‹ Paris municipe, ou, Tableau de l'administration de la ville de Paris ... pour servir à l'examenChapitre 4 sur 7 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dé l'administra tîon de . la ville de Paris depuis le rétablisse-» ment de son corps municipal, en 141 i^jusqu'à la révolution de 1789.

« Le royaume de France a sa seuretè et sa force dans Tobli- •• galion qui soumet les roys à une infinité de lois où se trouve « la dignité des peuples.» Machiavel, Du Prince, Tf, ch. x6.

Lb pouvoir absolu est agréable à saisir, mais souvent incommode à exercer; prendre n*est pas toujours synonyme d'obtenir, et les libertés publiques ont été quelquefois de bonnes mesures financières. Le gouvernement le sentit après peu d'années du nouveau système d'administration pour la ville de Paris; le prévôt chargé de tout ce qui concernait la municipalité, éprouva bientôt qu'un homme seul ne pouvait pas suffire à l'exercice de ces deux emplois. On rendit donc aux bourgeois la garde de la prévôté des marchands, sans leur en rendre encore la propriété. Jean Jouvenel, dit des Ursins, fut garde de cette prévôté, et eut quelques successeurs dans cette qualité. Charles Culdoé, l'un d'entre eux, obtint, en i4o5, la restitution des revenus de la ville pour la réparation des portes, ponts, fontaines, tours, égouts et fossés, où l'on n'avait point travaillé depuis plus de vingt ans. Ënfiia, après vingt-neuf années de suppression,

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Charles YI, apaisé par un châtiment si long, rétablit, en 141I9 le Parloir-aux-Bourgeois, et rendit à la ville sa juridiction, la propriété de son domaine, ses revenus communs, et tous ses privilèges. Mais les magistrats nouvellement élus ne surent phis quelles étaient leurs attributions. Le greffe avait été exposé, au pillage; les archives avaient été dissipées, et des titres de la ville égarés. Pour remédier à tous ces désordres, le roi nomma des commissaires qui travaillèrent à la confection d'une ordonnance générale qui servit désormais de règle dans l'administration de la police et de la justice municipale. Ce soin fut confié au procureur général, à Jean Mauloué, conseiller au parlement, au prévôt des marchands et aux échevins. Et comme là nouvelle ordonnance ne devait contenir que les anciens usages, les commissaires commencèrent par rassembler autant qu'ils purent les chartes, papiers, registres, et autres renseignements anciens. Le roi ordonna au garde du trésor de ses chartes de rendre toutes celles qui y avaient été portées des archives de la ville , et de délivrer des vidimus de toutes les autres. Â la preuve par écrit, les commissaires joignirent une enquête , où ils appelèrent des personnes de tous les états de la ville, les mieux instruites de ses droits, des vieillards qui avaient passé par ses charges , d'anciens bourgeois et marchands versés dans la connaissance de ces affaires, enfin tous ceux dont on espéra pouvoir tirer quelques lumiçres. Les

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commissaires, après avoir pris leur avis , dressèrent un procès-verbal de leurs dépositions; et, après trois ans de recherches , Fancien droit de la ville fut enfin rédigé par une ordonnance générale , scellée du grand sceau, au mois de février i4i5. C'est ce travail qui composait la loi municipale de Paris, et qui était encore en vigueur au moment de la révolution. L'élection libre et entière en £orme les bases ', et ce principe ne fut altéré que sous les derniers règnes, où la vénalité des charges corrom*pit toutes les institutions. Plusieurs édits furent même rendus pour prévenir les intrigues qui auraient pu entraver le libre exercice du droit des citoyens *.

■ Édit de Crémien, sous François l**^ en i536, x554, et de Charles IX.^ en i564» et par Louis XIV, arrêt des eonseils des 24 janvier et za septembre 1767. Le principe d'élection dominait alor» dans les institutions ; il avait lieu pour tous les offices du parlement, même pour le chancetier, premier personnage de Tétat, et pris dans toutes les classes de citoyens, si bien que Louis XI dut faire chevalier Arnaud de Corbie, pour qu'il pût siéger au milieu de la noblesse. La nomination âe Pierre Dorgemont se fit dans une assemblée de deux cents seigneurs, prélats, conseillers et notables bourgeois convoqués au Louvre. « Or ci, a dit le roi, nommez au scrutin secret celui qui par son mérite et ses vertus vous semblera le plus digne d*étre ciiancetter;» et les bâkts ayant été jetés dans Le bonnet d'un page , il en sortit le nom de Pierre d'Orgemont. (Registre du Parlement, ch. 11 et m.)

a Henri m, sur la remontrance des États de Blois, en 1579, promulgua cette disposition : « Voulons que toutes les élections de prévost des marchands, maires, échevins, conseillers et gouverneurs de villes, se fassent libremei^t, et que ceux qui, par autres voies, entreroient en telles charges , en soient ostés et rayés de leur registre.» Une ordonnance de 1619, sous Louis XIII, confirme ces disr positions.

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Les officiersprmcipaux delHôteinie-yilIe étaient le prévôt des marchands, quatre éefitevins, le procu» reur du roi, le greffier et le receveur. Ces huit personnes composaient ensemble ce qu'on appelait le Bureau de la Ville. U y avait en outre vingt*six conseillers et dix sergents ou huissiers. Les autres offi* ciers subalternes étaient les quarteniers , au nom* bre de seize; les cinquanteniers^ au nombre de quatre en chaque quartier, qui feisaient en tout soixantenpiatre; et les dixainiers, au nombre de deux cent cinquante -six, seize dans chaque quartier; Tarchitecte ou maître des œuvres de la ville; le capitaine de l'artillerie , l'imprimeur, et le maître^d'hôtel. Les trois compagnies des gardes et archers faisaient aussi partie du corps de ville. Chacune de ces compagnies était de cent archers, auxquelles, fut bientôt adjointe la milice bourgeoise, et celle-ci composait , en i yoS , cent trente- trois compagnies ,. dont tous les officiers* ainsi que ceux des archers étaient à la nomination du prévôt des marchands et lies-échevins. C'est cette milice qui asservi depuis de modèle et de principe à l'institution de la garde nationale.

