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CHAPITRE XXHI

— ASSISTAKCB PUBUQUE —

anciennes prescriptions. — Arétée de Cappadoce. — Gilien. — Alexandre de Trallcs. — Magie. — Paul d'Ëgine. — Ce que devient l'aliéné. — Effondrement au moyen âge. — La faim. — Le diable. — Influence des idées anii)iaules sur les uliéncj. — Vbique dœmon. — Bonne fui. — La e liair et l'esprit. — Idéal de pureté. — Résultat pathologique. — Tradition pesant encore sur la s. ieiice. — Fonctions de Tentendemcnt litres aux fuiictions de lu malièrc. — Les médecins de Charles \I. — La danse macabre. — Choréomanie. — Influence de la folie sur U France au quinziùmo siècle. — Jacob Sylvius. — Démonolàtrie épidémiquc dans le pays «le Vaud. — Lu graifse des sorcières, — Les solunées. — Édelin et Grillandu:}. — Folie d'Edelin. — Inpace, — Citation de Monstrelet. — On brûle partout. — Le diuble au seizième siècle. — Opinion d'Anibroise paré. — Hallucination des serpents. — Danger des exorcismes. — La pJ^»es»iunde Morzines. — Fernel et Bodin. — Au treizième siècle. Bacon a formulé l'axiome de la méthode expérimentale. — 500 so:ctères brûlées en trois mois. — Première lueur de raison. — Le médecin ^'ier, de Clè- %'05. — Démonstration péremptoirc. — Apparences suscitées par Sattn. — Les grandes entreprises. — Influence des Médicis. — Hetour en arrière.— Épidémies névrQpathiqiics dans la terre de Labourd (1(M)0), des Il routines d'Aix (1611), des ursulinos de Loudun (i($5^). — Force dévtrlu|»|>ce par les malades. — Insensibilité des organes de la vue. - Manie

aboyante. — L'hysl6ric est une maladie protée. — AlIameUe d'imporeté; Verrine; 6,500 démons chez la môme possédée. — Les stigmates.

— Nul prodige. — Le sceau du diable. — Analgésie. — Les niéltnooliqucs et les lypémantaqiies. — Possession des nonnains. — Acedia. — lideleine Bavent (1642). — Le parlement de Rouen. — Amour delà mort.

— Ineffable volupté. — Opinion d'Yvelin. — i7 condamnationi i mort.

— Louis XIV casse Tarrct. — Remontrances du parlement de Konmodie. — Golbert interdit aux parlementa d'évoquer les affaires de soroeU^rie (i672). — Fin de l'ère thaumaturgique. — Nul hôpital. — Le cwvent ou la prison. — Procès de la Cadière (1731). — Les connilstoanaires de Saint-Médard. — Mouvement général delà science. — L'hamnir peccante. — Orthodoxie scientifique de Diafoirus. — Baglivi et le loUdisme. — Philippe Pinel, médecin en chef de Bicétre. — Les aliéiM dans leur loge, — Fureur permanente. — Le premier réformateur : F*u!sin. — L'expérience confirme la théorie. — Couthon à Bicétre — Déferrement des aliénés. — Chevingé. — a Ce font des malades, i — c II bit yivre avec eux. d — Les bienfaiteurs : Pinel, Esquirol, Ferrus, RoUer.

Lorsque Ton étudie l'histoire de l'aliénation mentale, on reste surpris de voir que les prescriptions de douceur, adoptées universellement aujourd'hui, odI été formulées très-nettement par les maîtres de la science médicale aux premiers temps de l'ère chrétienne. Arétée de Cappadoce recommande de n'user, pour maintenir les maniaques furieux que de liens très-flcxiblcs et très-souples, car « les moyens de répression employés brutalement, loin de calmer la sureicitation, ne font que l'exaspérer. » Galien déclare, le premier, que le trouble des facultés de rentendemenl [)rovicnt d'une lésion des organes de la pensée qui sonl situés dans le cerveau. Les formes de folie qui doivent plus tard envoyer tant de malheureux à la mort sonl connues, et un Marcel! us de Séide décrit en assez méchants vers les souffrances des malades qui^ poussiW

par leur délire, courent la nuit dans les bois, s'assoient sur les tombeaux et hurlent, comme des chiens, en regardant la lune; pour le poète, ce sont des hommes atteints de lycanthropie; poui; le moyen âge ce sont des loups-garous et le bûcher les attend.

