PARTS MUNICIPE
ï*ité royale, ce corps de la ville, ainsi composé, siégeant dans un édifice considérable, au centre de la population, devait avoir une grande importance. Les hommes vertueux ' qui le composaient, forts de la confiance de leurs concitoyens, et distingués par des privilèges^, des armoiries et un costume éclatant, marchaient de pair avec la noblesse. Leur assemblée formait une chambre de députés permanente uniquement composée de la classe moyenne,
« La prévôté et l'échevinage de Paris ne pouvaient être déférés qu'à des personnes irréprochables dans leurs affaires et leur conduite; le moindre retard de paiement ou lettres de surséance en rendait indigne.
* De la Rocjue , Traité de la Noblesse , ch. xlii , art. 5. La noblesse attachée aux charges municipales n'était point une institution moderne; elle existait même chez les Romains. Ne devonsnous pas chérir et honorer, dit le Code, cette noblesse, hanc nobiluatem^ qui supporte pour nous tant de fatigues. Ces privilèges consistaient de temps immémorial à posséder des fiefs nobles et à jouir de toutes les prérogatives de la noblesse. Ils sont relatés tous dans l'ordonnance du 9 août iSyi, conlirmée successivement par celles de 141 1 et 1577, et réunies dans les lettres patentes de Louis XIV de mars ififig. Le plus ancien prévôt des marchands est Jean Augier, qui l'était eu 1268; il eut pour successeur Guillaume Perdoe, Auguste Gentien et Marcel : on a le nom de tous ceux qui ont occupé ces emplois depuis 141 5. L'ordonnance de i658 est ainsi conçue : « Louis, par la grâce de Dieu, etc., etc. Les rois nos prédécesseurs ayant considéré combien il importoit à leur grandeur et dignité de cet Etat de récompenser ceux qui par leurs vertus et louables actions s'étoient fidèlement employés pour leur service, ont dû leur accorder des marques d'honneur qui pussent passer à leur postérité; avons cniifirmé et confirmons lesdits échevins dans leur titre de noblesse. » Ces titres sont conférés par un édit du roi qui, par une circulaire de 1680, y joint des traitements attribués aux conseillers et quarteniers.
iJS K\lilS MUNICIPE.
ri par là plus viTilahlrriimt iiidépcMidante que les ctats-généraiix, composés des trois i>rdres,ct qui, irétaiit convoquas que i\v loin en loin, étaient plus ou nioiiis soumis à Taristocratie et au pouvoir royal. I/llùtei-de Ville était le palais, le Ix>uvre du peuple. C'est là qu'il siégerait par ses représentants, et que les souverains venaient recormaître sa puissance en lui demandant des subsides, ou en recevant ses présents. Cette auréole populaire ajoutait à la majesté royale, et composait son plus beau cortège. On voyait ces magistrats électifs, vêtus de leurs longues robes mi-parties des couleurs de la ville , montant des chevaux ornés de bride d'or', comme les chevaliers, aller, précédés de leurs archers et de leurs sergents^, et suivis de milliers de bourgeois
« Ordonnance de iSya. Les a^diles, chez les Romains, étaient également distingués par leur costume :
SufGciuut tuDÏcae summis xdilibus alhs.
BlAtriAL.
Celui du prévôt des marchands et échevins consistait en robes de velours ou de satin. A l'entrée de François V^ dans Paris, en i5i4, le prévôt des marchands était vêtu d'une robe moitié velours cramoisi et moitié velours bleu. A la réception du prince de Savoie, en 1619, M. de Mesme , prévôt des marchands, portait une robe de velours cramoisi à grandes manches, doublée de pluche de soie , et était monté sur un mulet harnaché de velours noir, couvert de passements, housse et crépines d'or. M. Duplessis, ainsi que les trois autres échevins , portaient aussi des robes de velours cramoisi, mais courtes, comme appartenant aux marchands. Lorsqu'un deuil de cour avait lieu , au moment de quelques grandes cérémonies, le roi faisait ordinairement des présents de velours et de satin au prévôt et aux échevins. Il en fut ainsi en 161 1 et 162-. ' Le vêtement de ceux-ci était remarquable par le navire d'ar-
richement vêtus, et du peuple criant, Noèly iioël\ au-devant des souverains à leur entrée dans la ville, les escorter jusqu'à leur palais, et rendre de semblables honneurs aux princes étrangers, auxquels ils donnaient une grande idée du luxe et de l'élégance de la capitale. Dans toutes les cérémonies^, le prévôt des marchands occupait la droite du gouverneur de Paris, et le corps de la ville marchait parallèlement avec le parlement; celui-ci à droite, suivi de la cour des comptes, et Tautre à gauche. Le prévôt de Paris, quoique le premier personnage de l'administration, le souverain au fait de la justice , ne passait qu'après lui ^; mais la prépondé-
genterie aux armes (\c la ville, sur la manche. A l'entrée de Henri H, les bourgeois notables précédaient le cortège, et avec eux i5o enlanls richement vêtus, ainsi que les maîtres jurés des six corps de métiers, vêtus pour chaque métier de robes différentes.
