CHAPITRE III
De l'administration de la ville de Paris» depuis Philippe-Auguste jusqu'à la suppression du corps municipal et des franchises de la ville sous le règne de Charles YI.
« Decet dignitati regum libertates et jura civitalum «• intégra et illibata propcDsius consenrare. **
Charte de x x 3a de Philippe-Auguste.
Paris fut une ville sans importance pendant les deux premières races de nos rois; ils y faisaient rarement leur résidence. La ville ne s'étendait pas au-delà de la Cité, où se trouvaient le palais du roi et quelques églises; le reste était des masses de. maisons grossières élevées sur des rues étroites, tortueuses et pleines de boues, où Ton ne pouvait circuler qu'à cheval. Philippe-Auguste changea cet état de choses , et c'est à lui que Paris dut sa première splendeur. «Un jour, dit la chronique, le <x bon roi Philippe alloit par son palais , pensant à « ses besognes; car il étoit moult curieux de son « royaume maintenir et amender.
<c II se mit à une des fenestres de la salle, à lace quelle il s'appuy oit aucune fois , pour regarder la « Seine couler et pour avoir récréation de Fair. Si «advint en ce point que charrette qui charrioit, (c vint à mouvoir si bien la boue et l'ordure dont la « rue étoit pleine , qu'une pueur en issit si grande
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« qu'elle monta vers la fenestre où le roi étoit. «Quand sentit cette pueur si corrompue, il s'en- « tourna de cette fenestre en grande abomination « de cœur; lors fit mander li prévôt et borgeois de « Paris, et li commanda que toutes les rues fussent «pavées, bien et soigneusement, de grès gros et « fort ^ De ce moment, le nom de Lutèce fut changé « en celui de Paris. »
Philippe-Auguste affectionnait cette autorité municipale qu'il avait trouvée établie et qui lui dut beaucoup de son importance; il abandonna aux syndics de la marchandise, ou autrement prévôts des marchands, différents droits pour être employés à l'embellissement de la ville et à la construction d'une nouvelle enceinte beaucoup plus étendue*. C'est sous son règne que le prévôt des marchands acquit une partie des droits qu'avait la prévôté qui, jusque-là, remplissait véritablement les fonctions municipales, comprenant la police, la sûreté, la salubrité de la capitale; les règlements de voirie, la réparation des édifices publics^; l'administration
< a. Chronique de Saint-Denys , ii8a.
> Gesta Ph. Aug-, Hist. de France, t. XVII, p. 16. Les murs furent faits aux frais de la ville, qui, dans plusieurs occasions, et entre autres dans un mémoire adressé à Louis XIV, en réclame la propriété.
^ « Fit faire le jeune prince une grande halle et une place qui est appelée Ghampeaux, et les fit clore et .bien fermer pour que les marchands qui deraeuroient là pendant la nuit pussent être gardés, et que s'il pieu voit, ce ne fut pas sur les débitants. » Chronique de Saint-Denys^
même des domaines de la vUle , qui ne fiit divisée que dans le quatorzième siècle. La con6ance de ce prince et son affection étaient teUes pour les habitants de la capitale, qu'en partant pour la Terre- Sainte, il institua six bourgeois, désignés parles lettres mitiales de leur nom , les gérants de sa fortune et de ses domaines, et ses exécuteurs testamentaires eu cas de mort. Il les rend dépositaires de ses biens, leur en prescrit l'usage, et stipule quUs en garderont une partie pour l'éducation de son fils, jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge de gouver ner par lui-même '. Philippe-Auguste fot le prince populaire de ce temps », invitant son armée à disposer de sa couronne si elle ne l'en croit pas digne etrremettant le sort de ses enfants entre les mains des habitants .de sa capitale.
Il ne faut pas cependant confondre ces nouveaux mandataires avec les échevius ordinaires qui géraient les affaires municipales, et qui étaient chc^sis également dans la classe moyenne des habitants
Cette classe moyenne, qui n'a jamais cessé d'exercer une utile influence dans la capitale, avait déia acquis, ^à cette époque, la fortune et les lumières qui ont, dans tous les temps , justifié l'estime qu'on
» Jamais peut-être le nom de peuple ue fut n|us ««..v-nt • et n'eut une plu, ^l,e ia^poZL B^C^^ITT^^^T' tom. Il, col. 3ï4, 3ï7. '^ ♦ ***'• ^77f
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lui portait. Un financier, Gérard de Poissy, se trouve en état et en volonté de fournir, pour le pavage de la ville, la somme, énorme pour le temps, de 14,000 livres. Bientôt le corps municipal s'organise; ses privilèges,. acquis pendant la première et la seconde race , s'étendent ". Ce n'est plus une seule association ou hanse, remplaçant l'ancien consor^ tiùm , mais une immense corporation fédérative des différents métiers, ayant chacun leurs statuts, leurs lois , et présentant réunis l'élite de la population organisée civilement et militairement. Le chef de celte association industrieuse prend et ne quitte plus le titre de prévôt des marchands*; et quoique sa juri-
' Règlements faits par Dagobert en 630 , par Charlemagne en 798» sur le commerce par eau de la ville de Paris. Ordonnance de Gharles-le-Gbauve, de 865, pour protéger la navigation de la Seine contre les Normands.
