mais nul n’a jamais sauvé un peuple malgré lui. Si Flourens avait fait cela, il se serait trouvé tout seul, et sans aucune puissance morale le lendemain. Paris croyait encore à cette époque à Trochu. Il passait pour un honnête homme, . tant la tartuferie a de succès, pour un homme un peu mou, qu’il était bon de pousser en avant; maïs qui finirait, grâce à son plan, par sauver Paris tout doucement et sans perdre beaucoup de monde. Aucun des journalistes républicains, ni Delescluze, ni Blanqui, ni Félix Pyat, n’était parvenu ‘encore à persuader au peuple qu’il ne fallait rien attendre d'un sauveur, et tout de lui-même.
Ceci fut une faute : la probité qui engagea Flourens à maintenir sa démission. Contre ces gens si déloyaux il devait se servir d'armes moins loyales. Il devait conserver le commandement des cinq bataillons, force imposante, les maintenir dans le même esprit révolutionnaire, attendre patiemment l'heure, et, au 31 octobre, quand le peuple fut prêt, comprit la trahison et voulut renverser les traitres, mettre au service de cette volonté la force matérielle nécessaire. Avec dix mille hommes, il aurait enveloppé aisément l'Hôtel de Ville, et. fait tomber, même sans collision, le pouvoir des mains qui le détenaient pour le malheur commun. Ce qui lui fut impossible, comme on le verra plus tard, par la faute d'autrui, non par la sienne, et quoiqu'il ait fait, dans la nuit du 31, tout le devoir d’un bon citoyen.
Cependant, la manifestation du 5, bien que ses réclamations n'aient obtenu, en apparence, qu’une fin de nonrecevoir générale, produisit un effet relativement : Lil», ce fut l'envoi de Gambetta en province.