PASSÉE
Nous nous écriâmes tous en chœur , à ce titre hétéroclite :
— « Qu'est-ce que c'est que ça %
— « Ça ; eh parbleu I c'est le petit chef-d'œuvre d'Alfred de Musset.
— ^ Le Caprice, soit ; nous connaissons bien le Caprice; mais , 2771^ soirée est bientôt passée, voilà un sous-titre qui nous surprend.
— K Vous savez bien que la province veut deux titres pour chaque pièce. C'est ^a manie. Eh bien ! l'affiche la flatte au risque de déplaire à Musset, qui ^ malheureusement, n'est plus là pour réclamer.
— «♦ Et, qu'a-t-elle joué encore î
byA^oogle
— « A Lisieux, le Dépit amoureux da nommé Molière.
— ** Le Dépit amoureux ou t. . . »»
C'est ici que nous attendions le directeur de lisieux au sous-titre.
Mais le directeur de lisieux s'est abstenu.
— n a eu tort ; c'était bien simple de mettre : le Dépit amouretuc ou Qui femme a , guerre a, — le titre du dernier proverbe de M^^* Brohan. Ce second titre aurait été à deux fins : à la fois hommage délicat à l'adresse de l'actrice-auteur et respect louable pour les habitudes du public. De même, si l'on joue en province la petite pièce Qui femme a, guerre a, il ne faudrait pas manquer de mettre sur l'affiche : ou le Dépit amoureux.
Comment n'y a-t-on pas songé» — à Lisieux f
SoHMAiRB : Mëli-mélo paristans. *- Le monde sens deMos desBons. — Le Moniteur en défaut ou la répétition générale de Pitrrê â$ MédicU^ à TOpéra.-* Colère de M"* Gneymard contre le souffleur ; adresse du baryton; barbe du ténor. — L'un trop humain pour s*6tre permis un chef-d'œuyre % les autres trop bien élevés pour aydr fait un bon poëme. ^- L'opinion de Bossini dans les couloirs. — Le Père Félix et Tallusion. — Bals et soirées. — M. Wagner^ le Feydeaude la musique. — Mariage de M"* Haussmann. — Flufl de carnaval \ plus de carême ; plus de jeunes filles ; plus de discrétion de la part de la chronique* -<^ Paradoxe et almanach, *- Oculi, Mesdames. — Saint Oculi, selon M"* ***. — M. Babinet, comme ches la comtesse d'Escarbagnas, — Le thème de M. le vicomte, en l'absence de Mentor. — Il n'y a plus de maris. — Cas foudroyant de clvbomcmie, -~ 11 n'y a plus d'eufents. -* Un vande-»
. yilliste de quinze ans! — Il n'y a plus de journalistes. — Un Prévost-Paradol de banlieue. — Beaucoup de théâtres, plus de théâtre. -« Le Monde et VUniven» ^— Le lendemain et la veille des victoires d'Alexandre Dumas iBls. — ■ Il n'y a plus de femmes du monde» — Quatre stalles d'orchestre et une princesse. — Orgueil des pêches à quinze sous. — M'°* Anna Deslions. — La nouvelle Cendrillon, autrement dite la nouvelle Esméralda ; vie et aventures. — La nostalgie de la boue. — Un gentlema/a mari^ et
pompier. — MiBOl, moh DibuI!! — • Feu Loëve Weîmar. — La Chatte blanche, ou une lacune comblée dans le journalisme. — Un Yillemessant en japons. — Sur la finale oche, — Victoires et conquêtes de M. Dodoche.
Paris, 9 mars.
Tout est pêle-mêle; il n y a plus de frontières ; les genres sont confondus comme les saisons , comme les professions, comme les devoirs.
Les évêques font du journalisme et du pamphlet.
Les académiciens font des mandements.
Les dominicains se font académiciens.
Un sénateur fait jouer un opéra.
Le premier mars , il faisait un soleil de printemps ; — je lai pris en note ; — le premier avril je m'attends à une gelée d'hiver. A plus forte raison , j'y compte pour le premier mai.
Cependant la Comédie-Française joue duLaya sans désemparer, et s'en trouve bien, tandis que l'Alphonse Karr n'a pas été assez bon pour durer au Vaudeville, tandis que même l'Alexandre Dumas fils a fléchi au Gymnase. Cest comme si M. de Rothschild buvait de la piquette et s'en délectait, tandis que nous, trèshumble chroniqueur, nous nous lasserions du châteaumargaux et du chambertin.
Avec tout cela , les lilas fleuriront-ils à l'époque normale 1 Qui le sait? Pour moi, j'ai cessé de croire à rien depuis que les papiers publics m'ont trompé avant-
hier. Us annonçaient que la dernière répétition générale de l'opéra du prince Poniatowski aurait lieu à huis-clos. A peine finissais*je la lecture de l'avis contenu dans iceux» que j 'ai reçu ma stalle pour la répétition soi-disant interdite aux yeux et aux oreilles ; et , le soir, j'ai vu que le prétendu huis-clos avait admis un millier de personnes dans la confidence.
Il y avait là le prince et la princesse de Metternich, avec M. le comte Walewski et M"*® la comtesse de Labédoyère , dans une même avant-scène du rez-de^ chaussée. Au-dessus d'eux, M"*® Aguado et ses fils. De l'autre côté, M. le comte Baciocchi. Les clubs élégants avaient chacun sa loge, comme aux jours d'abonnements. M. le marquis du Hallay se gardait bien de n'avoir pas la sienne. "M.^^ Lehon, dans une première loge, à la droite du spectateur. Dans la loge voisine , sa fille aux jqlies boucles blondes , la jeune princesse Poniatowska, la belle-fille, par conséquent, de l'auteur de la musique. Il y avait encore la jolie marquise de Casanova, qui n'est pas cependant tout à fait aussi jolie qu'on l'avait espéré au commencement de l'hiver. Dans une première de face, M. Fould en famille. Non loin, M"' la marquise de Las Marismas. Presqu'à côté, l'un des fils de M. Baroche. Bref, des noms , des visages, des personnages de quoi garnir brillamment toutes les premières loges dites loges de foyer. Aux premières^ — qui sont en réalité les secondes, i— il n y avait de monde
Di^itizecl by
qu'en face. Les stalles d'orchestre, le partenre et Ta phithéâtre étaient pleins. Quelques femmes en toi^ lette de bal étonnaient les fauteiûls d'orchestre, habitués à n'être en relation qu'avec des pantalons noirs. Le reste des stalles se partageaient entre journalistes, artistes et gens du monde. Au premier rang , côté droit, Ton a remarqué M. de Saint-Greorges, l'un des auteurs du poëme, s applaudissant lui-même avec une juvénile ardeur. En homme habitué à n'avoir pas de rivaux, il a eu bien vite distancé l'enthousiasme d« ses voisins.
La première a eu lieu ce soir ; ce n'est donc pas un jugement que l'on peut s'attendre à trouver id ; tout au plus un reflet de la répétition générale.
L.e troisième acte a été égayé pour les spectateurs les plus rapprochés de la scène par la mauvaise humeur de M™« Gueymard-Lauters, — qui du reste a chanté admirablement, — contre le souflleur, auquel, entre deux vers de son rôle, elle prodiguait la prose de sa colère.
Le troisième acte a montré combien le baryton Bonnehée est un artiste intelligent et fin. Il a eu soin de chanter faux à cette répétition ; il a prudemment dépensé tous ses défauts avan1>>hier et gardé pour ce soir, — pour la représentation, -^ ses qualités et ses belles notes.
Gueymard porte une barbe blonde, assez inattendue de sa partt qui lui sied infiniment mieux que ses mous* taches ordincures.
La Bnisique a des qualités incontestables. Il sera diffi<n]e de recueillir sur cette partition d'un compo&ôteur qui est en même temps prince et sénateur, des opinions tout à fait impartiales. La qualité de Tauteur risque de le faire flatter par les uns, dénigrer à l'excès par les autres.
Pour moi , mon opinion , quant à présent , est que M. Poniatowski aurait joué un.tour pendable aux musiciens de profession, s'il eût écrit un chef-d'œuvre. Il leur eut rendu, à eux qui ne sont pas princes, la car* rière trop difficile. Ça été donc une bonne œuvre de sa part de s'abstenir de faire un chef-d'osuvre compromettant pour autrui. Sans ce scrupule le chef-d'œuvre y était.
De leur côté, MM. de Saint-Georges et Pacini, les menuisiers du Ubretto, sont gens de trop bon goût pour n'avoir pas voulu que leur pièce s*effaçât modestement derrière la partition.
n n'y a que les décorateurs et les costumiers, gens de peu, qui se soient permis de dépasser l'alignement.
A la répétition générale, M. Fould ayant avisé dans le couloir Rossini en personne, qui, arrivé un des premiers au rendes^vous, n'a pas bougé avant la dernière note, lui demanda son avis.
— « Il y a beaucoup d'excellents morceaux dans la musique, rendit le maestro.
— « Et la mise en scène, heint nous avons bien fait les choses.
— M Trop bien plutôt, répliqua l'auteur de Guillaume TelL Excès de luxe peut nuire à un opéra. »
En effet, c'est laccessoire prenant la place du prin* cipal. Mais, je l'ai dit en commençant : il n'y a plus de frontière.
Tout est pêle-mêle ; quand on voit un prédicateur monter en chaire, on s'attend à l'entendre parler de politique autant que de religion. Aussi, le Père Félix, en reprenant à Notre-Dame la série de ses conférences, a-t-il éprouvé le besoin de protester que l'on ne trouverait dans son éloquence aucune allusion politique. L'orateur sacré a même qualifié l'allusion de «< moyen misérable. » Soit, l'allusion est un peu, en effet, le croc-en-jambe du discours. Mais les faibles attaquent ou résistent comme Us peuvent. C'est pourquoi les muselés, ou les édentés, tous ceux que le jeune Prével du Figaro nomme dédaigneusement, du haut de ses vingt ans : la vieilloéerie, cultivent avec amour l'allusion.
Qu'est-ce que le carême désormais, qu'est-ce que le carnaval 1 Nous voilà depuis quinze jours en carême, si je m'en rapporte à mon calendrier. Messieurs et mesdames, où en est votre pénitence 1 En revanche, sommes-nous très-sûrs d'avoir fait joyeuse vie en carnaval î J'ai bien vu, vers la fin, s'allumer des lustres, éclater des orchestres, briller des oripeaux ; mais, à part une nuit ou deux d'infraction à l'ennui, le reste du temps les bals étaient gais comme un club de trap-
pisles, «t les danseurs dansaient comme pour obéir à la voix d'un avertisseur lugubre qui leur eût crié de temps en temps : « Frères, il faut... danser. »
Nous sommes en carême ; cependant, regardez les affiches de nos théâtres, section des infiniment petits: ici Ton donne : le Carnaval des revues^ Revue de Carnaval; là, le Carnaval de Gavami. Il n'y a plus, c'est vrai, de bals masqués à TOpéra et les grandes réjouis* sances carnavalesques ont pris fin dans les régions officielles ; mais tous les soirs il y a bal quelque part, quand ce n'est pas partout. Samedi dernier, on dansait costumé chez M™® Ch..., une créole très-élégante de la Chaussée-d'Antin, même que M>°^ Gunzburg a fait événement, dans ce salon, en Proserpine si couverte d'escarboucles qu'à côté de cette reine de l'enfer païen les flammes do l'enfer catholique eussent paru pâles. Loin que se ferment les salons, il en est qui s'ouvrent, au contraire, pour la première fois de l'hiver, ceux de l'ambassade d'Angleterre, par exemple, et voilà les vendredis de M. de Nieuwerkerk^, au Louvre, qui ont recommencé vendredi dernier. Le musicien de Vavenir, Wagner, — que je me tiens à quatre pour ne pas surnommer l'Ernest Feydeau de la musique, — exerce présentement l'hospitalité, chaque mercredi, dans son appartement de la rue Newton. On danse ce soir au Crédit foncier ; après-demain soir chez M. Mirés. Les réceptions plus calmes du faubourg Saint-Germain vont leur train chez les La Rochefou-
cauld, chez les Pozzo, chez M"** la ducheftee de IUu<zan. La semaine passée, — il y a eu mardi huit jours, — M. le préfet de la Seine donnait, en l'Hôtel-de- Ville, séduisant comme le palais d'Armide, une petite fête intime de deux mUle cinq cents personnes environ. Comme les mœurs modernes sont en progrès sur les anciennes l Socrate, un grand philosophe, ne trouvait pas à Athènes de maison assez petite pour n'être pas trop grande encore quand il s'agissait de contenir les vrais amis de la maison ; plus heureux, M. le pré* fet de la Seine, les jours où il ne reçoit pas les cohues mais bien ses amis,— ses vrais amis,-"-a besoin d'une enfilade de salons, de galeries où se déroule une foule empressée, dévouée, fidèle dans Tune et l'autre fortune, mais surtout, je crois, dans la bonne ; or, jamais l'as-* tre de M. le préfet de la Semé ne parut être plus éola« tant.
Il est une des capacités les plus incontestées et les plus nécessaires du jeune Empire. H est père de deux filles accomplies et charmantes, les plus belles peutêtre de la ville que leur père administre. Il va marier à la fin du mois son aînée à M. Dolfus, un des prenûers noms de l'industrie française, un jeune homme qui, l'autre soir, au bal de l'HôtelHle-Ville, recevait les félicitations et les compliments de chacun.
Encore une preuve que les limites sont effacées : naguère, la chronique mondaine parlait avec quelque timidité des femmes , fdt-ce pour les vanter, et ne les
nommait pas en toutes lettres. Aujourd'hui la chronique, -^ je ne dis pas qu'elle ait raison, — confond les parquets aveo les planches , les salons avec la scène, les femmes du monde avec les comédiennes , et dit presque aussi librement son opinion sur celles-là que sur celles-ci.
Encore ime fois, je suis loin d'absoudre ces licences ; mais je les condamnerais plus durement encore, et me les interdirais plus scrupuleusement , si je n'avais re« marqué cette circonstance atténuante pour les indiscrétions de la chronique, que les personnes épargnées par sa publicité lui en veulent encore plus que les victimes de son élogieux bavardage.
Ce n'est pas tout : à force de voir les jeunes filles causer, valser, s'habiller, aller au théâtre , suivre les courses de chevaux et les bals costumés comme les femmes mariées elles-mêmes , porter les mêmes bijoux, ou si peut s'en faut I la chronique s'est habituée à parler des jeunes filles, et, quand elle entretient son public des fêtes qui ont émaillé la semaine et des fleurs qui paraient ces fêtes, elle nomme M^^^' A*** sans plus de cérémonie que M™« B***.
Jeunes filles et jeunes fenomes c'est tout un, désormais, pour l'élégance , pour les plaisirs et pour la retenue qu'elles n'imposent pas aux historiens de nos frivolités. Donc, il n'y a plus déjeunes filles; donc, il n'y a plus ni carnaval, ni carême ; les fossés sont comblés, les distances abrogées.
Ainsi parlait, ou à peu près, un jeune homme adossé contre une cheminée vêtue (elle, la cheminée) de velours et de tapisserie, tout en jouant machinalement (lui, le jeune homme), — comme c'est la coutume de plusieurs causeurs de tourmenter, tout le temps de lentretien, un innocent objet dans leurs mains, — avec un calendrier mignon qulil avait saisi sur le pupitre en
bois de rose de madame la dame chez laquelle on
était en visite.
. — « Erreur ! objecta au préopinant une des visiteuses assises en rond devant la cheminée. Il y a un carême et il y en a un fort rigoureux, — chez moi, du moins, — que suivent régulièrement mon mari et mes gens, cela va sans dire.
— « Madame, reprit le jeune sceptique qui n'avait lâché ni son almanach , ni son paradoxe , je parie que vous ne savez même pas Je premier mot du carême que vous vous vantez d'observer si magistralement.
— « C'est vous, Monsieur, qui parlez de ce que vous ne connaissez guère... Le jeûne, lès offices, les prédications, voilà le menu de nos dévotions ; qui ne sait cela?
— « Et pourriez-vous m'expliquer, Madame, un mot qui me saute aux yeux sur ce calendrier et qui intrigue fort mon ignorance. Au troisième dimanche de carême, dimanche prochain , je vois figurer ces trois syllabes en italiques: Oculil Oculil qu'est-ce que cela veut dire? L'ahnanach n'est pas un feuilleton-roman ; il ne
contient rien d'inutile. Cet Oculi est là pour quelque chose, n commande sans doute une pratique spéciale ; laquelle^ Dites-moi laquelle, Madame , et vous, Mesdames, pour Tamour de Dieu ! «
Oculi interloqua positivement ces dames.
