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sion régulière Je 1,500 livres, quitte à ôtre forcé de s'intituler aussi : a malade de la reine, par la grâce de Dieu. »
11 est rare que les femmes se présentent sans porter quelque enfant sur les bras, car si elles savent que c'est un victorieux moyen d'attendrissement, elles ignorent que le caissier ne fait que payer selon Tordonnancemenl approuvé et qu'il ne peut, sous aucun prélexle, modifier les instructions qui lui sont transmises. La ligure la plus déconvenue est celle des maris ou autres qui viennent chercher un secours d'accouchée, au lieu et place de leur femme retenue au lit. Lorsqu'on leur donne quelque argent, tout va bien, la face se déride et les yeux sourient; mais quand sur la planchette du guichet ils ne voient apparaître que le paquet qui contient une layelle^ ils hochent la tête d'un air de mauvaise humeur, grommellent quelques parolesà voix basse, et parfois mémedisenten grognant : cr Eh bien, c'est tout? »
Fort heureusement, la loi du 24 vendémiaire an II a fixé le domicile de secours, c'est-à-dire a déterminé à qui incombait le soin de subvenir aux besoins des indigents et des malades; sans cela, la province dégor-
* Los luyettos distribuéos par rassistancc ne sont cependant poiot ï dédaigner; cliacuiie d'elles se compose de : i lange de laine, 2 langei de coton, (> couches neuves, "2 couches vieilles, 4 béguins en calicot, 4 lichus, i chemises, 2 bonnets d'indienne, *"! brassières d'indienne.
gorail tous ses pauvres sur Paris, qui serait promptemenl converti en maladreric centrale de toute la France. II faut un séjour d'une année pour avoir droit à Tassistance de la commune que Ton habite ; mais c'est là une prescription générale qui n'a rien d'absolu, une règle léonine que mille circonstances particulières font éluder.
On peut aflirmer, sans craindre de rester en dehors de la vérité, qu'à Paris l'on tient compte, avant tout, des conditions où l'individu qui sollicite se trouve f)Iacé. S'il est véritablement en péril, si la misère qui l'atteint est réelle, si, au point de vue de la plus simple humanité, il -a droit à un secours, il l'obtient immédiatement. J'ai vu accorder une allocation à un jeune ménîige bavarois qui n'était à Paris que depuis six semaines. Souvent lorsqu'on rencontre des étrangers qui ignorent notre langue, qui sont venus parmi nous, attirés par on ne sait quelle vague espérance et qui veulent retourner dans leur pays, on leur procure un passe-port gratuit et des frais de roule, à l'aide descjuels ils pourront voyager sans avoir à souffrir de la faim.
En tant qu'œuvre de charité, l'assistance publique se trouve donc en présence de deux genres d'indigences parfaitement distinctes: l'une, qu'on pourrait appeler |)ermanente, a pour personnel les individus qui reçoivent des secoui's spéciaux; en 18G9, ils étaient au
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nombre de 6,982 qui se décomposent ainsi : 455 paralytiques, 917 aveugles, 1,345 octogénaires et 4,265 septuagénaires; Taulre, essentiellement éventuelle et transitoire, est représentée par tous les accidents de la vie, d'autant plus fréquents à Paris que la ville est plus populeuse.
Contre celte indigence-là il faut savoir se défendre, car très-souvent elle est feinte, du moins intentionnellement exagérée, et, comme nul scmpule ne la retient, elle viderait volontiers à son profit les caisses de la charité. Entre la nécessité de ménager ce dépôt précieux et les entraînements si faciles de la compassion, il y a une mesure à garder; Tassistance publique la connaît, et il me semble qu'elle Tobsene d'une façon qui mérite d'être approuvée. Les progrès qu'elle a accomplis depuis 1849 sont considérables; dans celle œuvre ingrate par excellence, car elle ne satisfait jamais complètement les convoitises qui l'assaillent, elle a toujours agi avec une extrême prudence et a prouvé la meilleure volonté de bien faire.
Elle a donné à certains services, entre autres à celui du traitement des malades a domicile, une extension considérable, qui, sans nul doute, se développera en- ^ • core. Les résultats obtenus sont déjà dignes d'èli'e re- — ^ marqués : les registres de traitement ont, en 1869, ^^ ^ reçu 72,706 inscriptions, dont 11,671 pour accouchements et 6l,Uô5 pour faits de maladie. Le total des
LES SECOURS EXTRAORDINAIRES. i05
journées de maladie a été de 842,907, ce qui donne en moyenne 14 jours par malade; les frais d'un tel service, qui fournit non-seulement le médecin, mais encore les médicaments, ont été considérables et se sont élevés au chifïre de 818,897 fr. 23 cent. Parmi les 11 ,671 femmes qui, au moment de leur accouchement, ont eu recours à l'assistance publique, 9,285 étaient mariées ou du moins vivaient en ménage; 2,388 étaient des filles-mèrcs ou des femmes abandonnées ; les 85,295 journées de traitement ont coûté 462,009 fr. 02 cent.
Je ne sais guère un autre pays qui ait fait de la charité [mblique un des rouages les plus importants de son mécanisme général. Paris regarde comme un devoir d'accueillir, de secourir toutes les diflerentes formes de misère et d'indigence que l'initiative individuelle ne peut atteindre. Le bien des pauvres ne devient plus, comme dans les siècles passés, la propriété de congrégations qui se tenaient quittes avec quelques distributions d'aumônes et beaucoup de prières. Administré sous la surveillance même de l'État, il est soumis au contrôle minutieux de la cour des comptes, et il n'est pas possible aujourd'hui d'en soustraire un centime.
Dans nos plus mauvais jours, quand notre ville affolée dépavait ses rues pour y faire des barricades, l'assistance publique a fonctionné avec une irrépro-
chable régularité ; au lieu de se ralentir, elle redoublait de zèle, comme pour se préparer à mieux panser les plaies que la population parisienne semblait prendre plaisir à se faire. Installée près de PHôtel de Ville, auquel elle appartient hiérarchiquement, sur notre vieille grève, elle fait face au plus grand témoin de notre histoire urbaine. Son emplacement même affirme qu'elle est, et pour toujours, un organe civil de bienfaisance; elle est mieux là, à mon avis, qu'au parvis Notre-Dame.
Tout en favorisant, tout en aidant même les sociétés religieuses qui infligent à leurs bonnes œuvres les réserves imposées par certains préceptes, la vraie charité, la charité abstraite s'est faite laïque. Elle agit vis-à-vis de tous avec l'impartialité d'une mère intelligente; elle ouvre sa main généreuse sans dire au pauvre : Qui es-tu? Elle est un Etat dans l'Etat; elle a sa fortune, ses fonctionnaires, ses maisons. Dans ses hôpitaux, ses hospices, ses bureaux de bienfaisance, par tous les moyens dont elle dispose, ellea, en 1869, porté aide à 517,742 individus; elle régit tout un peuple, peuple souffreteux et malingre, qui a encore plus besoin de force morale que de secoui's matériels, mais qui, sans elle, sans le dévouement dont elle fait preuve, sans l'énergie qu'elle déploie, sans les efforts qu'elle renouvelle sans cesse, pourrait devenir parfois un danger sérieux pour la cité.