‹ Paris médailléChapitre 13 sur 56 · OPINION DE M. ROLL · texte numérisé non relu

OPINION DE M. ROLL

ne fraction du comité n'approuve pas les travaux faits par les membres du jury, lesquels forment une autre fraction du comité.

» Par mesure de représailles , ces artistes assurent qu'ils ne mettront pas au Livre d'or les récompenses de l'Exposition universelle, et cela, parce qu'elles ont été décernées par des confrères.

» Au cours de la grosse discussion qui a eu lieu jeudi, j'ai proposé, les récompenses de l'Exposition universelle prenant le rang auquel elles ont droit, et, par ce fait, des exceptions devenant plus grandes, que le Comité décidât qu'une grande partie du local qui nous

est réservé — la plus grande partie même, 1500 tableaux par exemple, sur 2500 — fut attribuée spécialement aux artistes qui n'ont pas encore eu de récompenses et qui sont assurément les plus intéressants.

» Le Salon n'est-il surtout pas fait pour les jeunes? Quant aux exempts et hors concours, s'ils arrivent en trop grand nombre, l'administration devra s'occuper de la place.

» En résumé, on ne pensera aux membres du jury que lorsque les nouveaux venus auront reçu satisfaction !

» Ce serait précisément le moment d'aller dire au ministre : Notre situation est telle que la place est devenue insuffisante et que nous vous demandons de nous donner le palais tout entier puisque maintenant les arts décoratifs doivent aller au Champ de Mars.

» Nous croyons que le gouvernement ferait acte de patriotisme en nous permettant d'organiser des expositions si parfaites, que les Allemands, qui cherchent depuis plusieurs années à rivaliser avec le Salon français par leur exposition de Munich, ne puissent plus caresser cette chimère.

» Il n'y a que ce moyen là de maintenir la paix dans la grande famille artistique. »

Par hasard, l'opinion de M. Roll est censée. Il a raison d'être tendre pour les jeunes qui, comme lui, n'ont pas trouvé, dans leur berceau, un titre de cinquante ou de cent mille livres de rentes pour commencer leur carrière, et surtout pour se payer le luxe d'un critique

assermenté, chargé de la mission de célébrer ses mérites.

Mon Dieu! oui, M. Roll est riche ; c'est pour le prouver qu'il peint de si grandes toiles, et comme l'eau va toujours à la rivière, il est accablé de commandes par le Conseil municipal.

Que M. Roll, qui est l'adversaire des médailles, puisqu'il est du côté où Ton n'en donnera pas, me permette de lui raconter ceci :

— Je connais un peintre à qui un personnage fort riche a commandé son portrait aux conditions suivantes, rédigées devant notaire et parfaitement enregistrées :

1° Mille francs pour mon portrait s'il n'est pas admis au Salon;

2o Deux mille francs s'il est admis;

3° Trois mille francs si mon portrait obtient une mention honorable ;

4° Cinq mille francs s'il est médaillé.

Je garantis l'authenticité de ces conventions.

Que M. Roll, qui a eu pour collègue, dans la société Ernest II, M. Puvis de Chavannes, lui demande s'il est vrai que le jour où il a reçu sa médaille d'honneur, il en pleura à chaudes larmes.

Les jeunes qui iront se fourvoyer dans votre Salon n'auront pas ce plaisir- là, monsieur Roll.

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