‹ ParisChapitre 14 sur 34 · M LES E3FA!IT$ TROCTÉS · texte numérisé non relu

M LES E3FA!IT$ TROCTÉS

Akn«3aii ne lais^âîent rien à désirer, et Ton disait volontiers : n 11*5 ^ vraiment que les jésuites qui sachent diriger les enfants. On n'allait pas tarder à déchanter. Vers 1S55. les renseignements parrenus à Tadministration n'étaient point satisfaisants. En 1856,00 peut prévoir déjà une dissolution prochaine. Le 5 juillet 1857, le ministre de la guerre, édi6é sur les mérites des élères du père Brunauld, déclare qu'il ne leur accordera plus de concession; en même temps, l'assistance décide qu'elle n'enverra plus ses pupilles à Bouffarik. En i*S58, fadministration de la colonie met les clefs sur la porte, et Texpérience est terminée.

Ce qu'il y a de curieui, c'est que le père Brunauld avait très-nettement vu par où péchait son système; mais s'il reconnut le mal, il parait qu'il n'en trouva point le remWe. Dans le rapport qu'il adresse à fempereur sur Femploi des enfants trouvés de France pour la colonisation de r Algérie, il dit en propres termes : « La règle est trop vexatoire; à un certain âge, elle devient pesante : les élèves éprouvent peu à peu le besoin d'une liberté plus grande et d'un supplice moins constant. Trop peu de liberté, pas assex d'inquiétude pour l'initiative personnelle, voilà les obstacles. Conclusion : contrairement à nos idées premières. <jui, sur ce point, ont dû se modifier, les enfiinls agglomérés ne peuvent en moyenne gagner leur vie dans le travail des champs. »

Pendant qu'on essayait avec autant de bonne foi que d'insuccès de faire des colons avec les enfants de bonne conduite, on envoyait les enfants rebelles dans diverses colonies pénitentiaires où leur sort ne parait pas avoir été digne d'envie : à Varègues, dans la Dordogne, chez l'abbé Vedey ; à Montagny, près de Chalon-sur-Saône, chez M. Foumet ; chez l'abbé Béraud, à Blanzy, dans le département de Saône-et-Loirc ; aux Bradières, dans la Vienne, chez M. Grousseau ; ces différenls envois ont lieu de 1853 à 1855. L'année suivante, Varègues et Montagny tombent en déconfiture ; deux ans après, c'est le tour de Blanzy.

Aux Bradières, les évasions sont si fréquentes et ont des résultats si singuliers qu'on s'inquiète. En effet, les pupilles de l'assistance se sauvent, mais c'est pour venir se réfugier à l'hospice afin d'éviter les mauvais traitements et de trouver une nourriture suffisante. l'ne enquête est ouverte, et Ton constate qu'aux Bradières, les élèves couchent, hiver comme été, sur la paille, dans des bâtiments en bois, sans vitres et simplement clos avec des volets ; de plus, au réfectoire et sur les travaux, les pauvres enfants étaient accompagnés par des contre-maîtres toujours armés de longues baguettes dont l'usage se devine facilement ; tous les pupilles furent immédiatement rappelés.

En 1855, on avait placé trente jeunes filles indisciplinées à Gonflans, dans la maison succursale du Bon-

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tlii^^r^ : «Iks *'«! échappent ^ surloul au éc ciriaiaL et ôeiuieot à Paris [«eiulredes Açcnrck^s^ K'aiû«t rkn de commun avec la règle •ê* •G.uTtfB; -:i e.lis e£aîes4 enfemiées. On renonce pour ii^Èts k cit ^yîùnsit ^*amecileiiieiit, et on les envoie ΀«LiLk»«t i il Bakc4i des Dames-Saint-Michel, à oe^Ijf^ et b MaiMâse. ec mêiiie en correction à Saint-

(Ps. i*3«3b: avw nw>'«rs à la colonie modèle par ex- ^:Cjeoc^« à Iktlrai : isits il ne semble pas qu'on se s «: irrèiê à rien de drfinilif, car Téminent directeur, M ôe Metu dêciant que la vie agricole ne peut pro- 'ioin^ i'araêUccitioii sênense qoe si elle se prolonge di!t$ h vie miiÎLiin^ oq la vie maritime. La seule insli- 'uùoG qui n'aîî pla^ àc^Èoé de résultats désastreux est l^ f^r;iô*:<Lcat qne Kabltê Halcuin a fondé h Arras ; on y niijei: riDs^ruclkw primaire, et, — le nœud de la *]ues:î«>ri t^î-: îi, — knn de contrûndre les enfants a dtrs ira^iui i vulîurv qui leur répugnent, on leur enseigne un e<4t tH les mettant en apprentissage chex di^ artîsdrs de la ville, où ils vont passer la journœ. Au5si« à partir de iS6L on renonce définitivement à IVn^oî dan> les colonies agricoles, et Ton conserve seulomtnt quelques élèves dans le pensionnat d* Arras, • ù ils s-:»îit éîovt^ et nourris pour la faible rétribution do irtMite-siv francs par trimestre. Du reste, les directeurs des ixdonies pénitentiaires semblent s'être rendu

justice ; on disait à l'un d'eux : « Quel est le résultat de votre système d'éducation? » Il repondit : « Un seul, l'évasion . »

