‹ ParisChapitre 2 sur 34 · IV · texte numérisé non relu

IV

oreille, car elle était inléressante ; elle descendait d'une bonne famille ruinée à la révolution et avait fait ses preuves. Il y a une dizaine d'années, les plaintes s'accentuèrent d'autant plus vivement que, malgré l'abandon du mari, un troisième enfant élait survenu, qu'elle l'allaitait en faisant ses momeries et que le nourrisson criait à fendre Tâme pendant que la mère sautillait et mettait son horloge en branle. Loi*squ'on voulut lui retirer sa permission, elle se démena comme un beau diable ; elle adressa pétition sur pétition au préfet de police, au ministre, à l'empereur; quelques-unes sont écrites par elle-même et elle soutient qu'elle n'est pas un « ses pétaque » rebutant. L'irritation contre elle était trop vive, l'interdiction ne fut point levée. Qu'est-elle devenue la pauvre créature? Je l'ignore et toutes mes recherches pour le savoir sont restées infructueuses. Elle était le digne pendant de cet homme sans bras ni jambes, qui se tenait habituellement place Saint-Germain-l'Auxerrois et qui écrivait avec son ventre.

Si, dans un but de moralité publique, on a débarrassé nos promenades et nos rues de tous les écloppés dont l'aspect élait repoussant, il n'a pu en être ainsi des infirmes, des invalides, qui, refusant avec énergie d'entrer dans les dépôts de mendicilé ou dans les hospices, savent altirer les aumônes sans les mendier et excelleni à dé|»ister la surveillance des sergents de

ville. Un coup d'œil suppliant, une parole murmurée à voix basse, un geste de prière leur suffisent; ils n'ont rien demandé, mais ils ne peuvent refuser ce qu'on leur offre, et le temps n'est plus où l'on punissait les personnes charitables. Ils prennent mille précautions pour déjouer les regards trop vigilants des inspecteurs et y réussissent. Un manchot, qui semblait avoir élu son domicile sur le trottoir de la rue de Ghoiseul, appostait des gens qu'il payait pour l'avertir de l'arrivée des agents. Un mendiant invalide prend matin et soir l'omnibus avec son conducteur, dépense ainsi vingtquatre sous par jour, et retire, dit-on, encore d'assez bons bénéfices.

Le mendiant le plus habile pour recevoir sans demander que j'aie jamais vu exerce son industrie à Paris depuis longtemps déjà. Il est infirme et ne se meut qu'avec difficulté. Il choisit l'heure où le boulevard des Italiens est encombré de promeneurs, où la rue Vivienne est remplie par les gens qui sortent de la Bourse, pour faire son manège ; longeant les boutiques, s'aidant d'un bâton, gémissant à chaque pas, il s'avance au milieu de la foule, les yeux braqués devant lui, dissimulés derrière de larges lunettes et ne regardant personne ; avec beaucoup de malice, quand il lui faut traverser une rue, il prie un sergent de ville de l'aider. Il est pitoyable à voir; dans sa main gauche, eutr'ouvcrte et négligemment tendue, on glisse quel-

ques SOUS, parfois des pièces blanches, qui, avec une prestesse extraordinaire, disparaissent immédiatement dans sa poche. Nul ne joue son rôle mieux que lui ; il est passé maître en son art. Qu'on aie la patience de le suivre, on le verra entrer sous une porte cochèrc, dans une rue peu fréquentée, compter sa recette, puis, si elle lui parait satisfaisante, prendre une allure moins douloureuse et monter dans un omnibus quj le ramènera vers le faubourg Saint-Martin, où il habite.

Si Ton va aux renseignements, voici ce qu'on apprendra : ce mendiant émérite est un Badois réfractaire; réfugié en France, il a servi en Algérie au titre étranger; dans un duel, à Bône, il a reçu la blessure qui lui fait la marche si pénible. Revenu à Paris, il a été arrêté le 51 août 1838 sous l'inculpation d'un vol ù Taide de fausses clefs; une ordonnance de non-lieu, rendue le 22 octobre de la même année, le remit en possession de sa liberté, qu'il ne conserva pas longtemps, car le 31 mars 1839 il était arrêté pour vol et engagement d'une montre au mont-de-piélé ; le 16 décembre, il sort de Sainte-Pélagie après avoir purgé une condamnation à six mois de détention. Le 16 octobre 1840, il est arrêté rue de Choiseul au milieu d'un groupe d'une cinquantaine de personnes, devant lesquelles il mange, ou plutôt dévore, un pain avec avidité : il est coutumicr du fait, disent les rapports.

