PAS COMME LES AUTRES ! I
Telle est l'enseigne de cet industriel bizarre entre tous qui ne se contente pas de vendre du vieux drap et du vieux cuir. Le voisinage des Facultés rempèchait sans doute de dormir ; il a voulu être autre chose qu'un marchand d*habits; il s'est fait inventeur et professeur en plein vent, d un cours de panialontoloffie. Son étalage singulier arbore un drapeau tricolore qui domine l'ensemble de la scène. Voilà pour l'œil et pour le cœur. Quant à l'esprit, il trouve une ample pâture dans les écriteaux qui accompagnent chaque objet mis en vente : «* Lesdits écriteaux, tout en faisant apprécier la qualité de tel ou tel vêtement, ont aussi pour mission de faire stationner les passants, afin qu'ils aient le temps de se confirmer sur la véracité de mes annonces. »
Il dit encore, ce merveilleux marchand d'habits, en homme qui, ayant du talent, sinon de l'orthographe, veut laisser la modestie aux autres, — sans cela que leur resterait-il? — « Comme les trois couleurs, mes écriteaux feront le tour du monde ! ! ! »» Puis, il conclut ainsi: « Somme toute, je me suis illustré par mes écrits et je ne doute pas qu'un jour la ville de Paris reconnaissante ne décore une de ses belles voies du nom somptueux de Boulevard Blancard ou me du Marchand d habits illustré lll »»
Donnons un échantillon de cette littérature d'habitsgalons; ainsi s'exprime un paletot flanqué de son écriteau à l'encre rouge et noire :
«• Je tort du Mont-de-Piété à la minute ; je n'ai pas
ctruter moins de 90 francs chez un grand tailleur de la
rue Viviène, et ce que je compren pas et ce dont je
suis honieu, c'est que Ton mexpaus ici pour moitier
prix de ma valeur réelle pour avoir passer Tété chez
ma tente. . . Je fus créé pour un étudiant le^our^ de la
mi'Carême; feu, ce soir-là, l'honneur d'assister au
bal de nuit du Prado sur les épaules de mon maître,
en compagnie d'une dame charmante...
« Mais mon règne ne fut çp!effemère, car le lendemain matin il me sacrifiai sans pudeur à sa belle amoureuse en dépit du càaleureu service que je lui avais rendu durant cette nuit à'hivert, comptant que le feu dont sa maîtresse Tavait embrasé durerait toujours et lui tiendrait lieu de pardessus pendant le reste de la saison... C'est pourquoi vous nous voyez ici encore tout froissé de notre abandon perpétuel, car le dissipé qu'il fut, vendit même jusqu'à la reconnaissance !... Celui qai m'achèterai n y perdrai rien, car, dans cette nuit fatale, je surprit bien des petits secrets. » Garde-les pour toi, paletot trop bavard !
La réclame accouche par-ci par-là de bien jolies choses 1 II nous fut donné hier de respirer une des fleurs les plus suaves que le commerce parisien ait encore fait éclore ; comme nous passions sur le boulevard, on nous glisse un joli petit papier, luisant, satiné, blanc, sur lequel ce simple avis se détachait en caractères pleins de distinction :
PLUS DE crinolines!