— « Mon Dieu, c'est un saint comme un autre, saint Oculijdit étourdimentune jeune personnede seize ans. »»
Cet âge est sans pitié pour lui-même comme pour les autres.
— « Quoi! Mesdames, votre dévotion si bien instruite hésiterait-elle déjà 1 Ocidi vous embarrasse I et dire que si nous parlions deRigolboche, mademoiselle ellemême en saurait plus long ! »
La maîtresse de la maison sonna et, quoique ce ne fût pas la comtesse d'Escarbagnas, commanda que Ton fît venir M. Bobinet , le précepteur du fils de la maison. — « Holà, M. Bobinet ! M. Bobinet, approchez-vous du monde.
— « Je donne le bon vêpre à toute l'honorable compagnie. Que désire M"*® la comtesse d'Escarbagnas de son très- humble serviteur Bobinet î
— «« Nous désirons savoir Texplication d'un mot barroque, oculi^ je cois, que le chevalier s'est amusé à déterrer dans l'almanach pour nous faire damner.
— « Madame la comtesse veut railler son très-humble serviteur. J'eusse cru qu'elle songeait à nous proposer quelque problème plus digne de notre doctrine : une question de morale, de physique, ou d'algèbre,
ou de géométrie transcendante, ou de hautes humanités. Mais un simple substantif, une humble question de grammaire élémentidre , voilà ce que M'^® la comtesse me soumet. Mon élève, mon nourrisson, en latin : discipulits ou alumnus; en grec, didas^ calos; M. le vicomte, dis-je, âgé de neuf ans et de trois mois de latin, tirerait, en se jouant, la compagnie d embarras*..
— « Je suis aise, M. Bobînet, de savoir le vicomte, mon fils , en si bonne voie de progrès ; mais puisque nous vous tenons ici, veuillez, tout en déclarant la tâche au-dessous de vos lumières, dissiper nos brouillards. »
M. Bobinet s'inclina en signe de consentement.
— « Oculif reprit-il, est le génitif singulier, ou le nominatif pluriel, ou encore le vocatif du même nombre du substantif latin octtli^^, lequel appartient à la seconde déclinaison et veut dire œil. Donc oculi doit être traduit selon la circonstance : les yeux, ou Tceil ; ou bien encore : O yeux !,.. Cela est fort clair.
— ** Sans doute, sans doute ; toutefois, M. Bobinet, nous ne comprenons pas davantage ce que les yeux viennent faire là. »
Le savant M. Bobinet rougit jusqu'aux oreilles, se gratta le nez. — » Oh f si vous m'eussiez demandé une solution algébrique ! » murmura-t^il ; puis il souhaita derechef le bon vépre à la compagnie et alla rejoindre M. le vicomte, lequel avait profité de l'absence
de Bon Mentor pour monter sur sa table à écrire où, tout en fredonnant le quadrille à! Orphée aux Enfers^ il renversa son encrier en voulant essayer un cancan enfiBuitin»
NoULS laissei*ons M. Bobinet éponger Tencre ré-* pahdue par son disciple, et la compagnie se débattre contre Ténigme du calendrier. Je vous jure que la scène est historique, ou bien peu s*en faut.
Les grandes personnes sont toujours enfants, mais les enfants ne sont plus des enfants. On m'a présenté ces jours-ci un Scribe en herbe , un jeune homme de quinze ou seize ans (on le nomme M. de Konning) qui a déjà eu des vaudevilles applaudis sur nos petites scènes. U ferait , si on le laissait faire, un vaudeville par jour ; mais, dansTintérêt de sa croissance, le médecin a mis cette ardeur à la raison , et on ne lui permet pas plus d'un acte par mois , afin qu'il puisse encore grandir.
Donc, plus d'enfants, plus de carême, plus de carnaval , plus de jeunes filles, il ne reste pas de maris non plus.
Sont-ce des maris, ces messieurs qui vivent au dub, dînent au club, digèrent au club, veillent au club, se ruinent au club... ÉtonneE-vous, après cela, de voir les grandes races s'éteindre t les jours où ces mesûeurs veulent être galants envers leurs épouses, ils leur tiennent compagnie jusqu'à onze heures, minuit au plus tard, soit au domicile conjugal, soit dans le
monde. Minuit sonne , ils partent , ils sont partis pour le cercle. Ils en reviennent , harassés , à cinq ou six heures du matin, quand ils en reviennent.
L'autre jour, à trois heures de Taprès-midi , vous auriez pu voir stationner dans son coupé, à la porte d'un de nos principaux clubs, — je ne dirai pas lequel, — une jeime femme parée de toutes les grâces de la vingtième année et livrée à toutes les tragédies de 1 attente et de l'inquiétude. Depuis la veille au soir, onze heures, son mari n'avait pas reparu. Elle vint d'abord le chercher au club. Monsieur fit répondre par un laquais qu'il n'y était pas. Madame courut alors chez deux ou trois amis de son mari qui lui conseillèrent de retourner d'où elle venait. — Elle y retourna, en effet ; elle déclara qu'elle savait monsieur en haut, et qu'elle ne bougerait pas avant qu'il fût descendu. Vaincu, il fit dire qu'il allait descendre, et elle l'attendait quand, en passant, j'ai reconnu sa voiture.
Il n'y a plus de journalistes. Il nous reste, — à part un petit nombre d'exceptions qui confirment la règle , — des cravates blanches en mission près des journaux ; au-dessous il y a des coupeurs de faits-Paris ; ailleurs des correspondants qui travaillent pour l'exportation. M. Veuillot était un journaliste, il n'est plus. M. Prévost-Paradol était un journaliste. M. Janicot, de la Gazette de France^ est un Prévost-Paradol de banlieue.
Il y a beaucoup de théâtres à Paris, mais on ne fait
plus guère de théâtre ; on fait du spectacle. Décors et mollets ; barques et vaisseaux dansants sur les vagues de la mer agitée ; blancs trésors ballottés à la surface d'un corsage tumultueux , voilà Yalpha et Yoméga de notre art dramatique. Le chapitre des exceptions est, bien entendu , toujours réservé. Il y a, entre autres, le théâtre de M, Dumas fils, qui parle assurément à l'esprit ; mais si éclatants qu'aient été les sept succès consécutifs qui ont étoile l'azur continu de sa carrière sans nuages, l'auteur de la Dame aux Camélias nti^ en réalité , enrichi ,* malgré l'opinion communément répandue , ni les théâtres , ni lui-même. Quand on vous parlera des prodigieuses économies dont le fils rangé du plus prodigue des pères est censé avoir tous ses vieux bas pleins, je vous engage à lever les épaules.
Les directeurs qui ont joué M. Dumas fils n'ont pas non plus à se louer, autant qu'on le pense , de cette opération. Il y a des victoires qui appauvrissent. La Dame aux Camélias, par exemple, quel succès I Oui, mais quels lendemains difficiles elle a préparés au théâtre victime de la bonne fortune qu'il devait à M. Dumas fiJs! Après les cinq actes de la Dame, tout a paru court ; après son agonie, tout a paru froid ; après ses gaietés, tout a semblé pâle comme les rédacteurs du Monde f journal qui succède à V Univers et ne le remplace pas.
Au Gymnase , c'est la même histoire pour tous les
triomphes qu'y remporte M. Dumas deuxième du nom : on passe un tiers de Tannée à les préparer, un tiers à en jouir, un tiers à tâcher vainement de les faire oublier et, finalement, les bénéfices ne sont pas ce qu'un vain peuple pense.
n n'y a plus de femmes du monde, oserai-je dire, — en ouvrant énorme cette fois la porte aux exceptions, — s'il est vrai que récemment ime très-grande dame, dont le nom est dans toutes les bouches et qui tient école en ce moment , fit événement l'autre jour par sa tenue ultra-demi-monde ^s ime avant-scène de je ne sais quel théâtre de quatrième ordre. ElUe était là comme en un pays étranger. Mais elle en avait si bien adopté sur-le-champ les airs penchés , les regards provocants des indigènes, que les naïves stalles d'orchestre s'y méprirent ; et, avant la fin de la soirée , une ouvreuse complaisante avait reçu la mission d'apporter à la très-grande dame fourvoyée quatre invitations à souper parties de quatre mains différentes.
Dans le demi-monde , en revanche , les pêches à 15 sous pièce n'entendent pas frayer avec les fruits à 50 centimes le tas. Elles maintiennent mordicus, ces fières pêches à quinze sous, leur rang, leur dignité , leurs prérogatives. On l'a bien vu au bal costumé ofiert par la jeunesse russe , dans les salons des Frères Provençaux, aux déesses du plaisir parisien. Plus d'une sultane dédaigneuse s'est abstenue
d'y paraître parce que M*^* Rigolboche était invitée.
M™® Anna Deslions assistait pourtant à cette mascarade russe. Sa grandeur ne Ta pas attachée au rivage. Sa beauté et son esprit la mettent au-dessus des puériles questions d'étiquette qui sont aussi déplacées dans la bohème que la bohème est déplacée dans le monde. Voilà deux preuves de tact que M°^« Anna Deslions donne, à ma connaissance, depuis le commencement de rhiver : la première , ce fut d'envoyer à Alexandre Dumas fils un billet de félicitations et un encrier représentant Molière , à l'issue de la représentation ÙM Père prodigue, alors qu'autour d'elle tout le demi-monde armait en guerre contre le peintre de l'odieuse figure d'Albertine. La seconde, c'est de n'avoir pas cru se commettre en foulant le même parquet que Rigolboche.
Les boursiers aussi ont eu leur mascarade aux Provençaux. Aussi a donné la sienne un jeune homme coutumier de ces nuits bigarrées.
Au balades boursiers, tant hommes que femmes, il n'y avait que des spéculateurs, sauf une inconnue, habillée d'un somptueux costume de fantaisie, fort approprié à l'air de son blond visage, autant qu'on l'entrevoyait , qui ne dit pas son nom et que chacun aurait voulu revoir.
Mais , comme sonnaient trois heures du matin , la nouvelle Cendrillon, s'arrachant àla valse commencée, s'enfuit, sans semer derrière ellelamoindre pantoufle,
ioo
comme si un ordre formel de sa marraine la fée Teût rappelée au logis.
Une belle voiture et deux grands laquais attendaient la fugitive à la porte du restaurant et remmenèrent vers les Champs-Elysées, au trot rapide de deux chevaux gris.
Dans ce quartier cher à l'aristocratie étrangère et trop cher peut-être pour les Parisiens ; dans un riche appartement de ce quartier , un gentleman arpentait le salon, — à cette heure où l'on dort quand on ne danse pas , — son visage pâle reflétait une vive agitation intérieure ; sa main crispée semblait comprimer, à grand' peine, sous son gilet, les battements ou plutôt les bonds de son cœur ; chaque fois que son manège le ramenait devant la pendule, il interrogeait le cadran avec anxiété.
Enfin la porte de la pièce qui renfermait les impatiences de ce fiévreux promeneur s'ouvrit , et donna passage au masque , magnifiquement enveloppé de fourrures que nous venons de voir s'enfuir des Frères Provençaux. Elle se jeta dans les bras du gentleman qui, poussant un long soupir de satisfaction et pressant sur son cœur la belle, s'écria :
— ** God bleus her /... (il parlait en anglais, mais nous, parlons en français — si nous pouvons ;) Dieu la bénisse I elle a été exacte ; nous sommes sauvés. »
/Maintenant, vite l'explication de ce tableau mouillé de larmes de joie.
— iOl —
L'homme s'appelle sir John York, — ou autrement, — et la femme est sa femme. Il est Américain, et ré à Washington, en Pensylvanie. Elle, est Française et même Normande , née native, comme on dit, de Lisieux en Calvados, de Lisieux, naguère patrie électorale de M. Guîzot. Elle y exerçait , à l'âge de seize ans , les humbles et glissantes fonctions de servante d'auberge ; je dis glissantes, quand on a seize ans et un de ces visages qui appellent irrésistiblement , sans le vouloir, les voyageurs au larcin.
Un matin, elle apporta ses bottes à un touriste américain. Ce fut la dernière fois qu elle accomplit ce ministère indigne de ses charmes. Le lendemain elle partait en compagnie de l'étranger qu'elle avait ciré la veille.
Il l'emmena dans l'Amérique du Nord ; il Tadera, — ^ puis la planta là. * ' -
Alors elle s'engagea dans une troupe de saltimbanques qui allaient de ville en ville, de bourgade en bourgade , émerveillant les populations par k hardiesse et la grâce de leurs exercices. L'ancienne servante de Lisieux se fit bientôt une grande place parmi ses nouveaux camarades. Il fallait la voir exécuter le tour du mov^hoir, ainsi nommé parce que l'artiste y pliait et y repliait son corps de telle façon qu'elle eut pu , pour ainsi dire, entrer dans la poche des assistants.
Un grand personnage politique du Nouveau-Monde
la vit Bur ses tréteaux. H admira cette souplesse qui dépassait encore Télasticité de ses convictions et s'amouracha, comme un autre FroUo, de cette Esméralda. Il l'arracha à sa vie nomade et en fit une de ces belles dames auxquelles on ne donne, il est vrai, que sa main gauche, mais en la gantant si bien I
Ces grandeurs durèrent environ xm an et demi pour notre héroïne ; ce fut elle qui se lassa la pre«mière. L'homme d'État qui la faisait riche et puissante ne pouvait se faire jeune. Elle abandonna ce quin«quagénaire utile pour une connaissance plus agréable.
Ce nouvel hôte de son cœur était pauvre ou peu s'en faut. Enrichi tout à coup par un héritage, il proposa à sa belle, en vrai sauvage, de l'épouser, et elle accepta ce saut périlleux.
Un homme d'esprit , mort il y a quelques années, qui fut à la fois au service du ministère des affiilres étrangères de France et attaché au département des lettres,' M.- Loëve-Weimar, ancien consul et traducteur d*Hoâmann, a écrit naguère une nouvelle intitulée BelphégoTf où l'on voit aussi Tex-compagne d'un Bilboquet vénitien, une Zéphirine exotique être épousée par un Anglais grand seigneur. Milady s'ennuie bien«tôt dans sa nouvelle opulence ; elle s'étiole, elle lan* guit ; et, de même que le cerf du Jardin-des-Plantes rêve à la liberté, au grand air, aux bois, aux prairies, au cristal murmurant des sources qui le rafraîchissait
naguère, il lui faudrait , à elle, la place publique, le tapis udé sur lequel, pour un morceau de pain, elle risquait chaque jour de se casser le cou et Vamour brutal d'un grand sacripan, — le Belphégor qui a donné son nom au récit.
Tel est le cont^ que faisait M. Loëve-Weimar, dans l'ancienne Revue de Paris ^ si j'ai bonne mémoire. M. Emile Augier aussi a parlé, en son Mariage éCOlympe^ de cette » nostalgie du ruisseau, ^ — c'est son mot, — qui envahit, à un jour donné, les créatures qui ont échangé leur fange natale pour un asile honnête.
Ce mal laissa quelque temps tranquille la jeune épouse de notre Américain. Le couple aventureux voyagea. Us vinrent à Paris, et, sauf quelques aspirations secrètes et comprimées de la femme vers ses désordres d'autrefois, rien n'était venu troubler l'équilibre du ménage , lorsqu'à la fin du carnaval le bruit des grelots agités dans quelques mascarades enivra, en imagination, la servante de lisieux déguisée en femme du monde et lui rendit plus difficile sa sobriété de Tantale. Sa couturière ayant eu l'imprudence de lui parler , entre deux robes, des costumes brillants qu'elle préparait pour im bal aux Provençaux^ et ayant fait miroiter devant elle, conmie une sirène tentatrice , les joies , les froissements , les bruits , les délires de ces bacchanales , l'épouse de sir John se sentit atteinte au cœur d'un désir mortel de ce fruit que lui interdisait sa nouvelle position.
Honnête en son désir désordonné , elle se conlia franchement à son mari, qui, ayant réfléchi (le mariage l'avait mûri), permit, conseilla même à M'*'^ John de suivre son caprice et d'aller prendre ce bain d'orageux pjaisirs après lequel elle soupirait. On ne la connaissait pas à Paris. De plus, elle garderait, toute la nuit, — condition expresse de son escapade , — un petit loup de satin sur le haut de son visage. Enfin, il lui fît jurer sur ce qu'elle avait de plussacré qu'à trois heures précises elle quitterait le bal.
Sir John opérait comme les pompiers dans les incendies qu'ils jugent trop difficiles à dompter complètement. Pour préserver l'essentiel, il faisait la part du feu.
