I. — 8AIIIT ▼mCEIIT DE PAUL
Lei hospices. — Pelit^-Ménages. — La Rorhefoucauld. — La Reconnaissance.
— r.hanlon-Ugacbo. — Dcvillas. — Snint-Miclicl. — L'Institution de Sainte-Prrinc. — Spéculation véreuse. — Arrête du 13 novembre 1807. — De Chaillot â Auteuil. — Les deux débililés par excellence. — Le berceau permanent. — l>e« pauvres enfants trouvés de Noire-Dame. — Marguerite de Valois. — Les enfants rouges. — Les enfants bleus. — Arrêt du par- |i»ment fiiant une taxe annuelle. — La coucbe. — Trafic d'enfanU. — Le fondateur. — Rente rovale de 12.000 livres. — Maison Saint-Ljsare. — Le sermon de 1048. — 40,000 livres de rente souscrites en une seule ti'ance. — Reconnaissance d'utilité publique. — Agrandissements sucrefsifs. — Loteries. — Hôpital spécial au parvis Notre-Dame. — Le nombre des enfants abandonnés croit en raison des soins qu'ils reçoivent. — Les orphelins. — Les enfanU de la patrie. — La Rourbe à Port -Royal. — Les enfants trouvés à l'institut de l'Oratoire. — Courtiers en abandon d'enfants. — Les purgatoires. — lies porte-balles. — Mortalité. — La Rourbe et les Enfants-Trouvés séparés en 1814. ^ Tutelle de l'assistance publique.
— Inspecteurs cl médecins. — Statistique. — Dépôt transitoire. — Ineptie d« nourrices. — La mauvaise et la belle saison. — Suppression du tour,
— Les vii^ arrondissements. — Conditions sociales. — Mystère.
Entre la population indigente de Paris et celle qui peut subvenir à ses besoins journaliers, il y a une ca-
légorie assez nombreuse d'individus qui, loul en possédant quelques ressources, ne pourraient cependant pas échapper aux difïicullés de la vie augmentées par l'âge et par les infirmités, s'ils ne trouvaient asile dans certaines maisons spécialement destinées à les recevoir. Ces maisons de retraite, désignées sous le titre général d'hospices, relèvent de Tassislance publiqueet sont au nombre de sept. La plupart étaient jadis situées à Paris; mais depuis quelques années Tadminislration les a rejetées autant que possible hors de l'enceinte des fortifications, mesure excellente qui lui permet de donner à ses pensionnaires les avantages hygiéniques de la vie de campagne et d'échapper aux droits d'octroi dont sont frappées toutes les denrées introduites à Paris.
S'adressant à des personnes que la misère n^a pas encore réduites à l'indigence, l'hospitalité ici n'est pas toujours gratuite, et, pour en pouvoir profiter, il faut remplir certaines conditions qui varient selon les établissements. Le plus ancien de ceux-ci est l'hospice des Petits-Ménages, fondé en 1557, qui a pris la place de l'ancienne maladrerie Saint-Germain des Prés, affectée jadis aux lépreux, et fermée faute de ressourcesen 1544. Il occupait, rue de la Chaise, de vastes bâtiments bien connus dans le peuple de Paris sous le nom de Petites-Maisons. Une ordonnance préfectorale du 10 octobre 1S01 Ta consacré exclusivement aux
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veufs et veuves de soixante ans ayant vécu au moins dix années en ménage, et aux époux réunissant cent trente ans dVige, dont quinze passés en commun. Depuis 1863, la maison a étéreconslruite à Issy dans des proportions grandioses appropriées à tous les services qu'elle doit rendre, et elle peut passer actuellement pour un hospice modèle. En dehors d'un mobilier déterminé qu'il faut fournir, chaque pensionnaire doit payer par année une somme de 200 francs s'il est en dortoir, et de 500 s'il est en chambre ; on peut se soustraire à cette obligation par le versement définitif d^un capiud de 1,200 francs dans le premier cas et de 1,800 pour le second. Au 51 décembre 1869, la population des Petits-Ménages était de 1,281 personnes âgées de soixante à quatre-vingt-quinze ans.
La maison de retraitedel^ Rochefoucauld, installée à Montrouge, sur la route d'Orléans, doit son nom à la noble et généreuse femme qui la fonda au mois de mars 1 701 . On n'y est admis qu'à soixante ans révolus ; cependant un homme de vingt ans, perclus de tous ses membres et frappé d'infirmités incurables qui ne sont ni l'épilepsie, ni l'aliénation mentale, ni le cancer, peut y être reçu. La pension annuelle, fixée à 250 fr. pour les vieillards valides, est portée à 512 fr. 50 cent. pour les infirmes incurables; les uns et les autres doivent en outre payer une somme de 100 francs, représentant la valeur du mobilier qui leur est fourni.
Au 31 décembre 1869, la maison contenait 221 administrés, dont un centenaire.
L'hospice de la Reconnaissance, ouvert à Garches en 1855, a été fondé en 1829 par Michel Brezin, ancien forgeron mécanicien enrichi sous la république et l'empire. L'admission, absolument gratuite, est réservée de préférence aux ouvriers de soixante ans, non repris de justice, qui, pendant leur vie active, ont travaillé le fer, la fonte de fer et le cuivre. Cet établissement renferme 500 lils; 256 étaient occupés au commencement de l'année 1870.