Le 14 avril 1841, il est conduit au dépôt comme prévenu de vol et mis à la disposition du procureur du roi, qui le fait relaxer; condamné à vingt- quatre heures de prison pour mendicité avec insistance, il est, le G février 1847, en vertu de l'article 274 du code pénal, misa la disposition de la préfecture de police, qui l'envoie au dépôt de mendicité, où en neuf mois il se fait une masse de 53 francs. Le 26 février 1849, il rencontre une ancienne concubine dont il ne parait pas avoir gardé un bon souvenir, car il la roue de coups et lui vole une reconnaissance du mont-depiété.

On l'expulse de France; il y revient en 1852; il est encore saisi en flagrant délit de mendicité ; on obtient contre lui un arrêté d'expulsion ; la minute porte en marge cette note caractéristique : « Il est réfractaire du grand-duché de Bade; avoir soin de ne pas le diriger sur la frontière de ce pays. » On le conduit à Boulogne pour qu'il puisse gagner l'Angleterre ; certains plaisirs faciles de Paris l'attirent, il revient encore; c'est un fait de ban rompu pour lequel il est, le 20 mai 1855, condamné à trois mois de prison; on lui notifie un nouvel arrêté d'expulsion qu'on n'exécute pas, car le malheureux promet de ne plus mendier. 11 a tenu parole : il ne tend pas la main, mais il accepte tout ce qu'on met dedans. En somme, est-ce un impotent qui ne peut travailler et qui, rigoureusement, est excusable

de s*adresser à la commisération publique? Nullement. D est tailleur de son état, et assez habile même; il a deux bons bras, deux bonnes mains, mais il trouTe plus lucratif d'aller geindre dans les rues et de duper les âmes charitables.

C'est le cas de répéter la vieille citation : Ab uno dûce amnes. Si je me suis si minutieusement étendu sur cette epèce, c'est que, sauf les détails particuliers, elle se reproduit presque invariablement. On peut af- Grmer d'une manière générale qu'il n'y a pas un mendiant qui soit digne d'intérêt. Du reste, ils né savent pas pourquoi on les poursuit, et il est très-dificile, sinon impossible, de leur faire comprendre qu'ils commettent un délit prévu et réprimé par la loi. Tout le monde a remarqué qu'aux heures des repas militaires, les casernes sont entourées par des gens déguenillés auxquels les troupiers compatissants donnent le trop plein de leur gamelle, mais on ne croirait pas que cela est considéré comme une sorte de profession. Un mendiant arrêté en flagrant délit et interrogé par le commissaire de police sur ses moyens d'existence répondit : a Je vais manger aux casernes. »

I>e mendiant est rarement un vagabond ; ce n'est pas lui qu'on découvre blotti derrière les tas de fagots des fours à plâtre, ou couché dans les conduites d'eau provisfiirement déposées sur la voie publique; en hiver, du moins, il a une sorte de domicile, où il dort

moyennant quelques sous payés chaque soir. Il y a à Paris neuf garnis où les mendianls simulant des infirmilés vont se réfugier la nuit*. Gomme dans les anciennes cours des miracles, ils y redeviennent parfois plus ingambes qu'on n'imaginerait. En été, quelquesuns ont un autre procédé, qu'ils partagent du reste avec beaucoup d'ouvriers pauvres ou trop économes. Ils vont coucher hors Paris, à Asnières, à Bois-Colombes, dans ces affreuses petites campagnes qui sont aux portes des fortifications. Ils se glissent dans les jardins, s'y tapissent sous les arbres, s'abritent dans les massifs, et lorsque, par hasard, ils y rencontrent une de ces grottes factices chères aux bourgeois parisiens, ils ne se font pas faute d'y établir leur chambre à coucher.