— « Si elle tient sa parole, se disait-il, c'est que l'honneur est plus fort chez elle, et alors nous sommes sauvés. «
Voilà le secret de l'attente suppliciante par laquelle nous l'avons trouvé torturé au commencement de l'anecdote, et la raison du merci, mon Dieu! qu'il poussa à peu près vers le ciel, au retour régulier de sa femme.
Avez- vous remarqué cette anomalie ? chaque spécialité à Paris a son journal, sans parler des gmnds journaux qui sont des encyclopédiesquotidiennes. Par exemple, la cordonnerie a son Moniteur, Le Castor ^ Journal des chapeliers , est célèbre pour avoir abrité les débuts de Henry Mûrger. Les marchés de Sceaux
et de Poiâsy ont une gazette 8()éciale, écho de leurs
La folie même a son organe, depuis que M. Gagne «t créé VUhiieur. La basse taverne et la Courtille ont leur gazette dans le Père sans gêne, que M. Dunan- Mousseux rédige avec des grâces toutes faubouriennes. Cependant , les femmes galantes , les fenunes à caprices, à petits coupés et à petits soupers, les femmes d'avant-scène, les femmes de théâtre, les femmes d'amour et d'esprit, les chercheuses d'éclat qui éclaboussent, pour la plus grande indignation de Desgenais, les femmes honnêtes qui vont à pied, ces dames dont le petit journal parle si souvent, tantôt pour les caresser , tantôt pour les mordre , n'avaient pas eu encore, parmi toutes leurs fantaisies aussi nombreuses que les grains de sable au bord de l'Océan, la tentation de faire leur petit journal, elles aussi , — par elles et pour elles.
Je m'en étonnais.
J'apprends aujourd'hui sans la moindre surprise que cette lacune va être comblée, et l'on nous annonce l'apparition de la Chatte bUmche (c'est le titre choisi), journal hebdomadaire, format du Figaro, pourvu d'un comité de rédaction qui pourrait être ainsi composé, pour représenter toutes les nuances du grand parti du désordre spirituel ; M"" Duverger, Doche, Suzanne Lagier, Anna Deslions, Constance, Alphonsine. . ; L'âme de l'entreprise , si l'on veut m'en croire, cë^
sera Suzanne Lagier. n y a , en cette artiste, Tétoffe d'un Villemessant en jupons. Le Figaro n'a qu'à se bien tenir I
LaChatU Hanche est si peu un projet en Tair, que* déjà Edouard de Beaumont a dessiné la vignette qui marchera en tête de chaque numéro. La plus chatte des petites actrices, M^^^ Clémentine» des Délassements , a posé devant ce spirituel crayon-artiste. Mais pourquoi un pareil titre, dira-t-on 1 — Moi , je le trouve tout simple , puisque les rédactrices de la feuille annoncée ont toutes des pattes en velours blanc.
Si elles réussiront 1 personne n'en doute. Il leur suffit de vouloir. Qui mieux que ces dames connaît la nature humaine, les ficelles au bout desquelles on fait danser le monde, et sait plus complètement par cœur les coulisses universelles t
n ne leur manquera rien, quand elles auront adopté pour l'emploi de gérant-responsable : Marguerite Rigolboche.
Cette déclaration n'est pas une conséquence de notre dominante manie, mais la suite d'une observation trës-sérieuse que nous a suggérée l'étude attentive de l'histoire.
La syllabe oche, à la fin d'un nom, est une garantie de succès, un brevet de popularité. Je voudrais m'appeler Manoche et non plus Mané. Il semble que cette finale bénie oche veuille dire: Allons-y gaiement!
Heureux le feuilletoni^ste du ConstUiUionnel, de s'appeler Desroches ! Plus heureux encore s'il rimait avec plus de richesse et de régularité à bamboche I il y a ainsi des syllabes qui exhalent la gaieté, comme certaines femmes, -— ce ne sont pas toujours les plus jolies, — • lancent des rayons d'amour. Au rebours, toutes les désmences en isme: rationalisme, pédantisme, sont pétries d'ennui et de lourdeur. Elles font fuir, elles sont cérémonieuses et glaciales. OcAe attire et tutoie.
C'est pourquoi Dodoche devait s'appeler Dodoche.
Cetix qui hantent les bals masqués de l'Opéra ont certainement remarqué, pendant le carnaval qui vient de finir, un troubadour qui n'en finit pas, tant il est maigre et long, et dont les allures puissamment comi* ques feraient tressaillir une momie sous ses bandelettes. Dodoche est son nom, ou du moins son surnom, car la popularité rebaptise volontiers, — surtout en oche, — ceux dont elle se coiffe. Il est sculpteur de son état et sculpteur habile. Il a de lapaite, comme on dit en argot d'atelier. Je ne me croîs pas en droit de dénoncer ici, en toutes lettres, le nom sous lequel il mène le côté sérieux de sa vie. Puisque ses plus fougueuses gambades n'ont jamais dérangé le nez couleur de brique dont il lui plaît d'orner son visage, je suppose qu'il entend être célèbre incognito.
Toujours en troubadour, toujours la guitare à la main, mais tantôt en blanc, tantôt en noir, Dodoche a
été la gaieté des samedis masqués de l'Opéra. Parfois il danse avec quelque célébrité de la chorégraphie à tous crins ; le plus souvent, avec un de ses camarades d'atelier, aussi trapu que lui-même est mince, le gros vêtu en Andalouse de trois mëtres de tour à la taille, avec un peigne de deux pieds de haut sur la tête.
L'art. vit de contrastes.
A ma connaissance, Dodoche, par ses attitudes savamment tournées au grotesque, a guéri, cet hiver, deux cas de mélancolie désespérés : il a fait rire un monsieur qui venait de voir la Tireuse de cartes à la
Porte-Saint-Martin, et même un actionnaire de
(en blanc le nom de Tentreprise) en deuil de ses capitaux ; il serait capable de dérider un touriste ayant rapporté un pied de nez du Havre par le train de plaisir organisé en vue de la grande marée.
SoMHÀiRA : Le prévenu Manè. — Interrogatoire et réquisitoire. — A-t-il remporté sa veste? that it the question ? — Tumulte dans le prétoire. — Études élémentaires de langue verte : remporter sa veste ; faire four ; avoir du chien ; avoir sou béguin. — Le salon de M. Badoulard et le public de ce Courrier de Paris.— Profession de foi. — Une petite chatte qui a du chien. — Les actualités amoureuses.— Racine et Shakspeare ou M. Dumas fils et le théâtre des Délassements-Comiques. ^ Un auteur dramatique qui n'a plus son béguin ; un Courrier de Paris qui n'a jamais dû Pavoir. — Les Délassementê-^omiqws déménagent. — Ouverture de TEldorado par une pièce de MM. Dennerj et Barrière^ et les débuts d'Isabelle la bouquetière. — Une marchande de violettes qui ne vend pas sa fleur d'oranger. — Les louis et les poignées de mains du Jockey's- Çlub. — Les lauriers de Rachel et la tentative d'Isabelle dans Claudie, — Xavier Aubryet, — Un neveu de Léon Gozlan. — Tout chemin même aux Délassements.-^M'^* Juliette Beau aux Bouffes. — Daphnis et Chloé, — Comme quoi le théâtre n'est pas un hospice pour les invalides de l'amour. — Histoire de Bébé, ou le sportsman marié. — Procédé corse contre le concubinage. — I/actualité dont la dévotion est amoureuse. — Les auditeurs de M. Dnpanloup enrhumés soi-disant par ie Siècle» — Le Beauvaliet de la chaire. —
Le Buccdsseur de M. de RaTÎgnan an Sacré-Cœur. — Il Crociato in Egitto aux Italiens* •— Histoire d'un bâillement qui a fait des petits. — Meyerbeer, ou bon sens et génie.
Paris, 50 mars.
— « Prévenu Manè, votre nom î
— « A quoi bon me le demander; ô redoutable chef de mes accusateurs, puisque vous le savez si bien t
— « N'importe, c'est l'usage... Votre demeure !
— « Babylone.
— « Votre âge 1 m
Ici, Manè hésite ; comme il y a des daines dans l'auditoire, il ne se soucie nullement d'avouer qu'il pourrait avoir la tempe argentée. Après une minute de consultation avec lui-même, il répond d'une voix tragique :
— « L'éternité. »
C'est noble, c'est vague ; cela ne compromet rien, ne voulant absolimient rien dire. L'accusation est embarrassée à son tour et se gratte le nez en cherchant à comprendre.
— « Prévenu Manè, vous savez pour quelle faute ou plutôt pour quelle série de fautes aggravées par Timpénitence et la récidive vous vous trouvez devant nous; vous n'ignorez pas quels comptes sévères les gardiens de la loi ont à vous demander î
— « A vous parler franchement, je m'en doute ;
mais si vous avez envie d'étaler de nouveau vos griefs, ne vous gênez pas.
— « Prévenu Manè, vous êtes le scandale de la maison Lonnête qui a eu l'imprudence de vous recevoir. Qu'as-ta fiait, misérable, de la plume que Ton t'avait confiée î T'en es-tu jamais servi, comme c'était ton devoir, comme l'exemple de tes confrères t'y amenait tout naturellement, et comme Badoulard te l'insinuait avec douceur, pour glorifier, dans des comptes rendus minutieux, les soirées du susdit Badoulard I Non , jamais. Ton âme perverse est incapable de goûter ces réunions honnêtes et modérées. Tu n'aimes pas l'eau sacrée, malheureux I II faut à ton palais blasé des épices, des alcools; à ton esprit, des propos vitrioliques ; à ton oreille la bacchanale à' Orphée aux enjers. Tu hantes les bals de l'Opéra, même quand il n'y en a plus. S'ils n'existaient pas, tu aurais inventé Markouski et les Délassements-Comiques. Qui a introduit dans la littérature et dans les sociétés ce mal qui répand la terreur chez les mères de familles : le rigolbochisme î — C'est toi, toujours toi, . . En conséquence, ledit Manè est accusé d'avoir provoqué le feuilleton de ï Indépendance à la débauche ; de l'avoir détourné des soirées de Badoulard ; de l'avoir conduit dans des endroits de perdition; d'avoir donné publiquement le bras à une demoiselle connue pour son débraillé, tous crimes prévus par les articles 812, 814, 825 et 1517 du Code, chapitre des bienséances de la chronique. >»
Manë, d'un organe que le remords n'altëre aucunement: — «J'aime encore mieux ça que à' s.yoir remporté ma veste en les respectant, vos fameuses bienséances. «•
Voix tumultueuses dans le prétoire: — ««Que dit-ilt. . . Qu'a-t-il osé dire î ... Il parle de remporter sa veste f... On peut tout attendre d'un homme qui a perdu le respect de lui-même... remporter sa veste, qu est-ce celai... Songerait-il à se déshabiller devant la justice de son pays î "
On fait avancer un linguiste habile, interprète assermenté près les Cours et tribunaux. Il résulte de son rapport que l'expression remporter sa veste fait partie du dictionnaire de la langue verte, Tidiome que Ton professe le moins au Collège de France, et se traduit, en style académique, par faire four ; en argot de comédiens parlant entre eux , par échouer, ne pas réussir, se faire siffler. Cette explication ramène un peu de calme à Taudience.
Le français est si mal enseigné dans les collèges, et les lexiques sont tellement incomplets, que le mot faire four lui-même a peut-être besoin d'être défini. Un four, c'est tout ce qu'il y a de plus noir, chacun sait ça. Quand, dans une nuit obscure, vous ne pouvez pas retrouver votre chemin, vous ne manquez jamais de . dire : " Il fait noir comme dans un four, n De là, Jairejovr, c'est assombrir d'ennui les visages qui vous écoutent, au lieu de les illuminer par le plaisir et par la gaieté.
n n'est pas moins aisé de trouver Torigine de cette locution pittoresque : remporter sa veste. Le mot veste, pris dans une acception un peu élargie, c'est l'homme extérieur tout entier, costume, manières, langage.
Les acteurs doivent avoir autant de vestes que de rôles. Quand celle qu'ils ont adoptée ne plaît pas au public, ils n'ont rien de mieux à faire que de la remporter et d'en apporter une autre. Ainsi, dans une folie récemment représentée, je ne sais plus quel artiste faisant un Jupiter grote.sque, avait imaginé de donner l'accent allemand au maître des dieux. Cette plaisanterie ne fut pas goûtée. Le Jupiter d'outre- Rhin remporta sa veste. Le lendemain, le maître des dieux parlait avec l'accent des fils de la Savoie. C'était, à cause de l'annexion, un charabia de circonstance. On l'applaudit ; il a gardé cette fois sa veste, au heu de la remporter.
Manè, c'est vrai, a taillé la sienne en plein drap de Bohême, tandis que Henri Desroches du Constitutionnel s'est habillé en étoffe plus bourgeoise. C'est qu'il a affaire à un autre public. Celui auquel Manè croit avoir l'honneur de parler est le premier des publics (excusez cette franchise brutale) ; c'est un public qui sait tout, qui a joui de tout, qui a voyagé partout, qui a été élevé dans la soie et dans l'or, et qui ne peut, par conséquent, s'enthousiasmer beaucoup pour les trente-six bougies du salon Badoulard et les dix-huit
vdants de la maîtresse de la maison, Edmée-So][dûe Badoulard, née Legras. Manë s est imaginé qu'il divertirait mieux la noble compagnie qui Fécoute en la^ conduisant dans les sentiers aventureux. C'est là sa faute, si c'en est une. Prenez sa tête. Il ne se donne ni pour un faiseur de sentiment, ni pour un prédicateur de morale. Il aime à s'amuser et à connaître ; il tâche d'informer et d'amuser les autres. Quant à moi, si vous voulez mon jugement sur ce pendard, je crois bien que je ne lui donnerai pas ma fille en mariage.
La grande affaire, dans notre métier, c'est dCavair du chien et de ne pas avoir son béguin. Encore cette maudite langue verte qui fait des siennes ! H faut donc à chaque pas, avoir recours au dictionnaire de la fantaisie, qui sera celui des Académies de l'avenir, pour peu que l'argot continue ses conquêtes. Avoir du chien^ c'est avoir du mordant. Cela se dit très-bien ainsi dans les foyers de théâtres. Ainsi, M. Veuillot, qui vient d'arriver de Rome .avec ses trente-deux dents, espérons-le ! est xm publiciste qui a du chien. Mme Ugalde, qui vient de triompher au Théâtre-Lyrique dans le GiUBlas de M. Semet, a un fameux chien ! Augustine Brohan, Got, Tamberlick, autant de talents qui ont du chien.
Bien d'autres, moins célèbres, possèdent aussi cette qualité qui emporte le morceau. C'est ainsi que l'autre jour une petite actrice d'un petit théâtre, — une petite chatte qui a du chien, — nous expliqua ce qu'il faut
entendre par ces mots : avoir son biguin. Le béguin, — qui rignore î — est la coiffe de toile dans laquelle on embéguine les nouveau-nés. Au figuré, avoir son béguin c'est abdiquer son âge d'homme, sa raison mûre, sa volonté mâle, et se laisser coiffer comme un enfant par ses passions. L'expression n'est^elle pas jolie et philosophique] Tout homme incapable d avoir son béguin,^ — traduction moderne du bandeau mytho* logique de F Amour,— -• est incapable d'aimer, mais là, d'aimer bien complètement. Les femmes, enrevanche^ sont incapables d'aimer les hommes qui ont leur béguin. C'est l'étemelle histoire des contradictions amoureuses : on aime, on n'est pas aimé ; on n'aime pas, l'on vous aime, et le bonheur est toujours un étranger de distinction qui ne sait pas, qui ne veut pas se naturaliser à votre foyer.
C'est surtout au Courrier de Paris qu'il siérait mal d'avoir son béguin. Lui, au contraire, il avait trente ans le jour de sa naissance ; il railla le sein de sa nourrice lorsqu'on le lui présenta, et c'est à ce signe que l'on reconnut sa vocation. La première fois qu'il fit un discours suivi, ce fut pour déclarer qu'il entendait ne jamais se marier, ni de la main droite, ni de la main gauche ; encore moms de la main gauche I B en savait aussi long là-dessus, dès sa plus tendre enfance, que les lecteurs blanchis à l'école désenchantante de M. Dumas fils et que les spectateurs qui ont pris une stalle à l'année au théâtre des Délassements-Comiques
— ilG — pourvoir s'habiller, se déshabiller, se maquiller, se frotter d'huile et s'inonder de poudre de riz, la courtisane, cette athlète moderne, en lutte contre la société. Gloire à M. Dumas, deuxième du nom, c'est lui qui, le premier, a inventé, propagé et fait applaudir le théâtre des actualités amoureuses I Je propose de baptiser ainsi son répertoire où les poupées à ressorts de la galanterie moderne sont démontées pièce à pièce Dans sa première aux Athéniens, dans la Dame aux Camélias, le petit Dumas faisait le bon apôtre ; on eût dit qu'il donnait dans le piège de ces sensibleries à la Vaucauson qui vous ont fait pleurer le plus pur de vos yeux, à vous tous tant que vous êtes. Par là-dessus, l'auteur du Demi-Monde^ changeant d'accent et de besogne, emprunta au chirurgien son scalpel, au chimiste son creuset; il disséqua, il analysa. Au fond de ses expériences, il a trouvé non plus Marguerite Gautier, mais Albertine. En voilà un qui n'a pas ou qui n'a plus son béguin, M. Alexandre Dumas fils, et qui travaille à guérir ses contemporains embéguinés !