L'élection du prévôt des marchands se faisait tous les deux ans; mais il pouvait être continué jusqu'à quatre fois. Tous les ans les deux plus anciens des quatre échevins sortaient d'emploi , et l'on en élisait deux nouveaux. Voici quel était le mode d'élection à ces deux fonctions: Avant le i6 d'août, jour fixé

pour ces nominations, les quarteniers convoquaient une assemblée dans les quartiers pour choisir parmi les notables de la population quatre électeurs pour se rendre à l'Hôtel-de- Ville, et procéder tant à l'élection des scrutateurs qu'à celle des prévôt et échevins. Le jour de l'assemblée générale, le prévôt , les échevins , les conseillers et quarteniers de la ville, après avoir entendu une messe du Saint- Esprit , se rendaient au grand bureau de l'Hôtel-de- Ville. Les quarteniers présentaient le procès-verbal de l'assemblée par eux tenue, et les noms des quatre nommés , chacun écrit à part sur un bulletin. Les quatre noms se mettaient alors dans un chapeau miparti des couleurs de la ville, et les deux premiers tirés au sort étaient enregistrés sur une liste avec celui du quartenier. Cette élection faite, on envoyait chercher les dénommés, par les sergents.de ville , et quand l'assemblée était ainsi complète , le greffier faisait lecture des* ordonnances données au sujet de l'élection , et l'appel nominal de ceux qui devaient composer l'assemblée, après quoi les échevins qui sortaient de charge remerciaient J'assemblée. On procédait alors à la formalité du serment pour la nomination des scrutateurs, en commençant par les conseillers de la ville , selon l'ordre de leurs séances , les quarteniers et leurs mandés, et enfin le prévôt et les échevins. L'élection devait tomber sur quatre personnes, dont l'une serait officier du roi, l'autre conseiller de la ville, la troi-

sième un quartenier , et la quatrième un des bourgeois mandés.

L'élection faite de vive voix, les scrutateurs choisis prêtaient serment ensemble, entre les mains du prévôt des marchands et des échevins, sur le tableau de la ville. Après cela, le prévôt et les échevins quittaient leur place et allaient se mettre au-dessus des conseillers de la ville; et au lieu qu'ils venaient de quitter, s'asseyaient les quatre scrutateurs, dont le premier tenait le tableau de ville pour les serments d'élection, et le second le chapeau mi-parti , pour y recevoir les suffrages. On appelait tous les assistants par ordre; le prévôt le premier, puis Jes échevins, les conseillers, les quarteniers et les bourgeois mandés, qui donnaient leurs suffrages. Le scrutin fermé, les scrutateurs passaient au petit bureau, où ils faisaient le dépouillement des bulletins, et un procès- verbal, qu'ils présentaient ensuite au roi, accompagnés du prévôt, des échevins, des procureurs et greffiers de la ville, et de ceux qui avaient été élus à la pluralité des suffrages. L'acte de scrutin était ouvert et lu en présence du roi, et les élus étaient confirmés par le roi et lui prêtaient serment. A peu de changements près les mêmes usages se conservèrent jusqu'au règne de Louis XY; mais alors le nom du prévôt était indiqué par le roi, et seulement confirmé par le semblant de l'élection.

Outre la connaissance des matières qui dépen-

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dent du commerce par eau, le prévôt et les éche* vins étaient chargés des subsistances, des approvisionnements de la ville, de la perception et emploi de ses revenus, dont ils ne rendaient compte qu'au roi. Ils avaient encore la surintendance des fontaines de Paris, le soin des ponts , des quais, des boues et des lanternes , de Tentretien du pavé et plusieurs autres attributions détaillées dans l'édit de 1700, qui avait réglé les bornes des deux juridictions de la ville et du châtelet ^ Les quarteniers étaient commis pour veiller dans les quartiers de la ville à ce qu'il ne s'y passât rien de nuisible au repos public. C'était à eux que le prévôt des marchands et les échevins adressaient leurs ordonnances pour les distribuer aux cinquanteniers, qui en faisaient part aussitôt à chaque dixenier, afin que l'ordre fût plus promptement exécuté dans toute la ville. Ce réseau administratif des élus de la communauté, et qui ne cessait pas d'en faire partie , contenait ou mettait en mouvement toute la population. On conçoit que dans un temps où les tribunaux étaient à peine organisés, où le*s parlements n'avaient point encore de caractère politique ni même d'existence fixe , où la cour des comptes était soumise à Fauto-

X Dans les temps éloignés , le tribunal du prévôt des marchands jugeait les aflaîres par arbitres, et dans les cas embarrassapts, les arbitres invitaient à se rendre au Parloir-defr-Bourgeois les prudhommes les plus sages et les plus anciens « afin d'avoir leur avis. ( Voy. Coutume de la marchand, de Feau de Paris, col. 4x.)

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rite royale y ce corps de la ville, ainsi composé, siégeant dans un édifice considérable , au centre de la. population, devait avoir une grande importance Les hommes vertueux* qui le composaient, forts de la confiance de leurs concitoyens , et distingués par des privilèges', des armoiries et un costume éclatant , marchaient de pair avec la noblesse. Leur assemblée formait une chambre de députés permanente uniquement composée de la classe moyenne.

> La prévôté et Téchevinage de Paris ne pouvaient être déférés qu'à âes personnes irréprochables dans leurs affaires et leur conduite; le moindre retard de paiement ou lettres de surséance en rendait indigne.