> Le plus ancien titre où il soit parlé du prévôt des marchands et des échevins pour désigner les officiers de la ville y est Tordonnance de police de laSS, par Etienne Boileau ou Boileve, prévôt dé Paris , dans laquelle les échevins sont tantôt appelés échevins, tantôt jurés de la confrérie des marchands de Paris.
Le chef de ces jurés est aussi appelé prévôt des marchands dans un arrêt du parlement de 1169, de même que dans une sentence du Parloir- aux-Bourgeois, datée de la même année. Cependant, en layS , le parlement de la Pentecôte appelle encore le prévôt des marchands Maître des échevins de la "ville de Paris, Les titres antérieurs confondent constamment la hanse parisienne avec le corps de la ville, le Parloir-atix-Bourgeois avec la maison commune. Ce mot de marchand était une formule qui désignait le corps municipal. Ce n'est véritablement que sous Philippe-le-Hardi que tous ces titres se confondent dans celui de prévôt des marchands, ainsi qu'il est mentionné dans les lettres données au mois de mars 1274- ^ Voir à ce sujet le discours de M. Roi , dans Félibîen , tome P% page 35.
diction 8oil soiiTent contrariée par l'exercice du droit des seigneurs et des évéques possesseurs des testes voisines % elle étéud son action sur tout le cours de la rivière. Elle a seule le droit de faire remonter les bateaux depuis Mantes jusqu'à Paris, et aucun étranger ne peut le faire , s'il n'est associé d'un bourgeois de Paris. Elle obtint de construire un port destiné au débarquement et au dépôt de ses marchandises, moyennant un octroi sur la consoinknation de la v^le^. Elle achète en iaao,par une rente annuelle au fisc, le criage de Paris , ou autreiHent le droit de lots et ventes , et remplacement qui leur était destiné , et le roi dépose en ses mains l'étalon des poids et mesures, et l'attribution
> À mesure que la ville prenait de Tëxtiension , le corps municipal avait à lutter avec les propriétaires de terrés, les seigneurs , le clergé et la couronne qui , conservant chacun leur juridiction particulière sur ces terrains , empêchaient toute mesuré de police et de sûreté jiublique. Une charte de Louis VII , confii-me les coutumes dont les nÂarchands de Teau jouissaient du temps de Louis VI , dit le Gros , son père , et elle porte que ceux qui contrevenaient aux défenses faites au sujet, perdaient leurs marchandises, dont moitié était confisquée au profit du roi, et moitié au profit des marchands de l'eau de Paris.
Si le valet d'un marchand de Paris commettait quelque faute , il n'était justiciable que de son maître , à moins qu'il ne fiit pris sur le fait par la justice du roi.
*En liât, Louis VII céda aux marchands de l'éau de Paris It droit de dnquântè sbus à lever du temps des vendanges àur tous les baieaut chargés de vin qui arrivaient à Paris.
Quelques arrêts rendus par le parlement , coQtraires à cette concession , obligèrent les prévôts des marchands et les échevins à la faire confirmer par Louis X, en i3r5.
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si importante de les régler. Le Parlouer aiix Borjois avait ses clercs et ses sergents, et prononçait sur les contestations civiles , et interprétait les dispositions de la coutume de Paris, et réglait sa propre orga^nisation *.
Pendant que l'action municipale se développait ainsi , la justice administrative et urbaine se perfectionnait au même degré. Cette police fut longtemps exercée par des hommes aussi distingués par leurs lumières que par leur naissance. On voit parmi eux, en 1202, un seigneur deGarlande, allié à la maison de Montmorency ^. Mais les troubles et les besoins de l'état pendant la minorité de saint Louis ayant obligé les conseils de ce prince à recourir à toutes sortes dp moyens pour faire face aux dépenses publiques, la prévôté de Paris fut comprise dans les fermes du roi, et adjugée au plus offrant. Les magistrats qui jusque-là avaient rempli les fonctions de ce tribunal, n'en voulurent plus à cette condition ; et cette charge si importante fut livrée à des gens sans notabilité , et quelquefois mén>e sans fortune. On en vit plusieurs s'associer pour l'exercer, et retrouver par des concussions la finance
' Félibien, Hist. de Paris, 1. 1, dissert. p. 106» en 1296. « Le prévôt, les échevins et leâ autres bourgeois de Paris décident que Ton eslira vingt-quatre preudomes qui seront tenus de venir àuparioue^ au mandement du prévôt et des eschevins. » Ibid.
> Chronique de Saint-Denys^ règne de saint Louis, Pasquier lib. rV, c. 17.