Tout là-bas, sur le boulevard du Temple, le trop petit théâtre que dirige M. Sari et dont je crois qu'il fait à moitié les pièces récoltées toutes dans le champ de l'actualité amoureuse, poursuit le même but dans d'autres sentiers. On parle dans les pièces de M. Dumas fils plus qu'on n'agît, et on parle bien. Tantôt l'esprit de l'auteur se produit en de longues tirades et
en de grands airs à roulades qui sont comme des récits de Théramène en prose ; tantôt le dialogue procède par petites phrases nettes, vives, rapides et brillantes comme réclair. Par exemple, quand Armand Duval gagne, à cette fameuse partie de lansquenet, dans le quatrième acte de la Dame avx Camélias^ plus les billets de banque et l'or s*amoncellent sur la table devant lui, plus ces dames multiplient leurs doux sourires et leurs œillades à son adresse. Lui, résume la situation dans cette phrase adorable lancée à Tune d'elles : « Tu me tutoies quand je gagne. «
Que Ton ait à mettre en scène la même situation instructive au théâtre des Délassements-Comiques, où tout se passe en action, au lieu de l'observation mordante d'Armand, on verra ces dames passer la main dans les cheveux au vainqueur du lansquenet, en l'appelant Arthur, et en même temps lorchestre jouera la polka des baisers.
Ceci vous montre en présence les deux écoles qui exploitent la veine de l'actualité amoureuse. M. Dumas fils pourrait en être considéré comme le Racine. Elle a ses Shakspeare de pacotille aux Délassements-Comiques.
Ce théâtre, qui me plaît parce qu'il ne ressemble à aucun autre, sera transporté prochainement à l'Eldorado, et déjà Ton conte que la pièce d'ouverture pourrait être due à la collaboration princière de MM. Dennery et Barrière.
Isabelle la bouquetière est capable de débuter dans lourrage de ces deux écrivains si bien faits pour se compléter.
Si vous ne connaissez pas Isabelle, la belle marchande de violettes qui règne sur le frottoir du Jockey *s Club, c'est que vous n'êtes pas Parisien. Isabelle est à la fois une célébrité, une beauté et une vertu. Sachez qu'elle ne vend pas sa fleur d'oranger. Ses violettes, à la bonne heure, et cet honnête commerce devrait suffire pour l'enrichir, car j'ai vu bien souvent qu'en montant au cercle ou en descendant du Qub, ces messieurs donnaient à leur bouquetière adoptive un louis pour un petit paquet de deux sous.
A la sortie du bal de l'Opéra, dans les nuits de carnaval, elle attend au passage ses clients qui s'en vont souper. Elle leur fleurit la .boutonnière ; ils se laissent faire en souriant ; ils donnent en échange un beau louis d'or, et ce sont eux qui remercient. Quelques-uns paient en outre d'une cordiale poignée de main les violettes d'Isabelle.
Cette fille étrange a une passion : le théâtre. Les lauriers de Rachel l'empêchent de dormir. Nuit et jour, elle lit, elle étudie ses auteurs. Quand elle se promène sur le boulevard, son éventaire devant elle, soyez sûr que, chemin faisant, elle les nimine. Ses pieds sont sur l'asphalte, mais son esprit est dans le ciel des poëtes dramatiques. Récemment je lui ai vu jouer Clavdie, à la Salle Lyrique, la Claudie de George
m Sand ; son interprétation ne ressemblait i rien de ce K que les conservatoires enseignent ; je vous assure que, ' par moments, c'était d'une rare beauté et d'une vraie ar-; puissance.
p Au reste, je puis étayer ici mon opinion d'un avis esi qui doit avoir plus de poids que le nôtre. Le lendelez main de cette représentation, M. Xavier Aubryet en ,ài écrivait au Figaro pour signaler à toute l'attention if-! des directeurs cette comédienne en herbe et tout à fait D- inattendue.
n Or, Aubryet est tout simplement un des esprits les
irj plus fins et les plus justes de ce temps-ci. Lisez le
volume qu'il vient de faire paraître sous le titre de ;
- Jugements nouveaux. Une grande indépendance d'i-
t dées, unie à beaucoup d'originalité dans la forme,
t signale ce livre à l'attention des dégustateurs.
i Malgré la confiance que l'on doit accorder à une
opinion signée Aubryet, aucun directeur n'avait encore
fait un pas vers M*^® Isabelle, et M. Sari a pu la con-
' fisquer au profit de son théâtre.
Je gagerais qu'il devra de belles moissons à daudie la moissonneuse, à Isabelle la marchande de violettes.
Il a déjà de singuliers et remarquables éléments dans sa troupe. L'un de ses comiques, Montrouge, celui qui joue le principal rôle dans la pièce en cours de représentations, n'est-il pas le propre neveu de M. Léon Gozlan 7 La prose verveuse et chatoyante de
l'oncle semble, du reste, se refléter dans le jeu coloré du neveu. A côté de celui-ci, il y a Camille, musicien distingué, Tauteur de la Polka des mirlitons tant fêtée dans les bals de la banlieue. Il y a M"® Flore, première chanteuse arrivée en quatre bateaux dé Batavia, pour chanter dans VAlmanach comique un couplet dont le susdit Camille a écrit la musique. Tout chemin mène aux Délassements-Comiques. .. Il y a M}^^ Rigolboche, notre honte ou notre orgueil, cela dépend des goûts.
Une des célébrités de la galanterie parisienne , M'*® Juliette Beau, amourachée de théâtre, elle aussi, subitement mais un peu tard, vient de se montrer aux Bouffes-Parisiens dans Daphnis et Chloé^ paroles de Longus et de M. Clairville, 'musique d*Offenbach.
On connaissait déjà la pièce, jouée au Vaudeville avec grand succès , il y a quelque dix ans , par M"® Octave-Chloé et par M"« Cico-Daphnis. Delannoy faisait le dieu Pan. Ce fut un grand succès de nudités.
Pour reprendre cette pastorale aux Bouffes, il a fallu la voiler et développer le costume de Chloé. On ne gagnerait trop rien d'ailleurs à ce que la robe de la Chloé d'aujourd'hui fût plus indiscrète. La pauvre fille est maigre comme ce saint temps de carême. Quant à Daphnis, il se présente mieux pourvu d'avantages physiques, puisque M"® Juliette lui prête ses attraits.
Cette débutante est gracieuse et traite la scène comme une ancienne (Sonnaissance. Elle n'a malheureusement que des relations plus vagues avec la musique. Comme sa voix serait jolie si elle en avait I
Cet ange descendu d'un nuage de poudre de riz cimentée légèrement avec du cold-cream, a obtenu le plus grand succès.
Mais cette victoire pourrait avoir des conséquences désastreuses si des personnes qui n*ont ni Tintelligence, ni la jeunesse, ni les traits et la taille de M^*® Juliette allaient s*ai^toriser de l'exemple qu'elle leur donne pour considérer le théâtre comme l'hospice des invalidés de l'amour et prétendaient y entrer sur leurs vieux jours.
Vouloir de la comédie quand la galanterie ne veut plus de vous ou que vous ne voulez plus d'elle toute seule, sans l'assaisonnÊmont et la variété que le théâtre y peut ajouter, c'est traiter la comédie beaucoup trop légèrement. Sachez-le d'ailleurs, Mesdames, avec les habitudes d'économie qui tendent à prévaloir à votre endroit chez les directeurs, vous ne gagneriez même pas à ce métier le tabac de vos vieux nez.
Bébé a dix-sept ans, mille agréments, et il y a quinze jours elle ne possédait pas dix-sept francs dans son tiroir.
D'abord, elle n'avait pas de tiroir, car aucun meuble ne lui avait jamais appartenu. Une amie la logeait
en attendant mieux, et Bébé, ainsi nommée à cause de ses grâces enfantines, logeait lô diable dans sa bourse.
Les courses qui viennent de recommencer à La Marche avec le printemps ont forcé le diable à chercher un autre gîte. A présent Bébé est riche de toute la fortune de M. de***, la fleur des sportsmen, et l'histoire de cette métamorphose de sa destinée est un des amusements de la ville. C'est Yactualité amoureuse de ces derniers temps.
Quelques jours avant le premier steeple - chase , Bébé se présente en casaque de Jockey de course sous un manteau, chez monsieur de B... Elle insiste tellement pour être reçue qu'on la reçoit. Parvenue enfin non sans peine jusqu'au gentleman, elle se jette à peu .près à ses genoux et lui fait part du désir ardent qu'elle a conçu de partager les dangers et la gloire des cavaliers dont elle'a emprunté l'uniforme, sur le turf de La Marche.
Sa prière avait tant d'accent, son costume lui seyait si bien, l'ambition qu'elle témoignait était si louable aux yeux d'un centaure comme M. de B..., ^ que celui-ci fut ému et sentit se fondre le marbre de son cœur, rebelle jusqu'alors à toute autre passion que celle du cheval. Aucun boudoir, jusqu'à ce jour, ne lui avait paru valoir son écurie ; il est vrai qu'aucune femme ne s'était encore présentée à lui en tenue de course et n'avait si résolument parlé d'affronter la rivière et les autres obstacles.
M. de. . . , — dont la bienveillance est ordinairement le moindre défaut, — releva la suppliante avec une faveur marquée et» tout en lui .expliquant comment et pourquoi aucune influence ne pouvait faire prendre son projet en considération, ne considérait pas sans émotion le joli et courageux volontaire qui était venu s'offrir aux chances du steeple-chase.
J ai rKonneur de vous faire part du mariage (de la main gauche, bien entendu) qu'a contracté M. de... avec M"« Bébé. M. de. . . , longtemps insensible et farouche comme THippolyte d'Euripide, a maintenant son béguin, et un fameux ! Vénus et T Amour prennent leur revanche aux dépens du mortel qui les dédaigna.
Son arc, ses javelots, son char, le club, tout l'importune désormais ; tout ce qui n'est pas Bébé la triomphante. Les amis du sportsman amoureux de sa maîtresse, comme l'éperon l'est du flanc, sont dans la consternation. Ils ne savent à quel saint ou à quel démon se vouer. A tout prix ils voudraient rompre la chaîne de cet h3mien, qui n'est même pas agréable à l'Église. Mais Bébé n'est pas plus disposé que l'Achéron à lâcher sa proie. Le théâtre de M. Dumas fils y perdra ses tirades et le théâtre des Délassements- Comiques ses révélations édifiantes.
On pourrait espérer de la religion une intervention vigoureuse (Monsieur de. . , est assez bon catholique) si le sujet était dans le diocèse de M. Tévêque
d'Ajaccio. Ce prélat, il y a trois ans, n'entreprit-il pas contre le concubinage, qui cependant est d'une rareté relative en Corse, une croisade des plus décidées ! Il voila le tabernacle, renversa les cierges avec des gémissements à vous arracher Tâme, sonna la clo- . che des morts, puis prononça du haut de la chaire l'excommunication des couples qui vivaient en dehors de la sanction religieuse. Une statistique récemment faite en avait relevé 700, pas davantage. Tous, moins trois, autrement dit : 697, vinrent, après la foudroyante démonstration de l'évêque, faire bénir leur union.
Je n'oserais affirmer qu'à Paris le même procédé aurait le même succès. Toutefois, notre ville est bien pieuse, si l'on en juge par l'affluence qui se pressait , avant-hier à Saint-Roch pour entendre prêcher M. Du- | panloup.
La foule s'est entendue elle-même, voilà tout; elle s'est entendue tousser, moucher, cracher, chuchoter. Les amis de l'évêque d'Orléans se montrent disposés à soutenir que le Siècle avait enrhumé la population en lui faisant lire quelque article trop froid dans un moment où elle avait chaud, et cela évidemment dans le but perfide de monter une cabale de tousseurs involontaires contre son adversaire, M. d'Orléans.
Si celui-ci avait l'organe d'un nouveau prédicateur, M. Minjard, qui tonne cette année-ci à la Madeleine, —on pourrait le surnommer le Beauvallet de la chaire, -— les tousseurs en auraient été pour leurs frais.
Mais Tactualité religieuse dont les dévotions du bel air sont surtout amoureuses en ce moment, c'est la retraite du Sacré-Cœur* Ici, du moins, on ne fait pas son salut avec le fretin.
L'autre jour, passant rue de Yarennes, à neuf heures du matin, j'ai compté 120 carrosses armoriés qui stationnaient à la porte, et une véritable émeute de laquais galonnés. Naguère, c'était l'éloquent et respectable M. de Ravignan qui avait l'honneur d'exciter tous ces nobles empressements. Son successeur d'aujourd'hui est un jésuite, homme d'une quarantaine d'années environ, à l'œil bleu, vif et fin, et plein de connaissance du cœur humain ; sur son front, la méditation a tracé de visibles sillons. Son extérieur raconte des veilles, des jeûnes et des macérations. Il dirige la fameuse maison d'éducation fondée naguère à Yaugirard par l'abbé Poiloup, et où tant de jeunes gens de nos premières familles ont été élevés.
Le successeur de M. de Ravignan prêchait sur ce texte, quand je suis entré : Non est in commoti&ne Dominus^ le Seigneur n'est pas dans les agitations. Partant de là, le prédicateur conseillait aux salons eu général et aux femmes en particulier la paix et le calme, surtout dans les matières politiques. Z« Constitutionnel n'eût pas mieux dit. L'orateur a fait une charge assez spirituelle contre les petits tribuns en jupons.
Il ne leur permet pas non plus les agitations de la
crinoline et les fièvres de luxe. Luxueux point ne
n a démontré ce qu'il y avait d'humiliant pour les personnes honnêtes à lutter de parures excessives avec ces demoiselles, et déblatéré contre la soumission aveugle du monde aux caprices de la mode. Aux jupes extravagantes d'ampleur et de longueur elle peut en vouloir substituer demain qui s'arrêtent au genou; les adopterez-vousl Voilà le sens, sinon la forme de l'argumentation du prédicateur. On sait que son auditoire est exclusivement composé de femmes, n leur a surtout parlé, la retraite durant, de l'amour et de l'honnêteté dans le mariage.
Voilà l'avantage qu'il y a pour les chefs d'institutions à être en même temps des orateurs distingués. Le succès de leur parole sert les intérêts de la maison qu'ils dirigent. Je gagerais qu'à la prochaine rentrée des classes ne mettra pas son fils qui voudra à la pension de Vaugirard devenue trop étroite. Ce sera comme dans le ciel ou aux représentations de Tamberlick : beaucoup d'appelés, peu d'élus.
Tout fait espérer qu'il sera infiniment plus aisé de trouver des stalles à TOpéra-Italien, les soirs où la volonté omnipotente de M. Calzado y fera exécuter il Orociato in Egiito.
Ce n'est pas que l'œuvre soit misérable, tant s'en faut ! Elle est même restée très-belle par partie et elle offre un grand intérêt au point de vue de l'histoire
suudcale et comme monument d'une phase un peu oubliée du génie de Meyerbeer. D'un autre côté, l'exécution de cet opéra est loin d'être méprisable ; les noms de M"** Borghi-Mamo, de l'Alboni, de la Penco, vous disent assez ce qui peut en être. Cependant, le plus grand succès de la soirée a été pour le baryton Meriy.
En résumé, comme Meyerbeer s'y attendait, avec un bon sens égal à son génie, le Orodato est fait pour ennuyer les Parisiens de 1860.
Cette partition, le plus grand succès de l'auteur avant Robert le Diable^ fut entendue d'abord sur je ne sais plus quel théâtre dltalie. En 1826, MJ^^^ Pasta, Monbelli, Schiasetti, Giovanola, MM. Donzelli et Levasseur, la firent connaître aux Parisiens de la Restauration, qui confirmèrent le jugement du public d'ItaUe.