L'assistance publique avait songé un instant, à l'époque la plus fertile de ses illusions, à créer pour son propre compte une exploitation à la fois agricole et pénitentiaire, où elle dirigerait ses pupilles récalcitrants. Dix années d'expériences pénibles et de déboires toujours renouvelés lui ont sans doute fait ajourner ce projet indéfiniment. 11 vaut bien mieux laisser l'enfant dans la famille qui Ta accueilli tout petit, qui par lui a eu un gain minime, mais régulier, qui finit par le considérer comme un des siens, qui l'aime, l'adopte parfois légalement, le marie dans des conditions acceptables et même le rachète du service militaire. Ces faits sont moins rares qu'on ne serait tenté de le croire quand on connaît la rapacité du paysan français ; il ne se passe pas d'année que l'administration n'en ait à enregistrer de semblables, et ce n'est peut-être pas sans un certain orgueil qu'elle constate qu'agissant au nom de la société, elle a sauvé une créature humaine abandonnée par sa propre famille.

Beaucoup se font soldais ; ainsi, sur 499 qui au dernier tirage étaient en âge d'être appelés, on à reconnu que 162 s'étaient engages volontairement. Quelquesuns ont réussi dans la carrière qu'ils ont librement choisie à leur majorité, et il y a à Paris même des

gens riches, honorables et honorés qui ont poussé leurs premiers cris dans les tristes coucheltes de Tancieniie maison des oratoriens. Ceux-là ont profité de toutes les circonstances favorables pour s'accroître, pour se fortifier, et ils ont gardé au fond de leur cœur quelque pitié à l'égard de ceux qui souffrent; les bureaux de bienfaisance s'en aperçoivent lorsqu'ils font leur quête annuelle.

Emmené à la campagne, élevé chez des agriculteurs ou chez des artisans, l'enfant est-il donc absolument perdu pour sa famille? Non, car celle-ci a toujours le droit de le réclamer et de le reprendre. Quand l'abandon a eu pour cause une misère accidentelle et ^^érieuse, j'entends celle qui menace la vie, et non point cette misère d'apparat dont les indigents de Paris excellent à tirer de bonnes aubaines, l'enfant est presque toujours redemandé à l'administration, qui, à moins de raisons fort graves, ne le refuse jamais. Pendant l'année 18G9, 585 pupilles de l'assistance publique ont été réclamés.

Le sentiment maternel est celui qui persiste le plus : 345 enfants ont été rendus à leurs mères, 166 à leurs pères, et 76 seulement à des collatéraux. Parmi ces pauvres abandonnés, il y en avait 513 qui étaient âgés de un jour à douze ans, et 72 qui étaient des élèves de douze à vingt el un ans. Sur ce nombre, il n'y avait que 210 enfants légitimes; mais 341 enfants

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nalurcls furent reconnus avant d'être remis a leurs parents, et 25 seulement restèrent des enfanls anonymes.

Ce chiffre de 585 esl bien minime en comparaison de la population totale des enfants assistés qui, on se le rappelle, a été en 1869 de 25,486. On croit généralement que bien des personnes riches à qui la nature a refusé les joies de la maternité, vont à l'hospice de la rue d'Enfer chercher un enfant adoptif ; le fait n'est pas sans exemple, mais il est rare ; c'est la un élément romanesque plus fréquent dans les livres d'imagination que dans la vie réelle.

lorsqu'une adoption a lieu, elle est l'objet d'un contrat authentique passé entre le bienfaileur et le directeur de l'assistance publique, qui agit comme tuteur légal de l'enfant, et qui a toujours soin de stipuler pour lui un avantage pécuniaire proportionné. Autrefois on donnait indifféremment des enfants orphelins ou des enfants ayant encore leur père et leur mère. L'on avait compté sans les mauvais instincts naturels à l'homme, et l'on a renoncé à ce système. En effet, un enfant assisté, ayant été adopté par une famille aisée, fut décou^ verl par son père, qui jadis l'avait abandonné avec empressement; aussitôt la famille devint la victime de ce misérable, qui, se livrant à Todieuse manœuvre connue sous le nom de chantage, disiiit : c< C'est mon fils, rendez-le-moi, » ou bien : « Vous avez intérêt à ce

qu'on ignore les origines de cet enfant, donnez-moi de l'argent, sinon je les dévoile. »

Prise entre l'affection qu'elle éprouvait pour son fils adoplif et les requêtes perpétuelles du drôle qui la menaçait, la famille n'aurait su quel parti prendre si la préfecture de police n'était venue à son aide avec les excellents moyens officieux dont elle a le secret. L'enfant fut sauvé et put rester avec ses vrais parents, c'esi-à-dire avec ceux qui l'avaient arraché à Thospice; mais l'exemple porta fruit; on voulut épargner de pareilles avanies aux bienfaileurs, et maintenant on ne livre que des orphelins à l'adoption. De cette façon, on est certain d'éviter ces relours de tendresse trop intéressés pour n'être pas ignobles.

