‹ Paris oubliéChapitre 2 sur 8 · G FA UIS OUBLIÉ · texte numérisé non relu

G FA UIS OUBLIÉ

quand dans le lointain^ on apercevait flotter le drapeau tricolore , l'enthousiasme devenait du délire.

Qu'est devenue cette littérature?

Billion était directeur du Cirque] c'était un directeur unique en son genre, avare à rendre des points à Harpagon, et illettré comme deux ignorantins.

Un soir, il reçut la visite du père Mouriez, son émule en avarice ; tous deux se mirent à causer dans le Cabinet directorial, éclairés par une simple bougie ; tout à coup Billion souffla la lumière.

— Que faites-vous donc ? dit le père Mouriez.

— Yous le voyez, dit Billion, j'ai éteint la bougie, nous pouvons bien causer sans voir clair.

Après une demi-beure de conversation, Billion ralluma la bougie pour reconduire son visiteur ; il aperçut le père Mouriez qui se disposait à remettre son pantalon. Billion, stupéfait, lui demanda pourquoi il l'avait ôté.

— Nous pouvions bien causer sans lumière, dit le père Mouriez, je pouvais bien causer sans pan talon ; vous économisez la bougie, moi j'économise mon fond de pantalon !

A avare, avare et demi.

Billion ne comprenait pas la particule ; cela le cboquait d'entendre toujours dire M. de Cbilly par ci, M. DEChilly par là. Rencontrant Frédérick- Lemaître arrêté devant les affiches de V Ambigu^

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sur lesquelles le nom de M, de Chilly s'étalait en grosses lettres, il lui demanda : Pourquoi donc dit-on M. DE Chilly?

— Frederick, avec un geste inimitable, lui répondit : On dit bien de la M... !

Le rêve de Billion était de se retirer à la campagne et à\yo\Y cham])ignon sur rue !

En fait de barbarisme, en voici quelques-uns qui lui étaient familiers : — Comment la belle Cléopâtre a-t-elle pu s'empoisonner avec un as de pique? — J'ai reçu en cadeau un baril de vin de Latrine à Christi !

Un inconnu lui lisait un drame dans lequel il y avait une histoire d'amoureux ; il arriva à la fin de l'acte qui se terminait par cette phrase : — Ludovico se glissa jusqu'à elle en tapinois. Billion se leva d'un bond et congédia l'auteur en lui disant : Jamais je ne mettrai de tapis 7unr dans ma pièce !

Etant un jour chez Billion, en attendant la venue du fameux directeur, je m'amusai à reg-arder les images enluminées, les peintures aux mètres et les statues en plâtre des mouleurs de larueBasfroi qui ornaient les murs du cabinet ; Billion entra, il était furieux : — Comprenez-vous, me dit-il, que mes vauriens de figurants vont boire chez le marchand de vins à côté, sans retirer les bottes que je leur fournis pour figurer ; ([uelques-uns même vont se promener en ville avec ; ils vont être bien atlra-

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pés, je viens de faire enlever toutes les semelles ! !

Laferrière, amateur éclairé, fréquentait la salle Drouot, les jours de vente des grandes galeries ; il finit par persuader Billion qu'un richissime directeur comme lui devait avoir des tableaux de maîtres dans son cabinet et qu'ildevaitreléguer au grenier ces affreuses images d'Epinal qui l'ornaient.

Billion se fit bien tirer l'oreille, mais sa vanité l'emporta sur son avarice ; il chargea Laferrière de lui acheter des tableaux. Après bien des recherches, il fit l'acquisition d'une toile splendide, du Dominiquin ; il la fit transporter avec des soins infinis dans le cabinet de Billion, et alla aussitôt lui faire visite, heureusement, car, en arrivant, quelle ne fut pas sa stupéfaction, son indignation, en entendant Billion donner l'ordre à un domestique de rogner un coin de la toile, pour qu'on puisse la caser dans l'angle du cabinet,

— Couper ce chef-d'œuvre, s'écria l'artiste, les cheveux hérissés de stupeur, y pensez-vous, mon cher?

— Il est trop grand, je ne peux pas faire démolir le mur.

— Mais, c'est du vandalisme.

— Non, il est signé du Dominiquin.

— Vous ne me comprenez pas, ce serait un crime de toucher à ce chef-d'œuvre.

— Bah ! une figure de plus ou de moins !.,. I.aferrière eut toutes les peines du monde à dé-

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tourner Jîrllion de son barbare projet. Il est donc bien vrai que les artistes ont leurs douleurs posthumes !

Michel Anézo avait écrit un drame : La Tour <r Auvergne ; il le porta à Billion.

— Qu'est-ce que c'est q'ça? lui dit l'illustre directeur.

— C'est une pièce militaire, répondit l'auteur,

— Vous vous f...ichez de moi, dit Billion, je connais mieux Lrt Tour cl Auvergne que vous; chaque fois que j'ai besoin d'une grue, c'est là que je vais la chercher!

Billion confondait le théâtre de la Tour-d'Auvergne avec le premier grenadier de France !

Une autre fois Anézo vint lire à Billion une pièce en vers en trois actes, intitulée : les Chansons de Nadaud; le régisseur dit au directeur :

— Ces messieurs vont lire leur pièce, il faudrait des verres et de l'eau sucrée !

— Des verres, de l'eau sucrée, dit Billion; jamais pour une pièce en trois actes !

Au second acte, la mise en scène exigeait un lustre avec des bougies allumées. Anézo lut la scène; tout h coup Billion l'arrêta :

— Coupez-moi ça, dit-il, c'est trop long, ça brûlerait trop de bougies!

La Gaîté

C'est Nicolet, le grand Nicolet, célèbre dans les

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foires do Saint-Germain et Saint -Laurent, qui fonda en 17S9 le théâtre de la Gaîté.