Il ne faut pas croire pourtant que, dans ces temps reculés, la thérapeutique était irréprochable et conforme au sage esprit d'observation dont plus d'un médecin faisait preuve. Alexandre de Traites recommande sérieusement de porter un morceau de peau an*achée au front d'un âne, ou un clou enlevé à un vaisseau naufragé, et de boire du vin auquel on aura mêlé la cendre d'un manteau de gladiateur blessé. A cette époque (560) , les potions deviennent des philtres, les remèdes sont des charmes; la magie, qui bientôt envahira tout, pénètre la science, qu'elle va remplacer; elle s'établira si victorieusement, aidée par l'amour naturel de l'homme pour le merveilleux, que du temps de Montaigne elle durera encore ^

Paul d'Ëgine, cent ans plus tard, semble échapper

* c Le choix mesmc de la plnspart de leurs drogues est aulcunement mystcrieux et dÎTin : le pied gauche d'une tortue, Turine d^un lézard, la fiente d'un éléphant, le foye d'une taulpe, du sang tiré soubs Taile droite d*un pigeon blanc ; et pour nous aultres choliqueux (tant ils abusent dédaigneusement de notre misère), des crottes de rat pulvérisées et telles autres singeries qui ont plus le lisage d*un enchant6uient magicien que de science solide. § (Montaigne, EuMiê, lifre Ui chap. xxxTii.)

aux ténèbres envahissantes et se guider encore par la lueur du raisonnement. Parlant des frénétiques, il reprend les idées d'Arétée et demande que les lieas rendus nécessaires par la violence désordonnée de leur^ mouvements instinctifs soient disposés de manière a n«* j.tmais leur causer la moindre irritation. Il attache i^ cela une grande importance ; il insiste, il se répèle ^ « On doit toujours employer avec eux la douceur c tjamais la force; autant que possible, il faut dissimu — 1er, masquer la saveur désagréable des médicaments^ qu'on leur fait avaler. »

C'est la dernière trace d'intelligence, d'observation-, d'esprit pratique que l'on rencontre ; on dirait que les médecins vont partager la folie des maniaques : nonseulement l'aliéné ne sera pas un malade, il ne sera même plus un homme ; ce sera une sorte d'animal farouche et redouté, moitié bète et moitié démon; dans riioiTcur qu'il inspira, on le dira possédé de Satan cl on le jettera au feu. Lorsque le progrès des mœui'saura fait comprendre Tinanilé de ces rêveries cruelles, on se conlenlera de renchaîner comme un fauve dan«;ereux, et il faudra que T humanité attende onze siècles avant que Philippe Pinel, — le grand Pinel, — vienne affirmer avec audace contre tous, par une expérience publique, la sagesse des principes posés par Paul d'Egiue et par Arélée de Cappadoce.

Le moyeu âge fut une é|M)(iue d'eflbndremeul : tout

disparaît dans le gouffre sans fond de la scolasiique et de la démonologie ; la médecine n'est plus qu'une série de pratiques superstilieu9^|3 ; telle plante est bienfaisante, si elle est cueillie à la lune nouvelle, et sera morlelle, si elle est cueillie à son déclin ; c'est lu règne de la sorcière; la vieille Hécate, dont le culte dans certaines contrées durera jusqu'aux premiers jours de la renaissance, gouverne le monde. La science, l'art, la littérature, ont sombré dans ce grand naufrage; il n'y a plus que guerres, batailles, pcsles et famines ; on doule d'un Dieu que l'on invoque en vain, et l'on se donne an diable. C'est le temps de, la faim universelle; quand les pauvres possédés racontent avec emphase et terreur les ridicules cérémonies des sabbats auxquels ils croient avoir assisté, de quoi parlent-ils d'abord? des impuretés sataniques? Non; du repas; de ces lugubres agapes où l'on déterrait les morts pour les manger. 1x5 sabbat est relativement moderne; il en est question pour la première fois, en 1353; le pacte infernal, le don de soi-même à la puissance malfaisante par excellence est plus ancien ; on en connaît un de 1222.