A la maison Chardon-Lagache, qu'on a élevée à Auleuil, près du hameau Boileau, en vertu d'un acte authentique du 25 mai 1861, la pension est de 400 francs pour les individus isolés, et de 550 francs pour chacun des époux vivant en ménage; les uns doivent apporter avec eux un mobilier, les autres verser une somme de 200 francs équivalant à celui que l'administration met à leur disposition. L'âge de soixante ans est exigé, comme dans les hospices du môme genre; la maison est grande et comptait 144 pensionnaires au 51 décembre 1869. La maison Devillas porte le nom d'un ancien négociant, qui la fonda en 1852 rue du Regard, où elle fut inaugurée le 25 juillet 1855. On y reçoit gratuitement des vieillards de soixante-dix ans ou des infirmes indigents; 45 individus des deux sexes y étaient en hospitalité
au 1" janvier 4870. Saint-Michel, qui a tout à fait Tair d'une maison de campagne, a été fondé en 1825 et ouvert le 24 août 1850, grâce aux libéralités d'un ancien tapissier nommé Boulard. Celui-ci Fa réservé à douze vieillards âgés de soixante-dix ans au moins et présentés par les bureaux de bienfaisance; mais malgré la gratuité de l'admission, malgré la proximité attrayante du bois de Yincennes, il faut croire qu'on ne s'empresse pas d*y entrer, car, aux premiers jours lie 1870, on n'y voyait que cinq pensionnaires, tous atteints d'infirmités.
Parmi ces hospices, il en est un qui est presque célèbre; il est luxueux, si on le compare aux autres. Il représente plutôt une pension bourgeoise très-confortable qu'une maison ouverte aux abandonnés de la fortune ; on a tout fait pour lui enlever le caractère un peu triste qui se remarque dans tous les établissements analogues, et son nom même indique avec quel soin on a évité tout ce qui |)oiirrait donner l'idée d'asile ou de secours; on l'appelle l'Institution Sainte-Périne. L'idée première en appartient à Chamoiisset, dont le nom se trouve mêlé h toutes les bonnes œuvres, à toutes les inventions utiles du dix-huitième siècle *.
Elle resta d'abord sans effet et ne fut reprise qu'an commencement du siècle par deux faiseurs, Gloux et
* J*ai raconté en son temps que Chamoussrt fut rinventeur de la petite poste aux lettres de Paris. -~ Voy. 1. 1, chap. I*'.
Ducliayla, qui, dans un établissement de bienfaisance, ne virent qu'un moyen de faire fortune, lis intéressèrent Tempereur et rimpéralrice Joséphine à leur projet, et organisèrent une maison de retraite dans l'ancien couvent de Sainte-Périne, à Ghaillot. Ce grand hospice, placé au milieu de très-vî\sles jardins, fut immédiatement adopté par la plupart des personnes âgées que la révolution avait ruinées, et qui cependant avaient conservé des ressources sufGsantes pour acquitter la pension annuelle. L'incurie, — pour ne pas dire plus, — des administrateurs était telle que, pendant quelques mois de 1807, l'empereur envoyait aux pensionnaires des vivres préparés pour eux aux cuisines des Tuileries. Sans cette précaution vraiment extrême, ils eussent été exposés à mourir de faim. Aussi un arrêté du minislère de l'intérieur, en date du 15 novembre 1807, autorise le préfet de la Seine à s'emparer de la direction de Sainte-Périne, au nom du conseil général des hospices.
Depuis ce temps, el malgré de nombreux procès que les sieurs Gloux et Duchavla intentèrent à Tadministration municipale, l'institution fonctionna avec régularité. Elle recueillit bien des existences qui avaient eu leurs jours de grandeur, et plus d'un haut personnage pul, grâce à cet asile, éviter les humiliations de la charité publique. Le vieux couvent de Ghaillot, atteint par le percement de deux boulevards,
diminué, a été détruit cl remplacé en 1862 par une ample maison construite à Âuteuil dans un parc de 78,651 mètres. C'est le Louvre des hospices, et Ton n'y reçoit que l'aristocratie de la pauvreté. L'article 8 du règlement spécial est formel : « L'Institution de Sainte-Périne est destinée à venir en aide, sur la fm de leur carrière, à d'anciens fonctionnaires, à des veuves d'employés, à des personnes qui ont connu l'aisance et sont déchues d'une position honorable. On y est admis à partir de l'âge de soixante ans révolus. » La pension est de 850 francs, indépendamment d'une somme annuelle de 100 francs destinée à représenter la valeur du mobilier et du trousseau. De 268 lits que celte maison contient, 259 étaient occupés à la fiD de l'année 1869.
Tels sont les difîérents établissements dont l'assislance publique dispose pour les privilégiés de l'indigence ; mais l'adrhinistration se trouverait dans un cruel embarras, si ses ressources hospitalières réservées aux vieillards et aux infirmes se bornaient aux sept maisons que nous venons de citer. En présence du chiffre énorme d'individus frappés par des maux incurables, par les infirmités de la vieillesse, par la misère absolue, il faut de vastes hospices, une bienfaisance très-active, et une gratuité d'admission que nulle restriction ne puisse atteindre.
A toutes les épaves que notre civilisation rejette
sans cesse il faut ouvrir des ports de refuge où I'ob puisse du moins attendre en paix la dernière heures! Ton est un vieillard, et où Ton puisse s'armer pour le grand combat de l'existence si l'on est un enfant livré aux hasards de l'abandon. Ceux qui naissent et ceux qui meurent dans la misère appartiennent de droit à l'assistance publique; l'extrême enfance, l'extrême vieillesse, c'est-à-dire les deux débilités par excellence, les deux âges impuissants, réclament e( éveillent toute sa sollicitude. A l'enfant et au vieillard elle tend une main très-secourable ; elle dit à l'un : Grandis sans crainte, je veille sur toi ; elle dit à l'autre : Repose en paix, sans souci du lendemain, je te conduirai jusqu'à ta dernière demeure.