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qu'ils déboursaient ^ «Voyant, dit l'historien de c( saint Louis, les mauvaises coutumes dont le povre '<t peuple étoit ainsi grevé, le saint roi fit enquérir (T par tout le pays où il trouveroit quelque grand ccsage homme qui fust bon justicier, et qui punist « étroitement les malfaicteurs, sans égard au riche ce plus qu'au povre; et il lui fut amené un qu'on ap- « peloit Estienne Boisleau , auquel il donna l'office « de prévost de Paris , lequel fit merveille de soi tela lement, que désormais n'y avoit larron, meurtrier, « ou autre, qui osast demeurer à Paris, qui ne fust «pendu ou puni à rigueur de justice; et alloit sou- <c vent le roi au Chastelet se seoir près ledict Boisleau, «pour l'encourager à donner l'exemple aux autres «juges du royaume. »
Cet homme estimable joignait beaucoup de lumières à beaucoup de fermeté'; c'est lui qui composa un code tout entier pour les corps des métiers , tellement approprié à leurs intérêts et à leur discipline, qu'il se conserva presque intact pendant cinq , siècles, jusqu'au moment où les lumières et la division du travail permirent de laisser à l'industrie une entière liberté. Ces statuts furent soumis à une sorte d'enquête devant grand Planté , dit la chronique , « des plus sages et des plus anciens hommes de Pa-
^ En ia4^ , deux marchands, Novelles Guermes et Gaulthier, affermèrent cette charge. Delamarre , Traité de la police , tom. 1 , p. 104 , registre des métiers conservé à la cour des comptes , année i344.
« ris, et de ceux qui plus dévoient savoir de ces cho- «cses, lesquels tous ensemble louèrent moult' cet « œuvre. »
La prévôté de Paris, ainsi rétablie, devint un emploi honorable que des hommes distingués ne dédaignèrent plus d'occuper. On voit parmi eux les noms des Hangeau de Coucy, des Crèvecc^ur; ils étaient aidés , dans leurs fonctions , par un lieutenant civil et plusieurs greffiers. Et dans beaucoup de circonstances ils rendaient des ordonnances communes avec les prévôts des marchands '.
A Tabri de cette double protection judiciaire et municipale , la population industrieuse de Paris put s'élever bientôt à un haut degré de richesse et de prospérité. Sa bourgeoisie formant, comme nous l'avons dit , de temps immémorial, un corps indépendant, n'eut point besoin de passer par ces chartes d'affiranchissement^, divisées en plusieurs catégo» ries, qui eurent lieu pour les autres villes du royaume. Forte par elle-même contre toute prétention des classes supérieures^, elle ne connut point le honteux vasselage des campagnes, ces droits féodaux si capricieux, si servUes, si humiliants "^ ; ses
X £n X 193 , pour régler la police des jurés no^açons , Hist. de Paris» 1. 1, dissert. p. 106.
^Hallaiu, Europe au moyeu âge, tome I; Recueil des ordonn. des cours préf. , tome XI.
^ Soit à tort, soit à droit, n'étant tenue à répondre ^n à Difu Boaumanoir, chap. 4^-
4 SaWage, Usage des fiefs, eh. XXXIV. Pithon, cité par Guyot ,
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femmes ne filaient point la rançon des rois,' et s»es enfants ne sollicitaient point des emplois de domesticité dans les châteaux. Elle occupait une place entre la noblesse et le peuple , comme ce qu'on appelle en Allemagne la seconde noblesse, produite par le travail, ainsi que la première par les armes V C'est elle qui fonde les premiers établissements de bienfaisance', qui développe le commerce, entretient et peuple les universités, qui assiste aux doctes leçons des Champeau, des Abélard^, des
des Fîefs , 1. 1, p. 343. La charte de Mantes fut accordée à cause de Toppression où étaient les pauvres ; celle de Compiègne à cause des excès commis par les clercs ; celle de Dourleus à cause des vexations qu'éprouvaient les bourgeois. Voy, Ordonn. des rois, tom. II et XI, p. 17.
' Grands bourgeois, francs bourgeois, bourgeois du roi, des seigneurs ou des villes, tout cela forme une hiérarchie. Le serf du seigneur devenait son bourgeois , de là bourgeois du roi ou des villes , et ensuite il aspirait à devenir noble par nomination , ou en remplissant des fonctions qui donnaient la noblese. Voy. ordonnance de Philippe-le-Bel , confirmée par le roi Jean, octobre i3 5 i.Paquier compare avec raison l'état des bourgeois de Paris à celui des citoyens romains, qui ne reconnaissaient d'autres juges que l'emparevr et ses officiers. Ils avaient, entre autres drorts, celui de s'interposer dans les querelles des gens du peuple et de les séparer, et même de les battre en cas de résistance. Paquier, Recherches sur la France, Kb. IV, c. 7, ïiber. p. 369.
a Gérard de Poissy fonde le premier hôpital à Paris; Gareie Masson et son fils Hanche consacrent une maison pour rétablissement de pauvres passants ; origine de Fhôpital de Saint-Gervais, en i r-yS, sous Louis-le-Jeune.
^ Abélard eut jusqu'à trois mille élèves. Il donnait ses leçons en plein champ , car il n'existait pas de local assez vaste pour contenir la foule. Il eut parmi ses élèves cinquante évéquos on arehevéqae& , vingt cardinaux et un pape.
Âmbroise Paré, et invite les étrangers à venir partager ses travaux et profiter de ses lumières ' ; le sentiment que donne la liberté, le jugement que produit l'étude, distinguent de tout temps ces familles curiales de Paris, qui sont, comme celles de Rome, les entrailles des villes eX le meilleur appui des souverains. Déjà nous avons vu Philippe- Auguste coufier à six bourgeois de Paris, pendant soo absence, la gestion de ses biens et l'entrée au conseil de la reine; des notables de Paris sont également désignés, par Charles V, pour avoir part à la régence du royaume pendant la minorité du dauphin, et se trouvent ainsi associés aux fonctions des ministres et des princes du sang^. La garde de la personne du monarque fut long-temps confiée à des bourgeois de Paris. « Quand le roi alloit en guerre,» dit Olivier de La Marche, «il avoit au frein de son cheval deux bourgeois de sa bonne ville
' Le pape Adrien IV, saint Thomas de Cantorbéry , Jean de Salisbury, etc.