La croyance au diable était générale; on y eût cru à moins, le monde était un enfer. Or la science dit et Texpérience prouve que les idées ambiantes sont saisies par les aliénés avec une rapidité extraordinaire et un ensemble en quelque sorte épidémique. Nous l'avons vu de nos jours : selon que la Frsace est gouver-

née par un roi, un empereur, un président, les malades, — si nombreux, — atteints de la monomanie des grandeurs, affirment qu'ils sont le président, l'empereur ou le roi ; lors de la loterie du lingot d'or, nos asiles étaient pleins de pauvres gens qui croyaient l'avoir gagné; à l'heure qu'il est, de fort honnêtes femmes fatiguent les médecins de la Salpêtrière, de Sainle- Anne, de Vaucluse, de Ville-Évrard, en leur jurant qu'elles sont des pétroleuses, et des hommes d'un patriotisme irréprochable racontent en pleurant qu'ils ont guidé les Prussiens sur les hauteurs de Sedan.

11 n'y a donc rien que de naturel dans cette possession diabolique qui étreignit le moyen âge et dura si longtemps, jusqu'en plein dix-huitième siècle (procès delà Cadière, 1731). Les populations, énervées parles avanies incessantes des gens de guerre, réduites par les privations de toute sorte à un état d'effroyable anémie dont on peut voir la preuve et suivre la trace sur les maigres statues accrochées au flanc de nos cathédrales, ne regrettant rien du passé et, n'espérant rien de l'avenir, n'étaient que trop disposées aux maladies mentales, et, ne comprenant rien aux troubles étranges dont elles étaient la proie, sortant de la stupeur pour être saisies par une surexcitation excessive, elles no pouvaient expliquer cet état morbide qu'en Tattribnanl à l'inlervention du diable. Celui-ci avait bon

Jo8^ et pendant près de cinq cents ans, il porta le

poids de la folie et des exorcismes.

Tout y prétait d'ailleurs, on voyait des démons partout : ubique dxmon; les adeptes d'une secte religieuse crachaient, toussaient, se mouchaient sans cesse pour rejeter les diables qu'ils avaient avalés ; la tradition est restée dans les habitudes populaires, on dit : Dieu vous bénisse ! n ceux qui éternuent ; c'est un démon qui s'évade. Nul n'échappait à ces croyances : un prieur se faisait garder jour et nuit par deux cents hommes d'armes qui frappaient l'air de leurs épées, afin de couper en deux les démons qui oseraient s'approcher de lui; c'étaient de purs esprits cependant : qu'importe ? on espérait les effrayer, peut-être les anéantir. Encore quelque temps, et l'on ira plus loin dans l'absurde ; on les citera à comparaître en personne devant les tribunaux ecclésiastiques ou adonner pouvoir. Singulière et douloureuse époque! les possédés et les exorcistes étaient aussi fous les uns que les autres, car ils étaient tous de bonne foi ^

' La croyance à Satan n'était pas aussi abstraite qu*on pourrait le supposer, et l*on avait des machines ingénieuses qui faisaient apparaître le diable. Le musée de Ciuny garde et a raison de ne pas montrer au public un « objet de curiosité » très-effrayant. C'est un meuble du seizième siècle, en forme de buffet; il vient d'un couvent de femmes, et les armes dTrbino — le dextrochère et la fleur de lis — sont sculptées au couronnement. Un paimcau, sur lequel est peint le Christ ceintj d'épines', s*abat subitement et Ton voit apparaitre un