Les peintres de la Renaissance ont souvent symbolise la charité sous forme d'une femme laissant monter des grappes de nourrissons vers ses larges mamelles gonflées de lait. Notre assistance publique fait plus et fait mieux : si d'une main elle attire les enfants, de l'autre elle appelle et soutient les vieillards. Elle n'au» rait qu'à compulser les registres où elle inscrit ses états civils pour constater que ce même vieillard auquel elle vient de fermer les yeux, elle l'a secouru dans la force de l'âge, elle Ta soigné dans sajeunesse, elle l'a recueilH enfant dans la rue, où sa mère l'avait abandonné.
Alin de sauver les enfants, elle a accepté et singulièrement agrandi l'hérilage de saint Vincent de Paul ;
afin de donner un dernier abri aux vieillards à bout de voie, elle a modifié et assaini autant que possible les sombres geôles de Bicetre et de la Salpêtrière. A la place de ces lieux d'horreur où le châtiment était aussi cruel que le crime, elle a installé Thospice de la vieillesse |K)ur les hommes et l'hospice de la vieillesse pour les femmes. Ces deux établissements et celui des enfants assistés constituent un service d'hospitalité trèsfecond dans ses résultats qu'il est utile d'étudier avec quelque détail.
Au portail de plus d'une église du moyen âge, sur le pilier qui ordinairement sépare les deux portes d'entrée, on peut remarquer une large coquille en pierre qui semble placée là comme un lavabo rappelant les purifications que chaque fidèle devait faire avant de pénétrer dans la maison du Seigneur. Ce n'était point un bénitier, ainsi qu'on pourrait le croire ; c'était un berceau permanent destiné à recevoir l'enfant abandonné qu'on apportait furtivement pendant les dernières heures de la nuit et (jue Ton confiait à l'église, qui alors, remplissant le rôle de mère universelle, arrachait les accusés à la justice et recueillait les orphelins délaissés.
A Paris plus que partout ailleurs, le nombre de ces |)auvres petites créatures remises aux soins de la charité publique fut toujours considérable, et le dimanche, pendant les oilices, les nourrices qui les avaient
acccplées les couchaient à Notre-Dame dans une sorte de vaste berceau où Ton jetait des aumônes. On les appelait a les pauvres enfants trouvés de Notre-Dame.» Le premier acte qui en fait spécialement mention porle la date du 2 septembre 1451 ; c'est le testament par lequel Isabeau de Bavière, qui devait avoir une com« misération particulière pour les enfants abandonnés, leur laisse une somme de huit sols parisis.
Plus lard, au seizième siècle, les nourrices s'assoient devant la principale porte de la cathédrale sur une sorte de lit de camp garni de paille et, tenant leurs nourrissons entre les bras, sollicitent pour eux la générosité des passants. C'est vers celle époque qu'une première institution sérieuse* devint le point
* Il y eut ccpcndnnl une tentative antérieure, mais elle dégénéra promptement et ne rendit pas les services qu'on pouvait espérer. Vcn i50'2, à une des époques les plus lamentables de notre histoire, quelques âtnes charitîil)los sYmurent de voir le nombre d'orphelins qui encoinl)raierit les rues de Paris; à leur prière, Févéque Jean de Meulun autorisa In fondation de Thôpital du Saint-Esprit sur un terrain attenant à rilùlcl de Ville; mais on n'y recevait que les enfants nés en légitme maria<^o; les h:\lnrds qui, plus que tous autres, sont ei poses k Taltandon, étaient exclus ; le règlement confirmé plus tard parleUres patentes de (Charles Vil, vn 14i5, est formel à cet égard. Les orphelins recueillis étaiciil i)our la idnpart voués à la vie religieuse. La maison du Saint-Esprit fut absorbée par 1 iiôpilal général, ainsi que l'ordonnèrent des lettres royales du t^f) mai KiTD; à cttee époque, elle abritait quarante garçons et soixante jcui'.cs filles; mais les conditions d'admission étaient tièsreslriclivos ; b's enfants ne devaient pas avoir plus de neuf ans et devaioiil èlrc i^sus de père et mère morts à l'hôpital.
de départ du système qui, se complétant au fur et à mesure des progrès accomplis par la philosophie et réconomie politique, est devenu ce que nous le voyons aujourd'hui. En 1556, Marguerite de Valois, sœur de François 1^, ouvrit au Marais, près du Temple, dans la rue Portefoin, une maison spécialement destinée à recevoir les orphelins trouvés au parvis de Notre-Dame. On les appelait d^abord les c< enfants-Dieu ; » mais la couleur de leur vêlement les fit surnommer c< les enfants rouges, » et le nom a subsisté jusqu'en 1772, époque où cet hospice fut supprimé.
L'exemple avait été donné, il fut suivi, et en 1545 le Parlement attribua au logement de 136 orphelins, — 100 garçons et 36 filles, — l'hôpital de la Trinité, situé au coin de la rue Saint-Denis et de la rue Grc- Dclat, et où les confrères de la Passion avaient joué leurs premiers mystères. Les pensionnaires de ce nouvel asile furent nommés les c< enfants bleus; » ils assistaient aux enterrements des personnes nobles, riches ou notables, et y recevaient quelques aumônes en argent ou en nature, qui servaient à leur entretien. De telles ressources étaient illusoires, et les pauvres petits, dès qu'ils pouvaient se traîner sur leurs jambes, s'en allaient mendier par les rues pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim. Lorsqu'ils avaient grandi, qu'ils se sentaient doués d'agilité et d'adresse, ils ajoutaient les chances du vol à celles de la mendi-
!Uct. fï mis fin ^jnÈmi «pii aiah vagi sor le lit de i«Ms m ^]cr-^?2mii Jiminait sa ne en faisant laide rr 3i;ii:;î -îa luur 1*111 z'Jet.