* Dans la, partie du traité de Bretigny relative à la rançon du roi Jean , il est stipulé qu'indépendamment des princes et grands du royaume déjà captifs , quatre bourgeois de Paris seront livrés comme otages du roi pour répondre de l'exécution. Voy. Rimer, tom. UI » p. a , traité de Bretigny , i36o.
Jean de Bonnes , bourgeois , échevin , puis prévôt des marchands à Paris, fut commis pour voir les montres des gens d'armes de Louis, duc de Bourbon , et de Jean de Vienne , seigneur de RoUans , par lettres du 3 octobre iSôg et du i3 mai 1370. Il fut établi maitregénéral des eaux-et>foréts par autre lettre du 5 juillet i38i » et il marchait de pair avec les plus grands du royaume, comme le témoignent les registres de la chambre des comptes.
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de Paris. » A la journée de Mons en Perdelle, où Philippe-le-Bel écrasa l'armée des Flamands, les deux bourgeois de garde furent tués à ses côtés; l'histoire nous a conservé le nom de ces braves, c'étaient les Gentiens ; dont la race subsistait encore au dix-septième siècle. Ce fut, en i4i2, un bourgeois de Paris qui emporta la bastille d'Estampes '^' forteresse que les capitaines les plus expérimentés avaient jugée imprenable. Les gens de guerre que fournissait la ville de Paris avaient deux bannières , Tune pour les hommes à pied , l'autre pour les cavaliers, mais toutes deux au signe de la ville ^. Si nos rois avaient eu plus de confiance dans la valeur de cette classe d'hommes vigoureux et adroits, ils auraient lutté avec plus d'avantage contre les Anglais , qui durent leurs succès à l'emploi des archers, véritables bourgeois de leurs villes , et aussi habiles que courageux. C'était la nation anglaise tout entière qui suivait ses princes à la guerre^ , et ce n'était, en France, que le roi et la noblesse qu'on lui opposait. Voici comment s'exprime , à cet égard , un ancien historien de nos malheureuses guerres, en parlant delà revue de l'armée dans la plaine d'Azincourt, a Outre ce grand corps de troupes du roi, »
' Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI, p. a 43.
' Ordonnance d'octobre 1374* par La Roque, cap. IV, p. a85.
^ De temps immémorial, la part d'intervention dans le gouvernement accordée au peuple, en Angleterre, avait associé la nation au roi. Le principe contraire domina toujours en France et. fut la. cause de 190s troubles. Ifallam, Hist. du moyen âge.
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dit ranonyme de Saint-Denys\ «les bourgeois de « Paris firent offre de six mille hommes bien armés (c pour combattre à la tête aux jours de bataille; « mais le duc de Berri, faisant grand récit de cette €€ milice en présence de plusieurs chevaliers de sa « suite , l'un d'entre eux , nommé Jean de Beaumont, « répondit avec mépris : Qu'avons-nous à faire de « ces gens de boutique ^ puisque nous sommes trois « fois plus nombreux que les Anglois? Je ne sais pas « s'il croyoit les roturiers indices des armes ; mais « j'assurerai bien en avoic connu qui y ont acquis « grand honneur^ et je dirai encore que le royaume c( étoit plus florissant quand on y recevoit toutes ce sortes de gens avec plus d'acception de valeur que «c de condition. Nos historiens nous apprennent que « nos chevaliers ne se trouvèrent pas mieux d'un ce pareil orgueil à Courtray , où les Flamands les ren- « versèrent dans les fossés, ni à Poitiers^, etc., etc. » Cette existence honorable de la bourgeoisie de Paris était telle que beaucoup de nobles aspiraient à en faire partie, afin de pouvoir occuper les charges municipales, sorte de gouvernement secondaire qui établissait un lien entre toutes les classes. La noblesse y trouvait le pouvoir et la considération, et la bourgeoisie le moyen d'arriver à la noblesse. Ce
> ADODyme de Saint-Denys, an i4iS> Lebeer, Hist. du pouvoir municipal, p. a85.
>Et ce furent justement des milices communales de Flandre» en i3oa , qui remportèrent cet avantage.
La Roque, dans son traité de la noblesse, cite un grand
droit de bourgeoisie s'acquérait par la construction d'une maison de 60 livres de revenu ', et l'engagement d'y résider une partie de l'année; ce qui contribua beaucoup à l'extension de la capitale pendant les treizième et quatorzième siècles. La bourgeoisie y tenait alors , ainsi que dans quelques villes du Nord, un rang égal à celui de la noblesse. Ainsi s'établissait dans les différentes classes industrielles une hiérarchie de rang et de pouvoir qui suffisait à leur ambition. Le compagnon pensait à devenir maître, prud'homme, syndic et roi . de sa profession , et enfin à porter la robe aux deux couleurs , qui constituait la notabilité ou les fonctions municipales. Un nombre de familles distinguées dans chaque corps de métier composait cette noblesse bourgeoise et patriarcale , cette aristocratie plébéienne où les vertus et la considération se transmettaient avec la puissance. La magistrature
• nombre d'exemples de chevaliers et de gentilshommes fran^*ais des premières familles qui se sont fait déclarer bourgeois , ou en ont prÎA le tltt^ 4aqa les acteai publics. Leb^er, Hit du droit municipal» p. 371. Beaucoup de familles nobles du midi de la France et de la Catalogne n'ont d'autres titres de noblesse que d'avoir acquis à certaine époque le droit de bourgeoisie. €!apmaB , Hist. du consul de Barcelone.