Ijes idées philosophiques oa plutôt religieuses qui dominnient alors aidaient singulièrement à ces conceptions délirantes et leur donnaient un point d'appui. L'homme était double : d'un côté, la chair, malière terrestre^ apte aux péchés qui s'y acharnent, destinée aux vers qui Tattendent à l'heure de son inéluctable dissolution ; de l'autre, l'âme, émanation directe de la Divinité, pur esprit qui peut et ne doit traverser celle vallée de misères que pour aspirer, pour atteindre aux inefTables splendeurs des régions célestes. Les livres saints n'ont-ils pas dit : ce I^ poudre retourne à la poudre, l'esprit remonte à Dieu qui l'a créé ?» Le corps

diable de grandeur naturdle, horrible, crépu, cornu, roulant des yeox furieui, tirant une langue énorme rouge de sang, faisant mine de se jefer sur le spectateur, lui crachant au visage et pouisant des hurlements formidables. C^est Teflel d'un simple contre-poids qui agit simultanément sur le fantoche qu'il met en mouvement, sur un soufUtH se dégorgeant dans une trompe de cuivre el sur une cavité molle remplie d'iir.e eau qinl fait jaiilir par la bouche. Le diable noir, nu, enchaioé est une statue en bois peint et articulée ; les yeux et la langue sont mus par un appareil analogue à celui dont les Chinois se servent pour faire balancer la léte des ))oussahs. C'est bien le démon tel qu'on la décrit, tel qu'on doit se le figurer; de la main droite il fait le geste usité en Italie contre la jettatura : la main gauche a une pose dont b signiGc;)lion e^t obscène. L'impression produite devait être redoutable cl très-vive. — Los cmcifix agitant la tète, les yeux el la langue ne sont pas très-rares dans les colleclinns d'amateurs; le nausée de Cluny on i^osstHie un du onzième siècle. Lts tableaux représenl:int des christs qui yuent el des madones (|ui pleurent sont très-communs dans les é^'lises d'IUilio; c'est un tour de passe-passe que chacun peut e\écuter n\oc un rtVbaud et de la cire viorge.

îî'esl que l'habitacle de l'âme, temple ou caverne, selon cjue l'éternelle invisible se garde à Dieu ou se donne au démon. C'est donc sur l'esprit seul qu'il faut agir lorsque l'esprit est malade, puisqu'il est régi par des lois spéciales, qu'il a une destinée particulière et qu'il n'a de commun avec la matière qu'une juxtaposition momentanée. C'était s'éloigner singulièrement du galiénisme et de cette doctrine si sage pour un médecin de soigner à la fois l'ame et le corps.

On poursuivait, il faut le reconnaître, un idéal de pureté qui ne manque pas de grandeur ; à force de vouloir élever, sublimer l'esprit, on en arriva non-seulement à mépriser, mais à briser la matière ; voyant en elle toutes les causes de révoltes qui poussaient au mal, on voulut l'anéantir à force de jeûnes, de macérations, de privations de toute sorte. 11 se produisit alors un fait pathologique qu'on n'avait pu prévoir et qu'on ne sut reconnaître : la matière surmenée, émariée, amoindrie, perdit son équilibre et rendit l'esprit malade.

Cotte théorie de la séparation de Thomme en deux parties non-seulement distinctes, mais adverses, eut un résultat bien plus grave, elle pénétra la science, qui la reçut toute faite comme une tradition respectée, et elle pesa sur la thérapeutique, qu'elle neutralisa pendant des siècles ; quand Rroussais la combattit vers 1828, on cria au blasphème, et on l'accusa de

a saper les bases » de toute société civilisée. Non, les facultés de l'esprit ne sont point indépendantes, elles sont soumises aux afTections de la matière, à laquelle elles sont indissolublement liées et dont peut-être elles émanent. Les travaux de Claude Bernard ne peuvent aujourd'hui laisser aucun doute à cet égard. 11 suffit de prendre une forte dose de sulfate de quinine pour perdre momentanément la mémoire, et d'avaler du haschich pour devenir absolument fou pendant un temps plus ou moins long. Qui donc oserait soutenir actuellement que le parfum d'une fleur peut être malade sans que la fleur soit malade elle-même? Riea dans cette vérité scientifique, appuyée sur une série d'observations éclatantes, ne peut blesser le spiritualisme le plus rigoureux, ni infirmer les destinées de notre âme immortelle.