Les personnes qui s'adressent à l'assistance pour obtenir un enfant appartiennent presque toutes à la classe des petits commerçants ; ce sont pour la plupart des boutiquiers du dixième ordre, qui de cette manière se procurent un apprenti, un commis, un garçon de magasin qu'ils n'ont point à payer. Parfois ce sont presque des indigents, qui, en adoptant un orphelin, foui sonner bien haut leur prétendue bonne action, et s'en font un point d'appui pour assaillir l'administration de demandes de secours de toute nature. On ne se laisse point duper par de telles manœuvres que l'on drjoue Cacilenieul, car on fait des enquêtes très -sérieuses sur tout individu, sur loule famille qui exprime la

volante de choisir un enfant parmi les pupilles de l'assistance.

On pourrait quelquefois se croire revenu aux traditions de la couchCy à Tépoque où le trafic des enfants trouvés s'exerçait ouvertement. Il n'y a pas longtemps, une femme belge, assez jeune et jolie, vint tout simplement prier l'administration de lui remettre un enfant, Glleou garçon, peu importait, pourvu qu'il ne fût âgé que de quelques jours. Interrogée sur le mobile qui la poussait, elle répondit sans se troubler qu'elle était liée avec un vieillard, et que celui-ci l'épouserait si elle parvenait à lui faire croire qu'il l'avait rendue mère. On mit à la porte cette ingénieuse personne, qui s'en alla en disant : a Je vous avais donné la préférence; mais je trouverai ce qu'il me faut; à Paris, ça n'est pas rare. » Il y a malheureusement tout lieu de croire qu'elle n'a pas eu de longues recherches à faire, et qu'elle a été bientôt pourvue.

Le service des enfants assistés, qui est très-vaste et complexe puisqu'il s'exerce sur l'hospice de la rue d'Enfer, sur tous les départements où les enfants sont envoyés en nourrice, sur tous les corps d'état qui les acceptent en apprentissage, a coûté, en 1860, à l'administration de l'assistance publique 3,506,131 francs 64 centimes. Cette somme serait plus considérable encore si, comme je l'ai dit\ on ne s'ingéniait par toute

* Voy. chap. m, rAuistance publique.

sorte de moyens à secourir les mères indigentes afin de les encourager à conserver leurs enfants.

Les résultats obtenus ne sont pas tous aussi satisfaisants qu'on serait en droit de Tespérer. Bien souvent on se heurte à des natures vicieuses, corrompues, que nul sentiment humain n'émeut, ou qu'une faiblesse organique empêche de persister dans la voie du bien. Parmi les femmes qui ont reçu des secours, auxquelles on a payé les mois de nourrice, 156, en 1869, oot abandonné leurs enfants et les ont portés à l'hospice. Il est un fait à constater, et qui prouve que la maternité, comme tout autre sentiment, a besoin d'une sorte d'éducation pour se développer ; les abandons ont invariablement lieu dans les premiers mois qui suivent la naissance : 134 dans le premier mois, 13 dans le second, 6 dans le troisième, 2 dans le quatrième, 1 dans le huitième.

Lorsqu'elle est accoutumée à son enfant, aux soins qu'il réclame, aux inquiétudes qu'il inspire, aux espérances qu'il fait concevoir, la femme ne peut plus le quitter; observation importante au point de vue de la physiologie générale, et qui semble affirmer que, chez la femme, Faction de la nature est à l'inverse de ce qu'elle est chez les animaux, qui tous se détachent progressivement de leurs petits au fur et à mesure <jue ceux-ci grandissent, et arrivent à ne plus les reconnaître.

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Telle est dans son ensemble et dans ses principaux détails l'œuvre de l'assistance en laveur dos enfants que la misère, la débauche, l'insensibilité, jettent sur le pavé de Paris. Tout ce service auquel concourt un nombreux personnel d'employés, d'infirmières, de sœurs de Charité, de médecins, est bien près de la perfection ; il est du moins surveillé de telle sorte que les abus signalés autrefois ne pourraient plus se produire aujourd'hui; mais une société mue par un sentiment de charité et par l'intérêt de sa conservation personnelle, agissant par une administration déléguée, si bonne, si secourable que soit celle-ci, ne remplacera jamais les soins maternels, dont l'absence laissera peutêtre dans le cœur de l'enfant un levain d'aigreur et de colère qui plus tard le poussera à des actes mauvais. Plus d'un, après avoir traîné une vie misérablement incohérente, retournera vers cette assistance inépuisable qui l'a recueilli enfant et, pour finir ses jours en paix, ira frapper à la porte d'un de ces hospices destinés à la vieillesse dont nous allons parler.

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