* De la Roque , Traité de la Noblesae » ch. xlii , art. S. La no* blesse attachée aux charges municipales n'était point une institution moderne ; elle existait même chez les Romains. Ne devonsnous pas chérir et honorer, dit le Code, cette noblesse, kane nobilUatem, qui supporte pour nous tant de fatigues. Ces privilèges consistaient de temps immémorial à posséder des fiefs nobles et à jouir de toutes les prérogatives de la noblesse. Us sont relatés tous dans l'ordonnance du 9 août 1371, confirmée successivement par celles de 1411 et ii^77, et réunies dans les lettres patentes de Louis XIV de mars 1669. Le plus ancien prévôt des marchands est Jean Àugier, qui l'était en ia66; il eut pour successeur Guillaume Perdoe, Auguste Gentien et Marcel : on a le nom de tous ceux <{m ont occupé ces emplois depuis 141S. L'ordonnance de x6S8 est ainsi conçue : « Louis, par la grâce de Dieu , etc., etc. Les rois nos prédécesseurs ayant considéré combien il imporloit a leur grandeur et dignité de cet État de récompenser ceux qui par leurs vertus et louables actions s'étoient fidèlement employa pour leur service, ont dû leur accorder des marques d'honneur qui pussent passer à leur postérité; avons confirmé et confirmons lesdits échevins dans leur titre de noblesse. » Ces titres sont conférés par un édit du roi qui, par une circulaire de 1680, y joint des traitements attribués aux conseillers et quarteniers.

et par là plus véritablement indépendante que les états-généraux, composés des trois ordres, et qui, n'étant convoqués que de loin en loin, étaient plus ou moins soumis à l'aristocratie et au pouvoir royal. L'Hôtel-de-Ville était le palais, le Louvre du peuple. C'est là qu'il siégeait par ses représentants , et que les souverains venaient reconnaître sa puissance en lui demandant des subsides, ou en recevant ses présents. Cette auréole populaire ajoutait à la majesté royale, et composait son plus beau cortège. On voyait ces magistrats électifs, vêtus de leurs longues robes mi-parties des couleurs de la ville , montant des chevaux ornés de bride d'or% comme les chevaliers, aller, précédés de leurs archers et de leurs sergents *, et suivis de milliers de bourgeois

X Ordonnance de 1373. Les aediles, chez les Romains, étaient également distingués par leur costume :

Suffîciunt tunicœ summis sedilibus albs. .

Maktiai..

Celui du prévôt des marchands et échevins consistait en robes de velours ou de satin. A l'entrée de François I^' dans Paris , en i5i4» le prévôt des marchands était vêtu d'une robe moitié velours cramoisi et moitié velours bleu. A la réception du prince de Savoie, en 16 19, M. de Mesme, prévôt des marchands, portait utae robe de velours cramoisi à grandes manches, doublée de pluche de soie , et était monté sur un mulet harnaché de velours noir, couvert de passements, housse et crépines d'or. M. Duplessîs, ainsi que les trois autres échevins , portaient aussi des robes de velours cramoisi, mais courtes, comme appartenant aux marchands. Lorsqu'un deuil de cour avait lieu , au moment de quelques grandes cérémonies, le roi faisait ordinairement des présents de velours et de satin au prévôt et aux échevins. Il en fut ainsi en i6ai et 1637. 2 Le vêtement de ceux-ci était remarquable par le navire d'ar-

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richement vêtus, et du peuple criant, Noël, noél^y au-devant des souverains à leur entrée dans la ville, les escorter jusqu'à leur palais, et rendre de semblables honneurs aux princes étrangers, auxquels ils donnaient une grande idée du luxe et de l'élégance de la capitale. Dans toutes les cérémonies *, le prévôt des marchands occupait la droite du gouverneur de Paris, et le corps de la ville marchait parallèlement avec le parlement; celui-ci à droite, suivi de la cour des comptes, et Tautre à gauche. Le prévôt de Paris, quoique le premier personnage de l'administration, lé souverain au fait de la justice^ ne passait qu'après lui^; mais la prépondé-

genterie aux armes de la ville, sur la manche. A Tentrée de Henri II, les bourgeois notables précédaient le cortège, et avec eux i5o enfants richement vêtus, ainsi que les maîtres jurés des six corps de métiers, vêtus pour chaque métier de robes différentes.

' Les habits des bourgeois et de leurs femmes différaient peu . de ceux des nobles» mais ceux-ci cherchaient toujours par les lois somptuaires à établir une séparation : c'était moins Tintérét de Findustrie nationale qu'ils voulaient protéger par là, que leur orgueil qu'ils voulaient satisfaire. Ainsi, presque toutes les ordonnances de ce genre commencent de la sorte : « Nul bourgeois ne bourgeoise portera vair ne gris ne hermine. «(Ordonn. de Phil.-le- Bel, 1194.)

' L'ordre de la marche était le même dans toutes les cérémonies : entrées de princes, processions, obsèques ou poses de pierres; il était réglé par diflerents édits du roi, et principalement par un arrêt du parlement de i5o8. Plusieurs difficultés de préséance eurent lieu entre la cour des^ comptes et celle des aides , mais jamais avec le prévôt des marchands , qui prenait même la place de premier président du parlement dans l'église, lorsque celui-ci en était absent en qualité de doyen de l'église. La chose eut lieu en i555.