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Ljxi.a w.c jd. rrn'JjL 1 imposa. le 15 août 1552, aux
seize ?«ii!iaeur^ ■itr/îes.TKppies justiciers, qui seuls
irLenû i.:L«.a ?ur ::as les ress*>rt5 Je Paris, Tobliga-
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C'-iui: -'.jLiLr. 5ei«:c Les usages da temps, le domicile
•ie seirccL!^ vik li :c in H vendémiaire an U devait
£ifr ^lis uri. Al»:c^ Té^étpe Je Pluîs fonda, pour
r^f\:t V : r ^'is cjn'ui'-s ib^indonnés sur son territoire, une
Eiiiivc: :i':c Z'jcimj Ij Coucha, et qu'on éleva entité
^di:::J^l^:^c^:^ce rC Sdinte-GeneTÎèTe des Anlens, sur
Icii-j Uct-icL: >,i:uf^ aujourd'hui en grande partie
par le B^rtJiu Lur.-.riL
Le .^ui <c- •^vr>>iû: ii u*t<t pas croyable. Comme les resst.'urvt'S don: iVtablisseaieni disposait étaient fort I.iuitévs, les piact^ y étaient tirées au sort, et les enfant< i{Ut la loi tune n'avait point faTorisés étaient reje» t«'> >iir !o {avé aux hasards de la faim, du froid et de la iiiMrt. Iv ['lus, on y tenait littéralement magasin dVnliinls. ol loti vu t;*is;iil Iralio. I^ marchandise humaine no coùtiiit (i^is cher, un enfant se vendait vingt
SOUS; c'était un prix fixe. A qui vendait-on ces pauvres êtres? A des nourrices qui, ayant laissé mourir leur nourrisson, voulaient le remplacer, — à des mendiants qui cherchaient un jeune acolyte pour émouvoir les cœui*s charitables, — à des bateleurs qui, choisissant les plus énergiques et les plus forts dans cette mièvre population, leur disloquaient les membres pour en faire des acrobates, — à des faiseurs de sortilèges, — enfin à des chercheurs de la poudre de projection el de Télixir de longue vie, qui à leurs drogues ténébreuses aimaient à mêler le sang des enfants encore purs.
Cela dura longlemps,jusqu'aujour où saint Vincent de Paul, voyant un misérable déformer un enfant afin dVn faire un objet de compassion propre à attirer les aumônes^, conçut Tidée de la grande institution hos-
< Je crois bien, sans pouvoir ni oser raffinncr, que de telles nion> fttniosités ne se produisent plus chez nous; mais en Angleterre elles paraissent être encore en usage dans une partie de la population, qu'on ne sait comment qualifier; voici ce que Ton peut lire dans le Moniteur unheruly k la date du 14 juin 1872 :
« La police vient de découvrir à Londres, dans une vieille maison dlli^lihury, située au fond d*une ruelle sombre, une fabrique dV<iropiéi.
f Ne riez pas, car la chose n'est pas drôle, tant s'en faut. On prenait là dedans des enflants en bas âge, et on leur contournait les pieds, on leur d'-formait la figure, on leur aplatissait le crâne, on leur repliait lt*s membres de façon à les faire paraître manchots, le tout sur la demande de leurs parents, qui s'en s<TYaient ensuite pour exciter la charité des passants. Pour déformer une jambe, cela coûtait, à forfait,
pitalicrc à laquelle son nom esl atlaché pour jamais, el qui mieux que toutes ses œuvres de piété en a fait un saint réellement populaire et vénéré.
Celui qu'une ironie du sort avait fait le précepteur de ce Paul doGondy qui fut médiocre en toutes choses, qui déshonora la pourpre par ses mœurs et la politique par ses inlrigues, se mit résolument à l'œuvre en 1658; entraînant madame Legras, sœur du garde des sceaux Marillac, et Elisabeth Lhuillier, femme du chancelier d'Aligre, il chercha et recueillit les enfants qu'on abandonnait sous le porche des églises, sous le portail des hôtels, à l'angle des rues fréquentées, dans les jardins publics et sur les ponts. Il les établit dans une maison située près de la porte Saint-Victor ; mais là aussi les places étaient trop peu nombreuses, et I'od avait recours au sort pour déterminer ceux qui les occuperaient. Louis XIII et Anne d'Autriche s'intéressè-
trente shillings, nourriture comprise ; si Tenfant avait moins d*un an, c'était deux livres sterling. Pour faire un manchot ou une c télé de côté, i quatre livres, etc. H y avait un tarif.
« On donnait en outre, dans ce joli établissement, des leçons aux meih dianls adultes pour simuler les inûrmités. U sortait de là chaque anoce des quantités de faux aveugles, faux culs-de-jatte, faux poitrinaires ei même de fausses fenunes enceintes.