Trois ans plus tard, on essaya une reprise du CVociato, aux BouffeSy comme on disait alors. Indépendamment de l'infériorité des artistes qui avaient succédé à ceux que j'ai nommés, un incident fâcheux vint jeter un léger ridicule sur le succès de la première représentation.
Dans l'admirable quarteito du second acte figurait un enfant, personnage muet, — le fils de Palmide, — que sa mère présente au Soudan pour le ramener à des sentiments plus traitables.
Ce jeune nourrisson de l'art dramatique ne goûtait
évidemment ni le morceau, ni la pièce ; il eût mieux aimé une tartine de confitures et son lit.
Comme le qiiartetto en question ne se chante pas avant dix heures du soir, je comprends ce Vandale en bas-âge.
Toujours est-il que le besoin de sommeil se faisant de plus en plus impérieusement sentir, l'enfant ouvre la bouche, non point pour se mêler à Tensemble harmonieux, mais par ce mouvement machinal dont nous ne pouvons nous défendre lorsque nous entendons un opéra de M. X. .. ; lorsque nous sommes condamnés à unecomédiedeM.Z... ; à une conversation de M. C. ; à une infusion de pavots intitulée chronique du grand monde.
Bref, le fils de Palmîde se mît à bâiller.
Le public le vit et sourit.
La cantatrice continue, sans égards pour Fennui qu'elle cause à son enfant : frena le lagrime.
Deuxième bâillement,
La cantatrice : Consolarti sapra il cieL
Troisième bâillepient de Tenfant.
La salle éclata de rire. Le morceau ne put être continué ; on se hâta de cacher au fond des coulisses le jeune barbare, cause innocente de toute cette confusion.
A voir Taspect de la salle, mardi dernier, jour de la reprise du Crociaio, il m*a semblé que le moutard endormi avait fait école.
vir
SoMMAiBE : L'art de parler chez l'art de plaire. — Le Père Miiijard et le bal du 24. — Une dame en fen et le feu dans la chaire catho* liqne. — Le réalisme fait prédicateur.^ Le verbe donner conjugué avec entrain. — Témoignage de M. Berryer eu faveur du nouveau Bourdaloue. — Examen de cette proposition un peu sauvage : « Les amours terrestres sont des amours de pourceaux. » — Comme quoi il n'en est rien et il serait à souhaiter qu'il en îàt quelque chose. — • La piscine de Lais. — La malpropreté, péché mortel des femmes qui n'ont pas de vertu. — La vérité sur le cas du général de Lamoriciëre. — Limonadiers, généraux et chanteurs en retraite prématurée. — Le repos de Duprez dit l'homme-théâtre. -« Sa Jeanne d'Arc. — Protée et Prométhée. — M"* Marie Brunet sur son bûcher. — Les bijoux perdus de M"* Monrose. — La mode du Gluck. -- Chez M. Dufour ; chez M. Lecouppey ; chez M. le comte de Nieuverkerke. — Charade mémorable chez M"» de Tascher. — Les derniers bals. — Le souper des Provençaux. — VOrphée d'OfFenbach aux Italiens. — Les salons de M. Markowski. — Le bon petit père sous un arc de triomphe qui fait honneur à M'^ Alice. — Pudeur d'une soubrette. — Nelly ou un voyage travesti. — L'excommunication et les Romagne»! chez Markowski. — l^i Monsieur au
Dût de la queition. ^ Fragmtnt de M. Barbey d* Aurevilly. — Supplice que les enfers réservent à cet écrivain.
Paris, 20 avril.
L art de parler dînait lundi dernier chez Tart de plaire... En d'autres termes, moins galamment renouvelés de M. de Voltaire, le révérend père Minjard, M® Berryer, M. Tabbé Deguerry, curé de la Madeleine, en compagnie de Tarchevêque de Paris et du nonce du Pape, étaient invités, lundi dernier, chez jyjme la princesse de B***.
Ce jeune père Minjard survit décidément au carême qui Ta vu nsdtre à la célébrité. Son nom tient presque autant de place dans les entretiens que le bal du 24 à Thôtel d'Albe. Certes, on est le bienvenu quand on parle, en homme bien appris et exactement renseigné, des déguisements qui se trament et des quadrilles qui se complotent pour le bal-phénomène qui doit avoir lieu le 17 et qui sera donné le 24. Il n'y a que des oreilles attentives pour ceux qui, dès aujourd'hui, sont en mesure de dépeindre à la compagnie ce que sera le fameux quadrille des Éléments, de quels rubis et de combien de rubis flamboiera la grande dame qui représente le Feu et pour laquelle on brûle. Le quadrille Espagnol et ses acteurs, le quadrille des Contes de Perrault, — renouvelé du bal de M. le général fleury , — certain quadrille de Paysans et un quadrille de
Vénerie sont encore des sujets de conversation bien portés. Il faut absolument savoir, sous peine de se montrer en retard sur le bel air, qu'une des dames américaines qui tiennent à Paris le plus grand état, s'est £Edt faire pour la circonstance un ajustement historique dans lequel elle représentera, à l'admiration générale, le jeune Louis XiV, adolescent et roi tout ensemble.
Voilà des informations précieuses assurément, et que l'on aime à posséder dans leur fleur ; mais vous pouvez tout aussi bien faire votre chemin à travers les salons qui causent, en vous constituant le biographe, l'historiographe, le panégyriste ou le critique du Bourdaloue de l'heure présente, à savoir M. Minjard,
Il est le feu, lui aussi, comme M™* la comtesse *** le sera au bal de M"*® de Tascher. Il est le feu dans la chaire. Ses métaphores, dont il étale le plus éblouissant écrin, sont autant d'escarboucles. Il enivre ; il enflamme. C'est de la lave qui sort de ses lèvres comme d'un cratère ; à côté de lui, les autres orateurs ne sont plus que des robinets d'eau tiède. On va l'entendre, non-seulement par piété et pour faire son salut, mais par plaisir et par un entraînement que se reprochent les puristes de la dévotion. D'autres lui reprochent d'avoir introduit dans le discours sacré des expressions et des hardiesses inusitées, et de l'avoir relevé par des piments inouïs. — ♦* C'est le réalisme fait prédicateur, disait-on devant nous. Le père Lacor-
daire était le romantisme fait dominicain. L'oraison sacrée a suivi la même pente que la littérature pro«fane. »
Quoi qu'il en soit, la princesse de B*** racontait, à son dîner précisément» un trait qui est le plus bel éloge de la puissance avec laquelle le prédicateur à la mode remue les esprits et les cœurs. — « Un des jours du dernier carême, a-t-elle dit, j'étais parmi les quêteuses, et le révérend Père prêchait un sermon de charité. Lorsqu'il descendit de la chaire où il avait si éloquemment conjugué l'impératif du beau verbe donner, ce fut une pluie et une avalanche dans nos bourses. Jamais on n'avait rien vu de pareil. . . or et billets de banque à foison. Même les personnes qui n'avaient pas d'argent pour satisfaire l'immense soif de charité allumée en elles, se dépouillaient de leurs bijoux; c'est ainsi que j'ai reçu, pour ma part, deux belles bagues précieuses enrichies de brillants, et que ma voisine, la marquise de P***, a trouvé une montre et des boucles d'oreilles dans le trésor des pauvres. »»
M. Berryer, qui assistait à presque tous les sermons du père Minjard, assis au banc-d'œuvre , tout près de M. le curé de la Madeleine, a fait chorus, en exprimant très-chaleureusement son admiration pour ce jeune maître dans l'art de la parole.
C'est donc, et de l'aveu des juges les plus compétents, un succès immense que celui du père Minjard, et un talent sur lequel on ne tarit pas.
Ce qui peut lui être le plus justement objecté, c*est son peu d'expérience de la vie et du monde. Il n'a que vingt-neuf ans ! Aussi lui est-il arrivé djémettre, dans le cours de son carême, des propositions comme celle-ci, que nous nous sommes promis de relever : «« Les amours terrestres sont des amours de pourceaux. »
Oui dà ! le mot est dur, mais est-il juste 1 Au moins convient-il de soustraire tout d'abord à cette terrible sentence l'amour dans le mariage, qui est terrestre, mais béni, et ne saurait par conséquent être jugé digne de l'auge. De plus, j'affirme sur l'honneur que les boudoirs de l'Athènes galante et profane ne ressemblent en rien à des cabanes à pourceaux.
Ce ne sont partout que fleurs, parfums, dorures, objets d'art, glaces merveilleuses, soieries tissées par les fées, dentelles précieuses jetées sur des meubles rares. Les visiteurs s'y vautrent sur les beaux damas de Lyon et non pas dans la 'boue. Non-seulement la magnificence, mais une propreté qu'envieraient les matrones et un goût que les artistes admirent, régnent, je vous assure, dans les temples dédiés à l'amour terrestre. On y voit des bouches très-roses, et pas un groin ; on y entend de jolies paroles, roses aussi, et pas un grognement. Les enfants, quand le mobilier en comprend, ne sont pas des marcassins ; mais, coquettement, on les habille en petits Écossais les jours ordinaires, en zouaves le mardi-gras. M. de Buifon ni aucun naturaliste, que je sache, n'a jamais signalé pa-
reils usages chez la gent porcine et porcinante. Les porchers, c est-à-dire les hommes grossiers et mal élevés, sont soigneusement bannis du sanctuaire où trône M™« Laïs en ses pompes. La propreté exquise, c'est la vertu de ces dames-là. J'en sais une qui rêve, en ce moment, de faire établir, au rez-de-chaussée de son palais, une piscine en marbre blanc, où Veau serait filtrée, parfumée, courante et sans cesse renouvelée. Elle y vivrait dans le cristal liquide, la sirène qu'elle est, tant il lui déplaît de penser qu'un grain de poussière pourrait séjourner un instant sur son beau corps ! Elle a de toute souillure physique, même la plus petite, une horreur comparable à celle des dévotes pour le péché mortel.
Ah ! monsieur l'orateur, admirable mais plein d'inexpériente jeunesse, plût au ciel, en effet, que, comme vous le dites, toutes ces amours terrestres qui se paient si cher, fussent malpropres et rebutantes I Elles ne nous prendraient pas le plus beau de notre jeunesse, le plus clair de notre revenu, le plus épais de nos cheveux ; elles ne nous garderaient pas prisonniers dans leurs mortels jardins d'Armide, si, au lieu d'être de fleurs, les chaînes dont elles nous chargent étaient boue, ordure et fumier tressés. Amours de pourceaux ! c'est bientôt dit ; quel dommage que ce soit si mal dit 1 Comme la vie serait simplifiée, comme la sagesse, l'existence régulière, ménagère et conjugale deviendrait plus facile et moins
rebutante si, en dehors d'elle, on ne trouvait que malpropretés et senteurs asphyxiantes pour quiconque n'est pas un porcher de naissance I Le mal, au con* traire, c'est que les roses de Pœstum, dont le parfum est si doux et qui font épine de velours lorsqu'on s'approche pour les cueillir, fleurissent abondamment dans les jardinières en bois de rose, en laque chinoise du demi-monde, et risquent de nous faire trouver fade l'atmosphère du foyer domestique.
Bien fade et bien insipide aussi est la retraite prématurée des emplois pour les hommes qui, se sentant bon pied et bon œil, ont cependant quitté les sphères actives, sous l'empire de résolutions spontanées ou de circonstances plus fortes que leur volonté. Une certaine nostalgie, un besoin de retourner à l'action et au commandement, qui sont les milieux où leur nature se meut à l'aise, s'empare bientôt d'eux. Us mourraient, je crois, de leur oisiveté, s'ils ne la secouaient. C'est une maladie de ce genre qu'un général célèbre est allé, selon moi, guérir à Rome. C'est moins une démonstration politique qu'une cure, et une démarche plus guérissante que guerrière. Voici notre avis sur un point qui tient les esprits en suspens. M. de Lamoricière, ce chef vaillant, et que nous avons connu intelligent jusqu'au bout des ongles, me fait, en ce moment, l'effet des limonadiers qui ont vendu leur fonds trop tôt, et qui, malades de leur abdication, implorent la faveur d'aller casser le sucre chez leurs successeurs.
On peut comparer encore l'illustre Africain à ces chan teurs et à ces chanteuses qui ont quitté le théâtre avant l'heure, celles-ci, pour être ambassadrices pou de bon, — comme M^^® Balfe, à présent épouse de sir Crampton, surnommé le lion blanc; — ceux-là, pour être rentiers, propriétaires et marguilliers. Venez un jour chez ces transfuges de la scène leur demander de reprendre pour un soir, — dans l'intérêt d'une fondation pieuse ou d'une misère à secourir, —leur harnais d'autrefois ; leurs yeux, tout à l'heure languissants, s'animent ; ils se redressent. Tel le cheval de guerre qui a entendu la trompette de son régiment. S'ils étaient tout à fait sincères, ils vous diraient qu'en consentant à chanter au profit de l'œuvre que vous êtes venu leur recommander, c'est surtout à leur propre bénéfice qu'ils rompent un silence qui leur pesait tant.
Voyez un peu Duprez et le singulier repos que prend feu notre plus grand chanteur, depuis que les défaillances de son organe l'ont exilé de l'Opéra ! Ne pouvant plus être ténor, il s'est fait baryton, imprésario, maestro, chef des chœurs, machiniste, souffleur et contrôleur. Chez lui, voyez-le dans tous ses rôles, en son petit théâtre de la rue de Turgot ! Il serait librettiste et peindrait les décors au besoin. Il ne se contente pas de former des élèves qui s'appellent Battu, Monrose, Marimon, Brunet, Caroline Duprez, et portent haut et loin la gloire de son enseignement.
— i37 — m II veut être plus universel encore que Thomme-ortre .'chestre des Champs-Elysées qui, lui, n*a pas fait la iii' 'musique qu'il écorche. Notre infatigable Duprez, non sir: content d'être un Protée musical, tient absolument à DT devenir im Prométhée qui ravisse aux dieux le feu DU, ! créateur.
de' Il pourra tout au plus devenir un forgeron, à force a- de forger. Son nouvel opéra, Jeanrie d'Arc, qu'il a lis chanté et fait chanter dimanche à ses élèves, est en s, progrès évident sur les ouvrages précédents de la re même main. 11 y a surtout des chœurs bien martelés. ils L'après-midi, toutefois, a paru un peu longue, je le >n crains, aux auditeurs. N'en disons pas davantage is pour ne pas attrister ce galant homme et ce grand ir artiste, qui ne pèche, après tout, que par excès de - • zèle.
Dans son ardeur, il ne néglige même pas la mise b ' en scène sur son théâtricule bourgeois, et à l'heure où, s dimanche dernier, Jeanne d'Arc devait périr sur le ; bûcher impie, M^^® Marie Bnmet, — qui jouait le personnage de la pastourelle de Vaucouleurs, — a failli être asphyxiée pour tout de bon, par. la fumée que . son maître avait voulu faire jaillft du plancher. Duprez lui-même faisait le rôle du bourreau. Quand il s'est aperçu que la fumée s'acquittait trop bien du sien et incommodait réellement, presque dangereusement, la victime, il a voulu la soustraire à cette incommodité voisine du péril. Mais Jeanne était attachée à un po-
teau ; il a fallu le temps de la délier ; la précipitation même avec laquelle cette opération était accomplie ' la rendit un peu plus longue dans une situation que chaque seconde aggravait. Finalement, on en a été quitte pour la peur, et Testimable bourreau a achevé le salut de sa victime en lui prodiguant des rafraîchissements.
M^i® Monrose aurait bien voulu être quitte à aussi bon marché du guignon qui a semblé poursmvre cette semaine les élèves de Duprez. Mercredi soir, accompagnée de sa mère, elle se rendait à TOpéra-Comique, à l'heure accoutumée, pour chanter le Roman d*Elvire. Elle monte en voiture de place. Ces dames portaient dans un paquet une toilette de bal et les bijoux de la jeune cantatrice, qui devait aller en soirée après le spectacle. Elle comptait s'habiller dans sa loge en élégante jeune femme du monde, aussitôt le rideau baissé, et se rendre chez M. Dufour, l'éditeur de musique, le propriétaire de la Gazette musicale à Paris et du Journal de Saint-Pétersbourg en Russie, lequel M. Dufour donnait concert et bal aux amis de sa maison. Les meilleurs chanteurs et les premiers instrumentistes devaient tout naturellement pousser sur ce terrain privilégié.
