‹ ParisChapitre 6 sur 34 · II. — LBS ÉTABItlSSBMBHTS 6É1IÉRÀUX · texte numérisé non relu

II. — LBS ÉTABItlSSBMBHTS 6É1IÉRÀUX

La boulangerie. — llaÎMO Sapion Sardini. — Vieux b&UmenU. — llinolene à l'angbt5e. — Silos en fer. — Procédé llége-Mouriès. — Le fournil. — Pirtriiis à la méctoique. ^- 25,000 kilogrammes de ptio par jour. — La |>aoetene. — Kakerbks. — La pharmacie centrale. — H6lel de Nés- ■nood. — Droguerie. — L'armoire de Locuste. — Flore officinale. — Alexipharmaques. — Le laboratoire. — La filature des indigents. — > Sou- Tenir de madame de llaintcnoo. — COO fileuse$. — Distribuées dans les bospices. — Le magasin central. — Fournitures par adjudication. — liafrasins spéciaux. — Vestiaires. — Ateliers. — Charpie. — 144,000 mètres de bandes. — Salle des modèles.

En personne avisée , l'assistance publique possède des établissements de service général où elle confectionne, où elle emmagasine les objets dont elle a besoin pour ses consommations journalières. De cette façon, elle supprime autant que possible les intermédiaires, toujours onéreux, et elle est certaine de la sincérité des produits qu'elle emploie. C'est pour parvenir à ce double but qu'elle a une cave, une boucherie, une boulangerie, une pharmacie et un magasin central. La cave est située à l'entrepôt des vins et liquides\ la boucherie fait partie de l'ancien abntloir de Villejuif.

La boulangerie occupe, près de la rue du Fer-à- Moulin , la maison que Scipion Sardini , un riche traitant italien, s'était fait bâtir, sous le règne de Henri 111, hors de l'enceinte de la ville. Dès l'année

* V. t. Il, chap. TU.

ilO L'ASSISTANCE PUBLIQUE.

1612, cet hôtel assez vaste entre dans le système hospitalier parisien, car on y établit un dépôt de mendicité; en 1622, on le consacre aux vieillards infirmes; en 1636, on y installe des pestiférés, en 1656, Louis XIV Tadjoi i\ comme boulangerie à rhôpital général, ce qui n'empêche pas qu'en 1663 on y donne asile à des femmes indigentes et à des filles-mères. En 1675, on le rend à sa destination primitive, tout en y ajoutant un abattoir et une fabrique de chandelles; en 1801, on le réunit à l'administration des hôpitaux et hospices civils; en 1849, l'assistance publique, le recevant dans ses attributions, y organise une manu* tention et une minoterie mues à la vapeur.

Quoique les nécessités du service aient fait élever des constructions modernes dont le moellon et le plfttre sont les principaux éléments, ce qui reste de l'ancien édifice est un curieux spécimen de l'architecture de la Renaissance pris à ce moment où la brique va remplacer la pierre de taille et où l'ornementation, s'alourdissant de jour en jour, fait déjà prévoir la pesanteur qui l'attend sous Louis XIU. Dans la cour, une aile tout en brique d'un rouge foncé est portée sur six arcades surbaissées, dont quatre sont oblitérées par des fenêtres et des portes récentes. Au milieu des pendentifs, quatre médaillons en pierre sculptée rcprésimlent des têtes (}ui offrent un certain caractère, quoiqu'une seule soit intacte, et dont la vraie place

LES ÉTABLISSEMENTS GÉNÉRAUX. lit

serait au musée de Tbôtel Carnavalet plutôt que dans cette usine où elles sont perdues pour le public el où des dégradations nouvelles peuvent constamment les atteindre.