2 Le prévôt de Paris avait conservé le pouvoir des anciens con-

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rance de l'Hôtel-de. Ville était à l'Hôtel-de-Ville même , lorsque les gouverneurs de Paris venaient y recevoir une sorte d'investiture. Montmorency, Brissac , Coligny , et plusieurs princes du sang furent de ce nombre ' ; il en était de même lorsque la ville tenait sur les fonts de baptême quelques enfants illustres, tels que le duc d'Anjou, frère de Charles IX ^, le fils de la duchesse de Guise, et plus tard ceux de la duchesse de Longueville; lorsque surtout les souverains venaient y recevoir des fêtes, les plus magnifiques de ces temps ^, et dont les plus belles dames faisaient les honneurs^. Aussi

suis; il ne reconnaissait de supérieur que le roi ou le parlement: Major post principem. (Joan. Gai., quest. 276, liber p. i5a, et cidessus.)

r Ils étaient reçus dans la grande salle , où un siège de velours noir leur était préparé au-dessus de celui du prévôt des marchands: il en fut ainsi pour l'amiral Coligny en i55i, pour M. René de Ville- 'quier en i58o.

' Catherine deMédicis, en i566, choisit la ville de Paris pour tenir sur les fonts de baptême le duc d'Anjou, dont on voulait changer le nom. A cet effet, le prévôt des marchands représenta la ville, se rendit à Saint-Germain , où se trouvait la maréchale de Montmorency, la marraine ; et, dans la cérémonie, celle-ci tenait le duc d'Anjou par la main droite, et le prévôt par la main gauche.

^ Le prévôt des marchands était au bout de la table, et les échevins en grande robe surveillaient le service; la table contenait, au dîner donné par la ville le 3o janvier 1687, cent cinquante couvei*ts: chaque service était précédé par les trompettes et les tambours de la ville. Le roi avait des plats à part préparés pour lui. Ces repas étaient ordinairement suivis de feux d'artifice et de bals. ( Jaillot, quartier de la Grève , p. ao. )

4 On a conservé leurs noms, entre autres celui de madame de Bellefaste, fille du chancelier de l'Hospital.

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n'était -il pas une occasion importante que les princes ne saisissent pour jouir de ces divertissements. Chaque année on les voyait, le jour de la Saint-Jean, se couvrir d'écharpes d'oeillets, et allumer le bûcher sur la place de Grève ; les jours de carnaval , les anniversaires ou la rentrée des souverains dans Paris étaient marqués par de semblables solennités. Louis XI les aimait particulièrement et affectionnait la bourgeoisie de Paris; il allait le soir souper chez les gens de toute condition et récitait chez eux le benedicite et s'occupait de leurs moindres affaires. A son retour de la bataille de Montlhéry, dit son historien, il trouvait grand plaisir à raconter aux dames et demoiselles de Paris les dangers qu'il avait courus \ et cherchait ainsi à se rendre populaire; ce qui ne l'empêchait pas de faire pendre quelquefois au plus prochain clocher les habitants qu'il supposait en faute, «lesquels, » dit la chronique , « faisoient par là-haut contorsions

I N Le roi étant au dict lieu de Paris , fit de grandes homélies et bonnes chieres et divers hôtels; le tiers jour de septembre i465, il soupa en Thôtel de maître Guillaume de Corbie, lors conseiller en sa cour de parlement, et y furent plusieurs damoiselles et honnêtes bourgeoises du dict lieu de Paris; et le roi, récitant son adventure de Montlhéry, dit et déclaira de moult beaulx mots et piteux, de quoi tous et toutes plorerent bien largement, a (Chronique de Jean deTroye, sept. 14^50 Saint Louis avait aussi de semblables rapports avec les hommes distingués de la bourgeoisie. Il fit venir à lui , dit Joinville, et boire et manger à sa table, Robert de Sorbon, « quoique fils de vilain et de iniaine, mais pour la grande renommée qu'il oyt d'être prud'homme. »

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et grimaces, les bons bourgeois'. » Louis XIII et Louis XIV firent plus : ils amenèrent à THôtel-de- Ville leurs comédiens , leur musique, et ils y dansèrent eux-mêmes des ballets. Avant de se retirer, ils portaient la santé du corps municipal. A la suite de ces divertissements venaient ordinairement des présents qui n'étaient pas reçus avec moins de faveur. C'étaient quelquefois des levées de troupes^, des vaisseaux^, mais plus ordinairement des vases ou des statues d'or et d'argenté «Grand merci! bonnes gens,» disait Charles Y en les voyant, «ils sont beaux et riches. » « Je recois avec une vive satisfaction, » disait Henri IV, « et vos cœurs et vos confitures. » Mais cela ne suffisait pas toujours aux souverains , et souvent ils venaient demander des subsides; c'est alors qu'ils ne craignaient point de s'humilier devant la puissance populaire. La superbe Catherine de Médicis y vint abaisser son front, et y tenir un discours suppliant.

1 Jean de Troie, i455 , p. 39. .

2 £d i3i5, i5aa, i!)6y, x636.

3 C'était le présent que les villes aimaient le mieux à fournir, 1496 et iSoy.

4 Cet usage existait chez les Romains : les villes offraient aux empereurs des couronnes d'or. ( Cod. Théod. la , lib, i3, de Corona aurea.) Le présent offert à Isabeau de Bavière, en 1889, par quarante bourgeois de Paris, pesait 3oo marcs tant or qu'argent; celui de la reine Éléonore était plus considérable encore. £n i53x, le prévôt des marchands présenta à Chartes-Quint, à son passage à Paris, un Hercule en argent de 6 pieds de haut, plantant les deux colonnes de ses armes, avec sa devise : Plus ultra.

