OPINION DE M. DALOU
« M. Dalou est intransigeant sur la question des artistes récompensés à l'Exposition universelle ; il ne peut admettre qu'on fasse une injure aux artistes étrangers.
« Ayant été forcé de vivre à l'étranger par suite des événements politiques, ajoute-t-il, j'ai trouvé en Angleterre l'accueil le plus cordial.
» Dans les expositions organisées par l'Angleterre, les meilleures places étaient réservées aux étrangers; Fantin-Latour, Cazin, Lhermitte et Legros, ainsi que bien d'autres artistes, ont été accueillis à bras ouverts par l'Angleterre.
» A Bruxelles, à une exposition triennale, les Français occupaient le premier rang.
» Pourquoi alors ferions-nous une injure aux étrangers qui sont venus chez nous? »
M. Dalou ne se compromet guère ; il a l'exil reconnaissant, personne ne peut songer à lui en vouloir.
Lui qui n'admet pas les médailles, veut-il me permettre de lui rappeler une petite anecdote, qui ne manque pas d'une certaine saveur ?
A une assemblée générale de la Société des Artistes français, un sculpteur de valeur, celui qui a fait le Triomphe de la République, pérorait, au milieu d'un groupe, contre les récompenses décernées aux artistes.
— Mais, pardon, dit le peintre Jourdeuil, il me semble que vous n'avez pas toujours été dans les mêmes idées; cela se voit à votre boutonnière. Si la croix vous gêne, rendez-la !
— Ah! non. Je préfère aller chez Meissonier.
Un ami fit remarquer à Jourdeuil qu'il était irrévérencieux :
— Tu ne sais donc pas à qui tu parlais !
— Non.
— Eh bien! c'est à Dalou.
— Dalou! comme artiste, je le respecte; comme homme, je l'emm ène à la campagne.
OPINION DE M. CH. GARNIEPt
(( Combien est grande ma tristesse! Nous étions si unis... Si la réconciliation ne se fait pas. c'en est fini, plus de Salon ! Il ne peut pas y avoir deux expositions... et le gouvernement reprendra le palais.
» Mais je n'ai pas perdu toute confiance, je veux espérer qu'elle se fera, la réconciliation. Nous sommes plus de trois mille associés, et, hier, il n'y a eu que 600 votants... Mais quels votants ! quel tumulte ! Quand on pense à la façon dont Meissonier a été accueilli! Meissonier, une de nos gloires, un de ceux qui sont l'honneur de notre association !
» Moi, je n'ai pas donné ma démission, je veux voir
vènir, mais je me retirerai si les dispositions prises hie: sont maintenues.
» On trouve que nous avons donné trop de récompenses; mais je faisais partie du jury de l'Exposition, et je puis dire que presque tous les exposants en méritaient. Quoi d'étonnant à cela! Les toiles n'avaient été reçues qu'après un premier examen constatant leur valeur. Et puis on ne nous avait pas limité le nombre des récompenses à décerner, sans cela nous aurions agi autrement... Mais tout nous paraissait digne , et nous récompensions tout.
» M. J.-P. Laurens a dit qu'il était partisan de la suppression des exempts ? Gela me semble difficile : il est des maîtres qui ne peuvent accepter de subir, chaque année, un nouvel examen, et qui préféreraient ne pas exposer si cet examen leur était imposé... On verrait alors combien baisserait le niveau de nos expositions.
» Et puis, en art, la hiérarchie s'accepte... et beaucoup qui ont travaillé de longues années, méritent bien cette distinction qui est l'exemption.
» Mais il n'en est pas moins vrai que notre Société est à la veille de mourir, et je ne puis penser à cela sans tristesse, sans déplorer l'inconcevable aveuglement de mes camarades ».