Une machine à vapeur forte de 05 chevaux mel en mouvement un moulin h Tunglaise muni d'appareils perfectionnés et installé dans les cinq étages d'un bfttinient élevé exprès. Là, dans de vastes greniers aérés de toutes parts, sont entassés les sacs de blé destiné à être trituré par les meules en belles pierres de la FertésousJouarre. Plus loin, dans de larges cases en bois poli par l'usage, on enferme les farines, qu'on surveille attentivement pour éviter la fermentation, surtout en avril, h l'époque où le blé sort de terre, et en juin lorsqu'il fleurit, car alors la vie particulière à l'espace semble se réveiller et atteindre le grain pulvérisé à l'instant mémo où elle se développe dans la plante elle-même.

Pour faire une expérience concluante sur la conser* vation du blé, on a construit cinq immenses silos en pièces de fer boulonnées, dans lesquelles on a fait le vide, el que deux fois par an on charge d'azote. Ils renferment chacun 600 hectolitres de blé ; le plus an« cien a été rempli le 23 novembre i863 ; le grain qui s'en écoule lorsqu'on entr'ouvre le judas de prise paraît irréprochable*.

* La puissance germinative du blé semble se consenrer indéfiniiiient;

Une amélioration fort importante a été introduite dans la meunerie de la boulangerie Scipion, meunerie qui n'existe que depuis 1856, car avant cette époque l'administration achetait des farines et n'était point organisée pour moudre elle-même. M. Mége-Mouriès, étudiant le grain de blé au microscope, remarqua que, précisément au-dessous de Técorce, existait une partie dure, résistante, grisâtre, particulièrement riche en azote et où se développe la germination. Cette portion très-nourrissante du blé était laissée adhérente au son et disparaissait, sans être utilisée pour la paniGcation, avec les issues ordinaires. Grâce à un nouveau système de mouture et à l'emploi d'un mode de séparation fort ingénieux, on recueille aujourd'hui cette précieuse substance à la boulangerie centrale, et on la fait entrer dans la composition du pain. Si celui-ci acquiert de la sorte des qualités nutritives considérables, il faut reconnaître que l'aspect en est légèrement altéré, et qu'il n'offre point celte nuance d'un blanc jaunâtre qui parait fort appréciée des Parisiens, et que les boulangers obtiennent tous invariablement en mêlant à leur pâte de la farine de maïs, de la farine de féveroles et de la fécule de pomme de terre.

La boulangerie proprement dite est située au rez-

des grains rctroufés dans des tombeaux égyptiens ayant plus de trois nulle ans de date, ont été semés et ont produit des épis d^une richesse remarquable.

LES ÉTABLISSEMExMS GÉNÉRAUX. 113

de chaussée; racliviléqiii règne dansie fournil le rend im|)osant. L'hélice des dix pétrins mécaniques, mue par une machine à vapeur forte de seize chevaux, tourne jour el nuit; les dix fours alignés ouvrent leur bouche enflammée dans la même muraille de briques ; les ouvriers, demi-nus, au milieu de celle chaude atmosphère, blancs de farine, manient avec une dextérité rare les longues pelles qui portent la pâte fermenlée dans la fournaise éteinte, mais brûlante; sans repos les feux flambent, car la consommation de chaque jour exige de 20,000 à 25,000 kilogrammes de pain; on en envoie^ratuitement aux hôpitaux et aux hospices; contre remboursement aux hospices Devillas et Saint-Michel, à Touvroir Gérando, aux Enfants convalescents, à la ferme Sainte-Anne, à l'asile de Yincennes, à l'œuvre de Sainte-Marie, au Bon-Pasteur, au Val-de- Gràce, à la pharmacie centrale, aux collèges Chaptal et Rollin, aux halles et marchés de Paris. 11 est savoureux et bon, mais il durcit rapidement, ce qui tient sans doute à l'emploi des pétrins mécaniques, et lorsqu'on le taille en soupes, il fait tourner facilement le bouillon, par cela même qu'il renferme cette partie L'rise et singulièrement fermcntescible dont j'ai parlé |iius haut.