Toute altération de l'esprit est consécutive d'une altération de la matière, c'est là un principe absolu dont il ne faut jamais dévier lorsqu'on veut apprécier sainement les maladies mentales, et c'est pour n'avoir pns connu ce principe que les temps antérieurs au dix-neuvième siècle ont fait fausse route et ont été entraînés à des cruautés sans pareilles.

11 n'était point prudent en ces jours d'ignorance d'essayer de combattre la folie, et l'on y courait risque de la vie. Deux Gascons entreprenants, ermites de Saint-Augustin et cherchant fortune, avaient promis

de guérir Charles VI; ils lui ûrent boire des philtres où Ton avait mêlé des perles unes réduites en poudre ; sur ce malheureux atteint de délire mélancolique en* (recoupé de stupeur et d'accès furieux, ils prononcé^ rent des paroles magiques qui demeuraient inutiles, car elles étaient neutralisées, disaient-ils, par les sortilèges et les incantations du barbier royal. Cette comédie dura quelque temps, et flnit mal pour les deux principaux acteurs; ils furent dégradés en place de Grève par Tévéque de Paris, promenés par les rues, décapités, coupés en morceaux, et les lambeaux de leurs corps furent accrochés aux portes de la ville (1399).

Il n'y a pas que le pauvre roi de France qui soit fou ; l'heure approche où cette étrange épidémie nerveuse, la danse macabre, passion furieuse qui fait danser frénétiquement, va entraîner le monde surmené; pour les Allemands, c'est la danse de Saint- Wit ; pour nous, c'est la danse de Saint-Guy ; pour les Hollandais, c'est la danse de Saint-Jean ; pour les Italiens de la Fouille et des Calabres, du quatorzième au dix-huitième siècle, c'est letarentisme, la danse de la tarentule; pour \es jumpers du Monmouthshire, ce sera vers 1785 un hommage rendu à Dieu en souvenir de David, qui dansa devant l'arche ; pour les médecins, c'est tout simplement la choréomanie, affection nerveuse bizarre, facilement contagieuse par

sympathie, et qui Irôs-souveni s'allie à la manie religieuse. Les voyaf^eurs qui de nos jours encore ont assisté aux exercices dès derviches hurleurs et des d(rrviches tourneurs dans quelque grande ville de l'Orien t, ou pendant Tune des fêtes de l'islamisme, n'en doul ront pas.

Au quinzième siècle, la folie a eu sur les destiné de notre pays une influence extraordinaire; ellenow ^ perdit et nous sauva. Le délire de Charles VI conduisi tau traité de Troyes, qui livrait la France à l'Angle^ — terre : les hallucinations de Jeanne d'Arc rejelèrec^ ^ hors du territoire Télément étranger qui s'y élaî * implanlé.

A ce moment, nul savant ne s'occupe-l-il de Tali nation mentale et n'indique-t-il une méthode pour I comhattre? Celui qui en parle aurait mieux fait de ? taire. Jacob Sylvius recommande de frapper les fous-« et (le ne leur adresser que des paroles de violence^ Pour reconnaître la phrénésie, qui est un ce érysijH'l intérieur du cerveau, » il indique un procédé fortr: simple : appliquer sur la tète de la craie délayée dnns de l'eau ; là où la pâte séchera, là est le siège du mal. Ce n'est pas par de tels moyens qu'on pouvait remédier à ces affections mentales qui se répandent avec Icrcaractère d'épidémies et envahissent des pays entiers^

Vers 140.'), on découvre tout à coup que les habi — lants (lu pays de Vaud adorent le diable, lui jurenf

obéissance et se nourrissent de nouveau-nés non encore baptisés. La torture aida singulièrement aux aveux de ces démonolâtres, et les bûchers flambèrent si bien que la contrée devint déserle. Dans les dépositions citées par Nider dans son Malleus maleficorum^ on voit apparaître pour la première fois cette fameuse graisse des sorcières qui plus tard aura tant d'importance dans les procès pour cause de magie, onguent diabolique dont il suffît de se frotter le soir pour être initié à tous les mystères des royaumes inférieurs et pour assister aux fêtes du sabbat.