' Les habits des bourgeois et de leurs femmes différaient pou de ceux des nobles, mais ceux-ci cherchaient toujours par 1rs lois somptuaires à établir une séftaration : c'était moins l'intérêt de l'industrie nationale qu'ils voulaient protéger par là, que leur orgueil qu'ils voulaient satisfaire. Ainsi, presque toutes les ordonnances de ce genre commencent de la sorte: «Nul bourgeois ne bourgeoise portera vair ne gris ne hermine. •>(Or<lonn. de Phil.-lc- Bel, 1294.)
' L'ordre de la marche était le même dans toutes les cérémonies : entrées de princes, processions, obsè(|ucs ou poses de pierres; il était réglé par différents édils du roi, et principalement par un arrêt du parlement de i5o8. Plusieurs difficultés de préséance eurent lieu entre la cour des comptes et celle des aides, mais jamais avec le prévôt des marchands, qui prenait même la place de premier président du parlement dans l'église, lorsque celui-ci en était absent en qualité de doyen de l'église. La chose eut lieu en i555.
^ Le pré\ùt de Paris avait conservé le pouvoir des anciens cou-
5o ('MUS Ml.M(.n'K.
rancc «le I Ilotcl-de-Ville était à rilôUl-de-Villiinrinr, lorsque? les gouvcriHMirs de Paris venaient y recevoir une sortr (rinvestiture. M<iMliiiorency , Hrissac, Coligiiy , et |)lusi(>urs princes du sang furent (le ce nonihnî ' ; il en était de même lorsque la ville tenait sur les fonts de baptême quelques eufarils illustres, tels cpie le duc d'Anjou, frère de Charles IX.^, le fils de la ducliesse de Guise, et plus tard ceux de la duchesse de Longueville; lors- (|ue surtout les souverains venaient y recevoir des fêtes, les plus magnifiques de ces temps ^, et dont les plus belles dames faisaient les honneurs^. Aussi
suis; il ne recoiniaissait dt* supérieur que le roi ou le parlement: Major post principem. (Joan. Gai., quest 176, litïer p. iSï, et cidessus.)
' Ils élaionl reçus dans la grande salir, où un siège de velours noir leur était préparé au-dessus de celui du pré\ol des marchands: il en fut ainsi pour l'amiral Coligny en i55i, pour .M. René de Villrquier en i58o.
' Catherine de INIédicis, en i3fi^, choisit la \ille de Paris pour tenir sur les fonts de baptême le duc d'Anjou, dont on \oulait changer le nom. A cet efl'el, le prévôt des marchands représenta la ville, se rendit à Saint-Germain, où se trouvait la maréchale de Montmorency, la marraine; et, dans la cérémonie, celle-ci tenait le duc d'Anjou par la main droite, et le prévôt par la main gauche.
^ Le prévôt des marchands était au bout de la table, et les échevins en grande robe surveillaient le service; la table contenait, au dîner donné par la ville le 3o janvier 1687, cent cinquante couverts: chaque service était précédé par les trompettes et les tambours de la ville. Le roi avait des plats à part préparés pour lui. Ces repas étaient ordinairement suivis de feux d'artifice et de bals. ( Jaillot , quartier de la Grève , p. 10. )
^ On a conservé leurs noms, entre autres celui de madame de Bellefaste, fille du chancelier de l'Hospital.