Son répertoire n'était composé que de pièces grivoises; aussi eut-il dès les débuts un grand succès à la Cour et par la ville ; on ne jurait que par Nicolet.

La Galté avait son Molière : c'était un acteur nommé Taconnet ; il était inimitable dans les rôles d'ivrogne et de savetier. Il était, disait Préville, si complaisamment comique, qu'il eût été déplacé dans les cordonniers ! Quand il voulait exprimer le suprême degré de son mépris pour quelqu'un, il disait :

— Jeté méprise comme un verre d'eau.

L'Opéra, qui voyait d'un œil jaloux la faveur dont jouissait JNicolet et sa rapide fortune, lui fît interdire la parole, c'est-à-dire qu'il dut abandonner les pièces dialoguées pour en revenir à la pantomime et aux danses de corde.

Cette interdiction dura depuis 1769 jusqu'en 1772, date à laquelle la troupe de Nicolet fut appelée à donner quelques représentations devant la Cour, réunie au château de Choisy.

W^ Dubarry fut si charmée de ce spectacle qu'elle fit donner à Nicolet le titre de Théâtre des Grands-Danseurs du Roi.

Nicolet fut le premier directeur qui, en 1777, donna une représentation au bénéfice des malheureux incendiés de la foire Saint-Laurent.

Le Théâtre des Grands-Danseurs du Roi ])v\i^ en 1792, le nom de Théâtre de la Gaîté.

En 1795, ce nom fut changé en celui de Théâtre d'Emulation.

En 1798, la veuve de Nicolet lui rendit son nom de Théâtre de la Gaîté.

La féerie du Pied-de-Moutoîi, première pièce de ce genre, y fut représentée en 1806, on peut dire que tout Paris vint la voir.

En 1808, Bourguignon fit construire une nouvelle salle sur l'emplacement do l'ancienne; le 21 février 1835, elle fut entièrement brûlée; neuf mois plus tard elle était reconstruite.

La Gaité alternait les féeries avec les sombres mélodrames, Bouchardy et Dennery étaient ses fournisseurs attitrés; le Sojineur de Saint-Paul, les Orphelins du Pont Notre-Dame , la Berline de l' E?nigré ohlinreni des succès de larmes. Il fallait voir les mouchoirs fonctionner lorsque le traître assassinait la jeune première, ou enlevait les enfants ; les habitués mêmes s'y laissaient prendre : — Oh ! la canaille, criait une voix du paradis, sauve-toi, la petite !

Il arrivait certain soir que la foule attendait le traître à la sortie des artistes pour lui faire un mauvais parti.

Chilly jouait le rôle de ^diiiàau.s le Juif Erra)iÇirV Ambigu. ; après la représentation, plus de deux cents spectateurs l'attendirent et faillirent

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récharpcr: il fallut rinterventioii des municipaux de service pour l'arracher de leurs mains. Chill\' racontait cet épisode ave'c orgueil ; il avait raison, car aucun acteur ne l'égala dans ce rôle écrasant.

Un soir, dans je ne sais plus au juste quelle pièce, dans la Pondre de PerHmpinpin,^(i crois, au troisième acte, un officier des gardes annonça aux seigneurs assemblés : — Messieurs! le roi: tout aus- ^itôt. un gamin du parterre cria : — Je le marque I Hilarité générale, qui d'ailleurs ne troubla en rien les acteurs, car ils étaient habitués à ce genre d interruptions , heureux quand elles n'étaient pas grossières.

La grosse Clarisse Miroy jouait certaine reine de féerie, son énorme poitrine faisait craquer son corset, et ses seins retombaient en cascade au dehors, chaque fois qu'elle faisait un mouvement.

Un enthousiaste de Clarisse disait à Mélingue : — tjuelie riche nature, impossible de voir rien de plus beau. — Vous avez raison, dit l'artiste, je ne

me rappelle pas avoir rien vu de pareil depuis

ma nourrice.

A un moment donné. Clarisse était eu tète à tète avec le jeune premier, qui lui jurait de l'aimer éternellement ; à l'arrivée de son mari, retour d'une campagne guerrière, elle devait s'évanouir et son amant devait l'emporter dans une pièce voisine ; le roi arriva, elle s'évanouit et glissa de son fauteuil sur la sc'ue: le jeune premier, mince comme

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un roseau, essaya de la soulever, mais malgré des efforts surhumains, il ne pouvait y parvenir; les spectateurs riaient à se tordre ; un voyou lui cria : — Va chercher une voiture à brasi un autre : — Fais-en deux; vovaiîes!.,. Le roi, qui regardait cette scène, ne savait quelle contenance tenir; pour sauver la situation, il eut une inspiration : — Coupela en morceaux! dit-il au jeune premier. Un tonnerre d'applaudissements éclata, et la pièce continua sans encoml)re.

C'est peut-être ce soir-là (|ne Billoir puisa l'idée de découper la Le-Manaidi.

En voilà un que le théâtre n'a pas moralisé ! Les avant-scènes du rez-de-chaussée du théâtre de la Gaité étaient certainement les plus sombres de tous les théâtres de Paris; il arriva dans l'une d'elles, un certain soir, une aventure qui défraya pendant longtemps toutes les conversations des salons du high-life.

M. de X... ne savait pas résister aux charmes d'une femme, pourvu que ce ne fût pas la sienne; il s'était fait dans le demi-monde la réputation d'un tr.'s bon garçon, et il vivait largement de cette réputation et sur son capital ; dans son ménage, l'inlidélité était à l'ordre du jour et di' la luiit.