On a eu M"^ Battu, des Italiens; MM. Montaubry, Sainte-Foy etBerthelier, de l'Opéra-Comique ; le violon d'Herman, le piano de Kruger ; une Rachel genevoise de o&2e ans, au front intelligent, qui s'est déjà
produite dans plusieurs salons. Elle dit les vers avec une précision admirable. C'est une de ces petites mery^les avec échappement à cylindre et quatre trous en rubis, qui se trouvent tout naturellement sortir du pays de l'horlogerie.
Mais cette pauvre M^^« Monrose a manqué à la fête* La voiture qui l'avait amenée à l'Opéra-Comique, voiture inconnue, prise au hasard et qui ne dit point son numéro (j'espère pourtant qu'on l'aura revue au moment où vous lirez ces lignes), a remporté ses bijoux et sa toilette oubliés sur les coussins. Jugez si elle a dû chanter de belle humeur le Roman dElvire avec une si pénible réalité sur le cœur I
M^^® Battu a chanté du Gluck chez M. Dufour. Le vieux mdtre est à la mode. M™® Viardot a ouvert la voie, et maintenant d'autres la suivent. M™* Caroline Barbot, l'éminente cantatrice de l'Opéra, belle, bonne, inspirée, tragédienne et cantatrice, a, au suprême de*gré, le sentiment de cette grande musique toujours debout. A la dernière des soirées données par M. Le Couppey, professeur de piano au Conservatoire, soirées qui réunissent toujours les plus beaux noms d'artistes sur le programme et les meilleures individualités mondaines dans l'auditoire, M'^'Barbot a remporté un véritable triomphe à la Tamberlick dans la scène de Clytemnestre àUphigénie en Aulide. La même cantatrice avait précédemment obtenu le même succès avec le même morceau, au concert de Ddsarte, et
vendredi dernier, chez M. le comte de Nieuwerkerke, devant le public délicat et connaisseur qui se réunit une fois par semaine chez le directeur général des Musées, M"*® Barbot et Gluck ont encore eu les honneurs de la fçte. Un aveugle qui joue prodigieusement d un sifflet à trois trous a été exhibé dans la même soirée, au titre amplement justifié de phénomène. L'excentricité musicale est admise dans une certaine mesure, à côté du grand art, dans les salons de M. de Nieuwerkerke, et de manière à servir d'épices à l'attention.
Samedi dernier, il y avait une réunion intime qui s'est trouvée très-piquante chez M™® la duchesse de Tascher, au palais des Tuileries, à l'occasion du jour de naissance de M. le comte de Tascher, grand-maître de la maison de l'Impératrice. M. de MontuUé avait composé une charade fort amusante en quatre tableaux et en vers, tout à fait de circonstance, dont le mot était ANNIVERSAIRE, ainsi décomposé : ane, pour le premier tableau ; hiver, pour le second ; serre, pour le troisième. Le quatrième et dernier tableau, conformément aux lois de ce jeu de société, représentait le mot Anniversaire dans son entier.
Cette pochade décousue, vivement menée et avec beaucoup d'esprit par son auteur, n'a pas été moins bien rendue par les acteurs. Nous citerons en première ligne, parmi ceux-ci, M^^* Eugénie de Tascher, qui, avec sa grâce habituelle, a rempli tour à tour les rôles de Peau d'Ane et d'Hortensia. M. de Valabrègue
lui tenait tète on ne peut mieux. M°^* la comte&se Stéphanie de Tascher, M"«* HortenSe de Tascher, de Lowenthal, de Montullé, de Buch et la princesse Jeanne Czetwertynska ont été aussi fort applaudies, et MM. Edouard de Viel-Castel, Alfred Bresson, Théroulde, de Choiseul ont gagné leurs éperons d'artistes dramatiques.
Parmi les spectateurs, on remarquait le comte et la comtesse de Persigny, le comte Walewski et la comtesse Walewska, le comte et la comtesse de Momy, le. duc et la duchesse de Bassano, les comtesses de la Bédoyère et de la Poëze, etc., etc.
Après la représentation, V imprésario de la charade s'est avancé vers ce brillant public, et lui a adressé le petit compliment suivant :
— « Messieurs et Mesdames, le mot de la charade que nous venons d'avoir Thonneur de représenter devant -vous, n est ipas indulgence; maisTauteur et les acteurs réclament toute celle des spectateurs. -
Nous sommes dans la saison des premières courses de chevaux et des derniers bals, qui sont souvent les plus beaux et les plus acharnés à la danse. A cette période-ci de Tannée, à quoi bon ménager ses forces, puisque Ton touche au poteau d'arrivée î Les femmes se font donc bien moins prier, lorsqu'elles s'amusent tant soit peu, pour durer jusqu'au matin, et après la plupart des bals qui ont lieu en ce mopient, on ne rentre chez soi qu'au grand jour. La soirée que S. A. L
la princesse Mathilde a donnée jeudi dernier a paru fort courte en se tenmsant i trois heures. Elle avait été peu nombreuse, mais extrêmement splendide.
Lundi 16, le marquis et la marquise d'Aligre ont inauguré par un bal hors ligne la belle demeure dont ils ont fait choix dans le faubourg Saint*Honoré. Ici la fête s'est prolongée de manière à confirmer la remarque que nous émettions tout à l'heure sur la durée des nuits dansantes au printemps. Il était bien près de huit heures, lorsque les danseurs les plus solides au poste sont sortis de l'hôtel en rendant grâces aux dieux de cette magnifique hospitalité.
Deux soupers avaient été servis dans le courant de la nuit ; l'un debout, pour plus de cinq cents personnes, à une heure et demie ; le second, plus intime, plus gai, et assis, à six heures du matin.
M"« Phalen et M™« la marquise de Barbentane ont aussi fait danser toutes deux : la première, avanthier mercredi, et la seconde, samedi dernier.
Le même jour, ou plutôt la même nuit, un petit bal costumé, où toutes les femmes étaient en paysannes, tous les hommes en paysans, a prolongé jusqu'à neuf heures du matin l'animation de ses plaisirs. C'était chez M™« la duchesse de Bovano.
Dimanche, bal et souper aux Provençaiix : des actrices, des gens de lettres, des hommes de finances et quelques étrangers , tant Italiens que Russes. M^^c Bressant eût remporté la palme de l'élégance fé-
minine dans cette réuoion ; mais elle n'a para qu'un instant à l'horizon du souper, et à l'état d'étoile filante. Prix de beauté à M^'® Théric et d'excentrique toilette à M»« Juliette Beau. M»«» Devoyod, du Théâtre- Français, Tautin, des Bouffes-Parisiens, et Lagier, de la Porte-Scdnt-Martin, étaient les jupons les plus notables de l'assemblée.
Cette Ttftitin va être la reine prochainement d'une représentation curieuse de \ Orphée d'OfFenbach, qu'elle a joué déjà plus de deux cents fois au passage Choiseul. Le 27 du mois, ce chef-d'œuvre du genre sera représenté solennellement au Théâtre-Italien, un peu étonné peut-4tre de ces bacchanales. L'orchestre et les chœurs seront tels qu'ils fonctionnent pour les partitions de Bellini, de Rossini et de Verdi. Il y aura M"® Livry et Mérarite pour danser un divertissement, les artistes du Théâtre-Français pour jouer une comédie. Quoique le prix des places ait été doublé, comptez que la salle sera trop étroite pour les curiosités qui se disputent loges, stalles et tabourets.
Le célèbre professeur de danse Markowski tient toujours dans ses salons de la rue de Buffault, dont il aime tant a montrer le chemin aux riches étrangers de distinction. Je ne sais plus quel jour de cette semaine,^ il a donné un bal d'une splendeur particulière au bénéfice de son pianiste. Dans cette réunion choisie, on a particulièrement admiré le bon petit père^ curieux type de vieillard, qui, après 69 ans d'une
vie régulière, s'est mis tout à coup, à deux pas de la mort, à se dire '. « Il faut que jeunesse se passe 1 *> et, en vertu de ce bel axiome un peu attardé dans sa bouche, s'est rué aux plaisirs. Il danse avec la fougue de son âge, et la nymphe qu'il préfère (ne l'appellet-on pas Alice t Peu importe du reste) le fait, à une certaine figure du quadrille, passer scois sa jambe qui figure l'arc de triomphe.
On remarquait encore , — toujours chez l'illustre professeur, — certaine dame aux propos si lestes que, s'il f^ut s'en rapporter à la pudeur de sa femme de chambre peinte par elle-même, la pauvre camériste, depuis qu'elle est en service dans cette maison, n'a pas cessé d'avoir les joues rouges à faire prendre une allumette dessus. Il y avait enfin Nelly, la ressuscitée, que l'on n'avait pas aperçue depuis trois ans. Je crois bien ! elle faisait, en habits de mousse, son tour du monde.
C'est une Odyssée qui se peut raconter en peu de mots : elle aimait un fils de famille qui fut embarqué, sous prétexte que la terre ferme lui était malsaine. Elle trouva moyen de se cacher à bord, et ne parut au grand jour que quand il était trop tard pour la renvoyer à terre. Légère comme les mousses dont elle avait pris le costume, hardie comme un page et malicieuse comme un singe, elle finit par se faire tolérer par les uns, adopter par les autres, et faisait, en quelque sorte, partie de l'équipage. La voilà revenue avec les honneurs de la guerre.
Tout le monde a craint un moment d'être excommunié ; mais personne ne l'est plus, c'est convenu ; on s'est remis d'une alarme si chaude ; mais, voyez un peu l'inconséquence ! Tout le monde, à savoir les gens les plus religieux, les plus graves, aurait pu être atteint par les foudres papales, sans que personne s'en ressentît chez Markowski. Ici, en efTet, l'on ignore assez généralement ce que c'est que les Romagnes, ce que ça mange et ce que ça boit, si ça vit apprivoisé ou meurt en cage, à plus forte raison si ça s'annexe impunément et si on en a souhaité l'annexion au Piémont.
L'excommunication a maintenant tort dans la plupart des salons, où l'on a adopté des sujets de conversation plus frais. Toutefois, j'ai entendu, l'autre jour, un monsieur qui semblait avoir des lumières sur la question, la traiter en trois points, tout en se chauffant les mollets. Il rappela d'abord que jusqu'en 1801 et au Concordat, il y avait eu, parmi les commandements de l'Église, un article ainsi conçu :
Les excommiuiiés tu fîiieras, Les dénoncer expressément,
lequel était resté sur le carreau avec celui-ci, non moins suranné :
La dîme tu payeras A ton curé exactement.
Il y avait deux sortes d'excommunication, Tune nominale et l'autre générale. La première frappait Texcommimié, dans son âme et dans son corps, d'une sorte de lèpre contagieuse, et ce qui est bien remarquable, — poursuivait notre professeur d'excommunication, — c'est que k terrible formule de Texcommunication nominale semble empruntée au rituel de la magie noire ou goétie. Aujourd'hui encore, on trouve, dans le fond des campagnes, des bergers versés dans la sorcellerie qui, moyennant le prix convenu, jettent des sorts aux ennemis de leur clientèle dans le même style qui servait à la Papauté lançant ses foudres. — « Il y a deux ans, en Normandie, j'ai été témoin du fait suivant dans mon village, continua le causeur. Une pauvre femme avait été cruellement volée, et la justice régulière ne pouvant mettre la main sur son voleur, elle eut recours à un sorcier gardeur de troupeaux, qui prononça contre le coupable la formule de malédiction. Celui-ci fut bientôt dénoncé par les tortures brûlantes qu'il ressentit à la peau, et l'une de ses jambes devint roide ambulando, ce qui le priva de fuir plus longtemps les gendarmes. »
L'assemblée fit un petit mouvement d'incrédulité. , — « Pour moi, dit une des personnes présentes, une j seule chose ressort clairement de ceci, c'est qu'un | Pape, père commun des fidèles, âme de la catholicité, ne pouvait pas, en plein dix-neuvième siècle , s'amu* ser à jeter des sorts à la moitié de l'Europe, m
— Oui ; mais il y a de rexcommunication dans Tair, et de même qu'il y a des gens qui ne peuvent pas entendre parler d une maladie sans s'en croire affligés, on a aujourd'hui les excommuniés de la peur. C'est une variété qui offre des cas assez bizarres ; ainsi, l'on m'écrit de Poitiers qu'un brave homme de cordonnier, assez simple d'esprit, cela va sans dire, s'est senti pris par les jambes après avoir lu la formule d'excommu* nication publiée par les journaux, et ne quitte plus son Ht.
— Messieurs et Mesdames, pour changer de conversation, permettez-moi de vous lire un court fragment du journal le Pays, qui m'est tombé sous la main comme je cherchais un album de photographies. Ce qui suit est tiré mot pour mot d'une Revue littéraire, signée Barbey d'Aurevilly :
« M. Aubryet est de la race des éclatants mêlés de suave, Cest un Rivarol soleillant qui sait s éteindre à temps dans un Henm Heine clair de lun^, et qui a appns le latin des lutins dans Shakspeare. C'est un humouriste onde de gaîté et de mélancolie, »
— En quelle langue est-ce 1
— Qui le sait ? ces éclatants mêlés de suave; ce Mivarol soleillant qui s éteint dans un Henri Heine clair de lune; ce latin et ces lutins; ces ondes de gaîté et de méUvncolie^ quel pathos et quel chaos ! quel galimatias triple I et tout cela parce qu'un écrivain veut recommander à ses lecteurs le livre d'un autre homme
d'esprit, son ami. J'aimerais mieux qu'il dît en style lacédémonien : « Le volume s'appelle les Jugements nouveaux. Il est de Xavier Aubryet, et se vend à tel endroit, tel prix ; achetez-le, je vous conseille. »»
Si M. Barbey d'Aurevilly va jamais en enfer, — ce qu'à Dieu ne plaise ! — j'imagine que, pour son supplice, il sera condamné à écrire pendant Tétemité les feuilletons de M. de Biéville avec la plume de M. de Biéville, qui n'est pas, lui, de la race des éclatants mêlés de suave, qui n'a jamais comparé personne à . un Rivarol soleillant ni à un Henri Heine clair de lune, et qui, au lieu d'apprendre le latin des lutins dans Shakspeare, a étudié son français chez Scribe et Bayard, au bon coin des vaudevillistes ; — ils écrivent coing ^ quand ils sont gais.
SoMMAT&K : Uenfant et la pièce de cent soub. — Paris raine les Parisiens. — Part» inhabitable, — M. Alexandre Weill. — Le ronble et le franc. — Invasion des millions exotiques. — Confusion des petites fortunes indigènes. — - Réhabilitation de Phomme qui n*a rien. — Comme quoi trois personnes seulement parlaient d'argent avant 89. — Nobles et roturiers; riches et pauvres; amusants et ennuyeux. — Tout par l'étranger et pour l'étranger. —Aux Courses. — Géographie à l'usage du demi-monde. — Les sirènes de Paris, Lisette et Béranger. — A propos des Mémoires de Rigolboche, •— Le grand Bamum. — > Pourquoi M. About n*a pas pu faire adopter ses Titiens dans le pays de Rigolboche et du Punch-Grassot? — Banquet à Philoxène Boyer. *— Un mot de M">* de Girardin. — La Vie de sainte Marie-Madeteiney par le P. Lacordaire. — Le brick de M. Dumas père. — M. le comte Eoucheleff. — M. Dumas et une prophétie. — Nouvelles et nouveautés théâtrales : Olga de Villeneuve ; Isabelle ; une élève de Saint-Denis aux Délassements, -r Le faubourg Saint-Germain musicien et vaudevilliste. — Lee joure grae de Madame. — Photographie et version grecque ou cela tuêcêd,
Paris, il mal.
Un enfant nous a donné récemment une leçon admirable d'une philosophie qui devient chaque jour un
peu plus nécessaire aux Parisiens que ruine Paris.
L enfant avait reçu d'une sienne parente la sonune de cinq francs en une belle pièce d'argent, tou<;e neuve. Jamais il n'avait vu, encore moins avait-il eu jusqu'à* lors en sa possession tant de richesses amoncelées. H est de famille pauvre où la monnaie brille surtout par son absence. Néanmoins, on le laissa disposer de sa fortune.
Avec sa pièce ronde, il se croyait le maître du monde. — Qu*achèterai-je et que n*achèterai-je pas t se disait-il en lui-même, enivré des promesses et des. espérances contenues dans ses cinq francs ? Un ministre des finances qui accouche de son budget n'est pas plus assailli de préoccupations financières que notre bébé.
n ne dormait plus, ne mangeait plus, et maigrissait» tout entier absorbé par son idée fixe : l'emploi de la fameuse pièce de cent sous !