PARIS MUNICIPE. 5i
n'était - il pas une occasion importante que les princes ne saisissent pour jouir de ces divertissements. Chaque année on les voyait, le jour de la Saint-Jean, se couvrir d'écharpes d'œillets, et allumer le bûcher sur la place de Grève ; les jours de carnaval, les anniversaires ou la rentrée des souverains dans Paris étaient marqués par de semblables solennités. Louis XI les aimait particulièrement et affectionnait la bourgeoisie de Paris; il allait le soir souper chez les gens de toute condition et récitait chez eux le benedicite et s'occupait de leurs moindres affaires. A son retour de la bataille de Montlhéry, dit son historien, il trouvait grand plaisir à raconter aux dames et demoiselles de Paris les dangers qu'il avait courus ', et cherchait ainsi à se rendre populaire; ce qui ne l'empêchait pas de faire pendre quelquefois au plus prochain clocher les habitants qu'il supposait en faute, «lesquels, » dit la chronique , « faisoient par là-haut contorsions
< •< Le roi étant au dict lieu de Paris, fit de grandes homélies et bonnes chieres et divers hôtels; le tiers jour de septembre 14^5, il soupa en Thôtel de maître Guillaume de Corbie , lors conseiller en sa cour de parlement, et y lurent plusieurs damoisellcs et honnêtes bourgeoises du dict lieu de Paris; et le roi, récitant son adventure de Montlhéry, dit et déclaira de moult beaulx mots et piteux, de quoi tous et toutes plorerenl bien largement. «(Chronique de Jean deTroye, sept. 14(^5) Saint Louis avait aussi de semblables rapports avec les hommes distingués de la bourgeoisie. Il fit venir à lui, dit Joinville, et boire et manger à sa table, Robert de Sorbon , « quoique fils de vilain et de vilaine, mais pour la grande renommé<' fju'il ovt d'èlrc pind'hommo. ■
r)a PAIUS MIMCIPK.
vi grimaces, les l)c)iis l)c)iirf;«!oiH '. >» \a)u'i% XIII ci Louis XIV firent plus : ils aiiic*ncTent à rHoleI-<Je- Villr Icnis (f)mé(ii(Mis, IcMjr musique, et ils v «laiisèrcnt eux-mêmes des l)allels. Avant de se retirer, ils portaient la santé du corps municipal. A la suite de ces divertissements venaient ordinairement des présents qui n'ét.'iirnt pas reçus avec moins de faveur. C'étaient (pieltpiefois des levées de troupes', des vaisseaux^, mais plus ordinairement des vases ou des statues d'or et d'argent*. « Orand merci! bonnes gens,» disait Charles V en les voyant, « ils sont beaux et riches. »« Je rerois uvec une vive satisfaction, » disait Henri IV, « et vos cœurs et vos confitures. » Mais cela ne suffisait pas toujours aux souverains, et souvent ils venaient demander des subsid(\s; c'est alors qu'ils ne craignaient point de s'huinilier devant la puissance populaire. I.a superbe Catherine de Médicis y vint abaisser son front, et y t^nir un discours suppliant.
« Jean de Troie, i455 , p. 29.
' En i3i5, iSïi, 1557, ib36.
^ C'était le présent que les villes aimaient le mieux à fournir, i4y6 et iSoj.
4 Cet usage existait chez les Romains: les villes offraient aux empereurs des couronnes d'or. ( Cod. Théod. 12 , lib, li, de Corona aurea.) Le présent offert à Isabeau de £a\ière, en i38g, par quarante bourgeois de Paris, pesait 3oo marcs tant or qu'argent; celui de la reine Éléonore était plus considérable encore. En i53i, le pré\ôt des marchands présenta à Charles-Quint, à son passage à Paris, un Hercule en argent de 6 pieds de haut, plantant les deux colonnes de ses armes, avec sa devise : Plus ultra.
«Alors, dit la chronique, fut intimé à la reine et a à sa compagnie qu'elle se retirast en une chambre « qui lui avoitété préparée près de la grande salle, « pendant que ladicte compagnie aviseroit quel sert cours on pourroit faire au roi; ce qu'elle fit. tt «après que ladicte dame fut retirée en ladicte cham- «bre, monsieur le prévôt des marchands mit la '( matière en délibération , et demanda aux assistans «leur avis, chacun en particulier; tous lesquels « conclurent et avisèrent de secourir le roi de dix « mille hommes de pied, pour lesquels seroit levée <(■ sur tous les habitants de ladicte ville et faubourgs, t( sans en excepter ni exempter aucun , la somme «de trois cent mille livres tournois. Ce faict, ladicte «dame revint à ladicte salle; et étant assise en sa «chaise, lui fut déclarée ladicte conclusion, dont « elle remercia bien fort ladicte compagnie. »
Cette action de l'Hotel-de-Ville, ce gouvernement municipal, ne consistait point seulement en vains privilèges qu'il eût été possible aux princes qui faisaient leur séjour à Paris, de briser un jour; mais ces privilèges étaient appuyés sur une organisation militaire, forte et indépendante dont les magistrats de la ville disposaient seuls.