«Alors, dit la chronique, fut intimé à la reine et «t à sa compagnie qu'elle se retirast en une chambre (c qui lui avoitété préparée près de la grande salle, (c pendaut que ladicte compagnie aviseroit quel secs cours on pourroit faire au roi ; ce qu'elle fit. Et «après que ladicte dame fut retirée en ladicte chamicbre, monsieur le prévôt des marchands mit la f( matière en délibération , et demanda aux assistans «leur avis, chacun eu particulier; tous lesquels « conclurent et avisèrent de secourir le roi de dix « mille hommes de pied, pour lesquels seroit levée « sur tous les habitants de ladicte ville etiaubourgs, ce sans en excepter ni exempter aucun , la somme « de trois cent mille livres tournois. Ce faict, ladicte «dame revint à ladicte salle; et étant assise en sa «chaise, lui fut déclarée ladicte conclusion, dont « elle remercia bien fort ladicte compagnie. »

Cette action de l'Hôlel-de-Ville, ce gouvernement municipal , ne consistait point seulement en vains privilèges qu'il eût été possible aux princes qui faisaient leur séjour à Paris, de briser un jour; mais ces privilèges étaient appuyés sur une organisation militaire, forte et indépendante dont les magistrats de la ville disposaient seuls.

Paris était alors entouré d^ murailles flanquées de grosses tours; ses portes se fermaient régulièrement, et les échevins en gardaient les clefs. Ce fut Ta trahison d'un de ces hommes qui en ouvrit l'entrée à Isabeau de Bavière, dans le temps de

la faction bourguignonne. Le prévôt des marchands recevait le mot d'ordre de la bouche du roi , et le donnait aux capitaines sous ses ordres. Ce magistrat marchait à leur tête dans les émeutes, et courut de grands dangers , entre autres contre les écoliers. La bourgeoisie était enrégimentée ; elle élisait ses officiers, réglait leur solde % et se formait, par de fréquents exercices, au maniement des armes. Une montre y ou autrement revue, sous Louis XI, présenta le nombre considérable de quatre-vingt mille bourgeois, tous armés et vêtus de hoquetons rouges, avec une croix blanche *.

Dans les 'circonstances importantes, personne n'était exempt du service personnel; les présidents et conseillers des cours souveraines, les plus riches habitants montaient la garde aux portes de la ville .

Il y avait, au coin des rues, de grosses chaînes scellées qu'on tendait à la première alarme poiu* fermer les quartiers. On faisait à toutes les maisons des saillies qui les rendaient plus propres à l'atta-

' Des ordonnances autorisaient les métiers à s'imposer eux-méme^ pour leurs dépenses communes; la plus ancienne est çle i363. (Voy. Laurière, tom. III, p. 6a8, sur les marchands voiturlers.)

' On comptait parmi eux jusqu'à soixante-sept bannières des seuls métiers , sans les étendarts et guidons de la cour du parlement, de la chambre des comptes , le trésor, la chancellerie et THôtel-de- Ville. ( Félibien , tom. II , p. 858. )

^ « Nous sommes , dit Pasquier, devenus maintenant tous guerriers désespérés; le jour nous gardons les portes, la nuit faisons le guet, patrouilles et sentinelle. Bon Dieu! que c'est un métier plaisant à ceux qui en sont apprentifs. » (Liv. a, lettr. i.)

que et à la défense ; enfin , le peuple avait ses bannières , des places d'assemblée fixes , des mots de ralliement, et dans les syndics des différents métiers et des confréries' de métiers, des chefs habiles et courageux. Leurs principaux postes étaient aux deux châtelets , aux prisons , à l'Hôtel-de-YiHe , et devant les reliques de la Sainte-^Chapelle'.

La ville était divisée en seize quartiers, dont chacun avait un conseil électif, et formait comme une petite république fédérative , origine des districts , des sections, des municipalités, transformés aujourd'hui en douze arrondissements, mais qui, à cette époque, correspondaient avec THôtel-de- Ville, et suivaient ou dirigeaient son impulsion. Chacun de ces quartiers était sous le commandement d'un quartenier, qui avait lui-même sous ses ordres les dixainiers et cinquanteniers ^, qui, au premier signal, réunissaient autour d'eux les bourgeois les plus notables, les plus énergiques et les mieux armés. Ce fut une contre-organisation semblable qui donna tant de force à la Ligue pendant quelque temps. Le nom de Conseil des Seize vient du nombre dé quartiers. On se servit du cadre existant ,

I OrdoDnance du 6 mars i363.

* Les églises avaient aussi leur guet dans leur juridiction, mais ces soldats devaient porter leurs armes dans un sac. (Arrêt du par* lement du 19 mai x363.)

3 Cette dénomination parait déjà dans les emplois municipaux dans le 7*^ siècle , et dans les 8* et 9*. Duchesne , Hist. de France , t. I,p. 881.

et alors s'élevèrent les premières l)arricades9 qut se reproduisirent depuis, et qui rendirent la force populaire si redoutable'.

De rues en rues, de quartiers en quartiers, l'insurrection gagnait ainsi et paralysait la résistance ; elle cernait la force armée dans autant de prisons , de blocus. Mais il faut le dire à la louange des habitants, jamais ils n'abusèrent de cette terrible puissance , qui aurait assuré au contraire la solidité du trône, si les souverains avaient su toujours l'apprécier. Les scènes qui , à diverses époques, ensatiglantèrent la capitale, furent toujours produites par les menées coupables des gens à la tête des affaires, et toujours le corps de la ville et les habitants considérables tentèrent de s'y opposer.

