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IV. 2'j

éprouvent alors des angoisses qu'il est difGcile de calmer; pour peu que le malade soit enclin à la ihéomanie, ce qui est fréquent, pour peu qu'il croie au diable, ce n'est plus l'immonde reptile qui s'avance, c'est le souple tentateur, celui qui s'enroula autour de l'arbre de la science, qui offrit la pomme fatale; c'est le génie même de la révolte et de la perdition, celui à qui rien n'a résisté, l'ennemi de Dieu, le plus fort, l'invincible auquel il faut obéir au prix de la damnation éternelle.

Chaque jour dans nos asiles, dans nos maisons de santé, les médecins sont témoins de phénomènes semblables, et j'ai vu plus d'une mélancolique agitée, ne pouvant expliquer les deux volontés adverses qui se heurtaient en elle, s'écrier qu'elle était la proie du démon et demander un prelre, afin d'être exorcisée. Pour les convaincre à jamais de la réalité de leurs fausses sensations, pour généraliser leur délire partiel, pour rendre celui-ci incurable, il suffirait de les environner d'un appareil religieux spécialement prépare pour elles; car chez ces pauvres malades battues par des tempêtes nerveuses dont on ne soupçonne pas la violence, on évoque les démons lorsque l'on tente de les chasser. Si l'on faisait faire un seul exorcisme dans la cour des agitées de Sainte-Anne ou de la Salpêlrière^ toutes les folles qui en auraient été témoins seraient possédées le lendemain,

Là possession. 587

Des divers genres de folie, la démonomanie est :elui qui se provoque et se propage le plus facilement par Texemple. Un fait contemporain le prouve. Le nllage de Morzincs, en Savoie, a ofleFt, depuis 1857 jusqu'à 1862, tous les phénomènes de la possession; rien ni y a manqué que le bûcher. Le mal s^est étendu par sympathie, s'est exaspéré sous l'influence des exorcismes, puis a subi une période de rémittence notable dès qu'on a pu isoler les malades et lorsque la gendarmerie est intervenue pour maintenir Tordre dans l'église, où l'exercice du culte était rendu presque impossible par les violences de toutes sortes qu'il provoquait chez la plupart des femmes ; on a dû croire à une guérison ; mais un exorcisme général a ravivé l'exacerbation nerveuse des malheureuses agitées qui accusaient unanimement le diable de toutes les convulsions dont elles étaient victimes ^

Kernel est un savant de premier ordre, ses livres de médecine sont ingénieux, son calcul déterminant la grandeur de la terre le fait immortel; Bodin fut un grand jurisconsulte; ni l'un ni l'autre ne sont plus sages qu'Âmbroise Paré. Dans les hallucinés de sor-

' Cette épidémie a étudiée et décrite avec une grande sagacité par le docteur Â. Constans. Voir : Relation sur une épidémie hystéro-déluooopathiquc en i86i, par le docteur Â. Constans, inspecteur général du service des aliénés. Broch. de 106 p. Paris, 1863; imprimerie rhunot.

cclleric, loin de icconnaitre des malades, ils ne voient (]ue des coupables indignes d'indulgence el qui lous, sans distinclion, méritent le dernier supplice. Ces hommes si sagaces, si instruits, semblent ignorer que, dès le treizième siècle, Bacon a formulé le principe de la méthode expérimentale, en disant : non fingenduïïiy non exœgilanduniy sed inveniendii^m quid nalura faciaty aut ferai. Bodîn est convaincu jusqu'à la fureur; son livre de la Démonomanie des sorciers est l'œuvre d'un exaspéré.

Après des autorités si imposantes, nul n'est plus à citer; on dirait que toute vérité a été close, enniuice aussi dans Vin pace où mourut Ëdelin. Il ne faul donc pas s'étonner si, dans la petite Lorraine, un juge se vante d'avoir brûlé 800 sorcières en seize ans, et si, dans la seule ville de Genève, on en brûla 500 en trois mois. Il y a un mot cruel à dire, mais qui n'est que trop juste : c'était la mode.

Ce fut de VVestphalie que vint la première lueur, du petit pays de Clèves. Un médecin nommé Wier^ prit toutes ces superstitions corps à corps, et fut, en n'alilé, Tancètre fondateur de la pathologie mentale.