• La maison, bien connue des bandits de Londres, a?ail pour raison sociale : WilUs, Willis, Batnan and C*.
f 11 Vil sans dire que les deux Willis et leur associé Batnan Tont Ttnix compte à lu justice de leur effroyable commerce, ainpi qu'une douxaioe de leurs « employés. •
renl à l'œuvre naissante, et, de 1641 à 1644, affeclèrent au nouvel hôpital une rente de 12,000 livres. La maison de la porte Saint-Viclor étant devenue insuffisante, Vincent de Paul transporta toute sa vagissante colonie à la maison Saint-Lazare, qu'il venait de fonder dans le vaste enclos situé à proximité de la ville, en haut du faubourg Saint-Denis\
Malgré les efTorls du fondateur, l'œuvre périclitait; elle allait périr lorsque Vincent de Paul prononça, en 1648, devant les dames de la cour le sermon resté célèbre. « Or sus, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants... Vojez maintenant si vous voulez ainsi les abandonner pour toujours... il est (emps de prononcer leur arrêt et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde peur eux. Les voilà devant vous. Ils vivront si vous continuez d'en prendre un soin charitable, et je vous le déclare devant Dieu, ils seront tous morts demain si vous les délaissez. » L'effet fut si profond que, séance tenante, on souscrivit plus de 40,000 livres de rente au profit exclusif des enfants trouvés ^ l'œuvre était définitivement fondée. La reine mère, voulant y concourir largement, lui abandonna le château de Bicétre ; mais l'air y était d'une acuité redoutable, et les enfants mouraient comme s*ils eussent été frappés de
' Cest aujourd'hui la maison de détention pour les femmes.
contagion. On fut forcé de les ramener au faubourg Saint-Denis.
Par un arrêt du Parlement rendu le 3 mai 1667, confirmé le 10 novembre 1668, et rappelant celui du 13 août 1552, la somme que les seigneurs justiciers devaient payer annuellement pour l'entretien des enfants trouvés de Paris fut portée à 15,000 livres; de plus, des lettres patentes de juin 1670 érigèrent en hôpital la maison des Enfants-Trouvés et la firent entrer dans la grande institution qu'on appela Thôpilal général. Cette mesure équivalait à ce que nous nommons aujourd'hui un décret en reconnaissance d'utilité publique.
Dès lors l'établissement prospéra et fut assui*é de ne point périr faute de ressources comme il en avait été si longtemps et si souvent menacé. 11 était devenu assez considérable pour qu'on fût obligé de le dédoubler; Saint-Lazare, exclusivement consacré au chef-lieu de l'ordre dos lazaristes, avait élé abandonné par les enfants pour lesquels on avait acquis, en 1674, dans le faubourjr Saint- Antoine, les terrains où s'élève actuellement l'hôpital Sainle-Eugénie, qui n'a point perdu les Iratlilions de son origine, car il est consacré au (raitcnient des enfanls malades. La Couche de Nolre- Danie subsistait toujours, on voulut l'agrandir. En I07"2 et en 1088, on loua d'abord, on acheta ensuite trois peliles maisons qui appartenaient à l'Hôtel-Dieu;
on les répara, on les modifia, et l'on en ût le lieu de dépôt, l'hospice des Enfanls-Trouvés, qui y restaient proyisoiremcnt jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'être transportés aux Orphelins du faubourg Saint-Antoine. Il faut croire que lorsque l'institution fut mieux connue du peuple de Paris et des villes voisines, on en proGta largement, car, le 3 mai 1720, le régent accordait à l'hôpital des Enfants-Trouvés une loterie c< à vingt sols le billet, avec bénéfice de 15 pour 100, pour aider à soutenir cet hôpital, pour l'entretien de ces enfants, dont le nombre augmente tous les jours \ » Cette mesure n'eut rien de transitoire ; un arrêt du conseil, en date du 30 mai 1776, réunit la loterie des Enfants-Trouvés à la loterie royale de France, récemment instituée. Tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis la création de l'œuvre ont
* Journal de Buvat, II, p. 240; je lis, en outre, dans le Journal de Barbier^ man, 1754, II, p. 453 :
c On a mis ces jours-ci à la morgue du Châteict quinze ou seize petits enfants morts, dont il y en avait un âge de trois ans; tous les autres plus jeunes ou nouveau-nés. Ce spectacle nouveau a attiré un grand concours de monde et a efTrayé tout le peuple. On attribuait (jpiasi cela au départ des soldats aux gardes : mab comment aurait-on torturé tous ce$ enfants ensemble et dans le même moment, d'autant qu*à présent b facilité est grande pour ceux qui seraient bors d*état d'élever leurs enfants ? Il n'est plus besoin de les exposer dans une allée, comme on faisait autrefois, et ce qui en faisait périr. On peut les porter directement aux Enfants-Trouvés; on les reçoit sans s'informer de rien de la personne qui les apporte, et celte police est très-sage. •
tenu à honneur de la soutenir et de l'encourager par les moyens un peu empiriques, mais néanmoins trèssérieux, dont on disposait alors.
En 1747, on voulut déblayer la place du parvis Notre-Dame, qui était singulièrement encombrée par des masures et par des chapelles, ex-voto du moyen âge, que rendait inutiles la proximité de l'immense cathédrale. On démolit Téglise Saint-Christophe, dont le chevet se trouvait au débouché de la rue Saint- Pierre-aux-Bœufs, remplacée par la rue d'Arcole, — l'église Sainte-Geneviève des Ardens, qui faisait face au jardin actuel de l'Hôtel-Dieu, — enfin le groupe de maisons qui constituait la Couche, et l'on chargea Boiïrand de construire un hôpital pour les enfants trouvés. L'année suivante, l'édifice était terminée; il existe encore, a servi de chef-lieu à l'assistance publique, contient le Bureau central, forme depuis 1867 une annexe à THôlel-Dieu, et disparaîtra quand le nouvel hôpital sera inauguré.