/ De f rt^id no^esse prend titoul Qui de Tholose est capitoul.
De là naquit Finstitution des compagnies d'arbalestriers ; celle de Paris remonte à Louis VI et existait encore en 1789. Elle se pré* senta devant la Bastille.
' Article x*' du règlement de 1287.
établissait le lien entre elles et la noblesse féodale,, participant de toutes les deux, mais se faisant respecter-par plus de lumières et d'austérité.
A cette époque, la ville de Paris avait déjà une enceinte très-étendue, contenant des champs , des métairies qu'on appelait alors cultures, des couvents entourés eux-mêmes de jardins, et clos de murs pour leur défense et marquer leur juridiction. Il y avait aussi quelques hôtels appartenant aux princes de la maison royale , sortes de châteaux forts fermés et gardés comme de$ bastilles. Les places intermédiaires étaient divisées en rues fermées de barrières , de portes de fer, et d'une circulation souvent dangereuse.
Jja division qu'on remarque de nos jours existait déjà entre les habitations du nord et celles du midi de la Seine, de la rive droite et de la rive gauche; la première présentait les grandes agglomérations des corps de métiers ayant leurs chefs, leurs maires, leurs statuts', espèces de petites républiques fédératives; au midi, on apercevait des lieux élevés, les toits en ardoises des églises , dés couvents , de l'université , des collèges , se détachant sur les autres maisons couvertes en tuiles ; au nord , on n'entendait que le bruit des marteaux, des charrettes, des
1 Lettres-patentes du 8 mai i4o8. La revue, ou ce qu*oD ap* pelait la montre des habitants , composait déjà .vingt mille cavaliers et huit mille archers.
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crieurs publics; au midi, celui des cloches appelant les chantres aux offices , les écoliers aux classes : au milieu étaient les halles, si fi^quentées alors par les gens de la campagne qui, de trente lieues à la ronde, venaient y apporter leurs productions en échange des objets manufacturés '. Cette population, d'états, de costumes et de mœurs différentes, et s'élevant déjà à près de trois cent mille habi* tants, reconnaissait les règlements de l'Hôtel-de- Yille^ et la hiérarchie des quarteniers, dixainiers, cinquanteniers , composant, avec les échevins, les conseils, et le prévôt des marchands, l'autorité municipale, autorité élective, populaire, et qui n'a cessé d'exercer une immense influence sur les destinées même du royaume.
L'Hôtel-de- Ville , continuation du Parloir-aux- Bourgeois, syndicat de la marchandise, fut longtemps situé sur un point peu apparent de la capitale, près du grand Châtelet , de là dans deux tQurs au faubourg Saint-Jacques, enfin sur la place sablonneuse de la Grève, non loin de l'orme de Saint- Gervais, sous lequel on rendait la justice. Ce fut Marcel qui fit l'acquisition de cette maison, en i357, et qui fonda l'Hôtel-de- Ville actuel et en
X La ville de Paris représentait alors la division de la population dans la France entière , au nord les villes industrieuses de la Flandre, au midi, au contraire, les idées et les habitudes monacales de l'Espagne et de Tltalie. Monteil, Quinzième Siècle, tom. H, p. 364>
> Hîst de Paris, par Fèlibien, lib. H, ch. 8, x3z3.
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quelque sorte sa puissance. Marcel, ce nom rappelle à la fois de grands talents et de grands excès; Marcel, méconnu pat- les historiens des rois\ et rendu enfin à la Térité par les écriTains philosophes ^, fut un homme de génie pour son temps : fils et petit-fils de prévôts des marchands dont la mémoire était honorée, il surpassa ses pères eh capacité et dans la puissance qu'il exerçait sur le peuple. Il n'était pas un syndic des métiers, Uh bourgeois considérable qui ne connût et iie saluât son chaperon ;Le bonjour à maître Maroel, disàit^n lorsqu'il passait dans les halles. Écoutons notre prévôt, il faut faire ce qtie nous conseillera messire Etienne Marcel ^. C'est pendaht sa prévôté que l'autorité de l'Hôtel-de- Ville, qui n'avait été jusquelà que municipale, devint politique, et ne cessa plus de l'être; c'est lui qtli devina, pour ainsi dire, le gouvernement représentatif et le fonda dans une sorte de chatte mémorable (l'ordonnaiice du mois de mars t357)^. Il inventa le seul impôt juste,
s Villaret , Ilist. de Fr. t. V, p. 117 ; Mezerai , t. H, p. 440. Se» eond Mém. de l'Acad. des Idsc., t. XVI, p. aoo ; Pasquîer, Rechercfa., t. II, c. 7, p. 89 ; et surtout Naudet, dans la Conjuration de Marcel.
s Sîsmondi , Hist . des Français , t. X , p. 497 .
