‹ Paris municipe, ou, Tableau de l'administration de la ville de Paris ... pour servir à l'examenChapitre 6 sur 7 · PARIS MUNICIPE. S · texte numérisé non relu

PARIS MUNICIPE. S

joindre la haute et la basse Seine, le commerce du Tiord à celui du midi , et répandre ses eaux sur toutes les places, près de toutes les maisons. Là ce sont des abattoirs semblables à des casernes, ailleurs des .casernes semblables à des palais. Les rues s'élargissent, les marchés se développent, s'abritent; de nouveaux ponts unissent de nouveaux quais ; des arcs de triomphe, des colonnes monumentales décorent les différents quartiers en retraçant les différentes victoires.

Le Louvre , cet antique chef-lieu de notre histoire, forteresse de Philippe-Auguste et palais de Louis XIV, sort d'un amas de décombres et d'ignobles masures , et une rue immense , partant de sa colonnade à l'Hôtel-de-Ville, va joindre les deux Paris, assurer leur communication, et rendre impossible toute action séparée tendant à compromettre ou à diviser l'autorité; idée grande en politique, importante pour la salubrité, magnifique sous le rapport des arts. Mais au milieu de toutes ces grandes créations, ne demandez point quels sont les progrès qu'aura faits le peuple en lumières et dans l'exercice de ses droits. Rien de ce qui tient à sa vie morale , intellectuelle , n'a été encouragé, n'a même été admis. Comme un grand enfant, il est soigné dans la maison paternelle; mais l'administration lui en est interdite; ses affaires sont conduites par des hommes que la vo-

lonté seule d'un ministre désigne ^ qui n'oAt aUclirt €oropte à rendre à leurs concitoyens , aucune obligation de s'occuper de leurs intérêts, et qui ne jouissent parmi eux d'aucun crédit pour obtenir les sacrifices nécessaires à râchèvement des travaux commencés.

Aussi , à la chute de Napoléon , ses grandes entreprises sont-elles tout d'un coup suspendues, ses monuments sont encore à peu près dans l'état où il les a laissés , et l'intérêt le plus général n'a point de centre d'autorité , ni même d'organe pour se faire entendre des autorités.

La loi du a8 pluviôse an VIII, qui recompose tout le système départemental de la France , renferme à peine quelques articles pour l'organisation municipale de Paris : elle établit , art. i6 :

« AParis^dans chacun des arrondissements muni- « cipaux, un maire et deux adjoints seront chargés c( de la partie administrative et des fonctions rela^ « tives à l'état civil.

K Un préfet de police sera chargé de ce qui con- (( eet*ne là police , et aura sous ses ordres des Cornet missaire!» distribués dans les douze municipalités.

ce Arté 1 7. A Paris , le conseil du département rem- « plira les fonctions de conseil municipal. »

L'article a de la même loi, qui borne à vingtquatre le nombre des membres du conseil municipal, se trouve contraire à l'art l5^ qui détermine

que le conseil municipal des villes au-dessus de cinq mille âmes , serait de trente membres.

Ces dispositions brièvement énoncées lais<»

sèrent an vaste ch^mp à l'interprétation et à Textensîon des pouvoirs dans les autorités supé* rieures'. Ainsi les attributions mal fixées dçs maires diminuèrent progressivement , et se trouvèrent réduites à peu près aux registres de l'état civil et à la présidence des bureaux de bienfaisance *, Napoléon, en les annulant ainsi, chercha cependant à les en dédommager par des faveurs personnelles; il décida que les maires et adjoints de Paris, après cinq ansd^exercice, recevraient la légion-d'honneur^ et le doyen du corps municipal était appelé au sénat.

Le conseil municipal fut également restreint et dans son nombre et dans ses attributions; il ne fut composé que de vingt-quatre membres présents, et bientôt réduit à seize ^, tandis que toute ville au* dessus de cinq mille âmes eut trente conseillers, et que la loi de 1790 portait pour Paris ce nombre à cent quarante* six. Ses attributions étaient bor-^ nées à délibérer et voter sur les questions qui lui étaient soumises, sans aucune initiative ni contrôle des opérations de l'administration. Les membres de ce conseil , nommés d'ailleurs par le chef de TÉ-

I Décret explicatif du 4 juûi 1806.

* OrdonnaDce du 8 août xSai .

^ Arrêté du a 5 vendémiaire an IX.

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tat sur la présentation du préfet ' , se trouvaient entièrement sous sa dépendance ; et d'un autre coté, la juridiction du préfet de police tendait à s'accroître indéfiniment par l'importance que l'empereur attachait à ses fonctions et à Tactioii directe qu'il était bien aise d'exercer par lui.

Cet ordre de choses convenait trop à la restauration pour qu'on pût espérer d'y voir apporter quelques changements; aussi l'administration delà ville de Paris fut-elle envahie comme toutes les autres, et le conseil municipal livré à l'influence de la cour et du système dominant; on vit alors les revenus de la ville employée à bâtir des chapelles , des monuments expiatoires, à donner des subventions au domaine de Chambord. Les mots de nation, de patrie, de liberté disparurent des discours prononcés au nom de cette capitale du monde civilisé réduite à l'état de la bonne ville de Paris dans toute l'acception servile de ce mot. Les abus de cette administration auraient pu même s'étendre plus loin ; car ils n'avaient pour contrôle, pour limite ni la publicité ni l'examen des Chambres dans les dépenses de l'État; et s'ils n'ont pas été plus multipliés, il faut en rendre grâce au caractère intègre

X Le sénatus-coD suite de thermidor an X apporta un changement à ce mode , mais qui ne fut point suivi pour Paris ; il consistait à nommer les membres des conseils sur une liste de candidats présentés par les assemblées cantonales.

et aux lumières de M. le comte de ChabroP, qui sans doute n'eut pas la force de lutter contfe le système prépondérant, mais qui en adoucit, autant que possible , les effets , et profita de son influence pour un grand nombre d'utiles améliorations.

' Cest à lui qu'on doit la conservation et le perfectionnement de l'enseignement mutuel dans la capitale, l'établissement des trottoirs, et de notables améliorations dans les hôpitaux et les prisons.

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