Il est une catégorie qui est plus intéressante, car elle est frappée d'une infirmité cruelle dont cependant la belladone et la fève de Galabar, agissant d'une façon absolument contraire, peuvent donner les apparences : je parle des aveugles. On semble avoir abandonné certains emplacements à ceux qui, reculant devant la discipline fort douce des Quinze-Vingts, préfèrent les hasards de l'indépendance et de la charité; c'est une croyance dans le peuple de Paris que la plupart des

' Rue Travcrsièro-Sainl-Anloine, rue Bloroet, rue Carobronne, rue de rOreiilon, passage de Tlsly, fauboui^ du Temple, me des Lyonnais, rue du Poirier, rue Naubuée.

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aveugles mendiants sont millionnaires. Autrefois, devant les jardins de rbôlel Gontaut, qui s'appuyaient contre le boulevard des Capucines, entre la rue Louisle-Grand et la rue de la Paix, se tenait un aveugle accompagné d'un caniche; tous les jours, aux mêmes heures, il arrivait et partait; assis sur un pliant, la tète couverte d'un bonnet de laine, le corfis enveloppé d'un grand carrick à sept collets, il levait vers le ciel des yeux laiteux, sans expression ni regard, et de temps en temps il secouait une tirelire en fer-blanc. Il était de tradition dans le quartier qu'il avait donné 500,000 francs de dot à sa fille mariée à un notaire, et que le soir on Tavait souvent aperçu dans une loge de rez-de-chaussée à l'Opéra, où il se rendait dans sa voiture.

Je crois qu'il faut en rabattre et dire simplement qu'ils ne font pas de mauvaises recettes. Ce qui le prouve, c'est que les aveugles sont très-recherchés en mariage par déjeunes ou\ rières qui trouvent près d'eux une vie abondante et peu surveillée. Debout le long des portes, à genoux quelquefois, ayant soin même, dans certains cas, d'abriter prudemment leurs yeux derrière des lunettes de couleur, ils portent généralement sur la poitrine un tableau qui représente l'accident par lequel ils ont jXîrdu la vue, ou simplement un écriteau, parfois une seule phrase : Si je ne vous vois pas. Dieu vous voit. J'ai lu et retenu l'inscription sui-

vante : Sans forluneel réduilà la plus affreuse misère, ayez pitié d'un pauvre aveugle des deux yeux.

Les plus heureux sont ceux qui se sont emparés, sur un pont, d'une place que l'on consent à ne pas leur disputer, en vertu de l'axiome : Possession vaut titre. Ceux-là jouent de l'accordéon et rassemblent parfois un grand nombre de personnes autour d'eux. Le pont des Arls a élé le théâtre de luttes célèbres; lesÂpollons et les Marsyas de la cécité tiraient de leur insupportable musique à soufflet des miaulements éperdus, s'injuriaient (Mandant les entr'acles, et empochaient des sommes assez rondes.

Un jour que je passais par là, j'ai vu une femme, femme de ménage ou femme légitime, qui apportait le dîner à un de ces aveugles; elle lui mit dans la main une gamelle en fer-blanc qu'il déboucha rapidement ; il la flaira et dit : « Qu'est-ce que c'est encore que ça? — La femme répondit, avec une certaine expression de crainte : — Mais c'est un ragoût de mouton aux petits pois. — Eh ! que le diable t'emporle avec ton mouton ! tu sais que je n'aime que le bœuf. » Je retins mon aumône et la gardai pour une occasion meilleure. Celui-là n'était pas le seul à tirer bon profit de son infirmité, car je lis dans un rapport du 17 septembre 1853 : « Quelques aveugles viennent à Paris pendant la belle saison et retournent avec des ressources passer l'hiver en famille. »

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dier à cet inconvénient; des ordonnances de police furent rendues le 3 messidor an IV, le 3 avril 1828, le 14 décembre 1831, le 17 novembre 1849, le 30 novembre 1853; enfin une dernière, promulguée le 28 février 1865, et résumant toutes les précédentes, régla la matière d'une façon définitive.