Paris était alors entouré de murailles flancpiées de grosses tours; ses portes se fermaient régulièrement, et les échevins en gardaient les clefs. Ce fut la trahison d'un de ces hommes qui en ouvrit l'entrée à Isabeau de Bavière, dans le temps de
54 PAULS MUNiriI»!-:.
la faction l)oiirgiiigiioiiii(*. iy«: jui \ot cIch marchand» recevait l<' mot (Torcln» i\o la bouche du roi, et le doiiuaU aux capitaiurs sous srs ordres. Ce magistrat marchait à leur tête dans le» émeutes, et courut de grands dangers, entre autres contre les écoliers. La bourgeoisie était enrégimentée; elle élisait ses officiers, réglait leur soldée et se formait, par de fréijucnts exercices, au maniement des armes. Une montre y ou autrement revue, sous Ix)uis XI, présenta le nombre considérable de quatre-vingt mille bourgeois, tous armés et vêtus de hoquetons rouges, avec une croix blanche*.
Dans les circonstances importantes, personne n'était exempt du service personnel; les présidents et conseillers des cours souveraines, les plus riches habitants montaient la garde aux portes de la ville .
Il y avait, au coin des rues, de grosses chaînes scellées qu'on tendait à la première alarme pour fermer les quartiers. On faisait à toutes les maisons des saillies qui les rendaient plus propres à l'atta-
' Des ordonnances autorisaient les métiers a s'imposer eux-mêmes |)Oiir leurs dépenses communes; la plus aniienn.* est de i363. (Voy. Laurière, tom. III, p. fiaS, sur les marchands voituriers.)
' On comptait parmi eux jusqu'à soixante-sept bannières des seuls métiers , sans les étendarts et guidons de la cour du parlement, de la chambre des comptes, le trésor, la chancellerie et l'Hôlel-de- Ville. (Félibien, tom. II , p. 858.)
^ « Nous sommes , dit Pasquier, devenus maintenant tous guerriers désespérés; le jour nous gardons les portes, ta nuit faisons le guet, patrouilles et sentinelle. Bon Dieu! que c'est un métier plaisant à ceux qui en sont apprentifs. > (Liv. a, lettr. i.)
que et à la défense; enfin, le peuple avait ses bannières, des places d'assemblée fixes, des mots de ralliement, et dans les syndics des différents métiers et des confréries^ de métiers, des chefs habiles et courageux. Leurs principaux postes étaient aux deux châtelets, aux prisons, à l'Hôtel-de-Ville, et devant les reliques de la Sainte-Chapelle^.
La ville était divisée en seize quartiers, dont chacun avait un conseil électif, et formait comme une petite république fédérative, origine des districts, des sections, des municipalités, transformés aujourd'hui en douze arrondissements, mais qui, à cette époque, correspondaient avec l'Hôtel-de-Ville, et suivaient ou dirigeaient son impulsion. Chacun de ces quartiers était sous le commandement d'un quartenier, qui avait lui-même sous ses ordres les dixainiers et cinquanteniers^ qui, au premier signal, réunissaient autour d'eux les bourgeois les plus notables, les plus énergiques et les mieux armés. Ce fut une contre-organisation semblable qui doima tant de force à la Ligue pendant quelque temps. Le nom de Conseil des Seize vient du nombre de quartiers. On se servit du cadre existant ,
» Ordonnance du (i niaib i joj.
» Les églises avaient aussi leur guel daua leur juridiction, mais ces soldaU devaient porter leurs armes dans un sac. (Arrêt du parlement du 19 mai i363.)
^ Cette dénomination parait déjà dans le^ emplois municipaux tians le 7" siècle, et dans les 8*^ et 9*. Uucliesnc , Hist. de Franct- , l. 1, p. 881.
r»r, PAIUS Mf^VICIPF
ri alors s'rlevtTC'iil Irs pri-niincs h;irricailes,f|iii se reproduisirent drpiiis, et r|ui rcncliieiit la force populaire si re(Ir)utal)le '.
De rues en rues, de (piartiers en cpiartier», l'insurrection gagnait ainsi et paralysait la résistance; elle cernait la force année dans autant de prisons ^ de blocus. Mais il faut le dire à la louange des habitants, jamais ils n'abusèrent de cette terrible puissance, qui aurait assuré au contraire la solidité du trône, si les souverains avaient su toujours l'apprécier. Les scènes qui , à diverses épo(jues, ensanglantèrent la capitale, furent toujours produites par les menées coupables des gens à la tête des affaires, et toujours le corps de la ville et les habitants considérables tentèrent de s y opposer.