Plus Ton faisait d'efforts pour élever ces enfants, leur donner les soins qu'ils auraient dû trouver dans leur famille, plus les délaissements se multipliaient. Ce fait, que tous les documents prouvent avec évidence, émut Necker. « On ne peut, dit-il en 1784, dans son livre de V Administration des finances^ se défendre d'un sentiment pénible en observant que l'augmentation des soins du gouvernement pour sauver et
conserver cette race abandonnée diminue le remords des parents et accroît tous les jours le nombre des enfants exposés. » L'hôpital avait parfois des bonnes fortunes singulières. c< Le 2 février 1786, raconte Bachaumont, un M. de Challet, fermier général sans enfants, avait adopté une petite ûlle trouvée, qui devint plus tard madame de Ville, et à laquelle, sa femme étant morte, il remit une somme de 100,000 écus provenant de l'héritage de celle-ci. Madame de Ville, reconnaissante des soins qu'on avait pris d'elle dans la maison hospitalière qui l'avait recueillie, employa cette grosse somme à fonder une rente annuelle de 15,000 livres au profit de l'œuvre établie par shint Vincent de Paul. »
La révolution, en brisant les privilèges sur lesquels était assise en grande partie la fortune des enfants abandonnés, se trouva en face de difficultés trèsgraves; elle les envisagea avec calme et les accepta courageusement. Tous les hospices, tous les hôpitaux furent autorisés à recueillir les enfants trouvés, et le trésor national devait se charger des frais de leur entretien. La constitution de 1791 proclame hautement pour la nation le devoir d'élever les enfants abaiïdonnés; la loi du 28 juin 1793 dit : a La nation se charge de l'éducation morale et physique des enfants trouvés; ils seront désormais désignés sous le nom d'orphelins ; toute autre dénomination est interdite. » Mais, avec
une grande habileté et pour diminuer les dépenses de l'État, la même loi promet des secours et « le secret le plus inviolable )» aux filles-mères qui youdronl al* laiter leur enfant.
Le 4 juillet 1 795, on ya plus loin, et Ton dépasse le but. A force de vouloir rompre avec le passé, qui imprimait une note d'infamie au fils illégitime, les législateurs de la Convention semblent donner un encoungemcnt à la débauche, car la loi quHIs édictent promet aux filles-mères que leurs enfants seront indistinctement adoptés, et qu'on les appellera désormais les enfants de la patrie. L'état misérable du Trésor ne permit pas à un tel projet de sortir du domaine delà théorie. Il y eut cependant un commencement d'exécution : par décret du 7 ventôse an H, les enfants de la patrie furent installés au Val-de-Grâce ; mais dès le 10 vendémiaire, un nouveau décret les fit transporter dans les bâtiments de Port-Royal et dans ceux de l'Institut de l'Oratoire. Les anciens hospices des Enfants- Trouvés formèrent ainsi deux sections : la première, appelée la Bourbe et réservée aux filles-mères, aux femmes indigentes arrivées au dernier terme de leur grossesse ; la seconde consacrée aux enfants assistés.
Non-seulement les enfants abandonnésà Paris étaient portés à l'hospice de la rue d'Enfer, maison y envoyait sans vergogne ceux des départements, et il existait des courtiers en abandon d'enfants. Ces hommes recueil-
laient dans les villages et dans les villes les enfants dont les mères refusaient de se charger ; ils les emballaient, c'est le mot, dans une caisse matelassée qui se portait sur le dos à Taide de bretelles, les enfants y étaient placés debout, et leur tète dépassait de façon qu'ils pussent respirer et ne point étouffer dans ces boites, que, par une ironie effroyable, les paysans appelaient des purgatoires; chaque boite contenait trois enfants.
Ainsi chargé, Thomme se mettait en marche, quelque temps qu'il fit, pluie ou grêle, neige ou soleil, s'arrétant seulement pour prendre ses repas et donner de loin en loin du lait aux pauvres créatures. Parfois, bien souvent, Tun des enfants mourait en chemin ; on n*avait point le loisir de remplir des formalités minutieuses, on jetait le léger cadavre dans un fossé, on le recouvrait d'un peu de terre, et l'on continuait sa route. Arrivé devant l'hôpital, l'homme glissait les enfants dans le tour et se hâtait de retourner « au pays » chercher de nouvelles victimes, car cet emploi était « son gagne-pain. »
Mercier a vu 200 enfants couchés sur deux rangs dans la même salle; une nourrice suffisait à deux nourrissons. Ils étaient bien mal soignés, les pauvres petits, et ne luttaient pas longtemps contre la dure existence qu'on leur faisait. Dulaure, qui, si souvent inexact en matière de dates, est presque toujours bien
968 LES E!IFA!(TS TROCTÉS.
renseigné quand il s'agit de chifTres, déclare qu'en 1797, sur 5,716 enfants reçnsà l'hospice, 3,108 sont morts dans Tannée. Si excessive qu^elle soit, cette mortalité n^a rien d'inTraisemblable ; à la même époque, on constate que sur 108 enfants envoyés en nourrice en Normandie, il en est mort 101 ;enGn, de nos jours, Tenquéte de 1860 n'a-t-elle pas prouvé que la mortalité des enfants assistés est de 87 pour 100 dans le département de la Seine-Inférieure, et de 90 pour 100 dans le département de la Loire-Inférieure.
En 1814, la Bourbe et la maison des Enfants- Trouvés furent séparées en deux services distincts, qui aujourd'hui encore n'ont plus rien de commun. La vieille maison de Port-Royal est devenue la Maternité, et la maison des oratoriens est restée Thospice des Enfants-Trouvés, ou pour mieux dire des Enfants- Assistés, car c'est ainsi qu'on les désigne adminislrativement. Une loi du 27 frimaire an V, un arrêté directorial du 50 ventôse de la même année et enGn un décret impérial du 19 janvier 1811 ont déûnitivement organisé le senice des enfants recueillis par la charité publique. En fait, on ne doit les laisser séjourner à Paris, dans Thospice de la rue d'Enfer, que le moins longtemps possible ; on les confie a des nourrices de province, à des cultivateurs; on développe en eux le goût de la vie des champs, on cherche à les attacher à ragriculture, qui, en France, manque trop de bras.