• Il élait né en 1515 à Grav»*, dans le Brabanl ; il s'appelait Jean >Vitr, on Wryer, el ne fut ^'uùre connu de ses contemporains que sousleMirnoui dt; Piscinarius ; en 155G, il fut nommé premier luédecia de (iuiîlauuïr, duc de Clèves, et exerça cette fonction jusqu'à sa mort, H fc- \rif'r 1585. Ses œuvres complètes ont été imprimées à Aui>lerdi«» eu 1500.

Il savait sur quel terrain il marchait et à quelle forte partie il pouvait avoir affaire; îîiissi procédant avec une extrême prudence, il débute par faire la part belle aux opinions du temps. Il divise les démons en catégories distinctes, définies, suppute leur nombre et révalue à plusieurs millions. S'élanl mis à l'abri par Torthodoxiede cette démonstration scientifique, il eAlre en matière et déclare que, puisque le diable est coupable, c'est lui qu'il faut punir. Quant aux sorcières, aux possédés, ce sont des malades ; il vaut mieux les guérir que les brûler.

Il a vécu avec les- fous, ceci n'est point douteux, il les a étudiés atlentivement, et la plupart de ses observai ions sont tellement précises que la science actuelle n\-iurait rien à y reprendre. On accuse le diable d'in- Iroduire magiquement dans l'estomac de ses adeptes des fragments de fer, des os, des cailloux, — il prouve rpie les aliénés ont parfois une invincible tendance h avaler tout ce qu'ils trouvent, et surtout les corps brillants; — il affirme que les loups-garous se mentent à eux-mêmes lorsqu'ils prétendent se changer en fauves pour courir la nuit; — il soutient que les stryges, c*s sorcières mangeuses d'enfants, s'abusent lorsqu'elles racontent leurs horribles repas; la preuve qu'il donne est si simple qu'elle eût dû frapper tous les esprits qui n^étaient point systématiquement prévenus : les morts qu'on dit avoir été déterrés sont

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Cepeft'iint un peu de cbrté se fait ; la science va se débarrasser peu a peu de la gangue où elle est enferniée depuis si longtemps; c'est l'heure des grandes entreprises ; l'imprimerie multiplie la pensée, le nonveau naonde rient de se révéler, la réforme essaye d 'épurer une religion qui retombe au paganisme, Galili^ sent la terre se raonvoir sous ses pieds et Kepler

ouvre le cicK On peut croire que le diable va enfin rentrer aux abîmes, que là loi du Dieu de douceur et de pardon va régner, que la maladie ne sera plus traitée comme le crime; vaine espérance! Les femmes de la famille Médicis ont envahi la France, suivies d'une armée d'astrologues, de nécromanciens, de médecins, disciples de Locuste, de diseurs de bonne aventure et de chercheurs de Télixir de longue vie. C'est le temps des maléfices, des sortilèges, des envoûtements ^ Quelque déconsidérées qu'elles fussent par les esprits se* rieux de l'époque, ces sottises n'étaient point disposées à mourir; avant de disparaître elles allaient bouleverser la France et se donner en spectacle comme des farces de tréteaux qui auraient un dénoûment sinistre. Le grand siècle, le siècle de Richelieu* et de Louis XIV est sous ce rapport aussi bête que les précédents, jusqu'au jour où Colbert, outré de dégoût par tant de

* Il ne faut pas croire que ces superstitions aient pris fin ; les tribu- Dtux ont encore à juger aujourdlmi des procès où les sorciers et les torts jouent le principal rôle. Voir Piècet justificative*, n* 7.