11 en fut ainsi lorsque les factions de Bourgogne
' l.u première barricade eut lieu dans la fameuse journée du 13 mai i588 , qui en a conservé le nom , et qui semble avoir servi de clircrlion à toutes les autres, car le mouvement populaire eut lieu absolument sur les mêmes points. Au premier signal , les chaines sont tendues dans toutes les rues, une barricade modèle s'élève à la place Mauberl avec des tonneaux remplis de terre ; et de proche en proche il en est établi de semblables partout. Attaquées aussi par derrière , les troupes du roi se replièrem en désordre sur le Louvre, assaillies par une grêle de pierres et le feu de la mousqueterie ; les Suisses surtout sont écharpés ; Henri IN parvient à s'échapper en gagnant les Tuileries Le a6 août 1648 semble être une pâle copie de cet événement : deux cents l>arricades s'élevèrent décorées de drapeaux, et encore là les troupes occupant le Pont-au- Change , le Pont-Neuf et le Pont-Royal, sont forcées de se replier par les quais et de venir se ranger en bataille devant les Tuileries. Même plan d'attaque le 28 juillet i83n, mêmes résultats du peiiplr . mêmes succès ; mais alors il sait mieux profiter de sa victoire.
et (l'Armagnac ensanglantèrent la capitale. Le massacre (les prisons, si semblable à ce qu'on a vu de nos jours', le pillage régulier, le système de terreur qui régna quelque temps, étaient l'effet des passions haineuses des oncles du roi, (jui, étrangers à tout principe de patriotisme et d'humanité, ne songeaient qu'à satisfaire leur ambition ou leur avidité. Ces deux chefs cruels , dont l'un épuisait le royaume par ses exactions, et l'autre le livrait à l'étranger, doivent seuls porter la réprobation des crimes commis par leurs honteux et vils instruments.
La saine population de Paris, la classe éclairée, refusa toujours de prendre part à ces horreurs, et en arrêta à plusieurs reprises le cours ^. Le respectable prévôt des marchands Charles Culdoé, avec tous ses échevins, conseillers de ville, et trois cents des plus notables bourgeois, désespérant de maintenir l'ordre au milieu de ces furieux, et ne voulant faire cause commune avec aucun des deux partis, s'éloignèrent de la ville , et n'y rentrèrent qu'au
» Un homme tenait les noms des prisonniers, les ap|)€lait l'un après l'autre, et, à leur sortie, ils étaient massacrés. De ce nombre furent les évèques de Coutance, Senlis, Bayeux , du président au parlement ; leurs corps restèrent exposés également.
^ Ce parti modéré de la bourgeoisie est celui qui dans tous les temps a prévalu. Il avait alors pour chef le duc de Berry ; et toutes les fois que les délibérations curent lieu par quartier, il l'emporta sur les agitateurs. (Capefigue, tom. IV, p. 3o.)
^ Les seules corporations des bouchers et des écorcheurs , gens à celte époque de mœurs grossières , cpioique ayant acquis de grandes richesses à Paris, et seulement (juelqucs familles, com-
'iH PARIS MUNICin..
iiiuiiu'iit ou, (raccord avec une autre partie des houif^cois (le la ville, ils ouvrirent les portes k (Charles VII, et chassèrent de Paris les Anglais. Il faut oser le dire cependant, bien que cette opinion ne soit point celle des |)rincipaux historiens, la conduite des princes et des nobles avait inspiré une telle horreur à la masse du peuple et même à la plus grande partie de la bourgeoisie, que le parti bourguignon, (pioicjue celui des (étrangers, était plus en laveur dans Paris que l'autre; ainsi que Ta très-bien remanpjé M. (>apeiigue, les Armagnacs représentaient la gentilhommerie et la haute bourgeoisie, les bourguignons, au contraire, le peuple et l'industrie; le peuple avec ses violences sans doute, mais aussi avec ses libertés; et c'est ainsi qu'on peut s'expliquer comment ce parti, quoique contraire à la dignité nationale, se soutint si long-temps. Le parlement, l'université, les halles, les métiers penchaient pour lui. Le duc de Bourgogne avait hérité de la popularité et de l'influence du roi de Navarre, et il savait mieux la ménager. On le voyait sans cesse parcourir les halles, suivre à pied le convoi des principaux habitants, et sans les excès de ses honteux acolytes il aurait peut-être triomphé.
mirent les premiers attentats, et étaient entraîi.ées par le fanatisme de la Sorbonne; mais après la première surpise, l'honnéle bourgeoisie de Paris, quoique décimée sous les règ;nes précédents, reprit son empire, et chassa ses oppresseurs. ( Juvéniil ties l rsins, p. i^~ ■ Sismuiidi , toni. XII, p. 5 14/
PARIS MUNICIPE. Chj
Depuis cette époque l'histoire de Paris ne présente aucune catastroplie particulière, jusqu'à l'événement à jamaisdéplorable de la Saint-Barthélemi.
