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III. ~ GOLOH1E8 AGRICOLES

Les nourrices. — Provenance. — Les bonnets. — Frais de route. — Tarif uniforme. — Plus l'enfant grandit moins il coûlc. — La rcture. — Instniclion primaire. — Primes d'encouragement. — Suffrage unÎTcrseJ. -=-

COLONIES AGRICOLES. fjUl

Instruction religieuse. — L'économie. — Livrets de caisse d'éparj^ne. — Solution du problème social. — Récompenses. — Moralité. — Correction paternelle. — Ben-Aknoun. — Deux cents enfants dirigés sur l'Algérie. — Fin d*! rexpériencc. — kvetx du fondateur. — Colonies pénitentiaires. — Les Dradièrcs. — Motif des évasions. — Jeunes iilles en correction. — Mettray. — Pensionnat de Tabbé Halcuin. — L'évasion est le seul résultat produit par l'éducation donnée dans les colonies pénitentiaires. — La vie «le famille est préférable. — Engagés volontaires. — Les enfants trouvés enrichis. — Enfants réclamés. — Statistique. — Éléments romanesques. ^ Adoption. — Avantage. — Aujourd'hui on ne livre que des orphelins à l'adoption. — Motifs qui déterminent l'adoption. — Une femme qui a bcd'on enfant. — Ce que coûtent les enfants assistes. — Secours aux indigentes. — Abandon malgré les secours. — Le sentiment de la inatemit4'r se développe par l'usage. — Efforts de l'assistance publique en faTCttr des enfants trouvés. — Fin présuroable de l'enfant assisté.

Ce sont les sous-inspectcurs provinciaux qui sonl chaînés du recrutement, toujours si difiicile et si délicat, des nourrices. Gelles-ci sont fournies surtout par onie départements ; la Nièvre, T.Allier et le Pas-de- Calais sont ceux qui en envoient le plus. Elles ont dans les vieux bâtiments de l'hospice une salle commune ; elles s*y tiennent pendant le jour et travaillent à quelque ouvrage de couture en attendant qu'on leur ait remis un nourrisson ou que le moment de partir soit venu. La nuit, elles couchent dans un dortoir situé sous les combles, où les lits trop nombreux ne sont pas assez espacés.

A les voir assises et tirant l'aiguille, un peu déroutées par ce milieu inconnu, n'osant guère parler à voix haute à cause de la surveillante qui les garde, on reconnaît promptement leur provenance, non pas au costume, qui tend de plus en plus à devenir uniforme

en France, mais à la coiffure, qui a conservé quelque originalité de terroir; les femmes d'Ille-el-Vilaine portent le petit bonnet plissé qui rappelle de loin la bandelette égyplienne ; celles de la Sarthe ont riiorribic coiffe qui parait avoir été inventée précisément pour faire valoir les défauts du visage; celles de l'Allier sont à demi enfouies sous le chapeau de paille à rubans noirs, qu'on place comme un casque sur le front, qui cache les yeux et découvre la nuque. Toutes ces femmes m'ont paru d'une laideur exemplaire, certiflcal de vertu que les sous-inspecteurs recherchent peulétre avec soin.

Lorsque l'heure de rejoindre leur pays est arrivée pour elles, on leur remet la layette \ un flacon de miel rosat destiné à combattre le muguet, qui si souvent atlacjue les nouveau-nés, et pour elles-mêmes, afin qu'elles n'aient point froid en route dans les inhospilaliers wagons de troisième classe, que l'administration des chemins de fer ne chauffe même pas en hiver, on leur donne un manteau en molleton bleu très-ample et muni d'un capuchon. Les frais de voyage sont naturellement îi la charge de l'administration, qui, en

* La layette emportée par les nourrices est t^^s-complète : eUe tt compose de 4 béguins, 2 bonnets d'indienne, 2 brassières de laine, !2 bnissières d'indienne, 1 calotte de laine, 4 chemises à brassière, 12 couches, 1 couverture de berceau, 4 fidiuô simples, 5 langes piqués, *! langes de laine ; la valeur est de t25 francs 82 centimes.

1869, a dépensé 170,107 francs 6 centimes pour cet objet.

Lies mois de nourrice et la pension des enfants assistés sont réglés par un tarif uniforme, qui a été légèrement augmenté il y a cinq ans. Pendant la première année, la nourrice reçoit quinze francs par mois, pendant la seconde douze francs, pendant la troisième et la quatrième huit francs, pendant la cinquième et la sixième sept francs; de la septième à la douzième six francs. L'enfant est-il gardé par la femme qui Ta nourri? Souvent. C'est au reste le devoir des sousinspecteurs de déplacer les pupilles de Tassistance quand ils le jugent convenable et de leur trouver des familles adoptives qui en prennent soin et les dirigent dans la boime voie.

Ainsi qu'on peut le remarquer, le prix de la pension est en sens invers de Tâge de l'enfant, car au fur et à mesure qu'il grandit, il peut rendre mille petits services qui sont une sorte de compensation aux soins dont il est l'objet. Â six ou sept ans, selon les pays qu'il habite, il peut conduire aux champs les dindons ou les oies; à dix ans, il garde les moutons, il tresse les paniers, il jette la bottelée de foin dans le râtelier des écuries, il porte la pitance aux hommes qui font la moisson. A douze ans, la pension est supprimée, car il est considéré comme pouvant fournir un travail <H|uivalent à la nourriture qu'il reçoit. Jusqu'au

même âge, il est habillé par l'administration, qui chaque année lui fait remettre une vêhire proportionnée à sa taille et à son développement présumé.