M"" de X... trouvait chez les honnnes des qualités remarquables que son mari lui dissimulait avec un soin pieux: à supposer qu'il les eût, elle réussissait à faire des infidélités de M. deX...un

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manteau pour les siennes, et, dans les heures d'épanchements intimes, elle chargeait son époux de toutes les iniquités du ménage. Heureusement qu'il avait bon dos.

Un jour, vers deux heures, M. de X... sortit avec le calme que donnent une âme pure et un bon déjeuner, et alla, par habitude, fumer son cigare, chez M"*" A..., une ingénue, qui ne l'était que les soirs où elle jouait au théâtre de lu Porte-Saint- Martin .

M"'" A... habitait, rue de Douai, un entresol, que plusieurs ruines avaient meublé ; il était d'un mauvais goût qui plaisait, comme une juste vengeance; elle reçut M. de X... du fond d'un excellent divan, où elle se reposait d'un maquillage consciencieux.

— As-tu la loge pour ce soir? lui demanda-t-elle au bout de quelques minutes consacrées à des cancans ineptes.

—-Oui, dit M. de X....

Il chercha dans sa poche et ne la trouva pas.

— Oh! ça ne fait rien du tout, dit-il, c'est le n° 5, avant-scène, du rez-de-chaussée.

— En es-tu sur ?

— Oui, absolument.

— En ce cas, je ferai dire à Paul, si tu veux, de venir avec Nini.

— C'est parfait.

Tout était convenu, M. de X... demanda à

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M"' A... où il lui plairait de dîner; la pria de fixer l'heure, puis il alla se promener au bois.

A dix heures du soir, M. de X..., qui avait glorieusement dîné, arriva à la Gaîté, ayant à son bras M""^ A..., les yeux pleins de celte ? ^ntimentale langueur que distille un bordeaux grand cru, ils demandèrent l'avant-scène n" o; l'ouvreuse, après un moment d'hésitation, répondit : il y a deux personnes déjà !

— C'est Paul, dit M. deX...

L'ouvreuse ouvrit la porte de la loge qui était

plongée dans une obscurité profonde ; les deux stores étaient levés si haut qu'ils pouvaient monter, et deux personnes, les mains dans les mains, un homme et une femme, naturellement, absorbés par la pièce, n'avaient même pas entendu ouvrir la porte de la loge.

M. de X... s'effaça pour laisser passer M"" A...^ qui entra, s'approcha de la femme et lui mit la main sur l'épaule.

— Bonjour, Nini ; y a-t-il longtemps que tu es là? Cependant, M. de X. . criait à l'oreille du jeune

homme : Bonsoir, mauvais sujet ! Les deux amoureux se retournèrent. Tableau !

La jeune femme poussa un cri et chercha de toutes ses forces à s'évanouir ; M. de X... resta la bouche béante ; le petit jeune homme, pâle comme la mort, regardait la porte de la loge.

C'était M'"" de X..., à qui un domestique avait

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apporté le coupon de la loge trouvé par terre dans la salle à manger.

Elle avait cru à une galanterie de son mari et avait immédiatement fait prévenir un jeune vicomte de ses amis qu'elle irait le prendre au club à huit heures.

Grâce au vin qu'il avait bu, M. de X .. s'en tira à merveille ; il reprit son sang-froid, s'inclina devant sa femme et lui dit : — Pardon, madame, je me trompe, ou plutôt on m'a trompé !

Et il sortit lier comme Ménélas.

Les Funanûbules

A partir de 1830, tout comme les Délassemods- Comiqiies, jouèrent de petits vaudevilles et des pantomimes arlequinades.

Debureau fit la fortune de ce théâtre ; il n'est pas un Parisien qui ne se rappelle le célèbre mime.

Debureau fut le plus admirable polyglotte qu'on put imaginer, car il savait faire comprendre ses moindres pensées dans toutes les langues ; son manque d'organe le servit merveilleusement, car ce n'est qu'après d'inutiles eflorts pour jouer la comédie qu'il songea à tenter la pantomime. La nature fait bien ce qu'elle fait : c'est surtout la mimique qui était remarqualjle chez Debureau ; sa physionomie était peu expressive , tout le contraire de Paul Le grand.

Kalpestri, qui était la doublure de Debureau et qui lui succéda, eut peu dé succès.

C'est que la pantomime était en décadence ; le public commençait à délaisser Arlequin et Colombine pour les cafés-concerts ; Gavroche ne riait plus quand Pierrot rossait Cassandre.

La Revue avait envahi la place, les maillots roses convenaient mieux aux spectateurs.

Les /'«;^w?^/;^</e5 avaient un public spécial, le bon marché des places attirait les apprentis des faubourgs du Temple et Saint-Antoine, qui économisaient sur la nourriture de la journée pour s'ollrir un parterre ou une galerie ; la noce était complète, quand ils pouvaient se régaler d'un chausson aux pommes arrosé d'un verre de coco.

Un soir, on jouait Les Amours de Pierrot : à la première galerie se trouvaient un brave paysan et safemme, tous deux se regardaient avec ellarement. — Comprends-tu, disait l'homme? — Non, répondait la femme. Tous deux s'impatientaient visiblement. A la fin, la femme, n'y tenant plus, se leva, et, «'adressant à Pierrot, elle dit; — Mon bon monsieur, vous ne pourriez pas parler plus haut, mon homme est un peu sourd ! Aussitôt une avalanche de trognons de pommes tomba sur le malheureux couple, qui dut s'enfuir en toute liàle.