Il est certain que la médecine des abonnes femmes » était foit en vogue à celte époque, que les plantes abortives étaient connues et qu'on n'ignorait pas que certaines solanées troublent l'imagination jusqu'à donner le délire et à produire la folie artificielle. Ce que tout le monde sait aujourd'hui était alors un secret qu'on se transmettait en tremblant à l'oreille ; le datura stranionium, la belladone, la mandragore, plantes vénéneuses, mortelles à haute dose, consolantes à dosage modéré, stupéfiantes ou excitantes selon le tempérament particulier de celui qui en fait usage, ont dû être employés souvent pour amener resi)rit à des hallucinations dont le souvenir gardait tous les caractères de la réalité*.

^ Au commencement du dix-septième siècle, Gcissendi a connu, dans le Languedoc, un homme qui luisant usage de ïliuile de stramoine, était

Ce fût un prêtre, docteur en Sorbonne, nommé Édelin, qui le premier osa publiquement prêcher en Poitou, 1455, que toutes les saturnales diaboliques pour lesquelles on envoyait tant de gens au bûcher et à la potence n'étaient que des rêveries maladives, fruits du sommeil ou d'un cerveau dérangé, et qu'il étail cruel de faire périr des innocents dont le seul crime consistait à être dupes de leur imagination mal réglée. Plus tard, en 1520, l'exorciste Grillandus, inquisiteur à Ârezzo, ne craindra pas non plus de déclarer que la plupart des sabbats sont imaginaires, que des personnes faibles, nerveuses, sujettes à agir la nuit pendant leur sommeil, croient y assister quoiqu'elles n'y aient jamais mis le pied.

Edelin, qui voulut ramener la justice de son temps à quelque humanité pour les malheureux, parut avoir plaidé pour sa propre cause. Appelé à s'expliquer sur sa théorie, qui alors étail considérée comme atlcnlatoirc à tout état social, il fut frappé d'aliénation mentale, avoua qu'un bélier noir qu'il possédait n'était

ccrbin d'aller passer la nuit au sabbat; il savait très-bien qu*il s*eiH (lorinail, mais à peine était-il pris par le sommeil qu'il lui semblait sortir par la fentHre et se rendre h un lieu désigne où Satan l'attaidail. I/huilc extraite du datura stramonium est solublc dans Teau, ce ([ui explique avec quelle facilité on pouvait la mêler k un breuvage. As dix-huitième siècle, le bourreau d'Aix, ayant bu du vin dans lequel avait ni:irér('; une pomme épineuse, passa toute une nuit à danser dans le cimolière. — Pomme épineuse, pomme du diable, pomme endormie, noms vulgaires du fruit du datura stramonium.

aiilre que Satan, et qu'il était en communion monstrueuse avec un incube; il ne fut point brûle; son supplice fut plus long et ne se termina qu'avec la vie; on le condamna à un in pace perpétuel, à être enmuré, comme on disait alors. Par suite de la maladie dont il fut atteint, Édelin passa pour avoir été l'avocat du diable. Ceux qu'il aurait pu convaincre se rejetèrent avec ardeur dans des idées contraires et les bûchers ne furent pas éteints ; ils ne le furent pas de sitôt.

Monslrelet raconte en détail l'épidémie de démonolâtrie qui, en 1459, s'empara d'une notable partie des habitants d'Ârras, surtout des femmes, et qui se termina, comme toujours, par des auto-da-fé. Le chroniqueur semble ne pas trop croire à toutes ces rondes sataniques et à l'intervention directe du diable, car il dit le mot tout net, le vrai mot que nous dirions aujourd'hui : « Pour cette folie furent prins plusieurs notables gens de la dicte ville d'Arras et aussi aultres moindres gens, femmes folieuses et autres. »

xVu seizième siècle, on brûle littéralement partout, et Ton n'épargne même pas les malheureux qui sont reconnus pour ôlre des fous avérés*. L'Allemagne,