3 Cap de Figue, Hist. de France après Philippe-Auguste, t. U, p. 409.
4 Recueil des ord. de Fr. , i. Ht , p. ia4; cette ordonnance autorise le rassemblement annuel des États-Généraux sans convocation , la formation d'un comité permanent de trente^ix Commissaires, dont douze de chaque ordre , clergé, noblesse et bourgeoisie, pour assister le dauphin et le préserver des abus que Tordonnance
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rimpôt proportionnel et progressif , adopté depuis sous le pom Xincome-tax dans les temps modernes ^ Mais c'est; Paris surtout qui lui doit de la reconnaissance pour le système de défense et d'organisa* tion militaire qu'il établit, et qui s'est toujours maintenu ^. Sans doute de coupables excès ternirent les services de cet homme courageux et habile , mais il faut les attribuer principalement au système de perfidie, d'entêtement des hommes qui entouraient alors un souverain yei^e dàge et de conseils y comme dit Froissart, à cet orgueil, à cette avidité de la noblesse, qui alors, comme à d'autres époques, arrêtait toute amélioration possible ^ Le peuple n'avait aucun moyen légal d'obtenir ce qu'il de-
énumère, tels que les impositions arbitraires et Faltération des jl
monnaies.
X L'ordonnance de 1 357 développe le mode de cet impôt et établit une proportion entre les différents revenus; elle donne la forme des déclarations, et certainement dans toutes les circonstances malheureuses d*un pays cette mesure est la plus simple, la plus juste à laquelle on puisse et on doive recourir, mais elle serait trop rigoureuse, trop inqnisitoriale dans les temps ordinaires.
3 II avait entouré la capitale de fortifications , de fossés ; il avait établi dans les rues des chaînes , origine des célèbres barricades ; mais surtout il avait persuadé à la population que ce n'était qu'en elle-même et dans son organisation militaire que se trouvait son salut et la conservation de ses libertés. Les Institutions de Marcel se sont retrouvées à d'autres époques , et par une singularité , les couleurs de son chaperon bleu , rouge et argent, ressemblaient à nos trois couleurs. Voy. Chronique de Saint-Denys , t. XXV, c. xx ; Juvénal , p. i68 , Journal des Bourgeois , t. XV.
3 Froissart lui-même en parlant en faveur de la noblesse est obligé de convenir de ses torts. Chronique, C. 37a; Villaret, Hist. de France , t. V, p. 117; Mezerai , t. U, p. 44o-
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mandait , ou l'exécution des concessions qu'il avait obtenues. Ce n'est qu'après avoir épuisé toutes les remontrances, toutes les sollicitations, qu'il se portait à des excès coupables , mais qui seuls pouvaient alors intimider les hommes faux et cruels qui se jouaient de leurs promesses. Jamais Marcel n'attenta ni à la personne ' ni même au droit reconnu du souverain. Ses discours étaient toujours pleins de respect et de témoignage de fidélité pour lui, et ils n'auraient certainement pas été désavoués de nos jours ^ ; et lorsque , des fenêtres de l'Hôtel-de-
>'L*atteiitat commis sur les deux maréchaux de Normandie et de Champagne ne fut résolu qu'en désespoir de cause, et après que toutes les mesures de douceur eurent été épuisées ; et encore il n'aurait point eu lieu si les explications qui le précédèrent avaient été le moins du monde conciliantes. Le dauphin , qui était entouré de prêtres , de nobles / consulta , avant de répondre à Marcel , Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et le sieur de Conflan, ~ maréchal de Champagne, qui était le plus proche (le lui, et il dit ensuite : « Ce n'est point à moi à présent , mais à celui qui reçoit l'argent des impots à pourvoir à la garde du royaume. » (Froissart^ c. 383, p. 387). De paroles plus aigres suivirent celles-ci , et ce n'est qu'alors que Marcel dit au prince : « Sire , ne vous ébahissez de choses que vous voyez; » puis, se tournant vera les hommes qui l'avaient suivi : « Allons , dit-il , faites en bref ce jpourquoi vous êtes venus. » £t ces hommes mirent à mort les deux maréchaux. Charles effrayé se jette aux genoux de Marcel, qui le rassure, et, pour plus de sûreté , échange avec lui son chaperon. ( Matheo Villani , tom. YIII , c. 38). Les trente-six commissaires qui , sous l'influence de Marcel et de l'évéque de Laon , dirigèrent les affaires , loin de vouloir usurper le pouvoir du dauphin , desiraient qu'il eût assez d'énergie pour gouverner lui-même , et l'engagèrent ^à prendre le titre de régent (Froissart, c. 383.)
* Oui , nous voulons , disait-il , et nous saurons bien chasser les Anglais hors de France, afin que les habitants pussent vivre en paix
Ville , et la tête couverte du chaperon du roi , auquel il avait donné le sien, il fit connaître au peuple sa conduite, il fut couvert d'applaudissements, et ses paroles retentirent même au dehors, et sou-
et en sûreté. Nous doDDeroDs nos biens, notre sang, pour aider monsieur le dauphin à délivrer le roi notre seigneur et maitre. Mais avant de prendre les armes contre l'étranger, il y a d'autres ennemis qu'il faut abattre, et avec d'autant plus d'aotivité qu'ils sont plus près de nous , avec d'autant plus d'indignation qu'ils se disent les serviteurs du roi , eux qui nous réduisent à un état si déplorable. Ce n'est pas la perte d'une ou de plusieurs batailles qui renverse les états , c'est le despotisme , en éteignant l'amour de la patrie et la fierté nationale , en ne laissant aux hommes des sentiments que pour la douleur et la colère.