On n'était pas gêné aux Fiuiambules ; les spectateurs, en fait d'étiquettes, ne connaissaient guère que celles qui parent les bouteilles des distilla-

teurs ; ils causaient volontiers avec les acteurs,, sans façon, à la bonne franquette ; les entr'actes étaient égayés par des chants qui ne rappelaient pas précisément le Zfl'c, de Lamartine, ouïes Orientales, de Victor Hugo ; je me souviens d'une chanson qui fit fureur en son temps ; elle avait un nombre de couplets interminable; je choisis le plus propre :

Souviens-toi de la Doclie, D'elle et de ses appas ; Si son cœur est de roche Ses tétons n'en sont pas.

Pauvre oiseau, tu te glisses En son lit parfumé ; Tu .... goûtes avec délices, Et tu eu sors .... plume.

Et tous les spectateurs reprenaient en chœur : « Et tu en sors .... plumé. »

En 1848, ïimothée Trimm avait collaboré à une Revue dans laquelle les républicains étaient malmenés d'une jolie façon. Un tableau, qui rG])résentaitlas Femmes Saucialistes, donnait lieu chaque soir à des scènes tumultueuses.

Un soir, Timothée avait eu la malencontreuse idée d'assister à la représentation; le tapage avait été plus violent que de coutume. 11 avait été reconnu ; ses amis l'exhortaient à ne pas sortir, pour éviter les gourdins des frères et amis qui ne manqueraient pas de l'attendre dans la rue. On avait vu d'ailleurs devant la porte une bande de montagnards qui se promettaient de l'assommer.

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Le directeur insista pour qu'il couchât au théâtre, tous le suppliaient de se faire au moins accompagner. Il ne voulut rien entendre; mais à ])eine eut-il mis le pied dehors, qu'il commença à s'en repentir. La troupe aux gourdins, ornée de barbes farouches, était là, en effet; et, sur un signe de celui qui paraissait en être le chef, elle se mit à le suivre silencieusement.

Néanmoins il se dirigea vers les boulevards pour gagner la rue Godot-de-Mauroi, où il demeurait. La troupe emboîtait le pas derrière lui, tournant à droite quand il tournait à droite, à gauche dès qu'il allait à gauche. — U y a trop de monde pour qu'ils osent commencer, pensait Timothée; mais au premier endroit désert, gare à moi ! Ils arrivèrent place de la Madeleine, il était une heure et demie du matin; elle ressemblait à un désert. — Nous y voilà, pensa-t-il. — Effectivement, la troupe se rapprochait. Il croyait déjà sentir la pluie de bâtons sur ses épaules; mais il réfléchit qu'on aurait tout le temps de le massacrer sur cette place. Cette réflexion désagréable lui donna des ailes. Il se mit tout à coup à bondir, la troupe bondit derrière lui ; il courait, volait, la troupe en faisait autant; elle était sur ses talons, acharnée à sa proie.

La terreur doublait ses forces ; mais c'était une chasse ardente et furieuse : il était traqué comme par des limiers.

Enfin, il aperçut sa porte. Il se précipita, frappa un coup de marteau retentissant; le concierge ouvrit. — Sauvé. — La bande s'arrêta à distance ; mais le chef, ruisselant de sueur, s'en détacha, et arrêtant la porte avec son pied au moment où elle allait se refermer :

— • Monsieur Lespès, dit-il, auriez-vous, avant de rentrer, l'obligeance de nous signer un petit certificat?

— Quel certificat !

— Comme quoi nous avons bien rempli la mission que nous a confiée le citoyen Gaussidière.

— Gaussidière !

— Oui, monsieur Lespès, il a ri comme un bossu à votre pièce, et sachant qu'il y avait des féroces qui parlaient de vous apprendre à coups do bâton le respect de la République, il nous a commandé de vous escorter, afin qu'il ne vous arrivât pas de mal. Voilà pourquoi nous vous avons suivis avec nos gourdins, prêts à faire un mauvais parti à celui qui vous aurait touché seulement un cheveu. Mais c'est égal, vous pouvez vous vanter de nous avoir diablement fait courir.

Théâtre des Délassements-Comiques.

Beauvisage, un saltimbanque qui desservait la foire Saint-Laurent, comme Gochery ou Beckcr de nos jours à la foire aux Pains d'Epices, obtint, en 1768, l'aulorisation d'ouvrir une salle de spectacle

qui prit le nom de Théâtre des Associes. La parade se faisait à la porte pour amasser la foule.

L'arlequin Salle remplaça Beauvisage et changea le nom de la salle : Théâtre patriotique du sieur Salle fut la nouvelle dénomination.

Prévôt, comédien de province, succéda, en 1795, à Salle. La salle s'appela : Théâtre sans pré-tenlion; il fut fermé en 1807 et remplacé par le Café d'Apollon.

M™'' Saqui, la célèbre danseuse de corde, obtint la réouverture du théâtre en ISl.j; elle engagea une troupe d'acrobates et de mimes; cela dura jusqu'en 1830. A cette époque, les exercices de voltiges furent remplacés par des vaudevilles et des drames.

En 1841, la salle fut démolie ; quelques mois plus tard elle était reconstruite et inaugurée sous ce titre : Théâtre des Délasse?nents-Co7niques.

Pendant la révolution de 1793, la bande de voyous sans-culottes qui fréquentait assidûment le théâtre de la Gr//^e l'ayant trouvé clos un soir, alla s'installer en masse au Théâtre sans prétention.

On donnait Cinna.

Ces messieurs, croyant qu'on critiquait leurs chefs ou leurs complices, dans chaque rôle de conjuré, se mirent à crier : A bas l'auteur ! ... A bas ! . . . A la guillotine!...

Au fort du tumulte, un acteur s'avança, salua et fit mine de parler.

On se tut.

— Citoyens, dit-îl, Fauteur n'est point coupable; c'est un nommé Corneille, mort il y a cent ans.

— Eh bien, crièrent les drôles, s'il est mort, * nous n'avons que f de ses pièces.