C'est après beaucoup d'instance, et en quelque sorte par surprise, que la cour entraîna le prévôt des marchands et les chefs des quartiers à participer à cet horrible massacre; et à peine eut-il commencé, le soir même du dimanche, que le roi, à la demande des officiers municipaux, du prévôt Charron et des échevins, fit publier à son de trompe une ordonnance pour arrêter l'effusion du sang et le pillage; et d'après l'esprit du temps, il fallait du courage pour résister à l'entraînement des passions populaires encouragées par la cour et par le parlement. Le conseil de la Ligue trouva une égale opposition dans les magistrats municipaux; aucun conseiller ou échevin ne voulut en faire partie. Le prévôt des marchands fut même du nombre
» • Et ayant entendu par le roi , ledit Jour S. Barthélémy , sur les onze à douze heures thi matin, par les remontrances (|ui lui en auroient été faites par lesdils prévôt des marchands et échevins, rt ])lusieurs, tant de la suite de sa majesté que des princes et seigneurs de la cour, tant gentilshommes, archers de la garde de son corps, soldats de sa garde et suite, que toutes sortes de gens et peuple mêlé parmi, et sous leur ombre, pilloient et saccageoient |>lusieurs maisons et tuoient plusieurs personnes par les rues, auroit été ordonné et commandé par sa majesté auxdits prévôt des marchands et échevins, sur leurs remontrances, plaintes et doléances par eulx faictes h sadite majesté desdits pilleurs, saccagements de maisons et meurtres, montés à cheval et ce accomjiagnés <le toutes les forces de ladite ville, et faire cesser tous lesdits mcui^ très, pilleurs, sâccagemenls et sédition. »
Co l'AlUS MLIxMUPF
de ceux qui voulurent faire arrêt*!! le duc deCiuiMr à son tMitrée à Paris, et couper court à l*instant à la Ligue et à ces malheureuses guerres de religion qui, alors, divisaient les habitants et causaient tous les maux.
Les barricades de la Ligue, qui commen<;a ce système de défense populaire, mieux employé depuis, furent l'ouvrage des m(jines,des Seize et des écoliers. Les bourgeois, pris à l'improviste, se bornèrent à la défense de leurs maisons; les autorités municipales y eurent si peu de part, que le duc de (iuise fit mettre à la Bastille le prévôt des marchands, le sieur de Pereuse, et destituer les échevins. Le lendemain il n'eut rien de plus pressé que de se rendre à l'Hôtel-de-Ville lui-même pour y casser le corps municipal et en faire nommer un autre à un scrutin à haute voix, contre l'usage, et ceux-là même encore qui furent ainsi proclamés, n'acceptèrent ces fonctions qu'à la condition d'être confirmés par le roi.
Ce fut le nouveau prévôt des marchands qui tint au nom de la ville sur les fonts de baptême le fils posthume de la duchesse de Guise , qui fut nommé Alexandre Paris. Le duc changea également de sa seule autorité les capitaines et officiers de la milice bourgeoise, et des quartiers, exigeant qu'ils fussent tous, ainsi que leurs sous-officiers, catholiques. Toutes ces mesures expliquent suffisamment les excès et les folies qui affligèrent les gens de bien pendant cette époque.
PARIS MUNICIPK. Gi
Il n'en fïit pas de même du temps de la Fronde, sorte de révolution populaire, parlementaire, à laquelle tous les esprits étaient préparés, et qui s'accordait avec tous les intérêts comme avec toutes les passions. «Les marchands dans leurs boutiques, <( dit naïvement madame de Motteville, raison- « noient des affaires de l'état, et éto'ient infectés de « r amour du bitn public, qu'ils estimoient plus que « leur avantage particulier. » Le caractère impérieux d'Anne d'Autriche, l'administration de Mazarin , avaient produit un mécontentement général, et qui n'attendait que l'occasion d'éclater; elle se présenta au moment de l'arrestation des deux conseillers Broussel et Blancmesnil. Les relations du temps rapportent qu'en moins de trois heures cent mille hommes furent sous les armes, et deux mille barricades dressées avec tant d'intelligence, que, de l'aveu des gens de guerre, aucune armée n'eût été capable de les forcer. Ces espèces de citadelles étaient formées de barriques pleines de sable, élevées les unes sur les autres, et jointes entre elles par des chaînes de fer; elles étaient revêtues d'un rang de pierres de taille, et quelques-unes si hautes, qu'il fallait des échelles pour les franchir. Il y en avait de semblables à l'entrée de chaque rue ; des corps de bourgeois en armes se tenaient derrière pour les garder; une ouverture pratiquée dans le milieu, et fermée, au besoin, de fortes chaînes, ne laissait passer qu'une personne à la
(b i'\i;is MUNICH']
fois; les feiic'lres «les maisons voisines étaient g;ir nies cie pavrs pour assommer le» assaill.intft.
