‹ ParisChapitre 3 sur 34 · IT · texte numérisé non relu

IT

Parmi les musiciens, il ne faut point oublier rhomme-orchestre, qui porte un chapeau chinois sur la lête, une flûte de Pan sous les lèvres, des sonnetles aux genoux, des cymbales entre les jambes, une grosse caisse sur le ventre et un triangle je ne sais plus où. Ses exercices doivent Taltérer prodigieusement, car dès qu'il a reçu quelque argent, il entre chez ce qu'il nomme le mastroquet, c'est-à-dire chez le marchand de vin. Les chanteurs sont le plus souventdes ouvriers mutilés qui, en raison des blessures ou des infirmités qui les privent forcément de travail, essayent de gagner leur vie par ce pénible moyen .

Il y a cependant des gens pour qui ce mode de vivre si voisin du vagabondage est sans doute un besoin d'indépendance malsaine et hasardeuse, car il existe en ce moment même à Paris une femme, relativement bien née, dont un très-proche parent occupe une situation importante, qui est chanteuse des rues et qui, chaque jour, dans les cours, sur les emplacements autorisés, dans les cabarets borgnes, yagoualer des romances sentimentales et prétentieuses. Bien souvent on a voulu l'arracher à cet affreux métier; ellemême elle a maintes fois promis d'y renoncer ; quelque chose de mystérieux la pousse, qui la rejette sur les pavés; elle reprend le cahier de chansons et sa vie de bohème. 11 parait qu'à tout âge on peut subsister de cette singulière profession, car il y a un vieux bon*-

homme de soixante-dix-huit ans qui, s'accompagnant d'une guitare et chantant d'une voix chevrotante, presque éteinte, trouve moyen de se faire un revenu régulier de 45 francs par mois. Du reste, pour beaucoup de gens, c'est un vrai métier, et il y en a qui l'exercent de père en fils.

Est-ce parmi les mendiants, les musiciens ambulants, les bateleurs ou tes vagabonds qu'il faut ranger ces petits Italiens qui, depuis quelques années surtout, pullulent dans nos rues ? On ne sait, en vérité, car ils appartiennent à chacune de ces espèces ; ils reçoivent des aumônes, ils jouent de la harpe et du violon, ils montrent des marmottes ou des singes, et bien souvent la nuit on les ramasse pelotonnés sous les bancs du boulevard, contre le parapet des quais, sur le seuil des portes cochères. Cette sorte de mendicité semble douée d'une force d'inertie ou d'une habileté de persistance qui lasse le public, la police, les tribunaux et même la diplomatie.

Ce n'est pas d'hier que l'on s'en plaint. Dès le 18 septembre 1824, une décision prise par M. de Corbière, alors ministre de l'intérieur, autorisait la trans^ lation à la frontière de ceux de ces enfants arrêtés en récidive. Une ordonnance du préfet de police, en date du 20 septembre 1828, leur enjoint d'avoir, dans l'espace d*un mois, quitté le territoire français, sous peine «d'y être contraints par toutes voies de droit. » Un

or

2 LA ME5DICITL

arrêt de con«la m nation, rendu parle tribunal correctionnel, le a juin 1S5T, contre Yincente Brigi, âge de quinze ans, et Luigi Gozzolo, âgé de douze ans, tous deux natifs de Parme, dit avec plus de raison que de grammaire « que les animaux et les instruments qui sont couûês à ces enfants ne constituent point Fexer* cice d'une profession et ne sont qu^un moyen de dissimuler ia mendicité qu'ils exercent. »

Autrefois c'étaient les pays de Savoie, de Cbiavari , de Parme, qui, pauvres et dénués, poussaient vers la France ces petits émigrants. Cela s'était fait de tout temps, l'histoire de Fanchon la Vielleuse n'est pas d'hier, et dans un manuscrit de la tin du xv* siècle on ti^ouve les vers suivants' :

Puis Terrez des Picmontois A peiue saillis de TescjUle, Criaut : Rdmoiiade luiut et bas Vos cheiuitiées sdiis escalle.

Ils venaient chez nous, ils faisaient le pénible métier de ramonoui*s, jouaient de la vielle, montraient a la MKinnotto ou \io, >^ dansciient uni* informe bourrée et rhaulcuoiU /)im« zanetif' ou la Catarnnt. Aujourd'hui h* liou \\c ivoruloniont osl en grande partie déplacé.

Page 1