Il est stipulé avec les nourriciers que les enfants doivent fréquenter les écoles communales depuis six ans jusqu'à quatorze. Pour les encourager à faire donner quelque instruction aux pupilles, on leur accorde une gratification et l'on paye une somme mensuelle variant de 50 centimes à i franc 50 centimes aux instituteurs et institutrices dont les classes sonl fréquentées par les enfants assistés. En 1869, les encouragements pour l'instruction ont grevé le budget de l'assistance publique d'une somme de 85,458 francs 25 centimes. Malgré un tel chiffre, il paraît qu'elle n'est pas encore assez élevée, car, sur 8,145 enfants qui auraient dû faire acie de présence aux écoles, 0,672 seulement les ont suivies.

Le paysan ne comprend pas encore bien i'utililé de l'instruclion ; pour lui, le temps qui n'est pas employé à un travail manuel est du temps perdu. Les préjugés en cette matière sont singulièrement tenaces, el nous leur devons d'offrir cette anomalie au moins étrange d'un peuple qui ne sait ni lire ni écrire et dont le premier droit politique est l'exercice du suffrage universel. Les instructions religieuses sont moins négligéosj elsur2,745enfanlsqui par leur âge étaient arrivés nu moment de les recevoir, 2,094 ont pu en profiter.

I/assistance publique, agissant par les sous-inspectcurs, ne néglige aucun moyen d'enseigner à ses pupilles la grande vertu domestique et sociale qui est réconomie; elle leur apprend à connaître le prix de Pargcnt. Du reste, elle prêche d'exemple, et souvent elle a prouvé à quelle somme de résultats importants on pouvait parvenir avec des ressources restreintes bien employées. Le nombre des livrets de caisse d'épargne appartenant aux enfants assistés était, en 1869, de 5,428, représentant la valeur relativement considérable de 594,076 francs 75 centimes. Si de telles habitudes d'ordre et de régularité étaient propagées, développées, entretenues dans la classe ouvrière, le problème social serait bien près d'avoir reçu la solution qu'il sollicite en vain de tous côtés.

L'assistance, qui ouvre des yeux très-clairvoyants sur ses pupilles, qui les suit partout où le sort les emmène, qui ne les abandonne jamais, même devant les tribunaux \ récompense ceux dont la conduite a été irréprochable. Treize fondations d'importance différente lui ont été léguées pour fournir un petit pécule, un livret de caisse d'épargne, une dot, aux enfants

* c Lorsqu^un clève est Tobjet de poursuites judiciaires, le sousinspecteur doit faire toutes les démarches nécessaires afin de lui éTiter, •"il est possible, les suites toujours fâcheuses d^une condamnation. » (InMirudion générale sur le tervice des enfant auidéê du département de la Seine; 1869, article 82.)

dont on est satisfait; en 1869, 178 pupilles ont i\é jugés clignes d'encouragement et se sont partagé entre eux une somme de 15,956 francs 20 ceniimes.

Dans cette population d'enfants sur lesquels Tascendance pèse parfois comme un vice originel, comme une sorte de déformation mentale reçue dans les limbes de la gestation, on ne rencontre pas toujours des natures sans défaut, et parfois Ton se heurte à des caractères vicieux, naturellement coudés, qu'il est impossible de redresser par l'exemple et par l'éducation. En général cependant, on n'a pas h se plaindre trop vivement, car en 1 869, sur 9,000 pupilles de treiie à vingt ans, 52 seulement ont eu maille à partir avec la justice, et pour des faits qui n'offraient aucune gravité réelle.

Un même nombre d'individus ont fait preuve d'un esprit d'indiscipline et de révolte tellement insurmontable qu'il a fallu les faire détenir à titre de correciion pdlernelle; quatre garçons et vingt-huit filles ont dû passer par la Petite-Roquette et leiiéparé de Sainlhazarc; mesure très-regrettable, à laquelle on se trouve parfois réduit en présence de natures absolument rebelles, mais qui ne produit jamais que de mauvais résultats. Sans avoir à revenir ici sur ce que nous avons déjà dit en parlant des prisons, on peut affirmer que lout ce qui a séjourné dans ces deux maisons est destiné au banc do la cour d'assises et au registre

de la proslitulion. A plusieurs reprises, on a dirigé les pupilles vicieux vers des colonies agricoles qui promettaient monts et merveilles; mais toujours on a échoué dans chacune de ces tentatives, dont Thistorique est intéressant à tracer, car il prouvera une fois de plus combien ces sortes d'institutions sont défectueuses dans notre pays.

Ce fut en 1850 que l'assistance publique essaya de ce système, auquel elle fera bien, je crois, de ne jamais revenir. Un jésuite, le père Brunauld, avait créé en Algérie, près de Bouffarik, la colonie agricole de Ben-Aknoun; moyennant une rétribution journalière de 75 centimes par enfant de douze à quinze ans et de 50 centimes pour les enfants de quinze n dix-huit ans, il s*engageait à en faire de bons agriculteurs, à leur remettre une somme de 100 francs à leur majorité et h leur faire obtenir une concession de quatre à cinq hectares de terrain. Dès 1851, l'assistance lui expédia 100 de ses pupilles et 100 enfants indigents pris à Paris avec Tautorisalion de leur famille; on n'avait pas choisi les enfants vicieux, au contraire, et comme l'on concevait de grandes espérances sur le sort de cette colonie algérienne, on! avait autant que possible envoyé de bons sujets.

Tout nouveau, tout beau, dit notre vieux proverbe. Pendant le's premières années, on s'applaudissait du parti qu'on avait embrassé; les nouvelles de Ben-

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