Mais (iii inomiMit où crltr manifestation générah; se chang(>a dans raml)ition personnelle des j)rinoes, des hommes puissants alors, que le Iwinliem* |)ublic ne fut plus que le prétexte des vengeances ou des intrigues |)articulières, les bourgeois de Paris et les magistrats déployèrent, à plusieurs reprises, \\i\ grand caractère; le prévôt des niaicliands le Ferron et les échevins maintinrent leur autorité, et ne cédèrent qu'à la violence de la populace ameutée par les agitateurs. Le massacre de THotel-de-Ville, dénoiiment de cette tragi-comédie de quatre ans, vit succomber, après une vive résistance, les meilleurs citoyens; le prévôt des marchands eut beaucoup de peine à échapper aux furieux, et le maréchal de L'Hospital, gouverneur de Paris, ne put se soustraire à leur rage qu'en cachant son cordon bleu et en prenant un habit d'huissier. Tl faut l'avouer cependant, les commencements de cette époque furent le moment brillant de l'Hôtel-de-Ville, et l'apogée de son influence. C'est dans ces vastes salles que se réunissaient les princes, les plus grands seigneurs de la noblesse et du clergé, les principaux membres du parlement et des autres cours, avec les officiers de la ville, et les députations de tous les corps de métiers, animées du même zèle pour la réforme des abus et la fondation d'une sage liberté. L'assemblée du 19 avril, et
les remontrances qui en furent le résultat, présentèrent un grand et noble spectacle ^ Des combats et des fêtes succédaient à ces délibérations, et ajoutaient une couleur chevaleresque à ces temps singuliers; et renlliousiasme s'exhalta jusqu'à l'ivresse parmi les défenseurs de cette cause populaire, lorsque les duchesses de Longueville et de Bouillon, toutes deux d'une éclatante beauté, traversèrent à pied la place de Grève, et montèrent à l'Hotel-de-Ville, où elles déclarèrent « vouloir loger « sous la garde des bourgeois, comme otages de la « fidélité de messieurs leurs maris, et de leur zèle « pour le service de la ville et du parlement. »
Après cette époque il ne resta plus qu'un simulacre de l'administration municipale; le long règne de Louis XIV, son gouvernement absolu, le faible ministère du cardinal de Fleury, laissèrent remplacer l'élection libre et populaire des officiers municipaux par la vénalité de leurs charges ^ et l'influence de la faveur royale. Un sage historien re-
■ * Il est impossible, > dit cet écrit en parlant du cardinal Mazarin, «que les oracles soient respectés qui sortent d'une bouche niesprisée, et sans respect il n'y a point d'autorité. » (iToa.)
' Non seulement les échevins recevaient des présents consistant en robes, bougies, sucreries, médailles, mais encore des traitements , fixés par le règlement de 1783, à 8000 fr. pour le premier échevin , 6000 pour les autres, sans compter les jetons de présence. (Vov. art. 5 du réj^lement pour foin*nitures de la ville de Paris, août 1783 ; les bourses de jetons de cuivre et d'argent. Comptes des domaines de Paris, ann. 14^9; Sauvai, lib.g, ann. i474> Moulin, i5* liv., tom. II, p. 348.)
r.r, PMUS MIMCIPF
g.'inic connue uni' des causes (le la chute de i ancien gouvernement ce mépris pour le «Iroit municipal <>t le trafic honteux de ces charges, suhstitués à une autorité paternelle et lutélaire'. a I>es maximes du courage, (hsait Orner Talon, sont endornues, et avec elles la liberté. » Mais ce feu sacré ne fut point éteint, et il devait bientôt se reproduire dans la plus vaste explosion.
Nous touchons au plus grand drame politique que nous offre l'histoire des peuples; et ce drame, son théâtre, ses acteurs, se trouveront à rilôtel-de- Ville de Paris, et, comme jadis, appartiendront à l'action municipale de cette grande ville. Nous avons vu dans le tableau qui précède combien la populalionindustrieuse s'était accrue ;rorganisatioii des corps de métiers, des bourgeois hufisés; l'influence qu'ils exerçaient dans tous les événements importants. La puissance même de Louis XIV, «. de l'appui de la noblesse et du clergé, avoit peine à comprimer l'élan de la liberté; et les triomphes, les fêtes du grand roi, n'apportaient que de faibles diversions au mouvement des esprits. Le long som-
' Raynouard, liitroduct. au Pouvoir inuiiic. , p. xlviii. C'est sous Louis XIY, en 1692, que réiection fut enlevée aux \illcs, afin d'en l'aire un n>oyen de revenu; cependant la chcse n'avait f>as lien entièrement pour la ville de Paris, qui conserva toujours un simulacre d'élection pour les prévôts , échevins et quarleniers ; mais les prorurcurs-svndics, mais les autres ofGciers-commissaires, achetaient leurs charges, ce ([u'on appelait annohiissements de cloches. (Loyseau, traité des Offices, lib. 5, ch. 6.)