Les principales dispositions stipulent que tout in dividu qui veut se livrer à la profession de bateleur, de joueur d'orgue, de chanteur ou de musicien ambulant, doit se munir d'una permission délivrée parla préfecture de police. Pour l'obtenir, il faut être Français, domicilié depuis un an dans le ressort de la préfecture et avoir une moralité suffisante pour résisler aux chances d'une enquête. Cette autorisation doit être renouvelée tous les trois mois; elle est transcrite sur un livret que Ton remet au permissionnaire, et qui, indépendamment de l'ordonnance in extenso du 28 février 1863, contient la nomenclature des soixante-trois emplacements où de tels métiers peuvent s'exercer sans contrainte et sans inconvénients. De plus, le port d'une médaille numérotée est de rigueur.

Il est expressément interdit à ce genre de mendiants de se faire accompagner par des enfants âgés de moins de seize ans, de prêter leur médaille, de deviner, de pronostiquer ou d'expliquer les songes, de se livrer en public à toute opération qui pourrait se rattacher aux professions de pédicure ou de dentiste.

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Une décision délibérée et prise en conseil d'administration a fixé à six cents le chiffre d'aulorisalions qui pourraient être accordées, cent cinquante aux bateleurs, cent cinquante aux joueurs d'orgue, cent cinquante aux chanteurs, cent cinquante aux musiciens. Ce maximum n'est pas alleint aujourd'hui, et dans chaque catégorie on s'est arrêté à cent. Le nombre en est cependant bien plus considérable. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter un coup d'œil dans les cours des maisons, dans les cafés de bas étage; mais c'est Jà de l'industrie privée; nul n'a le droit d'empêcher un propriélaire de restaurant, un portier, de laisser entrer chez lui les chanteurs et les musiciens. Ceux qne j'ai sommairement désignés peuvent seuls exercer leur métier sur la voie publique.

Quelques bateleurs se sont fait une certaine réputation à Paris; il faut citer en première ligne Pradier, le bâtonniste. C'était un ancien garçon marchand de vin, qui, placé à l'une des mauvaises barrières de Paris, et étant souvent obligé de faire évacuer le cabaret dont il avait la garde, était parvenu à manier la canne avec une adresse redoutable. Par suite d'une (rès-haute intervention, il était autorisé à exercer ce qu'il appelait «son art» dans toutes les villes de l'empire; et à Paris, on lui avait concédé certains emplacements interdits aux autres saltimbanques, notamment un coin de la place de la Madeleine, la place des

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Pyramides^ la place de la Boorse^ le dimanchey H le carré Marigny aoi Champs-ÛTsées; là, il ne resfa point, parce qu'il refusa toujours d'acquitter au pro- 6t de la préfecture de b Seine quinxe francs de location par mois et cinq francs pour le droit des pauvres.

Nul ne fut plus arrivant avec le public ; il le taxait à une somme Gxe, sinon, il restait immobile, ses bâtons à la main, ricanant et se moquant de ceux qui le r^ardaient. Il était d'une habileté extraordinaire et jamais voltige de cannes ne fut exécutée avec une agilité pareille. La précision de son coup d'œil et la sûreté de ses mouvements étaient faites pour surprendre. C'était un petit homme râblé, solide, impudent, fort humble avec les autorités dont il dépendait, mais parfois d'une insolence extrême avec les simples curieux. On a raconté bien des fables sur lui ; on a dit qu'emporté par une dévotion excessive, il ne faisait que prélever dcuxfruucs pour vivre sur ses recettes quotidiennes et donnait le reste aux églises. C'est là le fait de ces légendes populaires communes en tout pays à ceux qui sortent un peu de la foule ; il était marié, vivait sobrement et élevait deux enfanls avec les produits de son industrie; cependant, aux mois de mai et de juin 1848, il donna la moitié de son bénéfice, une fois par semaine, à la caisse de secours des ouvriers sans travail. Il est mort presque subitement en 1864, et sa

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veuve, tombée dans la misère, a souvent recours aux bureaux de l'assistance publique.