Pour la conscription, ils sont soumis à la loi commune, et non pas tous forcément destinés au métier de soldat, comme le voulait Napoléon l*^
De rheure où ils ont été confiés à l'administration jusqu'au jour où ils ont atteint leur vingt et unième année, ils vivent sous la direction immédiate de TassisUince, qui a sur eux toute Tautorité que la loi confère aux tuteurs. La tutelle est très-prévoyante et irès-active, la surveillance est sérieuse dans les quarante-cinq arrondissements provinciaux où l'on entretient des enfants assistés; elle s'exerce par 2 inspecteurs principaux, par 45 sous-inspecteurs, par 294 médecins rémunérés, par les curés et par les agents du pouvoir municipal. Le nombre de ces malheureux élevés, soutenus, protégés par l'assistance publique est considérable. En 1869, il était de 25,486, dont 16,845 âgés d'un jour à 12 ans, et 9,001 de 12 à 21 ans; sur ce total, on compte 13,116 garçons et 12,370 filles.
L'hospice n'est en réalité qu'un lieu de dépôt essentiellement transitoire ; l'enfant qu'on y apporte part avec une nourrice aussitôt que sa santé lui permel de supporter le voyage, et il n'y revient que dans des cas de maladie fort grave, lorsque les soins qu'il reçoit au dehors sont insuffisants, ou lorsque son esprit d'insubordination réclame une discipline plus sévère. On hâte autant que possible le départ de l'enfant pour la
campagne, car on a reconnu que le séjour de l'hospioc lui était funeste. C'est depuis 1861, à la suite de douloureuses expériences constatées, que Ton s^est anrélé .'I ce parti qui, jusqu'à présent du moins, a donné de bons résultais ^
Quelle que soit la surveillance exercée sur les nourrices, elle ne peut être incessante, et il est bien difficile d'apprendre à des filles de campagne, imbues par tradition des idées les plus soties et les plus antihygiéniques, qu'il ne faut pas bourrer les nourrissons d'aliments solides auxquels leur très-faible estoniK est rebelle. Combien parmi ces créatures ordinairement rapaces et stupides n'en existe-t-il pas qui, aujourd'hui encore, tout comme au temps de Rousseau, pendant qu'elles vont aux champs ou à la tîIIo, accrochent l'enfant à un clou sous prétexte que c'est le bon moyen d'éviter qu'il ne roule hors de son berceau? Ainsi suspendu, le pauvre être se démène, s*agilf^ pleure el s'endort de fatigue, épuisé, énervé, oppressé |>ar tant de larmes el d'efforls. Quelques-unes ont pins
* Il ost facile d'en juger en comparant les chiffres sni^ants : «■ l$Si^, l'hospice admet 5.32^ enfans et en perd 1,21 1 ; en iK59, les sont de ô,5r»8 el les décès de 1,055; — en 1868. sur 5.6d3 ayant st'journê à l'hospice, il en meurt 44â: en 1869. le» s^èlèvenl à 6,000, et les décès ne comptent que poor 495. Cot à un progn'S très-s<Misible qui donne en moyenne une mcctiÂfti h 7.S0 (H>ur 100; celle qui frappe le> enfans enToyês à b caafoae^ plus considérable : sur il. UT, il en est mort 1,785, f 'rrt à firr Kd pour liKK
SAINT VINCENT DE PAUL. 27i
de m«ilicc encore, et, pour empêcher « le petit » de crier, elles lui donnent à sucer un nouet imprégné de laudanum ou d'une décoction de tcle de pavot. Si avec un tel régime l'enfant ne meurt pas, c'est un miracle. Tout a été dit sur ce sujet, il n'y a plus à y revenir. On a constaté que l'allaitement artificiel était redoutable pour l'enfant, l'allaitement mercenaire ne vaut guère mieux ; les tables de mortalité en donnent tous les ans des preuves singulièrement douloureuses et convaincantes.
Parmi les 6,009 enfants reçus en 1869 à Thospicc des Enfants-Assistés, 4,260 seulement ont été abandonnés; les autres, 1,749, n'ont été que déposés momentanément pendant que leurs parents ou les personnes qui en prenaient soin étaient à l'hôpital ou en prison. Le nombre des abandons a été à peu près le naéme pour les huit derniers mois de l'année, il a varié entre 365 pour mai et 310 pour août, qui correspond à décembre, un mois froid, désagréable, obscur et pluvieux pendant lequel on ne sort guère, où les ressources ménagées sont absorbées par les exigences du chaufTage et de l'éclairage ; les quatre premiers mois au contraire sont très-chargés : janvier, 371 ; février, 408 ; mars, 428; avril, 383 : ils correspondent aux longues journées, au printemps, à l'été, à mai, à juin, à juillet, ù août, aux parties de campagne, aux dîners sur l'herbe, aux promenades dans les forêts
â72 LES ENFANTS TROUVÉS.
voisines de Paris, à toutes les sollicitations de la nature et de la jeunesse.
Autrefois la vieille maxime de saint Vincent de Paul, que la charité doit ouvrir les bras et fermer les yeux, était largement pratiquée ; l'abandon pouvait être non-seulement secret, mais absolument mystérieux. Un tour, qui existe encore, quoiqu'il ne sene plus, s'ouvrait près de la porte de l'hospice; on y déposait l'enfant, on tirait une sonnette d'appel, le tour pivotait sur lui-même, et la maison hospitalière prenait l'enfant sans même chercher à s'enquérir de son origine. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi; à la suite de longues discussions auxquelles ont pris pari toutes les autorités intéressées, le tour a été supprimé par la raison qu'il était une sorte d'encouragement à l'abandon; cette suppression, que je crois regrettable, a peut-être amené bien des infanticides et bien des avo^ tements, mais du moins elle a permis, dans le plus grand nombre de cas, d'établir un état civil régulier pour les enfanis.