' « 151 G. — Au dict nn, il advint en la ville de Poictiers que un homme fol lit chcoir sur les corporaux, estant sur Tautel, le précieux sang de notre seigneur, lorsqu'un prestre chantoit la messe, et fut ce fait après la consécration comme le dict prestre levoit le calice ; et c?^toil la consi'cration de vin blanc ; dont il advint un beau miracle, car sitost qu'il fut touché sur les corporaux sacrez il devint rouge; et îih-

l'Espagne, i'Ilalie, la France sonl la proie du démoo, nul n'échappe à ses tentations; à la Warlbourg, le diable apparaît à Luther, qui lui jette son encrier à la tète: on montre encore la tache faite sur la muraille; Pic de la Mirandole est témoin des visions de Savonarole, et Mélanchthon interroge des spectres qui lui répondent.

Hélas ! un des plus grands hommes que rhumanité ait produits, un homme qui fut aux temps modernes ce qu'IIippocrate fut aux temps anciens, Âmbroise Paré, ne trouve pas dans sa haute raison, dans son expérience assez de force pour résister à la contagion de ces idées fausses; lui aussi, il croit à la possession, aux pactes, aux sorts par lesquels les associés du diable

continent fut rocucilly en grande diligence et révérence par presires. El en fut faict reliquaire pour adorer ; et fut le malcfacteur condamné ï cire en clos entre deux murs, sans le faire mourir, h cause qu'il cj^loil insensé, el fut dit que jamais n'en partiroit et mangeroit pain et boiroit eau seulement. — Au dict au lî)55, es fériés de Pciitecuusle, fut bruslée en la ville de Tours une femme veufve d'un nommé Galle, en son vivant demeurant au dicl Tours, la quelle fut toujours estimée femme de bien ; néanmoins fut par une débilitation du cerveau ou au^ trement, estant malade au lit, en un héritage sien qu'elle a\oit près de Tours, en rccepvant nostre seigneur, elle le print des mains, et le mil en pièces, disant que c'estoit un crapaud, et ne leur cessa ce proi»os jusques à la mort. Ses enfaiis et parens furent a])pelaiis de telle sentence, par la quelle cette pauvre feunne fut ainsi condamnée à telle mort. Mais la cour, voiant qu'elle persévéroit si long temps en son opiniiistnté, coiilirma icelle senttncc. )» (Journal d'un bourgeois de Pa^ ris nous le rctjne de Frani'ois /'% p. 58, p. -45i.)

peuvent porter préjudice à la santé et à renlendement des gens qu'ils poursuivent de leurs maléfices, il énumère a les cacodcmons, les coquemares, les gobelins, les incubes, les succubes \ les lutins; » il dit que souvent c< on les voit transmuer eu boucs, asnos, chiens, loups, corbeaux, chalhuans et crapaux. » — « Ceux qui sont possédés des démons parlent divers langages incognus, font trembler la terre, esclairer, tonner..., soulèvent en l'air un chastcau et le remettent en place, fascinent les yeux. » Si Ânibroise Paré en était là, que penser des autres ? Tous les démonolâtres, qui aujourd'hui vivent en si grand nombre dans nos asiles d'aliénés, lous les théomanes, les mélancoliques avec hallucinations, examinés par lui eussent été reconnus possédés, sorciers, inspirés par Satan et eussent grossi le nombre de tant de malades victimes des préjugés de l'époque.

Il y a cependant au milieu de ces rêveries une observation bonne à retenir et dont la science a pu tirer parti : le diable prend volontiers différentes formes d'animaux. Les hallucinations de celte nature ne sont pas rares chez les aliénés, surtout chez les alcooliques; ils voient souvent des serpents ramper vers eux, et ils

* La croyance aux incubes et aux succubes était générale; Florimoud de Rémond dit trè^-sérii usement, d:ins son llisloire de Ché' reste, que Luther naquit sous la conslellaliou du Scorpion, de l^union fortuite d un incube et d'un succube.

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