— Pourquoi ne pas nous donner Charles IX, demanda un citoyen en bonnet rouge; l'auLeur se porte bien, lui, parlez-moi de ça.

Aussitôt toute la bande de demander à grands cris Charles IX.

— Mais, citoyens, nous ne savons pas la pièce. -- Eh bien! lisez-la.

La pièce fut lue et les acteurs couverts d'applaudissements.

De 1841 jusqu'à sa démolition, une infini^té.de directeurs tentèrent la fortune aux Détassements- Comiqaes; le plus marquant de tous fut Sari, l'inénarrable Sari, le fondateur des Folies-Bergère.

Sari fut sans cesse aux prises avec les plus cruelles difficultés; il manquait toujours d'argent. Alors qu'il était plus gêné que de coutume, un ami lui trouva un bailleur de fonds qui consentait à mettre une somme assez ronde dans son théâtre.

Sari habitait l'été l'île d'Amour, en pleine Marne.

L'ami lit part à Sari de sa précieuse découverte, il insista pour qu'on lui amenât l'oiseau rare passer le dimanche suivant à l'ile.

Ce bailleur, ancien notaire de province, était un homme chauve, d'aspect vénérable, à la cravate

blanche, aux lunettes d'or; le type du parfait bourgeois.

On arriva dans l'île; l'ami, contrarié de ne pas avoir vu le maître du logis venir à leur rencontre, demanda à un jardinier où il se trouvait :

— Là-bas, derrière la charmille, dit le jardinier ; monsieur compte son linge.

— Diable! M. Sari est un homme d'ordre..., murmura l'ancien notaire avec satisfaction.

L'ami et lui avancèrent, et ils tombèrent sur Sari, vêtu d'un bonnet de coton et d'un caleçon de bain, et entouré d'un essaim de belles filles aussi peu vêtues que lui, achevant assis sur l'herbe, au bord de l'eau, un déjeuner plantureux sous les lilas en fleurs.

C'est ce que son jardinier traduisait par ces mots : Monsieur compte son linge.

L'ami devint rouge, le bailleur cramoisi; notez que ce dernier était en habit noir et qu'il avait des gants.

Il fut invité à s'asseoir; tout naturellement il n'y avait pas de chaises.

— Cherche pas mon loulou, dit Suzanne, assieds-toi sur mes genoux; t'auras pas tous les jours un fauteuil aussi rembourré.

Le notaire court encore.

MM. Ernest Blum et Alexandre Flan étaient les fournisseurs attitrés des Délas Corn...; ils y firent jouer, avec un grand succès, les Photographies

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comiques, A vos souhaits, le Voyage en zigzag, Paris- Journal, etc., etc. C'est dans le Voyage en zigzag que débuta comme danseuse Eugénie Colomb at.

Alpbonsine, du L«s:;«?7^ passa Siux Délassements- Comiques. C'est de cette époque que datent ses succès; elle fut promptement remarquée et créa le genre qui porte son nom.

Alpbonsine était une véritable artiste endiablée, qui jouait avec une verve sans égale; beaucoup, depuis, tentèrent de l'imiter, mais aucune ne réussit.

Un peu plus tard, Mélanie eut une grande vogue, mais ce n'était pas à son talent qu'elle la dut, c'était à sa plastique : boulotte, faite au tour, de beaux yeux, d'admirables cheveux. Toujours court-vètue, elle était sans rivale pour, en s'asseyant, relever ses jupes et faire voir aux habitués de l'orchestre une paire de jambes et un peu plus, que d'aucuns devaient souvent revoir dans leurs rêves,

Plus d'une fois, Gavroche, du paradis, lançait une exclamation du genre de celle-ci : La toile, ou je m'en vas! ou bien encore : Plus haut! plus haut !

Alors Mélanie souriait et abaissait chastement ses jupes en baissant les yeux. Je crois, Dieu me pardonne, qu'elle arrivait à rougir; alors c'étaient des applaudissements et des trépignements à n'en

plus finir. On l'avait surnommée Mélanie Montre- Tout!

Il fallait peu de chose, à cette époque, pour prendre son public.

Gabriellc Moisset débuta aux Dckn^sements- Comiques sous le nom de Gabrielle Méry. Rien alors ne faisait pressentir qu'un jour elle aurait du succès à rOpéra-Comique pour... ses diamants. Il est vrai qu'alors elle était si jeune !

La grande illustration des Délassements-Comiques fut Rigolboche.

Cette célèbre chahuteuse dansait à Bullier : les étudiants la connaissaient sous le nom de Marquerite la Huguenote.

Ce nom lui venait de ce qu'elle protestait sans cesse quand le municipal la rappelait à l'ordre ou plutôt à la décence.

Marguerite pressentait notre époque de naturalisme lorsqu'elle répondait au représentant de l'autorité : «Tu t'en ferais crever, ma petite vieille, que je ne lève pas la jambe ; ça m'est recommandé par mon médecin. »

Ce fut le critique Fiorentino qui lança Marguerite. Elle débuta aux Délassements -Comiques en 1860, sous le nom de Rigolboche. Bientôt elle fui baptisée par les habitués du paradis, Rigolbamhoche; les intimes la nommaient Ro-boche.

Ses débuts furent une solennité, le « Tout- Paris » était là au grand complet; jeunes boudinés

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et vieux crevés avaient envahi rorchestrc; les moins favorisés étaient dans les loges. Dame, de l'orchestre on voyait mieux !

RigolbocJie était une Aspasie de cinquantième ordre, laide comme le péché mortel, sans grâce, sans esprit, puisant ses inspirations fantaisistes dans l'absinthe ; tout son talent consistait à lever la jambe et à chahuter. Ce n'était pas du nouveau; dans le plus ignoble des bals de barrière, on pouvait en voir autant pour deux sous.