* Le cardinal de Richelieu pourrait figurer dans cette étude à titre de fou, si Ton en croit la princesse Palatine, qui a écrit, en date du 5 juin 1716 : « Le cardinal de Richelieu, malgré tout son talent, a eu de grands accès de folie ; il se figurait quelquefois qu*il ébit un che- Ttl ; il sautait alors autour d*un billard en hennissant et en faisant beaucoup de bruit pendant une heure et en lançant des ruades à ses domestiques : ses gens le mettaient ensuite au lit, le couvraient bien pour le Caire suer, et quand il s^éveillait, il n*avait aucun souvenir de ce qui 8*élaît passé. • (Lettres de Madame, duchesse d'Orléans ; édit. Brunet, 1. 1*, p. 240.)

niaiseries impiloyablcs, défend d*évoquer les afTaires (le sorcellerie. Trois histoires de possession, dont le souvenir est resté dans loules les mémoires, occupent les premières années du dix-septième siècle, celle de la terre de Labourd en 1609, celle des ursulines d'Âix en 1611^ celle des ursulines de Loudun, de 1652 à 1659 ; les noms de GaufTridi et d'Urbain Grandier ont été popularisés par le théâtre et par le roman. Ce furent de véritables épidémies hystériques' qui saisirent des femmes vivant en groupe, qui les entraînèrent à de fausses sensations, à des hallucinations de l'ouïe, du toucher et de la vue, qui les agitèrent de transports

* Il faut bien s'entendre sur les nnots aBn d'éviter toute confusion, et Ton doit d'abord reconnuitre que les locutions employées dans la conversation n'ont point le sens précis que la science leur attribue. Le root hystérie est une expression vicieuse qui ne rend point du tout ce qu'elle semble vouloir dire, car l'organe dont cette maladie tire son nom, organe spécial à la femme, n'est point exclusivement le siège du mal auquel les hommes n'échappent pas. Les gens du monde donnent généralement à ce mol une acception qu'il ne comporte pas et le confondent trop souvent avec l'érolomanie et la nymphomanie. Ces vocables désignent trois affections nervoso-mentales p:irfaitement distinctes. L'hystérie est produite par un manque d'équilibre dans le système nerveux, par on allai blissement des grands nerfs ; c'est un délire prtiel, triste, théâtral, avec propension excessive au suicide ; elle participe de l:i mélancolie cl de la lypémanie d'Esquirol ; Roller l'appelle la mélancolie agitée et Moreau (de Tours) la nomme la folie névropathique. L'érotomanie est Taniour platonique dégénéré en aberration, c'est l'amour de don Quichotlc pour Dulcinée. La nymphomanie, pour les femmes, le satyriasis pour les hommes, est le déchaînement des passions sensuelles et bestiales dans ce qu'elles ont de plus violent.

nerveux excessifs el qu'exaspérèrent jusqu'à la fureur les cérémonies violenles, les objurgations, les pompes religieuses, raffluence des curieux, l'importance subitement acquise par les malades et la frénésie des exorcistes.

Que, dans ces tristes procès qu'il est inutile de l'n-^ conter, la jalousie du cloître contre l'église, des ordres anciens contre les ordres nouveaux, ait joué quelque rôle, que des prêtres peu scrupuleux aient abusé de l'élat morbide de ces malheureuses, comme on le vit clairement un siècle plus tard dans le lamentable procès de la Cadière, on n'en peut guère douter ; mais le fait «icquis, réel, scientifique n'en subsiste pas moins : on était en présence d'une affection névropathique se communiquant par sympathie. Ces femmes, que l'on accusait d'être des possédées ou des fourbes, n'étaient ni fourbes ni possédées : elles étaient malades.

Elles brisaient tout, elles déployaient une force, une adresse surhumaines qu'on ne savait attribuer qu'à l'intervention du malin; — on ignorait que, dans leurs crises, les névropathiques sont doués d'une agilité et d'une vigueur dont rien ne peut donner idée. Les agitées de Sainte-Ànne prises dans le gilet de force et mises dans les loges de sûreté coupent avec leui*s dents les treillages en fil de fer qui garnissent lesfenêlres; à Bicêtre, il y a peu de temps, un aliéné

se débarrasse de sa camisole et démolit sa cellule qui est en pierres de taille. — Une influence surnaturelle pouvait seule leur permettre de regarder le soleil sans baisser les yeux ; actuellement deux pensionnaires de Bicêlre restent des heures entières les yeux fixés sur le soleil, sans que le plus léger tressaillement de la face puisse faire soupçonner qu'ils sont impressionna par ce flot de lumière ardente ; leur pupille est tellemenl réirécie, qu'elle est presque invisible, elle ressemble a celle des mangeurs d'opium. — Elles aboyaient comme des chiennes ; — mais la manie aboyante est un mal fort connu, on l'appelait jadis la maladie de Laira; le fils du grand Condé aboyait si fort que Ton s'imaginait qu'il se croyait changé en chien. C'est une simple affection nerveuse qui n'implique nullement une altération des facultés de l'esprit ou de la volonté; une femme peut resicr femme du monde, être fort entendue à ses affaires et aboyer du matin au soir.