A côté de la boulangerie s'ouvre une vaste pièce qui sort de paneterie et voit à chaque heure se renouveler \o miracle de la multiplicîilion des pains. Une odeur

114 LASSISTA.NCE PUBLIQUE.

fadasse cl assez déplaisante plane partout et semble inhérente à rétablissement même. En en cherchant attentivement la cause, on s^aperçoit qu'elle provient d'une colonie de kakerlaks, de blattes, qui s'est emparée de toute la maison Scipion. Ces hideux insectes, plats, roussâtres et d'une prodigieuse agilité, quittent, dès que la nuit vient, les fentes de murailles qu'ils habitent ; ils se glissent partout, pullulent à l'infini, sont un véritable fléau et font concurrence aux grillons qui chantent près des fours leur chanson monotone. Il y aurait un moyen bien simple de purger la boulangerie de ces hôtes incommodes, ce serait d'y entretenir deux ou trois hérissons; en peu de temps ils auraient a\'alé et digéré cette désagréable engeance.

La pharmacie centrale, qui jadis était réunie à Tbôpilal des EnfanU^ trouvés, placé aloi-s au parvis Notre- Dame, occupe sur le quai de la Tournelle, depuis 1812, l'ancien hôtel de Nesmond, où la communauté de la Sande-Famille formée par Marie Bonneau, veuve de Beauharnais do Miramion*, habita depuis 1691 jus-

* Il (\<l impossible d*ctudicr les origines de nos fondations liospiUlières sans trouver très-souvcnl le nom de madame de Miramion. \hm sa dtTnJLTe lettre ('29 mars itiUCi), madame de Sévigné dit, en parlant d'elle: « cette mère de lÉ^lise. » — Elle venait de mourir à I*aris, le '2i du même mois, su|HTieure de la communauté des filles de Sainte- Gtneviève, ([u'elle avait fondée. Le jour de sa mort, Dangeau écrivait : M Le roi Taiduit beaucoup dans les bonnes œuvres qu*elle fai;>ait et ne lui refusait jamais rien. »

qu'en 1790. L'entrée est médiocre, et quoique le bâtiment principal ait une certaine ampleur, il n'ofîre rien qui soit digne d'attention. C'est là que l'assistance publique tient en dépôt les médicaments qu'elle fournit aux hôpitaux, aux hospices, et qu'elle distribue dans les maisons de secours.

L'aspect général est celui d'une immense droguerie; un parfum subtil y domine, celui de l'éther. Des bocaux énormes remplis de liquides de toute couleur et de toute saveur, encapuchonnés d'un couvercle de tôle peinte, sont méthodiquement rangés sur des étagères qui font tout le tour d'une vaste salle ; dans des mannes et prêts à partir, on voit des rouleaux de sparadrap, des tas de petits pots empilés, des bâtons de réglisse noire venus des Calabres, des fagots dé réglisse en bois, des onguents grisâtres qui ont vilaine apparence, des flacons où les cristaux d'iodure de potassium ressemblent de loin à des morceaux de sucre cassés menu, des bouteilles où l'huile d'amandes douces transparente et jaune luit comme de l'or pâle en fusion, des liasses d'emplâtres chargés de poudre de cant ha rides, des pommades de toute sorte, des teintures de toute espèce.

Dans un cabinet réservé à l'économe, les deux portes d*une armoire se referment à clef sur des flacons d'une figure peu rassurante; c'est là une réserve digne de Locuste, de Sainte-Croix et d'Exili : réalgar et cya-

nure, opium et strychnine, digitaline et morphine, curare et noix vomique, isolés dans leur prison de verre, paraissent rassemblés pour des œuvres néfastes et redoutables. Lorsqu'on approche de cette armoire diabolique, on sent une insupportable odeur de musc; au milieu des poisons, on conserve cette substance empestante qui coûte fort cher et dont on use encore quelquefois dans le traitement de certaines maladies nerveuses.