On nous a demandé une aide pour la rançon du roi et pour les besoins de la guerre. Malgré l'épuisement de nos fortunes , nous voulons, comme bons et fidèles sujets, payer la rançon du roi, fournir à l'entretien des troupes , prendre nous-mêmes le casque ei l'épée , servir sous les bannières de nos paroles , et grossir les compagnies d'hommes d'armes. Mais nous demandons, pour prix de notre zèle et de notre générosité , ce qu'on aurait dû nous donner depuis long-temps sans sollicitations et sans intérêt : Sûreté et justice. Nous sommes jugés par tout le monde, excepté par nos juges naturels. Les charges et les ofQces sont vendus ou donnés à ferme ; on n'a plus besoin que d'argent pour être autorisé à prononcer sur l'honneur, sur la fortune , sur la vie des sujets. Ce n'est plus le temps où les rois se mêlaient à leur peuple comme à leur famille, et leur communiquaient les fruits de leur sagesse et de leur bonté. Ils sont entourés aujourd'hui par des armées de conseillers , de clercs et d'officiers royaux. J'ai plus d'une fois ouï raconter à mon aïeul comme il avait vu dans son enfance le roi saint Louis sans faste, sans appareil, écouter les plaintes de ses sujets, et accommoder les différents sous le gros arbre de Vincennes. Il n'avait d'autre cortège que l'amour du peuple , d'autre décoration que ses vertus. A ce tribunal paternel et vraiment royal, les petits étaient admis comme les grands ; le mensonge était démasqué , l'intrigoe et le crime étaient confondus. ( Voy. Naudet, Conjuration de Marcel , p. 55 , où il cite les autorités.)
levèrent une partie du royaume. Marcel , dît-on, fut républicain : oui sans doute , si par ce nom on entend le sentiment des droits et de la puissance de la communauté, son intervention légale et juste dans le paiement des impôts, dans une réunion annuelle des élus du peuple, dans un compte rendu aux députés; il fut républicain, si tel est le nom qu'on veut donner à une responsabilité ministérielle, à la participation égale entre les différents ordres des charges sociales, enfin dans les bornes apportées à l'autorité absolue; mais il ne le fut point dans l'acception que semblait indiquer la chronique \ C'est au contraire le sentie ment que cette forme de gouvernement n'était pas applicable au pays , et sa confiance dans le roi de Navarre , comme pouvant être à la tête d'une monarchie modifiée, qui le perdit et qui le rendit le jouet d'un misérable sans foi et sans honneur^. Si, pénétré profondément de la force de cette classe moyenne, de cette bourgeoisie généreuse à laquelle
I Chron. de Saint-Denys, f. 177, col. i, second art de Nanges» p. 116. Sans doute l'esprit républicain animait toutes les aouvellcs municipalités de l'Italie et du midi de la France; mais il avait, toujours besoin de chercher un appui dans qurique personnage prépondérant.
* Le roi de Navarre se trouvait le plus près du trÀne , et îl fat un moment l'idole du peuple, mais il le trahit bientôt par Tinfluence de la noblesse, à laquelle ses penchants et son rang rattachaient. Un des échevins , partisan de Marcel , allant au supplice , s'écria : « Méchant roi de Navarre! plût à Dieu que je ne t'eusse jamais connu ! » ( Chron. de Nangis , p. 6ao.)
les hommes éclairés du clergé et de la noblesse s'étaient ralliés, et qui sympathisaient avec toutes ' les provinces \ il n'eût point cherché d'autre com* binaison , ses partisans ne se seraient point séparés de lui ; et réunis ils auraient obligié le monarque régnant à se soumettre à des institutions qui devaient, six siècles après, être 1^ meilleures garanties de sa couronne.