Du reste, l'hystérie est la maladie prêtée par excellence, elle prend toutes lesformes, on dirait qu'elle fait effort pour se déguiser afin de n'être pas reconnue. Aussi chez les pnuvres filles du Labourd et de Loudun, elle varie incessamment ses aspects, et toutes les fois qu'elle revêt une apparence nouvelle, c'est un nouveau diable que l'on découvre; quand on a nommé Belzébulh, Belphégor, Astarolh, Léviathan et cent autres, quand on a épuisé tout le vocabulaire de la démono-

logic, on découvre encore des démons jusqu'alors inconnus; à Loudun, c'est Allumette d'impureté; à Aix, c'est Yerrine qui obéit à Gauiïridii prince des magiciens. Verrine n'était point seul, car Michaelis, un des exorcistes employés dans cette affaire, déclare avoir chassé six mille cinq cents démons et plus du corps d'une seule des possédées.

Il y en eut parmi ces femmes surexcitées par le mal qui purent montrer des stigmates rappelant les plaies de Jésus-Christ, et l'on cria au miracle — mais c'est hier que vivaient les fameuses stigmatisées du Tyrol, l'exlatique de Keldern, la patiente de Capriana, que des populations entières allaient voir, allaient adorer processionnellement. Il y a plus d'une maison de santé, à Paris même, qui, si elle n'était discrète, pourrait en montrer de semblables. Il suffit que, sous l'influence de rinnervation excessive, des cicatrices de scrofules s'entr'ouvrent et laissent échapper un suintement sanguinolent pour que le merveilleux se produise ; si la malade n'est pas trop anémique, des pilules de fer et du qainquina viennent assez facilement à bout de ce prodige, qui est dû à une cause toule physique : une faiblesse nerveuse congénitale compliquée d'un appauvrissement du snng.

Il est un fait connu aujourd'hui et scientifiquement démontré, que les démonophobes avaient remarqué et qu'ils ont exploité au profit de leur croyance. Dans

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«h: ^qê uwÊt àt TBOBcr §mn Jes exorii«i'*^ e^ in: T^nferrntT minmHVEeBMB! sur le corpc ff^ i«âsr(*r^ ^ u^ ?4L<!agv ot Bw r«D appdjit alors fi nrruii* ni dauitf. .il HEnsuc oii*e& preiUDt posses- -^m sa SrUiua ot a gr^aïuif uni st d(«iuit à loi, ^:mn ii imitriuir -c: nut r-enànà: ià if 4«£t crocha

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iii *J3isminr u viust isiMstant ^m \t bi^h i la fois •^:!i;*>if e: usaîir: ài ôtismiiL CeCie fiM»^ fl faat le dire, t»: îs mirrur zr^-^inrvfsr^ ««Ert«al dKi les femmes. 1 :;iis !:î*iâ^ uBt^.cjnL f uiçwiîe^ )f laks^eni son mauTais 1» iiT i»îaitîriDi>* cl.j'îaêrie. i~issaisibî!Ité oomplôlc L Li HÈtmàrt^ L L2#* zaciit i b oîtjs, 6e b>ate la surface !l iiir^x'îSLîa? rij*: <'esc os- q;^ l'en nomme l'anali-î^n . Mi^ jt :l jf s^ra^-ft: ruuirêsie n'atteint qu'un :».lJ-'. t^^u:z.tm>*!!L\ icroxïacril qu'on a pcrfois quelque ZK'Jiti i Sitiiii-iT-^T: s>r pea d'êieodoe en fait bien la

-.LT jt r- ; --r: st-iiiiciie-

Li^ n-tî; :c:*.>^:its e: k< h^^maniaques quisemorc-'Z.:^ yc c-r^iiicLi, se fraipeni, s'arrachent les cbe- ^'ji^. r.r r-sf^itàc-r.: aucune doultur; elles sont, en

.^.^7:À -ilii^ iu\ chiens «.nragés qui peuvent monire 11:. ■ Nirrr de fer n>uje sans donner le plus It^er signe t\" ^*u::r. ncx- : j'ai moi-mrme enfoncé de fortes épin- Li»-< d.w< If l»ias des malades sans réussir à attirer

leur atloDlion ^ Il n'y a pas de jour où des fails àna* logues ne se produisent dans les asiles d'aliénés.