L'herboristerie répand ce doux et pénétrant parfum des fleurs desséchées, si exquis, si suave, et qui semble l'émanation de Tâme des plantes ; dans de grands sacs de toile entr'ouverts on aperçoit les pâles violettes, les coquelicots d'un rouge obscur, les lichens transparents pareils à de la corne recroquevillée, les camomilles trop odorantes, les absinthes qu'on ne peut voir sans tristesse lorsqu'on pense à quoi elles servent aujourd'hui ; toute l'admirable famille des labiées, si puissante et si précieuse : les sauges, les menthes, Jes romarins; puis les consolatrices, ellébores et daturas; les bois de f^aïac, les cassias amaras en bûches ou en cotrets, les écorces d'orange, les coloquintes odieuses iranierlume, les safrans qui, regardés à jour frisant, ont des tons pourpres magnifiques, les reines des prés, qui poussent les pieds dans l'eau et combattent l'hydropisie, les valérianes, qui donnent aux chats de si étranges illusions ; tous les simples de la nature sem-

blenl réunis là; cependant j'y ai cherché la mandragore qui chante, et je ne l'ai point trouvée.

Au premier étage, dans une salle où se font les expertises scientifiques sans lesquelles nul médicament n'est accepté, des tiroirs glissant les uns sur les autres et s'élevant du plancher au plafond contiennent les drogues qui doivent être soustraites au contact de l'air ou dont on n'use qu'en petite quantité : seigle ergoté, feuilles de jusquiame, fleurs de genêts sauvages. Le nom des médicaments est écrit sur les boites qui les renferment; il est curieux de le lire, lorsqu'on se rappelle que l'établissement a été outillé à neuf en 1812; on voit alors combien le vieil empirisme cabalistique du moyeu âge a été lent à disparaître devant la science expérimentale, et l'on ne peut s'empêcher de sourire à cette nomenclature de substances que n'auraient point désavouées les sorcières de Macbeth.

Un partisan de l'école de Salerne bondirait de joie en retrouvant là l'indication de ces alexipharmaques si fréquemment employés jadis, le sang de bouquin, les yeux d'écrevisse, la corne de cerf râpée que le phosphate de chaux a remplacée, le corail rouge, la poudre de vipères, les vers de terre et les cloportes. Il n'y a pas bien longtemps qu'on administrait encore cette dernière drogue à laquelle on prête des vertus diurétiques ; aujourd'hui on l'épargne aux hommes et on ne la donne plus qu'aux chevaux ; c'est un progrès.

fit rissiSTOci fnu«rc.

Le hbonkÀrt d n acthiit OMStaale; eofbooées dam» on immense foameam et Um%ty des basûies en came CMitïaiDeiit de? liqiûdes qok, »ia^ kiuttiits qei soot des âfOfs aBtt$corlNitiq«es, des siro|i$ de ^mme et de sakeparalle; qselcpMS bommes, le froDt en sacor et la main année de larges spatoles de bots, a^tenl ce& mélanges, qoi sont mis en Inhi- Uilks anssîtdl qa'ik sont refiroîdb. Daiis de Tasies cu%^j b pondre de qningnina macèie ha^née d'alcool ; nn tailloir mû par la Tapenr oonpe le bois de réglisse ; an pilon écrase ks amandes douces dont on prtssoir extrait llmile bîen£iisanle. La mécani^oe la plus occupée de tout rétablissement est le moulin qui triture b graine de lin et b réduit ai Êuîne; sans repos ni tréTe il traraille, car c'est par sacs^ grands comme des sacs de Ué, qu'on expédie dans les bopîtaux et dans les maisons de secours celte désagréable matière à cataplasme.

Dans la cour, des tonneaux en cuivre étamé et boulonné, contenant Teau de fleurs d'oranger^ Tenus de Grasse, sont gerbes les uns sur les autres comme des pièces de vin ; des voilures attelées chargent les médicaments, qu'elles vont perler aux hôpilaux. A roir le grand mouvement et les richesses accumulées de ce puissanl réservoir, il esl difOcile de ne pas éprouTer une impression de respect, de ne pas trouver que la ville de Paris est une bonne mère et de ne pas admirer

les efforts qu'elle fait pour soulager ses enfants malades.