Il en fut ainsi lorsque les factions de Bourgogne

' La première barricade eut lieu dans la fameuse journée du ii mai i588 , qui en a conservé le nom , et qui semble avoir servi de direction à toutes les autres , car le mouvement populaire eut lieu absolument sur les mêmes points. Au premier signal , les chaînes sont tendues dans toutes les rues , une barricade modèle s'élève à la place Maubert avec des tonneaux remplis de terre; et de proche en proche il en est établi de semblables partout. Attaquées aussi par derrière , les troupes du roi se replièrent en désordre sur le Louvre, assaillies par une grêle de pierres et le feu de la mousquetorie ; les Suisses surtout sont écharpés ; Henri III parvient à s'échapper en gagnant les Tuileries. Le a6 août 1648 semble être une pâle copie de cet événement : deux cents barricades s'élevèrçnt décorées de drapeaux , et oncora là les troupes occupant le Poot-au- Ghange , le Pont-Neuf et le Pont*Royal , sont forcées de se replier par les quais et de venir se ranger en bataille devant les Tuileries. Même plan d^attaque le a8 juillet i83o, mêmes résultats du peuple , mêmes succès ; mais alors il sait mieux proûter de sa victoire.

et d'Armagnac ensanglantèrent la capitale. Le massacre des prisons, si semblable à ce qu'on a vu de nos jours ^ le pillage régulier, le système de terreur qui régna quelque temps, étaient l'effet des passions haineuses des oncles du roi, qui, étrangers à tout principe de patriotisme et d'humanité, ne songeaient qu'à satisfaire leur ambition ou leur avidité. Ces deux chefs cruels , dont l'un épuisait le rpyaume par ses exactions, et l'autre le livrait à l'étranger, doivent seuls porter la réprobation des crimes commis par letirs honteux et vils instruments.

' Ija saine population de Paris, la classe éclairée, refusa toujours de prendre part à ces horreurs, et en arrêta à plusieurs reprises le cours*. Le respectable prévôt des marchands Charles Culdoé, avec tous ses échevins, conseillers de ville, et trois cents des plus notables bourgeois, désespérant de maintenir l'ordre au milieu de ces furieux, et ne voulant faire cause commune avec auciui des deux partis, s'éloignèrent de la ville , et n'y rentrèrent qu'au

I Ua homme tenait les Doms des prisonniers , les appelait l'un après l'autre, et, à leur sortie, ils étaient massacrés. De ce nombre furent ks évéques de Coutance , Senlis , Bayeux , du président au parlement ; leurs corps restèrent exposés également.

> Ce parti modéré de la bourgeoisie est celui qui dans tous les temps a prévalu. 11 avait alors pour chef le duc de Berry ; et toutes les fois que les délibérations eurent lieu par quartier, il l'emporta sur les agitateurs. (Capefigne, tom. lY, p. 3o.)

3 Les seules corporations des bouchers et des écorcheurs , gens à cette époque de mœurs grossières , quoique ayant acquis de grandes richesses k Paris, et seulement quelques familles^ com-

moment où, d'accord avec une autre partie des bourgeois de la ville, ils ouvrirent les portes à Charles VU, et chassèrent de Paris les Anglais. Il faut oser le dire cependant, bien que cette opinion ne soit point celle des principaux historiens , la conduite des princes et des nobles avait inspiré une telle horreur à la masse du peuple et même à la plus grande partie de la bourgeoisie, que le parti bourguignon, quoique celui des étrangers, était plus en faveur dans Paris que l'autre; ainsi que l'a très-bien remarqué M. Capefigue, les Armagnacs représentaient la gentilhommerie et la haute bourgeoisie, les bourguignons, au contraire, le peuple et l'industrie; le peuple avec ses violences sans doute, mais aussi avec ses libertés; et c'est ainsi qu'on peut s'expliquer comment ce parti, quoique contraire à la dignité nationale, se soutint si long- temps. Le parlement, l'université, les halles, les métiers penchaient pour lui. Le duc de Bourgogne avait. hérité de la popularité et de l'influence du roi de Navarre, et il savait mieux la ménager. On le voyait sans cesse parcourir lés halles, suivre à pied le convoi des principaux habitants, et sans les excès de ses honteux acolytes il aurait peut-être triomphé.

mirent les premiers attentats , et étaient entraînées par le fanatisme de la Sorbonne; mais après la première surpise, Thonnête bourgeoisie de Paris, quoique décimée sous les règnes précédents, reprit son empire, et chassa ses oppresseurs. ( Juvénal des Ursins, p. SSy;. Sismondi , tom. XI[ , p. 5 1 4- )

Depuis cette époque l'histoire de Paris ne présente aucune catastrophe particulière , jusqu'à l'événement à jamaisdéplorable de la Saint-Barthélemi.

C'est après beaucoup d'instance, et en quelque sorte par surprise, que la cour entraîna le prévôt des marchands et les chefs des quartiers à participer à cet horrible massacre; et à peine eut-il commencé, le soir même du dimanche, que le roi, à la demande des officiers municipaux, du prévôt Char, ron et des échevins, fit publier à son de trompe une ordonnance pour arrêter TefFusion du sang et le pillage; et d'après l'esprit du temps, il fallait du courage pour résister à l'entraînement des passions populaires encouragées par la cour et par le parlement. Le conseil de la Ligue trouva une égale opposition dans les magistrats municipaux; aucun conseiller ou échevin ne voulut en faire partie. Le prévôt des marchands fut même du nombre

I « Et ayant entendu par le roi , ledit jour S. Barthélémy , sur les onze à douze heures du matin, par les remontrances qui lui en aurotent été faites par lesdits prévôt des marchands et échevins, et plusieurs , tant de la suite de sa majesté que des princes et seigneurs de la cour, tant gentilshommes, archers de la garde de son corps, soldats de sa garde et suite, que toutes sortes de gens et peuple mêlé parmi, et sous leur ombre, pilloient et saccageoient plusieurs maisons et tiioient plusieurs personnes par les rues, auroit été ordonné et commandé par sa majesté auxdits prévôt des marchands et échevins, sur leurs remontrances, plaintes et doléances par eulx faictes à sadite majesté desdits pilleurs , saccagëroents de maisons et meurtres , montés à cheval et ce accompagnés de toutes les forces de ladite ville, et faire cesser tous lesdits meur-^ très, pilleurs, saccagements et sédition. »

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de ceux qui voulurent faire arrêter le duc de Guise à son entrée à Paris , et couper court à Tinstant à la Ligue et à ces malheureuses guerres de religion qui, alors, divisaient les habitants et causaient tous les tnaux.

