‹ Paris médailléChapitre 17 sur 56 · OPINION DE M. LECOMTE-DU-NOUY · texte numérisé non relu

OPINION DE M. LECOMTE-DU-NOUY

« Vous désirez savoir ce que je pense de l'agitation qui règne en ce moment parmi les artistes, et qui les pousse à discuter et à se disputer, devrais-je dire, au sujet de questions complètement indifférentes au but que tous devraient poursuivre : V amour de* l'art pour

l'art. Cette agitation me trouve tout à fait désintéressé, et sans doute incompétent pour la juger. Ayant besoin de toute quiétude d'esprit pour travailler, je reste, par volonté, complètement étranger à tous ces débats, constatant avec regret, de la part de mes confrères, une grande dépense de temps pour résoudre un problème purement administratif, et regrettant que toutes ces forces perdues ne soient pas utilisées pour des causes meilleures, celles de notre métier, qui exige une si grande tension d'esprit, un labeur incessant et un isolement presque complet de l'individu, même pour mener à moitié chemin une œuvre de courte haleine.

» Vous le voyez, je suis hors du courant, et ce que je pourrai vous dire sera sans doute inutile; je répondra: aussi brièvement que possible à votre question, vous laissant libre de tirer de mon appréciation la conclusion qu'il vous plaira.

» La scission qui s'est produite au sein de la Société des artistes français me paraît imposée par ce besoin de liberté, qui pousse souvent les hommes hors de la voie qu'ils veulent suivre, au-delà du but qu'ils se sont assigné.

» Cette Société même, manifestation évidente d'une tentative libérale, n'a pas répondu aux espérances du plus grand nombre ; c'était pourtant un premier pas fait vers l'émancipation rêvée. En effet, on était fatigue du patronage officiel des Ecoles, de son enseignemenl pédagogique, dont les élèves ne pouvaient tirer profil au dehors ; on voulait autre chose ; on fonda la Société des artistes français*

» Ce nouveau patronage, seigneur à 90 têtes issu d'un vote qui l'avait appelé pour d'autres fonctions, héritait de son prédécesseur, conservait ses abus, s'installait dans ses bottes et fermait sa porte.

» Les écoles du gouvernement, mises à l'index, laissaient le champ libre aux entreprises particulières, et l'on vit éclore ces couveuses artificielles qui jetèrent sur le pavé une nouvelle foule pleine d'appétits et de besoins,

» Cette quantité non négligeable, bien enrégimentée entre des mains habiles, devint un appui précieux, pesant dans la formation du jury, ce grand distributeur des places et des récompenses.

» Les barnums, après avoir excité à la production commerciale, virent leurs marchés à l'étranger à peu près fermés, si bien que, écartés d'un côté, à pied de l'autre, et ne vendant plus, les artistes, découragés, s'aperçurent un peu tard qu'ils n'avaient guère gagné au change ; voulant se reprendre, ils rêvèrent à cette autre chose idéale : la liberté.

» Le premier prétexte venu leur suffit pour revendiquer leurs droits ; la scission s'imposait, et les promoteurs en furent les agents inconscients.

» A quoi cela aboutira-t-il ?

» Je ne sais ! Le trouble régnera peut-être encore longtemps parmi nous, à moins qu'une ancienne autorité ne vienne ressaisir la haute direction un instant abandonnée, tutelle impersonnelle émanant d'un groupe d'hommes éminents, dignes héritiers de ces grandes et saines traditions d'art qui furent les mêmes gloires de

toutes les époques, imposant un joug, c'est vrai, mais léger et sans déchéance pour celui qui le subira. »

Les craintes exprimées par M. Lecomte-du-Noiïy ne se réaliseront pas ; aucune autorité ne songe à reprendre la tutelle du Salon.

OPINION DE Mme BERRIA-BLANG

« Mon opinion sur la grave question du jour que vous avez bien voulu me demander est, qu'à moins de faire partie d'un de ces ateliers de peinture qui profilent seuls des places disponibles au Salon, on ne peut considérer comme équitable et courtois le procédé qui consiste à ne pas reconnaître aux médaillés de la grande Exposition le même droit qu'aux autres. »

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