LA BARRIERE
'Denne-Baron, mirent en commun leur gaieté, leur bonne humeur, sans laisser un voile sur le caractère; là il s'est raconté, il s'est fait des drames; là des noms ont été usurpés, mais jamais compromis ; ainsi M. Bignan, qui n'y est jamais venu, a eu une longue discussion littéraire avec Denne-Baron ; là Roquefort a chanté sa chanson : En reve^ nant de Congo; là il n'est pas- d'enfantillage auquel ne se soient livrés des hommes de mérite ordinairement graves et sérieux; là de charmantes disputes entre Billioux et Lahalle nous ont tenus en joie ; là enfin Charlet a étalé mainte et mainte fois les trésors de sa bonne philosophie, de ses mots non moins heureux que ses pages lithographiées, et tout cela sans apprêt, sans prétention.
Vous voyez donc que l'on peut aller chez la mère Saguet, et s'y trouver <3n bonne compagnie ; vous penserez, je l'espère, comme Charlet, qu'il est une restauration à faire en France, et c'est la restauration du cabaret. Un vieux préjugé y attache l'idée de débauche et d'ivrognerie, et c'est à tort. Il y a des gens, il est vrai, qui y viennent sournoisement; j'en ai vu cacher leur décoration pour y entrer, d'autres craindre d'y paraître en uniforme ou même en toilette ; pauvres gens qui s'estiment si peu qu'ils ont plus de respect pour
une aune de drap ou pour un bout de ruban, qu'ils n'en 'ont pour eux-mêmes. Les lieux s'honorent de la présence de ceux qui les fréquentent. Et il en est du cabaret comme du trône , Napoléon vous l'a dit : « La valeur d'un trône ré- « suite de la valeur de celui qui s'assied dessus. » Eh bien , la table du cabaret vaut en raison de ceux qui l'entourent : venez donc dîner chez la mère Saguet au printemps prochain.
Max. de Villemarest.