Les barricades de la Ligue, qui commença ce système de défense populaire, mieux employé depuis, furent l'ouvrage des moines, des Seize et des écoliers. Les bourgeois, pris à l'improviste, se bornèrent à la défense de leurs maisons; les autorités municipales y eurent si peu de part, que le duc de Guise fit mettre à la Bastille le prévôt des marchands, le sieur de Pereuse, et destituer les échevins. Le lendemain il n'eut rien de plus pressé que de se rendre à l'Hôtel-de-Ville lui-même pour y casser le corps municipal et en faire nommer un autre à un scrutin à haute voix, contre l'usage, et ceux-là même encore qui furent ainsi proclamés, n'acceptèrent ces fonctions qu'à la condition d'être confirmés par le roi.

Ce fut le nouveau prévôt des marchands qui tint au nom de la ville sur les fonts de baptême le fils posthume de la duchesse de Guise ,,qùi fut nommé Alexandre Paris. Le du€ changea également de sa seule autorité les capitaines et officiers de la milice bourgeoise, et des quartiers, exigeant qu'ils fussent tous, ainsi que leurs sous-officiers, catholiques. Toutes ces mesures expliquent suffisamment les excès et les folies qui affligèrent les gens de bieu pendant cette époque.

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Il n'en fut pas de même du temps de la Fronde, sorte de révolution populaire, parlementaire, à laquelle tous les esprits étaient préparés, et qui s'accordait avec tous les intérêts comme avec toutes les passions. «Les marchands dans leurs boutiques, ce dit naïvement madame de M otteville , raison- « noient des affaires de l'état , et étoient infectés de « T amour du bien public j qu'ils estimoient plus que « leur avantage particulier.» Le caractère impérieux d'Anne d'Autriche, l'administration de Mazarin, avaient produit un mécontentement général, et qui n'attendait que l'occasion d'éclater; elle se présenta au moment de l'arrestation des deux conseillers Broussel et Blancmesnil. Les relations du temps rapportent qu'en moins de trois heures cent mille hommes furent sous les armes, et deux mille barricades, dressées avec tant d'intelligence, que, de l'aveu des gens de guerre, aucune armée n'eût été capable de les forcer. Ces espèces de citadelles étaient formées de barriques pleines de sable, élevées les unes sur les autres, et jointes entre elles par des chaînes de fer; elles étaient revêtues d'un rang de pierres de taille, et quelques-unes si hautes, qu'il fallait des échelles pour les franchir. Il y en avait de semblables à l'entrée de chaque rue ; des corps de bourgeois en armes se tenaient derrière pour les garder; une ouverture pratiquée dans le milieu, et fermée, au besoin, de fortes chaînes, ne laissait passer qu'une personne à la

fois ; ]es fenêtres des maisons voisines étaient garnies (le pavés pour assommer les assaillants.

Mais du moment où cette manifestation générale se changea dans l'ambition personnelle des princes , des hommes puissants alors , que le bonheur public ne fut plus que le prétexte des vengeances ou des intrigues particulières, les bourgeois de Paris et les magistrafs déployèrent , à plusieurs reprises, un grand caractère ; le prévôt des marchands le Ferron et les échevins maintinrent leur autorité, et ne cédèrent qu'à la violence de la populace ameutée par les agitateurs. Le massacre de l'Hôtel-de-Ville , dénoûment de cette tragi-comédie de quatre ans, vit succomber, après une vive résistance , les meilleurs citoyens ; le prévôt des mar* chands eut beaucoup de peine à échapper aux furieux , et le maréchal de L'Hospital , gouverneur de Paris, ne put se soustraire à leur rage qu'en cachant son cordon bleu et en prenant un habit d'huissier. Il faut l'avouer cependant, les commencements de cette époque furent le moment brillant de l'Hôtel-de-Ville, et l'apogée de son influence. C'est dans ces vastes salles que se réunissaient les princes, les plus grands seigneurs de la noblesse et du clergé, les principaux membres du parlement et des autres cours, avec les officiers de la ville, et les députations de tous les corps de métiers , animées du même zèle pour la réforme des abus et la fondation d'une sage liberté. L'assemblée du 19 avril, et

les remontrances qui en furent le résultat, présentèrent un grand et noble spectacle '. Des combats et des fêtes succédaient à ces délibérations, et ajoutaient une couleur chevaleresque à ces temps singuliers; et l'enthousiasme s'exhalta j usqu'à l'ivresse parmi les défenseurs de cette cause populaire, lorsque les duchesses de Longueville et de Bouillon , toutes deux d'une éclatante beauté , traversèrent à pied la place de Grève , et montèrent à l'Hôtel-de-Ville, où elles déclarèrent « vouloir loger « sous la garde des bourgeois, comme otages de la a fidélité de messieurs leurs maris , et de leur zèle ce pQur le service de la ville et du parlement. »

Après cette époque il ne resta plus qu'un simulacre de l'administration municipale; le long règne de Louis XIV , son gouvernement absolu , le faible ministère du cardinal de Fleury, laissèrent remplacer l'élection libre et populaire des officiers municipaux par la vénalité de leurs charges ^ et l'influence de la faveur royale. Un sage historien re-

' « Il est impossible , » dit cet écrit en parlant du cardinal Mazarin, « que les oracles soient respectés qui sortent d'une bouche mesprisée, et sans respect il n*y a point d'autorité. » (i65a.)