Le magasin central n'a pas d'histoire; il est tout neuf, car il a été inauguré le {"janvier 1868, sur le boulevard de l'hôpital, où il avoisine la Salpêtrière, à laquelle il a emprunté 16,728 mètres de terrain. Il a pris la place de la filature des indigents, instituée en 1 795 dans le but de secourir les mères de familles pauvres qui ne pouvaient quitter leurs enfants. Cet établissement, qui subsistait il y a cinq ans à peine, avait élé installé impasse des Hospitalières, dans les bâtiments de la communauté des sœurs de la Charité- Notre-Dame, où madame Scarron s'était retirée en attendant qu'elle devint reine anonyme de France et de Navarre.

On remettait à de pauvres femmes du lin, du chanvre qu'elles filaient, procédé primitif qui n'enrichissait guère les ouvrières et coûtait fort cher à l'administration, obligée de faire les achats de matière première en province, d'y réexpédier le fil, afin qu'il soit tissé, et de faire revenir la toile. Si Ton a conservé longtemps cette institution qui, à l'époque de sa créalion , n'avait qu'un caractère provisoire , c'était pour avoir un motif, ou plutôt un prétexte d'aider des femmes malheureuses ; celles-ci, dans les derniers jours de la filature, étaient au nombre d'environ 600, qui toutes ont trouvé place dans des hospices ou des maisons de refuge.

Les bâtiments assez amples, mais à demi ruines, servaient de magasin pour un certain nombre d'objets, principalement pour la literie ; les autres résenes étaient distribuées au hasard de la place disponible dans les divers hôpitaux de Paris. Ce système était défectueux, contraire à nos habitudes de centralisation ; il rendait la surveillance difficile et le contrôle illusoire. Le magasin central remédie à tous ces inconvénients ; il se compose de plusieurs corps de bâtiment, isolés, très-bien conslruits, d'un aspect qui n'est point déplaisant, aménagés d'une façon supérieure et qui renferment tous les objets, toutes les denrées que le temps n'altère pas et dont l'assistance publique fait usage.

Tout est fourni par adjudication sur un modèle expérimenté et déposé, auquel le vendeur doit se conformer impérieusement, sous peine de voir sa marchandise refusée lui rester pour compte. Chaque pavillon a une affectation particulière; ici, les huiles, les légumes secs, les instruments de pro[)relé, brosses, balais, têles-de-loup et plumeaux; là, les meubles, lits, tabourets, tables et chaises; ailleurs, la vaisselle dont la diversité dénonce, au premier coup d'œil, la destination différente; si les bols en étain, la grosse poterie, sont réservés pour les hôpitaux, les soupières en porcelaine, les carafes de cristal, les huiliers à double flacon, les salières taillées, sont gardées pour les hos-

pices où Ton paye d'importantes pensions, comme Sainle-Périne; plus loin, on est ému en voyant des béquilles entassées en chantier, par bottes, comme des fagots, et tous les ustensiles que la science prévoyante s'est ingéniée à inventer pour le soulagement des infirmes et des malades.

Les matières premières sont rangées dans d'immenses casiers qui côtoient les murs de longues galeries propres à faire envie aux ménagères les plus difficiles ; c'est là que sont empilés les draps, les couvertures, les étoffes de laine et de colon, les bonnets, les bas, les galoches, la futaine et le madapolam, les toiles et les calicots, les réserves de vieux linge condamné à devenir de la charpie, et les serpillières où Ton taillera des linceuls pour les morts. D'autres galeries renferment les vêtements confectionnés, chemises, capotes d'hôpital, blouses de siamoise, casquettes, pantalons de laine et de drap ; des paquets tout préparés, épingles avec soin, contiennent ce que Ton nomme une réturCj trousseau complet qui varie selon l'âge et le sexe des personnes auxquelles il est destine ; là aussi sont les layettes, en grand nombre, toujours renouvelées, car les naissances ne chôment guère dans la population indigente de Paris.