Pendant une année, Bo-boche, pour les dames, eut un succès fou ; elle publia ses Mémoires, fabriqués par un homme de lettres aujourd'hui chevalier de la Légion d'honneur, et rédacteur, depuis quinze ans, d'un journal radical.

Rigolhoche, tant l'imbécillité de certaines g'ens est grande, était assaillie de déclarations; plusieurs fils de famille faillirent se brûler la cervelle pour elle, plusieurs parlaient de l'épouser, pas à la fois, ce qui ne l'aurait pas effrayée, mais sérieusement, devant le maire.

Je vois d'ici Rigolboche en toilette de mariée, la Heur d'oranger au côté, pinçant un cavalier seul en allant à l'église !

Son rêve, une fois sa fortune faite, était d'épouser un commandant retraité, officier de laLégion d'honneur, et de devenir damede charité, tout comme la Capitaine de recrutement, de joyeuse mémoire.

Ce rêve s'est-il réalisé?

Les Délassements- Comiques, une fois démolis, furent transportés au boulevard Voltaire, au coin de la rue d'Angoulème. Pendant la Commune, Raoul Rigault, le farouche procureur, y siégeait chaque soir et était devenu amoureux, qui le croirait? d'une jeune actrice nommée Marie Dupin.

Cela ne sauva pas les Délassements, qui furent incendiés les derniers jours de mai!

Les Variétés-Amusantes

En 1779, à l'angle de la rue de Bondy et du boulevard du Temple, il existait un théâtre qui portait le nom de Variétés-Amusantes. Le privilège en avait été accordé à un acteur nommé Lécluze.

Il voulait faire revivre dans sa salle le genre populaire et les scènes de Vadé. Il excellait dans le rôle des poissardes.

Lécluze était protégé par le lieutenant de police Lenoir ; grâce à lui, les Varié tés- Amusantes devinrent promptement le théâtre à la mode.

En 1788, sur remplacement qu'occupe aujourd'hui la Comédie française, il existait une méchante baraque en planches de bateau, et, à cause (le cela, nommée vulgairement les Variétés de Bois. Ce titre-là^ pourtant, ne figurait pas sur le frontispice ; on y lisait : Théâtre des Variétés^ Amusantes.

Dulaure, le moins exact des historiens de Paris, dit que Lécluze (juitta le boulevard du Temple en

1786 pour s'établir au Palais-Royal, parce que le spectacle des Variétés prétendait à la dignité de second théâtre français. Il est bien extraordinaire que les acteurs des Variétés- Aînsuantes aient préféré une baraque en planches à la jolie salle du boulevard du Temple, dans laquelle ils pouvaient facilement altondre la construction du Théâtre- Français, tel qu'il est aujourd'hui, construction qui fut terminée en 1790, et qu'ils occupèrent jusqu'en 1792.

Quoi qu'il en soit, les Variétés- Amusantes retrouvèrent au Palais-Royal leurs succès du boulevard du Temple. Vadé et le genre poissard avaient fait place à de fort jolies pièces, parmi lesquelles : La Nuit aux Aventures ^ Ricco , Guerre ouverte et Jérôme Pointu.

A propos de cette dernière pièce, Dulaure dit que Yolange brillait dans le rôle des Jeannot et des Pointus, il prend pour des rôles le titre d'une pièce.

Picard, comme Molière, était en même temps auteur, acteur et directeur.

Au premier rang se trouvait l'acteur Rordier, qui jouait dans la perfection les rôles de Jocrisses, mais surtout les Arlequins. De toutes les pièces dont il fit le succès, aucune n'eut autant de succès i\\\ Arleqiiin, Empereur dans la Lune.

Dans l'une des scènes du dernier acte, où Arlequin, dépouillé de sa grandeur^ d'Empereur, est mis, pour je ne sais plus quel méfait, entre le§

PAUl s OUBLIÉ 49

mains de la justice lunaire, le pauvre Bergamasque, représenté par Bordier, s'écriait tristement :

— Vous verrez que pour arranger tout cela, je finirai, moi, par être pendu !

Bordier prononçait ces paroles avec un ton de désespoir si comique, que tous les spectateurs riaient aux éclats; il ne se doutait guère, ni les spectateurs non plus, que celte funeste prophétie, lazzi d'Arlequin, ne tarderait pas à se transformer pour lui en une affreuse réalité.

Il fut pendu à Rouen, en face de la rue Grand- Pont, dans les derniers jours de 1789,

Le Petit Lazzarî

De 1789 à 1792, ce théâtre fut dirigé par un Italien appelé Lazzari, qui y mimait le rôle d'Arlequin avec un grand talent; il prit alors le nom de l'acteur aimé.

En 1798,1a salle fut incendiée et le pauvre Arlequin ruiné se tua de désespoir.

Vers 1815,1e Petit Lazzari élait un théâtre de Marionnettes,

En 1830, il devint un vrai théâtre avec de vrais acteurs.

Mais quels acteurs, bon Dieu!

Il faut croire que le public les trouva bons tout de même, car ce théâtre ne cessa d'avoir une vogue soutenue, à tel point qu'on y donnait deux repré-

sentations par soirée ; il est vrai que le bon marché du prix des places entrait bien pour quelque chose dans le succès àii Lazzari; pour trois sous on pouvait s'offrir un parterre, l'orchestre coûtait quatre sous, et les loges quinze sous!

Tout le monde se souvient de l'homme que le Nouveau Journal avait placé à la porte de ses bureaux, boulevard Montmartre, et qui arrêtait les passants en leur disant : — Ne partez pas sans lire le sommaire. Alphonse Millaud n'avait rien inventé ; ce n'élait qu'une réminiscence du Lazzari. A la porte du Lazzari se tenait Bambochinet ; il était chargé d'amasser la foule, et de la retenir par ses lazzis jusqu'à l'ouverture du théâtre.