> Non seulement les échevins recevaient des présents consistant en robes, bougies, sucreries, médailles, mais enoore des traitements , fixés par le règlement de 1788, à 8000 fr. pour le premier échevin , 6000 pour les autres, sans compter les jetons de présence. (Voy. art. 5 du règlement pour fournitures de la ville de Paris, août 1783 ; les bourses de jetons de cuivre et d'argent. Comptes des domaines de Paris, ann. 1469; Sauvai, lib. 9, ann. i474; Moulin, i5' liv., tom. II, p. 348.)

garde comme une des causes de la chute de l'ancien gouvernement ce mépris pour le droit municipal et le trafic honteux de ces charges, substitués à une autorité paternelle et tutélaire'. a Les maximes du courage, disait Omer Talon, sont endormies, et avec elles la liberté. » Mais ce feu sacré ne fut point éteint, et il devait bientôt se reproduire dans la plus vaste explosion.

Nous touchons au plus grand drame politique que nous offre l'histoire des peuples; et ce drame, son théâtre, ses acteurs, se trouveront à l'Hôtel-de- Ville de Paris, et, comme jadis, appartiendront à Faction municipale de cette grande ville. Nous avons vu dans le tableau qui précède combien la population industrieuse s'était accrue ; l'organisation des corps de métiers, des bourgeois hanses; l'influence qu'ils exerçaient dans tous les événements importants. La puissance même de Louis XIV, aidé de l'appui de la noblesse et du clergé , avoit peine à comprimer l'élan de la liberté; et les triomphes, les fêtes du grand roi, n'apportaient que de faibles diversions au mouvement des esprits. I>e long som-

' Raynouard , Introduct. au Pouvoir munie, p. xlviii. C'est sous Louis ^IV, en 169a, que Télection fut enlevée aux villes, afin d'en faire un moyen de revenu; cependant la chose n'avait pas lieu entièrement pour la ville de Paris, qui conserva toujours un simulacre d'élection pour les prévôts , échevins et quarteniers ; mais les procureurs-syndics , mais les autres ofBciers-commissaires , achetaient leurs charges, ce qu'on appelait annoblissements de cloches. (Loyseau, traité des Offices, lib. 5, ch. 6.)

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meil des parlements, ces défenseurs du peuple, le silence de la presse, ne pouvaient tromper la sagacité d'un peuple actif, laborieux , éclairé. Louis XIV le sentit , et l'orgueil de ce monarque impérieux en fut blessé ; il songea à porter à Versailles le siège de son gouvernement. Il se sentait gêné, dit Saint-Simon, dans une ville où les actes de son autorité trouvaient une critique journalière. Cette mesure impolitique eut une grande influence sur les événements qui suivirent; la cour fut nécessairement accompagnée des personnages les plus considérés, mais qui perdirent, en quittant Paris , le peu d'influence qu'ils y exerçaient. La société ou ce qu'on appelait le monde présentait alors une réunion d'hommes pris dans toutes les classes, noblesse, finance, bourgeoisie , littérature, unis entre eux par l'attrait de l'esprit et le charme des jouissances de la vie, qui ne connaissent ni étiquette ni supériorité ; les arts et les sciences, les plaisirs et le goût régnaient à Paris en opposition avec la cour qui jalousait leur influence. On allait à Versailles solliciter des faveurs , et on venait en jouir à Paris. La cour avait le pouvoir de droit , mais Paris avait la véritable puissance de fait ; la puissance qu'on appelle la mode dans les temps frivoles, et l'opinion dans les moments sérieux. De ce mouvement des esprits qui ne se portait autrefois qu'à de vaines critiques, était née, sous Louis XV, une fermentation

sourde; ub besoin d'innovation qu'il eût été habile de satisfaire, mais qu'on résolut de comprimer. Voyons, pour arriver à ce but, quelle était l'organisation politique.

L'administration muirîcipale de Paris était partagée entre le parlement, le bureau des finances, la chambre des bâtiments, le lieutenant-général de police, ou le châtelet, le prévôt des marchands et échevins , ou le bureau de ville.

Le parlement avait l'administration d'une partie des prisons, la haute police et la juridiction sur toutes les affaires municipales qui ne ressortissaient pas au conseil d'état , telles que la grande voirie.

Le bureau des finances avait une juridiction en matière de grande voirie, immédiatement, et en matière de petite voirie, par 1 intermédiaire des commissaires.

La chambre des bâtiments avait la police de surveillance sur les bâtiments , la juridiction de cette police ; elle connaissait en outre des contestations privées sur le fait des constructions.

Le lieutenant -général de police avait d'abord toute la police des personnes; plus, quant aux choses, le nettoiement, l'illumination, les halïes et marchés , la boucherie , l'exécution des statuts ^t règlements des corps et communautés; lès poids et mesures, le mont-de-piété, le bureau des nour*rices, le corps des pompiers, la voirie de Montfau-

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con, etc. Il exerçait dans Paris- et -sa baulieue, en matière de police , la même autorité que les intendants des généralités.

Les prévôts des marchands et les échevins gér»entiles revénusi eoismunaux ; Us jElvaîeot 1«^ «travaux publics efFadministration des boule varts et des fontaines; la police administrative et contentieuse sur les ports, quais, ponts; les approvisionneoienta et Teii^erçice de la voirie sur quelques points.

Il est aisé de voir combien cette organisation, résultat de lois rendues à diverses époques, était vicieuse , par le conflit des attributions entre l'autorité municipale et le gouvernement , et le défaut d'unité pour le maintien du bon ordre. Elle aurait pu suffire néanmoins tant que les Citoyens n'avaient aucun lien entre eux, et que la force publique pouvait se porter sur un point menacé. Mais cette action devenait impuissante devant une circonstance quelconque qui aurait appelé les habitants à se réunir et à se concerter sur leurs communs intérêts.

Cette circonstance se rencontra dans la convocation des états-généraux sous la forme de ceux de 161 4- Ici commence, pour rHôtel-de-Ville et le pouvoir municipal de Paris, une série d'événements plus importants , d'une plus haute portée , que nous allons chercher à retracer fidèlement.

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