Des ateliers où des ouvrières libres viennent chaque jour travailler, sous les ordres d'une surveillante appartenant à l'administration, coupent et cousent les

in LM5SIST15CE friLlOiC

Tétaneot». Il ; a là des jemies filles alertes et rieuses qui font foncer les loords dseaax aTec Taplomb d^un Tieux tailleur; dans une large coor baignée de soleil, rm carde les malelas, on déride les longues cordes de crin, on secoue les toiles à carreaux; des étUTes reç^iivent la laine encore tout impr^née de suint et d'ordures; lorsqu'elle a été lavée et séchée, on la fait voltiger à Taide de longues baguettes pour la rendre plus légère et plus souple.

Iles mécaniques tranchantes et perforantes, mises en mouvement à l'aide de pédales, découpent les bandes dans la toile neuve et percent les trous des runplAtres fénestrés. D'autres taillent les compresses dans h; linge fatigué^ pendant que les vieilles femmes d(* la SalpiHrière qui peuvent encore faire usage de UmvH pauvres doigts efflloquent lentement la charpie. I^s vieux linge fourni par les hôpitaux ne suflit pas nux besoins de la consommation, et chaque année l'as- Nintmire |)nhlique achète des draps réformés à l'admininlration ih la literie militaire, des serviettes, des na|>|K'.8 a une marchande bien connue sur le marché du 'IVmple.

])vs que les bandes, les compresses sont faites, on b*s sorre, selon la dimension réglementaire qu'on leur n donnée, dans des boites spéciales qui s'emplissent et Ne vident ineessamment. On pourra avoir quelque idée de raetivilé ({ui rè<i[ne dans ces ateliers particuliers,

en sachant que chaque année il en sort 144,000 mètres de bandes en toile neuve. Une salle ouverte dans un petit corps de logis séparé renferme, derrière des vitrines sévèrement closes, un spécimen de tous les objets qui sont indispensables aux multiples manifestations par lesquelles Tassistance publique afGrme la grandeur de sa mission : c'est la salle des modèles ; en la visitant, en maniant Tun après l'autre tous ces objets si divers, en en constatant l'utilité et la perfection, on ne peut qu'être touché d'une si prévoyante et si intelligente charité.

l'opulatiou indigente de Paris. — Rapport proportionnel. — 429,991 indijrents. " Loi du 7 thermidor an V. — Un burean de bienfaisance par arrondissement. — Personnel administratif. — Douze zones par arrondissement. — Inscription sur le contrôle. — Carte jaune et carte verte. — Secours temporaires. — Secours annuels. — Secours d'hospice. — Ressources aléatoires. — Proportion des collectes. — Subventions ordinaire, extraordinaire et en nature. — Moyenne du secours prévu ; — du secours distribué. — Mission des bureaux de bienfaisance. — Cinquante-sept mai- >ons de secours. — Filles de charité. — Linge prêté. — Vieilles chaussures. — Consultations gratuites. — La saUe d'attente. — Les malades. — Les habitués. — Le vin de quinquina et l'alcool camphré. — Les enfants. — Une jeune mère. — Coquetterie. — Le genre neutre. — Le sucre. — Appareils orthopédiques. — Ordonnances. — Substances réservées. — La petite pharmacie. — Vieilles faïences. — Nul n'est repoussé de la maison de secours.

La population indigente de Paris est très-nombreuse, et c'est seulement depuis 1829 que l'on a des données positives, scientifiques pour ainsi dire, qui permettent

(l'en apprécier retendue. A cette époque, elle se composait de 62,705 individus sur un ensemble de 816,486 habitants, ce qui donne la proportion considérable de 1 indigent sur un peu plus de 15 personnes (13.02). La prospérité des premières années du règne de Louis-Philippe diminue la moyenne, qui n'est plus, en 1858, que de 1 sur 15 (15.57). Lorsque la disette et les mesures insuffisantes pour y obvier amènent un malaise général, ainsi que nous l'avons vu dans Tannée 1847, restée tristement célèbre par l'affaire de Buzançais, les chiffres remontent, le nombre des malheureux qui viennent frapper aux portes des administrations charitables augmente rapidement et atteint 75,901 sur 1,054,196, c'est-à-dire 1 sur bien près de 14 (15.99). En 1861, le chiffre des indigents secourus à Paris dépasse ce qu'on avait vu jusqu'alors; le total est de 90,287, mais cet accroissement n'est qu'illusoire; loin d'augmenter, la population pauvre a diminué; le décret d'annexion du 16 juin 1859 venait de souder les communes suburbaines à Paris et en faisait une ville de 1,667,841 habitants; la proportion est donc plus restreinte et ne donne que 1 sur 18 (18.47); elle reste à peu près la même en 1866, après un recensement général, et s'arrête h 1 sur 17 (17.12). Du l**" janvier au 31 décembre 1868, des secours ont été distribués à 129,991 indigents par les soins de l'assistance publique. C'est