Il racontait les quatre ou cinq premières scènes d'une pièce qui figurait sur l'affiche du jour; puis, lorsque ses auditeurs, bouches béantes, attendaient la fin, il s'arrêtait brusquement... — Entrez, disait-il, vous verrez la suite !

Au Lazzari pas d'engagements; les acteurs étaient payés à la semaine : dix francs, quinze francs, vingt francs au plus !

Cette somme minime épargna pourtant à bien des artistes devenus célèbres, les horreurs de la faim.

Tous ces théâtres, à l'exception du Théâtre Historique, furent démolis en 1862.

Pendant plusieurs années on vit, à l'heure où le

Petit Lazzari avait riiabitude de commencer ses représentations, un petit vieillard qui s'asseyait sur un banc, en face l'emplacement qu'avait occupé le Lazzari ; il avait une baguette à la main, les moutards formaient cercle autour de lui; alors il se levait, montait sur le banc et, étendant le bras, il disait : — • Vous allez voir ce que vous allez voir, un lapin qui bat du tambour ; un âne qui devine la personne la plus amoureuse de la société ; un cliameau venu au monde sans bosse ; le perroquet de la reine de Sabbat; une baleine du corset de sainte Gudule; ensuite, regardez, ceci vous représente... Une larme tombait de ses yeux... Ah ! mon Dieu, disait-il, ça n'y est plus.

C'était le pauvre Bambocldnel^ qui ne pouvait se résoudre à quitter son boulevard chéri. Il mourut sur son banc favori.

Le Café derUuion. — Félix Régamey. — Léonce Pelit. — Courb;'t et la Colonne. — Leaioyne. — Tridbn et l'art do payer ses dettes à coups de fusil. — Albert Glaliuuy. — .Mon dernier sou. — Vermorsch. — Jules Vallès et le Laiiin anthropophage. — Pipe-en-Bois et le vicomte de Buci. ^ Cons-tance et l'Honinie à la Tête de bois. — Cngliostro et la Fille du Roi.— Le général déserteur et la Carotte patriotique. — Ernest d'Hervilly. — Un Melon qui m'a bien trompé. — Puissant et la Loterie.— André Gill.

Dans la rue de rAiicienne-Comédie, à gaucho, se trouve la rue Monsieur-le-Prince. Vers 1867, au n" 15, existait une brasserie qui portait pour enseigne : Café de l'Union.

Les passants qui llànaient par là, à l'heure crépusculaire où on allume les premiers becs de gaz, s'arrêtaient surpris du bruit étrange qui se faisait dans cette boutique. Les vitres tremblaient ; c'était

à croire qu'il y avait dans la salle une légion de consommateurs.

Si le passant curieux regardait avec persistance à travers les carreaux, il parvenait à distinguer au milieu d'un brouillard de fumée opaque, une salle étroite, grande comme une chambre à coucher, meublée de petites tables rondes; pour sièges, des chaises en bois blanc ; aux murs, étaient accrochés un grand nombre de tableaux; au milieu de la salle, un énorme poèlo de faïence; s'il écoutait, il entendait se choquer des paradoxes échevelés, et, comme des flèches, partir de tous les coins des apostrophes les plus saugrenues.

Si le passant entrait, il pouvait constater la puissance du larynx humain ; d'après le bruit qu'il avait entendu de la rue, il soupçonnait la présence d'une centaine de personnes, à peine se trouvait-il en face d'une douzaine.

Le passant, timide, effarouché, restait ébahi, sans oser avancer ni reculer ; il était frappé des tètes singulières qui l'environnaient, et semblait se demander : Où suis-je, bon Dieu?

Il y avait là une couleur locale qu'on eût vainement cherchée ailleurs.

C'est qu'en effet, de même qu'autrefois, le cabaret dupère Andler était Vautre du réalisme, cette brasserie était l'antre des dessinateurs, génération nouvelle entée sur une autre plus ancienne.

On y rencontrait la plupart de ceux qui firent le

succès des journaux jeunes, auxquels les anciens durent faire place.

Félix Régameij, auquel La Vie Parisienne dut ses plus charmantes illustrations signées Y..., qui affirmèrent le succès dès les premiers numéros.

Régamey était un farouche démocrate à^ tous crins, ce qui ne l'empêchait pas de dessiner pour un journal de cocottes et de... femmes du monde.

Léonce Petit, qu'il ne faut pas confondre avec Alfred, plongeait sa harbe d'un Llond rutilant dans h>s choses les plus variées.

Le spirituel dessinateur des Noces bretonnes, au Journal amusant, trouva au fond d'un verre de bière d'autrefois les types cruellement burlesques du Monsieur Tringle^ de Champfleury.

Léonce Petit est mort à la peine, sur la brèche, laissant une œuvre qui le place entre Daumier et Gavarni, sans toutefois ressembler ni à l'un ni à l'autre, car c'était un artiste original qui avait créé un genre ; il pourra trouver des imitateurs, mais jamais il ne sera surpassé.

De temps à autre, Courbet faisait une descente au Café de l'Union; il venait goûter la bière en compagnie de son critique ordinaire Castagnary. A peine arrivé et assis, il était entouré de tous les consommateurs, empressés de serrer la main du maître peintre d'Ornans, dont la bonhomie mettait tout le monde à l'aise.

Dans ses jours de joyeuse humeur, Courbet

56 PAIUS OUBLIÉ

chantait de vieilles chansons franc-comtoises et les Bœufs, de Pierre Dupont.