Parmi ceux qui exploitent actuellement Paris, on {>ourrait nommer le marchand d'eau de Cologne, vêtu d'un uniforme anglais; le sauvage à qui les ce Incas » ont livre en Afrique le secret de la pâle diamantée des Arabes pour faire couper les couteaux et les rasoirs ; un vieillard qui montre une rate blanche et explique sérieusement que c'est la femelle du cochon de mer en vain cherchée par les naturalistes les plus célèbres; le père des ouvriers, figure assez originale, moustache et barbiche, qui débite un baume unique avec lequel il a guéri la blessure reçue par Napoléon à l'attaque de Ralisbonne; l'homme de Lyon qui, se piquant de belles manières, jongle avec les poids, et môme, à l'occasion, avec les spectateurs mécontents.

On n'en finirait pas si l'on voulait citer tous ces artisans de l'adresse et de la réclame qui vivent de la crédulité et de la curiosité parisiennes. C'est principalement sur les places ouvertes aux abords de l'ancienne enceinte urbaine qu'ils a travaillent » devant les fainéants, les ouvriers en goguette, les soldats en permission. En tout cas, ils ne peuvent commencer ce qu'ils nomment prétentieusement leur représentation avant huit heures du matin; le soir, ils doivent avoir plié bagages à neuf heures en été et ù six en hiver. Les cabarets des environs, les estiuninets douteux qui avoi-

sincnl les barrières, savent le plus souvent à combien s'est élevée la recelle de la journée.

Le joueur d'orgue est bien déchu ; la rue était son domaine, ot il s'arrêtait devant loule fenôlre pour moudre ses airs, comme on l'a dit assez spirituellement , souvent il était accompagné par des hommes, vêtus en femme ou en paillasse, qui grimaçaient, gesticulaient cl chantaient. Vers 1850, un de ces saltimbanques adjoints était Fort connu des Parisiens sous le nom du Marquis, à cause du costume qu'il portait. C'était un homme maigrelet, très-leste, très-agile, et âgé de plus de cinquante ans ; il excellait à lancer dans la fenêtre ouverte d'un quatrième ou d'un cinquième étage une pièce de 2 sous enveloppée d'un cahier de chansons; on lui renvoyait le double par le même chemin. On prétendait qu'il appartenait à la police secrète, à laquelle il rendait d'importants services. La vérité est plus mystérieuse encore. Cet homme qui courait Paris avec son habit |)ailleté, sa veste brochée, ses bas de colon d'un blanc irréprochable, sa coiffure poudrée à l'oiseau royal, était un ancien chauffeur qui avait commisjadis des forfaits effroyables. Il passait pour riche et je crois qu'il a été assassiné.

Un orgue neuf coûte de 400 à 500 francs ; un orgue d'occasion qui peut servir encore vaut 100 ou 150 francs ; c'est donc là une grosse dépense, une première mise de fonds que bien peu de malheureux sont

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en élal de faire. Vivant au jour le jour de ressources lrès*aléa(oires, ils sont obliges de les louer et de grever leur budget d'une somme relativement considérable; un petit orgue, propre à être facilement porté sur le dos, se loue depuis 50 centimes jusqu'à 1 franc pour la journée; ces grandes et belles orgues de Crémone, qui simulent un orchestre complet, se louent en moyenne 10 francs par jour et exigent de plus un conducteur qui est payé 2 francs. Avec ces dernières on fait généralement des recelles fort belles, et Ton rentre parfois le soir au logis avec une cinquantaine francs de bénéOcê.

Les joueurs de petites orgues avaient et ont peutêtre encore une industrie d'une moralité fort équivoque qui, en leur laissant courir des chances assez gra< ves, leur rapportait quelque argent. Ils sortaient de Paris, sous prétexte d'aller jouer dans les guinguettes de la banlieue, et lorsqu'ils franchissaient la barrière pour rentrer dans la ville, ils avaient remplacé leur rouleau pointé par un rouleau tout semblable d'apparence, mais creux à l'intérieur, hermétiquement bouché, et qu'ils avaient rempli d'une eau-de-vie qui, ainsi dissimulée, passait en franchise devant les employés de l'octroi. Plusieurs, qui sans doute avaient été dénoncés par quelque camarade jaloux de l'invention, furent saisis, et répondirent devant les tribunaux de ces essais trop bien combinés de libre échange.

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