Ce commerce dura trois semaines. Il en était malade, ou peu s'en faut. On le trouvait dans des coins, la tête entre ses mains, méditant. A la fin, il se lassa des soucis dévorants que la richesse traîne après elle, et, de lui-même, appliquant à sa situation om remède héroïque, fit cadeau à son petit frère du capital qu'il avait reçu naguère avec de si vifs transports.
Après qu'il eut pratiqué sur lui cette opération, il se lève, immédiatement soulagé. H rit, il chante, il court, et le voilà criant du matin au soir par toute la
maison, sans qu'on puisse le faire taire : « Qu'on est heureux quand on n'a pas d'argent ! *•
En ce cas, les Parisiens sont si heureux que j'en connais qui voudraient l'être moins.
Paris inhabitable^ dit M. Alexandre Weill dans son récent factum contre la cherté des loyers.
M'est avis que M. Weill n'a pas mieux vu la question que s'il l'avait regardée avec le gros bout d'une de ses lorgnettes. Paris n'est pas inhabitable, non ! puisque le chiffre de sa population augmente tous les jours; seulement, les conditions de l'habitation à Paris ont changé.
Ce qui valait un franc en vaut quatre ; ce qui coûtait cinq francs ne se vend pas moins de vingt francs. Depuis l'invasion de Paris par ces classes privilégiées et cosmopolites que Ton pourrait appeler la féodalité européenne, c'est le rouble qui semble devenu l'étalon moral de notre monnaie. Malheur aux gens pauvres de 30 ou 40 mille livres de rente I Us pouvaient se croire riches, ils étaient riches avant cette révolution opérée dans nos mœurs, et, généralement, ils ne se faisaient pas faute d'écraser du poids de leurs richesses un tas de petites gens vivotant au jour le jour de l'exploitation de leurs talents : artistes, bohèmes, et le reste, triste engeance n'ayant pas le moindre crédit à la Banque I Eh bien ! qu'est-il advenu t Les gens à 30 et 40 mille livres de rente, — chiffre qui marque à peu près la moyenne des fortunes françaises,
— ne peuvent plus dclabousser personne. Ds ont tout juste maintenant de quoi vivre renfermés comme des rats dans leur fromage. La maison bourgeoise, où tout dîner prié commençait inévitablement par une barbue sauce aux câpres et se continuait par un filet de bœuf rôti, se ferme, elle est fermée. La soirée bourgeoise, autrement dite le bal à l'huile, parce que Ton y allumait plus de lampes que de bougies , où les mères allaient en robe montante , où les pères faisaient la bouillotte, tandis que la jeunesse sautait au piano dans la salle à manger , la soirée bourgeoise disparaît. Un des signes distinctifs de Thiver qui finit en ce moment, c'est la rareté des soirées bourgeoises. Vainement les fillettes ont protesté et, à mains jointes, demandaient aux parents d'ouvrir leurs salons. La mère, qui n*a plus assez d'occasions de produire sa fameuse robe jaune, se fût peut-être laissée attendrir; mais le père était inflexible : « Tout a augmenté, disait-il ; il n'y a que le chiffre de nos fortunes qui soit resté stationnaire ; il faut bien restreindre son train. »♦
Voilà pourquoi le monde bourgeois est demeuré si calme cet hiver. C'est lui, en définitive, qui souffre le plus, dans son amour-propre et dans ses jouissances, du renchérissement de la vie. Ce qu'on appelait fortune est devenu une aisance médiocre. Les mêmes revenus qui attiraient sur lui naguère l'attention envieuse de son quartier sont tellement dépassés par les trois ou quatre cent mille livres de rente que la ru-
menr publique attribue au seigneur russe logé dans rhôtel voisin, que c'est à peine si le porteur d'eau de la maison considère désormais le bourgeois du troisième, avec ou sans entresol, plus qu'un mansardien. Devant le prestige exercé par ces immenses richesses exotiques qui se sont emparées du sol parisien , ceux qui ont de petites rentes et ceux qui ne possèdent rien semblent également pauvres. Il y a même cette différence à l'avantage des derniers, que, n'ayant aucun capital, ils exercent forcément un art ou un métier qui bénéficie de la présence et des dépenses des riches étrangei*s. De plus, vous qui êtes artiste, êtes-vous présentable, aimable, ou, ce qui vaut mieux, amusant! Le grand seigneur quinze ou vingt fois millionnaire qui achète vos tableaux et vos livres, sera enchanté de connaître votre personne, et, chez lui, vous aurez le pas sur tout le monde si vous êtes le plus intelligent. Au contraire, Raboulard, notaire honoraire, Raboulard, qui s'est retiré des affaires avec 25,000 fr. de rente qui ne -doivent rien à personne, Raboulard n'est pas invité ; ou, s'il se faufile dans ce monde-là, on l'y voit en mauvaise posture, tout enrichi qu'il est.
C'est le propre de l'extrême richesse de paraître compter l'argent pour rien et de n'en pas parler plus que s'il n'existait pas. Avant la révolution, on n'avait vu dans la bonne compagnie que trois personnes qui parlassent d'argent, aussi étaient-elles notées. C'étaient
3d9y*GoogIe
M. et M"* Necker (cette àemihre parlait (Tor^ selon M™* du Deffand); j'cd oublié le nom du troisième membre du trio. De nos jours, chez ces étrangers asiatiquement opulents dont Paris est la patrie d'élection, on n'entend pas plus que dans l'ancienne société française le son des écus, et ce n'est pas en jaugeant votre coffre-fort qu'on vous juge dans ces parages-là.
Le monde s'est longtemps divisé en gentilshommes et en roturiers ; puis , c'est entre les riches et les pauvres qu'une ligne de démarcation sévère a été établie ; je crois qu'il faut louer les salons assez hardis pour fonder deux catégories nouvelles sur les ruines des anciennes classes ; d'un côté, les amusants et les intelligents ; de l'autre, les ennuyeux et les sots. Il va sans dire que la consigne exclut les seconds au profit des premiers. *
L'influence de cette affluence des étrangers dans nos murs s'étend à tout ce qui compose la vie parisienne. Ce sont eux qui parent comme des châsses les idoles de notre demi-monde, et c'est pour eux qu'elles se font de si beaux teints avec du blanc de perle, et des peaux veinées de lignes si bleues, œuvre du pinceau. C'est pour eux qu'elles se rougissent les ongles et les lèvres et se noircissent le bord des paupières. Elles ont renversé un mot célèbre : Tout pour le peuple et par le peuple ; la devise de ces séductrices est : Tout pour l'étranger et par l'étranger.
n fallait les voir dimanche, par un des premiers se*
leils de ce printemps paresseux, aux dernières courses du Bois de Boulogne! L'armëe était bien au complet et en grande tenue. Quelles élégances I Que de volants I Que d'ornements et d'ajustements précieux et que d'équipages ! Tel attelage, à quatre, bien connu, représente le tribut de la Hongrie. Telles dentelles .que je pourrais citer ont été fournies par la Russie. La Valachie a donné des bracelets ; l'Angleterre des colliers. Le ménage d'une Aspasie bien montée est une espèce de carte géographique qui renverse toutes les notions enseignées par Malte-Brun : quand vous êtes assis sur la bergère, vous êtes en Pologne, et sur la causeuse d'à côté, en Portugal.
Ce qui nous surprend toujours un peu, nous dont la vocation est de ne nous étonner de rien, c'est le peu de vraie beauté que l'on rencontre chez ces dames qui font profession d'être belles. C'est l'habit qui est adorable chez elles plutôt que le corps qu'il voile. Supposez un costume Spartiate à ces sirènes de Paris ; qu'elles soient mises seulement comme la Lisette de Béranger, avant le cachemire et la riche toilette dont parle la chanson, et je sais des biches qui n'auraient plus qu'à se sauver dans les bois où nul n'irait les relancer. Elles seraient disgraciées, reniées, plus que ne l'est à présent Béranger lui-même, trop exalté et trop rabaissé tour à tour. Laissez faire le temps ; on reviendra au chansonnier et à la simple fleur des champs dont il ornait sa boutonnière ; mais, pour le moment, la mode
est aux diamants et aux escarboucles. Tout reluit, ou veut reluire, sans être pour cela de Tor pur, et mademoiselle Marguerite Rigolboche publie ses Mémoires.
On m'invite de plusieurs côtés à dire mon mot sur Cette publication, qui relève de nous', dit-on. Quelques amis malicieux espèrent peut-être nous voir trébucher en jetant cette solidarité dans nos jambes. On nous attend un peu, sur le seuil de ce livre, comme à la porte d un défilé qui nous doit être fatal. Par ma foi» je Taborderai sans crainte et sans remords, sans colère et sans zèle, sans louange ni blâme aux lèvres, attendu que les auteurs, quels qu'ils soient, des Mémoires de M'i« Rigolboche, n'ont rien fait que ramasser le bout de cigare que nous venions de jeter. Quand vous avezassez fumé, en arpentant l'asphalte du boulevard, vous retournez-vous pour voir à qui échoit votre reste \ Vous inquiétez-vous de savoir si on le met,en cigarette, si on en nourrit une pipe ou si on le continue tel quel, et quel est votre continuateur \ Que vous importe?
Telle est textuellement notre situation en face des Mémoires et de l'héroïne en question. H nous a plu, un beau jour, de tirer de la foule son minois mutin et ses jambes cabriolantes et de faire balader le tout dans ce feuilleton d'un journal exceptionnel, pour la distraction d'un public comme il n'y en a pas deux, public de voyageurs, de curieux et de millionnaires, qui de-
mande volontiers à son chroniqueur l'adresse d'une fantaisie. L Indépendance a dit : Que cette célébrité soit 1 et elle est. Quelle est la morale de cette création? — C'est que le carré de papier au bas duquel nous nichons notre prose est un admirable levier de popularité. Pour avoir été faite in anima vili l'expérience n'en est pas moins concluante.
M^'® Rigolboche a été ici le chat ou l'écureuil que Ton doit mettre en gùise de voyageur dans la nacelle d'un ballon, lorsqu'il s'agit d'essay«r en petit un nouveau mode d'aérostation.
Parmi les théâtres du boulevard le plus éloigné de la Madeleine, il en est un où la discipline intérieure est admirable, quoique la troupe soit composée de demoiselles en apparence impossibles à gouverner. Jamais elles ne manquent une répétition, le matin ; jamais, le soir, leur entrée. Cette ponctualité doit émerveiller d'autant plus, quand on réfléchit que ces dames n'ayant aucune espèce d'appointements, il est assez difficile de les maintenir dans le devoir par la crainte salutaire d'une retenue sur leurs appointements.
Le directeur de ce petit spectacle est un garçon avisé, qui tient ses pensionnaires en respect par l'horreur d'un supplice de son invention. Elles savent que si l'une d'elles manquait à l'appel, elle serait aussitôt remplacée, non-seulement dans son rôle, mais dans son costume, par la première figurante venue, — dans son costume, entendez-vous ! dans son costume que la
délinquante devra remettre le lendemain, sans qu'il soit nettoyé ! I De cette façon, lamour-propre ou plutôt Yamour dupropre tient ces petites dames en bride.
Nous qui, depuis longtemps, ne' portons plus le déguisement de cornac de W^^ Rigolboche, nous pouvons abandonner sans regret notre défroque au premier venu.
Je dois me confesser d'un mouvement d'orgueil; lorsque j'ai vu grandir cette fille de mon encre, il m'a semblé que le grand Barnum daignerait, si jamais nous nous retrouvons, me donner sa bénédiction. Il y a quelque sept ou huit ans, j'eus l'honneur de déjeuner à Londres avec ce roi du Humbug, passé maître en son métier de puffisie, quoiqu'il ait quelquefois employé des procédés un peu grossiers. Ce grand-prêtre de Y exhibition ne sourirait-il pas à la renommée que nous avons édifiée ici \ J'aime à m'en flatter. Mais je suis bien sûr qu'il ne féliciterait pas M. Edmond About sur l'échec qu'il a essuyé dans sa campagne en faveur des Titiens dont il est propriétaire.
H y en a douze. Il en fut assez parlé de ces toiles pour que vous vous en souveniez. Et pourtant on n'a pu les faire adopter dans la patrie de Rigolboche et du Punch-Grassot ! Notez que les tableaux dont s'était encombré Fauteur de Tolla sont probablement moins loin d'être des Titiens pour de bon que Marguerite Rigolboche une danseuse ou le Punch-Grassot une ambroisie. Personne, certes, n'était mieux en mesure que
M. About de plaider victorieusement la cause de sa marchandise. Il a pour lui son esprit bien trempé, il a sa plume, des amitiés dans les journaux et plus haut; enfin, ce qui n'est pas la moindre force d'un homme, il a des ennemis ! Mettez Bamum à la place de M. About, les tableaux auraient été vendus cent fois, vendus à des prix fous, et si bien reconnus authentiques, qu'à Titien lui-même, miraculeusement ressuscité, on dirait : « Vous radotez, bonhonmie, •» s'il venait les désavouer.
Comment donc se fait-il qu'entre les mains de M. About l'entreprise ait échoué î N*a-t-il pas bien manœuvré? Quelles fautes stratégiques a-t-il commises î A-t-il oubhé quelque ficelle importante î N'at-il pas donné dans son chalet des déjeuners et des dîners où l'on faisait mousser le Champagne et les Titiens tout ensemble? N'a-t-il pas caressé ou égratigné tour à tour, — selon le conseil d'une charité bien entendue qui commence par soi-même, — les autorités artistiques d'où dépendait la solution officielle de la question? Oui, tout cela a été fait, et cependant le même public qui a si bien appris par cœur la légende du bon moine collée sur les cruchons du fameux punch, n'a pas voulu mordre aux fameux Titiens, tout simplement parce que M. About s'est posé auprès de la bourgeoisie en homme trop spirituel pour qu'on le croie. Le lecteur s'imagine toujours que ce railleur va se moquer de lui et il se tient sur la réserve. Il ne se
livre pas. Qaand M. About fait de la littérature costumée et masquée, il se nomme Valentin de Quévilly i le voilà paysan normand, madré, futé, retors, et par conséquent appelant on ne peut moins la confiance.^ Que si, au contraire, il se fût déguisé en Breton hon-* nête et religieux ; si on l'eût vu servant la messe, le' public avalait d'une bouchée ces Titiens. Que diable î la race des actionnaires est toujours là ! Seulement, îl ne faut pas TefFaroucher avec des airs badins.
Au rebours, le poëte Philoxëne Boyer ne fait peur à personne. Il a la mine d'un homme qui parle sincèrement et du fond du cœur ; sur sa mine, on lui prendrait ' ses Titiens pour Titiens, s'il en avait à vendre, par hasard !
On a offert un banquet jeudi dernier aux Frh^es Provençavx, à ce prédicateur de littérature dont la foi en ses dieux est si ardente et si désintéressée. Le comité cle la Société des gens de lettres assistait à ces jeux de la fourchette et du bel esprit. C'était un hommage rendu, par ceux qui font de la littérature métier et marchandise, au poëte qui mourrait de son talent plutôt que d'en vivre. M. Ponson du Terrail, le fabricant des romans que vous savez, dont le placement est si avantageux, figurait parmi les souscripteurs du banquet. Ne dirait-on pas Marco, la fille de marbre, faisant hommage d'une couronne à la rosière de Nanterre ?
Depuis qu'il est pauvre, Philoxène Boyer n'a plus
que des amis dans la littérature, ce qui honore ses imis et lui. Il pioche d'ailleurs un terrain trop peu aurifère pour y rencontrer beaucoup de rivalités. Je vous atteste, malgré l'invraisemblance du fait, que ce poëte arriva à Paris, il y a quelque douze ans, riche pour un rimeur. Il aurait pu avoir cinq mille livres à manger par an, sa vie durant ; il préféra employer des procédés faciles à deviner pour avoir cent mille francs de rente pendant un an. Il donna des soupers qui étaient des féeries, ce qui n'empêchait pas toujours ses invités de déjeuner de lui à belles dents, dans les petits journaux du lendemain.
A présent, les rôles sont changés ; on l'invite à dîner et on le loue toutes les fois que l'occasion s'en présente, n n'est donc pas vrai, comme cela se répète depuis des siècles, que les amis s'envolent avec la fortune prospère, et peut-être M™® de Girardin a-t-elle été davantage dans le vrai de nos âmes, lorsqu'elle a placé dans une bouffonnerie : le Chapeau dun Horloger, ce mot si mélancolique : « Étrange chose que le cœur humain ! le bonheur d'un ami vous blesse, et son chagrin vous fait souffrir. »
n y a de belles inspirations sur l'amitié et de belles pages sur l'amour dans la Vie de sainte Marie-Madeleine par le père Lacordaire, ouvrage que vous trouverez, en ce moment, sur la table ou entre les mains
de toutes les belles dames orthodoxes de la société
épurée , qui a ses derniers bals ces jours-ci chez
jfmes de Béhague et de Beaumont. Le père Lacor— daîre eût été bien ingrat envers Tamitié, s'il n'eût pas tracé d'elle un éloquent portrait, car le célèbre dominicain est un des hommes de ce siècle qui a attiré à lui le plus violemment les âmes de ses contemporaines, et a reçu de quelques-unes les témoignages de l'admiration et du dévouement les plus passionnés.