Le sceau du diable qui faisait triompher les exor^ cistes, qui leur faisait dire : a Satan est là I » était une preuve de plus, une preuve irrécusable que tous ces pauvres êtres si cruellement torturés au nom d'une foi qui se trompait à force de vouloir rester orthodoxe auraient dû êlre mis à l'hôpital, couchés dans de bons lits, baignés souvent, saturés d'opium et distraits de leurs pensées morbides par tous les moyens possibles.

On pourra s'étonner de ces épidémies mentales qui sévissaient jadis et dont maintenant on croit qu'il ne reste plus trace \ Toute maladie non soignée ou surexcitée par les moyens que l'on emploie à la combattre

* Un aliéné, à Taide d'un morceau de Terre, se coupe la peau du front cl se fait au ventre une incision oblique de 15 centimètres de longu* ur ; il affirme n^avoir ressenti aucune douleur. Un autre saisit une poignée de charbons ardents, et il faut lui ouvrir la main de force ; un troisième introduit sa tête dans un poéle allumé et se la hrùle horriblement. On lui fait remarquer qu*il n a môme pas cric, il répond : • Pourquoi aurais-je crié? je ne souffrais pas. » (Noreau, de Tours, la Psychologie morbide^ 406 et pauim.)

* Ces épidémies sont très-réelles et ont apparu de siècle en siècle avec une sorte de périodicité. La forme en a varié depuis le féroce juiiqu*au simple absurde, mais n'en indiquait pas moins une maladie des organes de rentendement : au seizième siècle, Thjstéro dénionopathie, au dix-septième, la possession des nonnains, au dix-huitième les convulsionnai res de Saint-Médard, le vampirisme de Pologne cl de Hongrie, au dix-neuvième les tables tournantes et révocation des morts.

tend toujours à se répandre et à se généraliser. Si aujourd'hui la ville de Paris lâchait les sept mille aliénés qu'elle traite et nourrit dans ses asiles spéciaux, il esl fort probable qu'on croirait à la folie contagieuse. N'oublions pas trop ce qui vient de se passer; qu'est-ce donc que le dernier épisode de la Commune, si ce n'est un accès de pyromanie épidémique et furieuse?

A l'époque dont je parle, la vie de couvent, la monolonie enfantine des exercices imposés, la claustration furent pour beaucoup dans cette sorte d'énervatiou maladive et troublante, qui devint si générale qu'elle porte un nom dans l'histoire et qu'on Ta appelée la possession des nonnains. Depuis longtemps on avait signalé Yacedia^ la maladie des cloîtres, qui trouble Tesprit et pousse au suicide. Les ursulines d'Âix, celles de Loudun, d'autres congrégrations de femmes clans la Picardie et les Flandres, en furent atteintes, mais bien plus encore les religieuses de Saint-Louis de Louviers (1642) auxquelles toute l'affaire d'Drbain Grandier avait été racontée par le grand pénitencier d'Evreux, qui l'avait suivie aux côtés de Laubardemont. La principale héroïne de cetlc lugubre histoire s'appelait Madeleine Bavent; il faut lire sa confession*.

* Hutoire de Madeleine Bavent , religieuse du monastère de Saint- Louis de Louviers ^ avec sa confession générale et testamentaire, Piiris, in-4* ; Legenlil, i05'2.

Jamais cas pathologique ne fut mieux détermine ; c^est la mélancolie accompagnée d'hallucinations, d'illusions du sens du toucher et d'une invincible attraction vers le suicide. Les mouvemenls involontaires, les syncopes, les constriclions de l'œsophage, le gonflement du corps, l'impérieux besoin de dire des grossièretés, les gestes indécents, les postures exlra-humnines si complaisamment décrites par le capucin Bosroger, qui servait d'exorciste, prouvent, sans doule possible, que la folie seule causait tous les phénomènes dont on s'effrayait.