LES BUREAUX DE BIENFAISANCE. m

une population qui dépasse celle de plus d'une capitale.

Pour subvenir aux besoins d'une telle masse d'individus, il a fallu organiser dans Paris des centres de secours qui, tout en prenant le mot d'ordre de l'administration générale, en lui rendant des comptes et en en recevant des subventions, pussent agir isolément sur les misères au milieu desquelles ils sont situés. Ils rayonnent autour d'eux, dans des limites sévèrement fixées et multiplient ainsi l'œuvre de la charité publique aidée par la charité privée. Â cette disposition très-simple, très- pratique , répondent les vingt bureaux de bienfaisance qui se partagent les vingt arrondissements de Paris. Leur organisation est déjà ancienne et date de la révolution.

La loi du 25 mai 1791 chargea la municipalité de Paris d'administrer le bien des pauvres ; le 5 août celle-ci nomma une commission spéciale qui, après de lentes études souvent interrompues par les événeinents dont l'influence modiliait incessamment le personnel siégeant à l'Hôtel de Ville, proposa l'institution des bureaux de bienfaisance, que la loi du 7 thermidor an V créa définitivement. Ils furent plus ou moins nombreux selon les plans qui prévalurent à différentes époques* ; aujourd'hui il y en a un dans chaque mai-

* Dans le principe, il y eut 48 comités de bienfaisance correspondant aux 48 quartiers de Paris; en 1810, ils lirent place h \2 bureaux de

rie. Ils sont régis par un conseil supérieur composé du maire, président de droit, des adjoints, de douze administrateurs, d'un nombre de commissaires et de dames de charité proportionné à celui des indigents, et d'un secrétaire-trésorier, agent responsable dépendant de l'administration centrale.

Chaque arrondissement est divisé en douze zones distinctes, et la surveillance de chacune déciles est attribuée à l'un des douze administrateurs ; ce sont ceux-ci qui décident quel genre de secours recevra l'indigent et dans quelle mesure le secours doit être accordé. Des médecins, des sages-femmes, attachés à chaque bureau, sont désignés par le préfet de la Seine. Nul n'a droit à des secours s'il n'est inscrit sur le registre qu'on appelle le contrôle. L'indigent fait une demande : il est visité par l'administrateur, par un commissaire ou une dame de charité, par un médecin, el un rapport détaillé est présenté sur sa situation à l'une des séances que le conseil d'administration lient réglementairement deux fois par mois ; lorsque son admission est prononcée, son nom est inscrit sur une ciute jaune si le secoui's accordé est temporaire, verte si celui-ci est annuel.

llégulièrement, les secours temporaires ne doivent être distribués qu'aux blessés, aux malades, aux

charité (1 par arrondissement); en 1850, ils prirent la dénominaliooi qu'ils ont gardée, de bureaux de bienfaisance.

femmes en couches, aux mères-nourrices qui n'ont ]K)int de moyens d'existence, aux enfants abandonnés, aux orphelins qui n'ont pas encore atteint l'âge de seize ans, aux chefs de famille qui ont à leur charge trois enfants au-dessous de quatorze ans, aux yeufs et veuves ayant deux enfants en bas âge, mais on ne se montre pas trop rigoureux dans l'observation de ces règles préservatrices ; seulement les secours cessent aussitôt que la cause qui les a motivés a pris tin. Il n'en est point ainsi des secours annuels, qui ont un caractère absolu de permanence, car ils sont réservés à une catégorie de gens à qui l'âge ou les infirmités interdisent presque tout travail.