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meil (les parlements, ces défenseurs du peuple, le silence de la presse, ne pouvaient tromper la sagacité d'un peuple actif , laborieux , éclairé. Louis XIV le sentit, et l'orgueil de ce monarque impérieux en fut blessé; il songea à porter à Versailles le siège de son gouvernement. Il se sentait gêné, dit Saint-Simon, dans une ville où les actes de son autorité trouvaient ime critique journalière. Cette mesure impolitique eut une grande influence sur les événements qui suivirent; la coin- fut nécessairement accompagnée des personnages les plus considérés, mais qui perdirent, en quittant Paris , le peu d'influence qu'ils y exerçaient. La société ou ce qu'on appelait le monde présentait alors une réunion d'hommes pris dans toutes les classes, noblesse, finance, bourgeoisie, littérature, unis entre eux par l'attrait de l'esprit et le charme des j*^' * .ices de la vie, qui ne connaissent ni étiquette I. supériorité; les arts et les sciences, les plaisirs et le goût régnaient à Paris en opposition avec la cour qui jalousait leur influence. On allait à Versailles solliciter des faveurs, et on venait en jouir à Paris. La cour avait le pouvoir de droit, mais Paris avait la véritable puissance de fait; la puissance qu'on appelle la mode dans les temps frivoles, et l'opinion dans les moments sérieux. Do ce mouvement des esprits qui ne se portait autrefois qu'à de vaines critiques, était née, sous Louis XV, une fermentation
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suiiiilc, un hrsoiii (1 innovât ION qu'il eût été habile lie satisfaire, mais qu*on résolut de comprimer. Voyons, pour arriver à re hul, quelle rfait l'orfçanisation politi(|U(*.
l/administration municipaiiMle i'anst'tait partagée entre le parlrinenl, le bureau des finances, la ( hamhre^ des bâtiments, le lieutenant-général <le police, ou le cbâlelel, le prévôt des marchands et échevins, ou le bureau de ville.
Le parlement avait radministraticjn (riine partie des prisons, la haute police et la juridiction sur toutes les affaires municipales qui ne ressortissaient pas au conseil d'état, telles que la grande voirie.
Le bureau des finances avait une juridiction en matière de grande voirie, immédiatement, et en matière de petite voirie, par l'intermédiaire des commissaires.
La chambre des bâtiments avait la police de surveillance sur les bâtiments, la juridiction de cette police; elle connaissait en outre des contestations privées sur le fait des constructions.
Le lieutenant -général de police avait d abord toute la police des personnes; plus, quant aux choses, le nettoiement, l'illumination, les halles et marchés, la boucherie, l'exécution des statuts et règlements des corps et communautés; les poids et mesures, le mont-de-piété, le bureau des nourrices, le corps des pompiers, la voirie de Montfau-
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con, etc. Il exerçait dans Paris et sa banlieue, en matière de police, la nièine autorité que les intendants des généralités.
Les prévôts des marchands et les échevins géraient les revenus communaux; ils avaient les travaux publics et Tadmiiustration des boulevarts et des fontaines; la police administrative et contentieuse sur les ports, quais, ponts; les approvisionnements et l'exercice de la voirie sur quelques points.
Il est aisé de voir combien cette organisation, résultat de lois rendues à diverses époques, était vicieuse, par le conflit des attributions entre l'autorité municipale et le gouvernement, et le défaut d'unité pour le maintien du bon ordre. Elle aurait pu suffire néaimioins tant que les citoyens n'avaient aucun lien entre eux, et que la force publique pouvait se porter sur un point menacé. Mais cette action devenait impuissante devant une circonstance quelconque qui aurait appelé les habitants à se réunir et à vSe concerter sur leurs communs intérêts.
Cette circonstance se rencontra dans la convocation des états-généraux sous la forme de ceux de 1614. Ici commence, pour l'Hotel-de-Ville et le pouvoir municipal de Paris, une série d'événements plus importants, d'une plus haute portée, que nous allons chercher à retracer fidèlement.
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