Le parlement de Rouen s'en mêla ; on déterra le cadavre d'un prélre qui la nuit venait tourmenter les religieuses, et on le brûla en grande cérémonie. L'église et la justice rivalisèrent de zèle et de sottise, mais on ne guérit personne. La pauvre Madeleine, jelée dans un cul de basse fosse, comme bouc émissaire de tous les péchés de la communauté, essaya de se tuer et, quatre heures durant, se tourna et se retourna dans le ventre un long clou qu'elle y avait enfoncé. Â cela seul, en dehors de toute autre preuve, on peut la reconnaître pour une malade frappée d'hystéro-mélancolie. En effet, dans cet horrible mal^ — le plus horrible qui existe, — l'amour de la mort est abstrait ; il est parce qu'il est. Tous moyens sont bons pour mourir, les malades déjouent toute surveillance a force d'astucp, de persistance, de volonté, et il est rare

400 LES ALIÈNES.

qu'elles n'arrivent pas à mettre leur projet à exécution.

Si on les interrompt au milieu d'une tentative de suicide, si on les relire de l'eau, si on coupe la corde dont elles s'étranglent, si on les arrache de dessous les roues d'une voilure, on ne trouve pas une pulsation de plus à leurs artères, pas un frémissement, pas Ydifparence d'une émotion; elles restent impassibles et ne témoignent rien que la contrariété d'avoir été sauvées et le désespoir de vivre encore. One mélancolique, aujourd'hui guérie et qui avait trouvé moyen de s'ouvrir la gorge à l'aide d'un couteau qu'elle avait volé, me disait : ce J'eus alors l'ineffable volupté de me couper le cou et de voir couler mon sang. »

Pour les hommes qui, dans les siècles passés, avaient à s'occuper de ces tristes affaires, les tentatives de suicide, loin de les éclairer sur l'état intellectuel des prétendues possédées, étaient la conlîrmation de leurs idées erronées. Selon eux, Madeleine Bavent avait plusieurs fois cherché à se tuer, non point parce qu'elle voulait se débariasser d'un mal insupportable, mais [)arce qu'elle était harcelée par le remords de s'èlrc donnée au diable et d'avoir eu commerce avec un pretre-sorcier enterré depuis plusieurs mois. Ainsi tout ce qui aurait dû éclairer ces consciences aussi obtuses (ju'exalléos semblait les obscurcir encore j>lus.

Pendant que celte lugubre alfaire se déroulait en

Normandie, au milieu d'une population épouvantée, devant des ecclésiasliqucs qui n'y comprenaient rien, en présence des juges qui croyaient sérieusement aux démons et qui en avaient peur, la science ne resta pas muelte; elle fut très-sagace, très-courageuse, et parla haut. Un médecin, Yvelin, ayant charge de chirurgien chez la reine-mère, déclare qu'il n'y a là nulle possession diabolique, mais simplement un cas de patho^logie, que c'est affaire de science et non point de religion ; il dit le mot dont on usait à Tépoque : ce sont des lunatiques. Celte lutte du bon sens contre la passion n'empêche pas le parlement de Rouen de faire déterrer un cadavre qu'on brûla, d'envoyer un vivant au bûcher, de condamner la pauvre Madeleine à la reclur sion perpétuelle et d'ordonner la fermeture du couvent de Louviers (1647).

La parole d'Yvelin ne fut pourtant pas inutile. Les cœurs finirent par se soulever contre tant de brutalités, qui, à force de se refuser à tout bon sens, devenaient criminelles. En 1670, à la Haye-Dupuis, un procès de sorcellerie dans lequel il fut affirmé, sous la foi du serment, qu*on avait vu un rat parler à un enfant de dix ans, est évoqué devant le parlement de Normandie ; plus de 500 individus furent impliqués dans cette affaire, et 17 furent condamnés à mort. Louis XIV cassa Tarrél ; le parlement regimba et fit des remontrances en citant les saintes Ecritures, Grégoire de

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