Il n'était déjà plus ce temps où les campagnes , peuplées de loin en loin de pauvres hameaux , dé^ pendaient des seigneurs retranchés dans de hautes -tours, où les villes n'étaient qu'une sorte de marché d^ouvriers; le travail, et l'aisance qu'il procure, avaient affaibli ce principe de servilité et de dépendance timide; les. villes avaient acquis des droits qu'elles faisaient respecter,et les campagnes voyaient la possibilité de secouer le joug de la noblesse, qui avait cessé de les protéger , et dont la considération s'était perdue dans les honteuses batailles de Crécy et de Poitiers. Les armées d'ailleurs n'étaient plus composées exclusivement de nobles, mais aussi d'archers et d'arbalétriers, pris parmi les roturiers, particulièrement exercés au métier des armes, et qui après les guerres revenaient dans les campagnes peu disposés à se soumettre à une honteuse domination. Une fermentation générale
1 Le plus grand nombre des bonnes villes adopta le chaperon et la livrée de ceux de 'Paris; on distingua surtout Amiens, Laon et Rouen , et la jaquerie se joignait dans les campagnes à ce mouvement des villes. ,
existait partout, et il ne fallait que la présence de quelque homme distingué et d'un rang illustre, auquel on se serait attaché, pour devancer de long-temps la civilisation.. Cet homme ne se ren* contra pas, et les mouvements généreux de la population de Paris et des malheureux habitants des campagnes furent étouffés. Il en fut de même trente ans après, lorsque le peuple, accablé d'impôts, révolté des cruautés du duc d'Anjou, et se rappelant le courage qu'il avait autrefois développé sous Marcel , alla encore chercher à l'Hotel-de-Ville ses armes , son appui, sa direction, et que , sous le nom de Maillotins , comme autrefois sous celui de Jacques^, il tenta de se faire rendre justice; il succomba encore; et les hommes respectables qui
1 Voyez sur les Maillotins le moine anonyme de Saint-Denys, et Juvénal des Ursjns,ann. i38a; et sur les Jacques, Froissart, vol. I, chap. i8a, i83 et i84; surtout le dernier ouvrage de Capefigus, tom. II et in. Les premiers s'étaient organisés en dixaines, cinquantaines, et les autres avaient également conçu un gouvernement nouveau. La révolte simultanée des métiers et du peuple en Angleterre, en Frandre, l'encourageait; mais cette dernière insurrection n'avait déjà plus le caractère loyal et régulier de la première. En i58a, le pillage dans Paris l'avait signalée y et avait éloigné la haute bourgeoisie d'y prendre part. 1\ se forma alors dans la ville un parti qui aima mieux s'exposer à tout le ressentiment du souverain et à son autorité arbitraire, qu'à rester dans un état d'anarchie et de trouble qui compromettait sa fortune. Il y eut alors complet désaccord entre la haute bourgeoisie et le peuple : celui-ci devint violent , et les autres au contraire modérés: c'est principalement à cette différence d'intérêts et d'opinion qu'on doit attribuer le peu de succès du mouvement insurrectionnel.
modéraient ses passions tout en réclamantsesdroits, furent compris dans la vengeance des princes, qui ne connaissaient, qui ne voulaient reconnaître que le pouvoir arbitraire. C'était, comme on le disait dans ce temps, la guerre du casque de fer contre le bonnet de laine , et on peut penser quel devait être le vainqueur. Le tableau des vengeances exercées à cette époque sur les malheureux habitants retrace le souvenir des siècles barbares. £n vain les bourgeois, les gens de loi, qui n'avaient pris aucune part à la révolte, l'université tout entière, la duchesse d'Orléans elle-même, vinrent se jeter aux pieds du roi pour obtenir la grâce, non pas des coupables , ils avaient déjà péri, mais de ceux sur lesquels ne planaient que des soupçons; ils ne purent rien obtenir : le mois de février tout entier se passa en exécutions, et les hommes les plus recommandables y succombèrent. De ce nombre, dit la chronique , fut Jean des Mares, avocat du roi au parlement; homme vénérable par son âge , ses talents , ses services , et encore plus par sa disgrâce. Il avait servi avec distinction sous les trois derniers règnes, et avait été anobli lui et sa famille par le roi Charles V, en 1 365. Dans la sédition des Maillotins, il s'était porté médiateur entre le roi et le peuple , et avait toujours recommandé la soumission au prince et aux lois. Ainsi, quoique plaint de la plupart des gens de bien , il se vit abandonné par eux dans ce moment de terreur
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royale. Il eut beau réclamer, comme clerc, la justice de Tévéque , on le comprit dans la sentence de mort prononcée contre douase bourgeois déclarés coupables de lèse -majesté. On rapporte qu'allant au supplice il récitait le psaume 4^* - Judica me^ Deus y et discerne causant meam. Enfin il eut la tête tranchée avec les autres, et laissa au monde un grand exemple de l'inconstance de la fortune.
Le conseil ne borna pas là sa vengeance. Pour punir la bourgeoisie entière , le roi , par ses lettres du 227 janvier même année, prit en sa main la prévôté des marchands, l'échevinage, le greffe, toute la juridiction, les rentes et les deniers communs de la ville ; il transporta au prévôt de Paris ou à son lieutenant l'exercice de sa juridiction, qui appartenait à rHôtel-de-Y ille , tant au fait de la rivière et de la marchandise, qu'en toute autre chose, et ordonna que la recette de ses deniers serait faite par le receveur ordinaire du domaine du roi'. It abolit en même temps toutes les maîtrises et communautés des métiers; permit seulement au prévôt de Paris d'élire des visiteurs, sur le rapport desquels il jugerait les contraventions. Il défendit aussi qu'il se fît aucune assemblée de métiers par manière de confrérie ou autrement, sans sa permission ou celle du prévôt de Paris en son absence, si ce n'est pour aller à l'église ou en revenir. 11 abolit de même tous dixainiers, cinquanteniers et
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quarteniers, enfin tous les ordres que des siècles avaient créés et que d'autres avaient confirmés. Cette tragédie finit par une scène ridicule en plein air y où on fit venir les femmes des bourgeois échevelées demander la grâce de leurs maris. Les ducs de Berry et de Bourgogne firent semblant également de se prosterner aux pieds du roi, et celui-ci accorda un pardon lorsqu'il n'y avait plus personne à punir.
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