Alexandre Dumas, lui aussi, a conservé des amis fidèles qui s'embarquent avec lui sur son Monie-Ckristo. Il en laisse d'autres sur la terre ferme qui ne sont pas moins attachés à ce grand romancier doublé d'un enfant turbulent. Parmi ceux-ci, une des amitiés que les pères et les enfants prodigues de la littérature doivent lui envier le plus, c'est celle du comte KoucheleiF, grand seigneur russe, vrai type de Mécène, qui lui achetait naguère, au prix splendide de 15,000 fr., un roman destiné à être donné en prix aux abonnés de la Revue russe que le comte a fondée.
Sans être malade en mer à la façon des passagers novices dont Biard nous a donné un jour la caricature à l'huile, Alexandre Dumas ne passe pas pour avoir un tempérament tout à fait à l'épreuve du tangage et du roulis. Toutefois, il peut se risquer sans rien craindre et souffrir sans murmurer. N'a-t-il pas lu dans un journal étranger, quelques jours avant son départ, une prédiction attribuée, je crois, à M. Home, d'après laquelle l'auteur des Trois Mousquetaires serait destiné à vivre jusqu'à 113 ans et à finir frappé
dans un duel, ce qui est bien beau pour un centenaire ! Ces messieurs sont rares, et plus rarement encore il faut recourir à Tépée ou au pistolet pour les abattre.
Je ne sais si cet oracle, quelque peu exorbitant, est plus sûr que celui de Calchas ; toujours est-il qu'il a fait le plus grand plaisir à Alexandre Dumas. Jamais, a-t-il dit, aucun journal n avait rien imprimé qui lui fût aussi agréable ; et, ma foi, l'inventeur de tant de merveilleuses histoires ne paraissait pas bien éloigné de croire à ce roman de sa longévité, raconté par une plume de canard.
Les nouvelles et les nouveautés théâtrales sont : les débuts à rOdéon d'une tragédienne (M™« Olga de Villeneuve) que l'on n'accusera pas de faire de l'art pour vivre, car elle a quarante mille livres de rente ; une seconde tentative d'Isabelle la bouquetière, à la Salle- Lyrique, dans son rôle de Claudie ; la présence qui m'est signalée, — dans la petite troupe si bizarrement recrutée des Délassements-Comiques, — d'une ancienne élève de Saint-Denis, fille d'un général , et de plus, par sa mère, issue d'une famille très-ancienne et très-historique. Les Bouffes-Parisiens ont donné une fort agréable opérette dont la musique est d'une femme du monde, M™« la vicomtesse de G***, nommée, au théâtre, Caroline Blangy. Dans la représentation au bénéfice de la veuve du pauvre Amant au Palais- Royal, un petit vaudeville s'est produit, au milieu d'applaudissements unanimes et mérités, qui a pour
titre : Les Jours gras de Madame^ et pour auteurs MM. Nuitter et Joseph Derley.
Le premier, déjà connu au théâtre sous son pseudonyme anagrammatic^ue, est un jeune avocat distingué qui s'appelle au Palais M® Truïnet. Le second est un jeune homme de vingt-deux ans, très-connu dans le faubourg Saint^Germain, parent des BaufFremont et des La Rochefoucauld, répondant, partout ailleurs qu'au théâtre, au nom très-bien sonnant de comte de Sainte-M***.
Comme vous voyez, Tart dramatique ne s'est pas encanaillé dans ces derniers temps : aux Bouffes-Parisiens, une vicomtesse pour musicienne de la pièce nouvelle ; au Palais- Roy al, pour vaudeviUiste un jeune comte du plus fin faubourg Saint-Germain.
Pour la première représentation des Jours gras de Madame, la petite salle, qui avait repris dans les jours révolutionnaires de 1848 le nom de la Montansier, était singulièrement émaillée de notabilités et d'élégances : le prince et la princesse de Metternich, le duc de La Rochefoucauld, le comte de Lorge, le comte et la comtesse de Beurges, le comte d'Auteuil, le comte de Pontevès, le marquis de Nicolaï et bien d'autres. Le Jockey -Club, dont M. le comte de Saînte-M*** fait partie, assistait tout entier à ce début dramatique d'un des plus jeunes membres du Cercle, qui a dignement porté sur ce terrain le drapeau de la fashion et de la naissance. Ceci prouve une fois de
plus aux brasseries incrédules, que Ton peut trfes-bien faire un vaudeville amusant et spirituel sans hanter le Café des Variétés.
Voulez- vous connaître le sujet de cette petite pièce î — Madame est trop grosse , madame veut maigrir, comme, — une femme aux cornichons des Variétés. Dans le but de sauver sa taille compromise, elle se livre à des exercices gymnastiques savamment combinés. Ce n*est pas tout : elle voudrait que son mari la maltraitât quelque peu, pour activer par ses duretés TefiFet du traitement. Monsieur devient jaloux du maître de gymnastique de madame, qui vient gagner ses cachets en cachette, et, par manière de représailles, simule une passion dans le demi-monde. Ce double malentendu sème des nuages qui se dissipent graduellement et la plus pure lune de miel rayonne sur le dénoûment.
Cette légère esquisse est vivement menée, égayée de traits vifs et surtout de couplets très-lestement tournés. En voici un qui me revient ; c'est M^^« Aline Duval qui le chante :
D'un fin souper j'avais couru le risque, Lorsqu'il m'ouvrit ses huîtres et son coeur, Le tout flanqué d'un potage à la bisque Qu'assaisonnait un regard plein d'ardeur...
Le dénoûment est facile à comprendre ; Que voulez- vous? j'aurais vraiment rougi, Quand le rosbif était brûlant et tendre D'être plus froide et moins tendre que lui,
Ce n'est pas là du Lamartine ; mais, en vérité» il me semble que les vaudevillistes chevronnés ne font ni mieux, ni autrement.
La photographie donne en ce moment du fil à retordre aux proviseurs des collèges et aux chefs des divers pensionnats parisiens. Messieurs les élèves, depuis la classe de troisième jusqu'à la rhétorique inclusivement, n'ont pas eu de plus douce récréation, pendant les vacances de Pâques, que d'acheter force cartes-portraits de M^*® Clémentine, artiste du théâtre des Délassements-Comiques, laquelle a été représentée, en jupons courts et maillot de soie collant, à cheval sur une chaise. Telle était la vogue de ce petit objet d'art parmi messieurs les collégiens, que l'article avait monté de 50 centimes la pièce durant les congés. On conte même que deux chàrlemagne, s'étant rencontrés dans un magasin où il ne restait plus qu'une seule épreuve en vente, ont mis la règle à la main pour se la disputer.
Ils sont rentrés au collège les poches pleines de cette image incendiaire. A présent ils brûlent, ils languissent, ils négligent leurs auteurs et même la balle élastique 1 Les professeurs ont compris qu'il y avait anguille sous roche, et journellement ils opèrent des visites domiciliaires dans les pupitres qui amènent la saisie d'une quantité de Clémentines innombrable. Cependant, l'épidémie sévit toujours et k version grecque en souffre.
SoMMATUB : Les marchands do paraoliutes. — Un faisenr de paradoxes. — Bepos des familles, tranquillité des parents, joie des enfants. — Objection sous forme de récit. — Le paysan, le savant, et les champignons empoisonnés. ^- Démonstration en trois points de cette proposition : La femme libre est le parachute de la femme honnête. — Ténèbret, par M. Alcide Morin, Tennemi du soleil, le grand pontife de la nuit. — Un anti-jettatore et les Lions de la comtesse Dash. — < Nouyeau châtiment mis à la disposition des parents qui ont des enfants rétifs. — M. le comte de Paris et sa gouvernante ; feu le duo d'Orléans et le romancier Ducray-DuminiL — De quelques célébrités éphémères. — M. Sardou, auteur dramatique et médium. — I^a maison de Mozart bâtie en instru« ments de musique. — M. Dumas père, M^^* Emile et M. Emile. ^- Comment elle est devenue officier de marine et enfant de chœur, et conmient Podeur du Titi mouillé peut contrarier une carrière dramatique. — Les plus beaux yeux de la chronique. — M™« Solange, MM. About et Sarcey de Suttières. — Glilichon, Gobichon, Grosbichon, ou un dangereux allié pour Valentin. — Le prince À. de Polignao. — Les conditions de M. Mirés. — Mariage de
M. Olympe Agoado. — Les Abyssiniens d'anjoard'hni et les Persans de 1841.
Paris, i«r JBio.
Vous souvenez-vous î II fut un temps où nos boulevards étaient encombrés de marchands de parachutes et où tout Paris enfantin jouait au parachute. Les débitants de cette marchandise innocente avaient adopté, pour la recommander aux passants, une formule dont la rédaction encyclopédique m'a toujours frappé d'admiration. A les en croire, le jouet à la mode n'était rien moins que :
Le repos des familles,
La tranquillité des parents,
La joie des enfants.
Eh bien ! s'il faut en croire un aimable faiseur de paradoxes avec lequel nous soupions l'autre jour , et qui s'est attribué, en ce bas-monde, la spécialité de mettre au dessert ses coudes sur la table, les pieds ^ dans le plat et de jeter à la porte comme des drôlesses les idées généralement admises et respectées... S'il faut en croire ce convive, dont l'esprit cause toujours les pieds en l'air, la tête en bas, c'est par une erreur grossière que les moralistes du foyer domestique, du théâtre et du roman s'entêteraient depuis des années à lancer les foudres de leur éloquence sur l'escadron des demoiselles en marbre rose. En effet, il se fit fort de nous démontrer, séance tenante, qu'elles étaient,
aussi bien et mieux que le parachute à quatre sous :
Le repos des familles,
La tranquillité des parents.
La joie des enfants.
A cette proposition, et sans en attendre le développement, quelqu'un dans l'auditoire se leva, — c'était nous peut-être, — et présenta une observation préalable sous forme de conte ;
Il y avait une fois un paysan qui ramassait des champignons dans un bois. Il choisissait les plus beaux, les plus frais, ne s'occupant que de leur couleur et de leur forme, sans se soucier le moins du monde du poison qui pouvoit habiter en eux. Il avait déjà rempli un beau panier de cette récolte au moins douteuse, lorsque survint un savant qui se promenait par hasard dans la foret, n'admirant plus rien, je pense, dans la nature, sinon l'impertinence qu'avaient les arbres de ne pas saluer au passage un homme de son importance, membre de plusieurs Sociétés savantes et décoré de tant d'ordres étrangers ! Sitôt que notre promeneur en W5 eut avisé le moissonneur de champignons, il braqua son lorgnon sur l'homme et sur la corbeille.
— Arrête, malheureux, s'écria- t-il, saisissant le villageois par le bras ; que prétends-tu faire de ce que tu cueilles î
— Un beau régal, pardine !
— Mais, mortel ignorant et insensé, tu ne sais pas qu'il y a dans ta provision de quoi tuer plusieurs vil-
lagesl C'est du poison, te dis-je, du poison à haute dose que recèle ton affreux panier, Tiens ! voici le Boleius venCTiosus; celui-ci, c'est le Fungus terribilis; ici, la MoriUa lethifera; là, en dessous, le Champignanus dolosusl Jette-moi tout cela au plus vite; jette bien loin I
Le rustique obéit avec un regret visible, et moins convaincu que terrassé par le latin d'herboriste que l'autre lui avait fait pleuvoir sur la tête.
Le savant continue sa promenade jusqu'au bout de l'allée, puis revient sur ses pas. Il surprend le lourdaud, qu'il s'enorgueillissait d'avoir sauvé du trépas, au moment où celui-ci était entrain de ramasser de nouveau les champignons qu'il lui avait fait rejeter, et d'en garnir une seconde fois son panier.
— Mais tu ne m'as donc pas compris I... ils sont empoisonnés !
— Oh 1 si fait ! j'ai bien entendu; mais j'ai réfléchi... ne vous troublez pas la bile ; — c'est pour un cadeau !
L'histoire finit sur ce trait d'humanité campagnarde, et le conteur, qui n'avait entrepris ce récit que pour en arriver là, disait à son paradoxal ami : « Tu me fais d'avance l'effet, dans le discours que tu nous as promis sur l'utilité des femmes dangereuses et sur les services qu'elles rendent à la société, de ce paysan qui ne redoute pas les champignons empoisonnés qiuind c est pour un cadeau. Ton scepticisme et ton expérience
te rendent personnellement invulnérable. Les sirènes ne peuvent donc faire que du plaisir à toi et aux individus de ton espèce, qui s'amusent à les entendre chanter et ne vont pas plus loin. Mais le plus |grand nombre se laisse malheureusement empoisonner par les champignons vénéneux et entraîner aux écueils par les monstres séduisants qui sont justement réputés, selon moi et selon le bon sens public, la terreur des fisunilles, l'inquiétude des parents, le désespoir des enfants, n
La réplique ne se fit pas attendre. Je me garderai de la donner tout au long n'ayant pas la verve qui animait alors l'apologiste des facilités du demimonde. Puis, nous ne parlons pas ici devant un auditoire que le Champagne de sa coupe et les fraises ^de son assiette exhortent à la patience. Soyons donc bref et serrons l'argumentation :
1° La femme qui fait profession d'amour est le plus sur champion du repos des familles. En effet, depuis que l'empire de ces dames a pris tant d'extension, depuis qu'elles ont pour ainsi dire refait les moeurs, — les mauvaises s'entend, — cette chose niaise et odieuse qu'on . apppelait la galanterie a presque disparu du monde . Le chevalier ne fait plus invariablement la cour à la marquise, et le marquis ne rend plus inévitablement ses soins à la vicomtesse. L'adultère, l'adultère moral du moins, — qui ne vaut guère mieux que l'autre, — était l'hôte de presque tous les ménages d'autrefois.
Ceux d'aujourd'hui sont bien moins exposés, depuis que tant de nymphes traitent de gré à gré avec les clients pour le sevrage de leurs passions.
2* La tranquillité des parents est assurée par les mêmes causes. Ce n'est pas abuser de la rhétorique que de comparer les blanches vierges qui grandissent sous Taile de leur mère à de timides gazelles dont le lion qui rôde à jeun ne fera qu'une bouchée, tandis qu'elles n'ont rien à redouter du souverain rugissant des salons et passent sans péril à portée de sa griffe, lorsqu'il a largement festiné dans les pâturages du demi-monde.
3* La joie des enfants. Eh bien, oui ! la joie des enfants, qui ne peut pas, qui ne doit pas se chercher dans le mariage, chose sérieuse, respectable et sacrée; engagement étemel, né d'un double]serment que l'on a contracté à la face des autels. Le mariage peut être le bonheur quelquefois, jamais la joie, et il est un moment dans la vie auquel sied le rire, comme les fleurs et le soleil sont la parure naturelle du printemps.
Pour toutes ces causes, notre ami concluait que les dames qui ont pris la suite des affaires d' Aspasie sont un des rouages les plus utiles d*un bon mouvement social. Il se résumait ainsi : la femme libre est le parachute de la femme mariée.
Il y a du vrai là-dedans. Lecteur, qu'en dis^tuî
Hier, il m'est tombé sous la main un livre bizarre d'aspect, bizarre de titre, plus bizarre de style. Je ne
p-iile pas de la pensée, n'ayant p .s pu la dégager assez nettement des brouillards qui l'enveloppent dans le volume intitulé : Magie du xix* siècle, TÉNÈBRES, Treize nuits suivies â!un demi-jovr sur V hypnotisme, par M. Alcide Marin, Le livre comporte deux ou trois cents pages dans ce goût-ci (je ne choisis pas, je prends un fragment au hasard) :
« L'infini et le fini et 1 , après avoir conçu l'être 2 qu'ils n'avaient fait qu'éterniser.
« La Similitude par le contraste, X le Contraste par la similitude.
« Essayèrent de se combattre encore pour rétablir le mouvement anéanti dans ce nouvel équilibre.
«« UN s'unissant à deux, se présenta par trois (1 + 2 = 3), pour combattre TO infini.
« Celui-ci, se repliant alors en lui-même et reve-^ nant de sa circonférence à son centre, montra qu'il était trois en s'écrivant sur