De 70 à 79 ans, le vieillard indigent reçoit cinq francs par mois ; de 79 à 82 ans, huit francs ; de 82 à 84, dix francs ; et douze francs, de 84 ans jusqu'au dernier terme. Les aveugles, les paralytiques, les épileptiques, les malades atteints de cancer sont également désignés pour un secours mensuel, qui varie entre cinq et dix francs ; cette petite somme n'exclut pas les bons de pain, les bons de viande, les vêtements et le linge. Bien des individus remplissant toutes les tristes conditions requises pour obtenir leur entrée dans un hospice n'y peuvent trouver un asile, faute de place, et restent sur le pavé de Paris ; l'adminis^ tration, dans la mesure des fonds dont elle dispose, les adopte alors, et, par l'intermédiaire du bureau de

lis L'ASSISTANCE PUBLIQUE.

bienfaisance de leur quartier, leur fait servir une pension annuelle qu'on appelle le secours d'hospice, el qui est fixée à 195 francs pour les femmes, et à 255 francs pour les hommes. En 1869, 1,157 individus, 427 hommes et 710 femmes ont pu jouir des bénéfices de cette subvention régulière.

Les ressources particulières des bureaux de bienfaisance sont très-aléatoires, car elles reposent sur rinitiative individuelle. Elles sont formées par le produit de quelques legs et des quêtes faites chaque année par les commissaires et dames de charité, après invitation pressante expédiée sous la signature du maire de l'arrondissement. A prendre le total des fonds versés en 1869 dans la caisse des bureaux, nous n'arriverons pas à un ensemble bien considérable, car il ne s'élève qu'à 906,926 francs 94 centimes.

Il est facile, en voyant comment cette somme est répartie, de conclure que les recettes de chaque arrondissement sont en raison directe de la richesse et non l)oint de la misère de ses habitants ; ce qui, logiquement, devrait être le contraire. Ainsi les quartiers opulents, le Louvre, la Bourse, TOpéra, le laubourg Poissonnière, donnent 80,747 fr., 72,294 fr., 97,288 fr.. S8,422 fr., tandis que les arrondissements i>auvre&9 ceux où les besoins s'accentuent parfois avec une uV^ gence redouliible, ne |>euvent parvenir à récolter qui^ des sonunes relativement insignifiantes; Bellevillt?^

LES BUREAUX DE BlEr^FAlSÀNGE. 129

15,359 fr. ; Vaugirard, 13,889 fr. ; la Glacière, 17,708 fr ; la Villelte, 16,172 fr. Il serait impossible aux bureaux de bienfaisance de faire Tœuvre à laquelle ils sont appelés, si l'administration de l'assistance publique ne les aidait dans de larges et fécondes proportions; 500,000 francs en espèces et 684,123 francs 60 centimes en pain ; de plus, une réserve qui ne peut dépasser 450,000 francs et qu'on appelle la subvention exlraordinaire, permet à l'assistance d'établir une sorte d'équilibre entre les ressources des différents bureaux. On fixe pour l'année la moyenne du secours destiné à chaque ménage indigent (50 francs 52 cent, pour 1869), et l'on donne à chaque bureau une somme complémentaire qui lui permet d'atteindre un minimum déterminé.

En 1869, 345,301 francs ont été pris sur la subvention extraordinaire, et distribués proportionnellement à dix bureaux de bienfaisance, trop pauvres pour trouver en eux-mêmes l'argent qui leur était indispensable. La plus forte part a été faite au XIll* et au XX* arrondissement qui, sans cela, n'auraient pu donner par ménage, le premier que 33 francs 21 cent., le second que 33 francs 96 cent. En additionnant toutes les sommes reçues en 1869 par les bureaux de bienfaisance, on voit (ju'ils ont eu à distribuer, en argent et en nature, 2,436,351 francs 54 cent. ; mais, malgré les efforts de l'assistance pour essayer de donner

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