On sait donc d'où ils viennent, et l'on peut constater que les vingt arrondissements de Paris les envoient dans des proportions très-inégales. Le nombre de naissances des enfants abandonnés est presque toujours on rapport avec le genre de population. Si le seizième arrondissement, qui comprend Passy et Auteuii, qui renferme beaucoup de petits bourgeois tranquilles, n'a
envoyé que 43 enfants; — si le septième, qui a les ministères, l'hôtel des Invalides et un grand nombre de couvents, n'est compté que pour 58 ; — si le second, qui est exclusivement composé de quartiers riches, n'en fournit que 83, nous trouvons en revanche des chiffres très-élevés dès que nous passons au quatrième, où s'enchevêtre le réseau des rues mal famées qui avoisinent encore rilôtel de Ville, 39© ; — au sixième, où vit la jeunesse des écoles, 442 ; — au dixième, qui, comprenant les faubourgs Saint-Martin et du Temple, donne asile à un grand nombre d'ouvriers, 623; — enûn nous arrivons au total vraiment cx)nsidérable de 805 dans le quatorzième, qui, s'allongeant entre la chaussée du Maine et le boulevard d'Enfer, abrite une |K)pulation composée en partie d'arlistes inférieurs, de bateleurs, d'ouvriers sans ouvrage et de coureurs de barrières.
Ce ne sont point positivement des marquises et des duchesses qui abandonnent leurs enfants, on peut le croire, et les femmes qui ont ce triste courage appartiennent presque toutes aux plus humbles conditions sociales ; les plus nombreuses sont, — à Paris surtout où la domesticité est une école permanente de démoralisation, — les servantes et les cuisinières, qui entrent dans la statistique générale pour 1 ,398 ; viennent ensuite les couturières, 917, et les journalières, 418 ; mais des éluiles précédentes nous ont prouvé que
toutes les fois qu'une femme de mauvaises mœurs est arrêtée en flagrant délit de prostitution clandestine et qu'on lui demande son état, elle ne manque pas, selon qu'elle est plus ou moins jeune, de se dire couturière ou journalière. C'est donc, pensons-nous, i l'avoir des tilles insoumises qu'il faut inscrire le chiiïre de 1,335, auquel on peut aussi sans risque d'errear ajouter le produit de celles qui ont des professions non déterminées, 520, et de celles qui n'ont pas de profession du tout, 135, ce qui donne un total de 1,990 enfants abandonnés issus de femmes vivant de débauche.
Parmi les corps d'état désignés, le plus réservé est celui de parfumeur, qui s'arrête au faible contingent de trois. Le tableau des a causes d'abandon^ » est sinistre à étudier ; la lâcheté de l'homme y apparaît dans toute sa laideur; c'est la femme seule, la mère, qui porte tout le poids ; pour elle seule sont la souffrance et la honte. Le mystère tient sa place dans ce lugubre tableau, et Ton peut se livrer à bien des conjectures romanesques en voyant que vingt-quatre abandons
* La principale cause d'abandon, celle qu*on invoque presque toujours, est l'indigence, ou du moins rimpossibilité de subvenir ï Peatretien de Tenfant; 5,5!2l fois, ce motif a été invoqué par les mira elU's-inèines ; 540 fois, on a constaté le décès de la mère; 250 foiSt elle a dispuru, elle s'est sauvée devant la responsabilité qui lui iuoombait; 115 lojs^ on s'est trouvé en présence d'infirmités si graves quf la nialbeureuse était hors d'état de garder sou enfanta
ont eu lieu parce que la mère était dans la nécessité de cacher la naissance de son enfant.
n. — L'HOSPICE.
Le premier bureau. — Un abandon. — Interrogatoire. — Geste maternel.
— Constatation du sexe. — Émotion. — La fuite. — t C'est toujours comme ça. » — Sagos-femmes. — Saga» signifie sorcière. — Au coin des bornes. — Dépôt des hôpitaux et des prisons. — Précocité. — Le collier.
— La fiche. — Li maison des oratoriens. — Jardins. — « Le funèbre hospice, a — De quoi sont-ils coupables? — La crèche. — Inscription puérile. — Centenaires de Lilliput. — Nourrices sédentaires. — Quartier des sevrés. — Ennui. — Inaction. — Personnel insuffisant. — Dévouement des filles de service. — Infirmerie. — Ophthalmie. — Solitude. — Une malade. — Rêverie. — Chambre des morts. — Cercueil banal. — Ils font bien de partir. — Le goûter. — Un surveillant. — Influence du langage. — Dea*inatear de jardin et directeur de théâtre,
11 faut qu'une mère ait une résolution bien fortement chevillée dans l'âme pour oser franchir le seuil de cette maison où l'enfant, son enfant, va peut-être disparaître à jamais. Dans le premier bureau, qu'on |>eul, sans forcer la vérité, comparer au greffe d'une prison, un commis secrétaire est installé en permanence derrière une table en bois de chêne ; la pièce est bien éclairée, située au rez-de-chaussée et munie d*une sorte de lit de camp garni de toile cirée posé au-dessous d'un crucifix, que je voudrais voir remplacé par le Christ accueillant les enfants : Sinite parvu loi ad me rentre.
Pendant que j'étais là, compulsant des registres, une femme est entrée. Elle était fort jeune, dix-neuf