Par exemple, il ne fallait pas amener la conversation sur le terrain politique ou sur la peinture, parce qu'aussitôt il entrait dans une épouvantahle colère.

Un jour, un ami le rencontra place Vendôme, il était arrêté devant la colonne et paraissait ahsorbé dans des calculs profonds.

— Que fais-tu là? lui dit Tami.

— Je suppute, dit-il, ce qu'on pourrait faire de pièces de deux sous avec ce bronze inutile!

Il rêvait déjà le déboulonnement!

A propos de la Colonne, des polémiques à perte de vue s'engagèrent sur les mobiles qui avaient guidé Courbet pour la faire abattre ; il ne faut pas s'imaginer qu'il l'ait fait pour une raison politique ; c'était pour faire plaisir à un ami, qui lui avait écrit ceci :

« Bravo, ma vieille ! débarrasse-nous de ce stupide mor- » ceau de bronze contre lequel on va toujours se cogner ■) la nuit quand, on sortant du café, on veut rentrer chez » soi! »

Un jour, visitant le Salon, il s'arrêta devant VA?'io?i qui avait obtenu la médaille d'bonneur.

Arrivé à cinq pas du groupe, Courbet mit devant ses yeux sa main puissante, en guise d'abatjour et, d'un ton indéfinissable :

— Qu'e c'est qu' ça? dit-il à l'ami qui l'accompagnait.

PARIS OUBLIÉ o7

— Ça, fit le confident, c'est Arion.

— Un Grec?

— Un Grec avec sa lyre (Courbet leva les

mains au ciel) sauvé par un monstre marin que ses chants ont charmé.

— Et qu'est-ce qui raconte cette belle histoire?

— Je crois que c'est Hérodote, dit l'ami.

— Eh bien, dit Courbet, en se détournant avec un mouvement d'épaules d'une envergure incommensurable et un sourire grand comme le monde, en fait de sauvetage, je viens de lire dans le Petit Journal l'histoire d'un cuirassier sauvé par un chien au-dessous de Chaillot. J'en ferai mon tableau l'an prochain dans les dimensions de Robert- Fleury et je te fous mon billet qu'il n'aura pas la médaille d'honneur !

En fait de chien, Courbet n'attachait pas le sien, comme on dit vulgairement avec des saucisses.

Étant à Salins, une dame de la ville vint le prier de vouloir bien faire le portrait de sa fille.

Courbet accepta et l'on convint du prix de cinij cents francs.

Mais après une dizaine de séances, il lui sembla que cinq cents francs c'était une somme trop minime pour une toile signée de lui.

Il était fort embarrassé pour revenir sur la parole donnée. Voici ce qu'il imagina.

Il alla trouver un ami et lui dit :

— Je suis en train de faire un portrait ; j'ai eu la

PAUIS OUBLIE

bêtise de ne demander que cinq cenls francs, maintenant j'en voudrais mille ; rendez-moi donc le service de venir demain, comme par hasard, rôder dans mon atelier. Vous vous extasierez devant ce portrait, qui est une merveille, du reste, vous m'en ofTrirez mille francs.

Le lendemain l'ami arrive à l'heure dite. Courbet était en séance.

— Savez-vous que c'est superbe ce que vous faites là? dit l'ami en s'arrétant devant le tableau; je vous l'achète mille francs comptant, certain que je suis de le revendre le double.

— Mais ce tableau n'est pas à vendre, monsieur, interrompit sèchement la dame, c'est le portrait de ma fille.

— Eh bien, je ne retire pas ce que j'ai dit. Il vaut deux mille francs comme un liard.

Quelques jours après le portrait fini, la dame honteuse de ne payer que cinq cents francs une toile qui, de l'avis d'un connaisseur, en valait deux mille, envoya mille francs à Courbet, qui les garda bel et bien ; il satisfaisait à la fois son avarice et son amour-propre. Il était abondamment pourvu des deux.

Le poète Lemoyne faisait de rares apparitions au Café de /'Unmi, il est vrai que ce milieu réaliste et sceptique était peu favorable à lui fournir des inspirations poétiques.

Lemoyne avait une prédilection marquée (comme

PARIS OUBLIÉ o!)

poète) pour la femme qui entre dans la seconde jeunesse. Il la peignait toujours fort peu chiffonnée par les caprices du temps.

Dans les Roses d'antan, il en décrit une ainsi :

j Elle a vécu, unit et jour dans la joie ;

1 Elle a rcini les rois du monde officiel. Plus d'uu saint personnage en douillette de soie A pris sou escalier pour le chemin du ciel.

C'était un ciel que Jacob aurait facilement atteint sans échelle, surtout si la belle restait à l'entresol.

L'austère Tridon, le fondateur du Candide, l'admirateur d'Hébert, n'était pas un assidu; il venait néanmoins quelquefois, à la brune, silencieux, sombre, toutes les allures d'un conspirateur ; il se glissait doucement dans la salle, il se campait derrière les vitres, soulevait un coin du rideau, afin de s'assurer, avant de s'asseoir, s'il n'était pas suivi.

Tous ceux qui s'occupaient de politique alors, avaient la toquade de croire qu'ils avaient à leurs trousses une armée de mouchards.

Tridon fit partie de la Commune ; c'était un convaincu. Riche, il soutint de ses deniers un grand nombre des arrivés d'aujourd'hui.

Il inventa un moyen de solder une facture qui laisse bien loin les combinaisons du légendaire Robert-Macaire ; ce moyen, il est vrai, n'était pas à la portée de tout le monde.

En 1871, le Comité central s'empara sans façon

de rimprimerie de M. D... Les compositeurs, devant les menaces des fédérés armés, durent subir la loi du plus fort et s'exécuter.

La livraison du travail commandé eui lieu, mais vint le quart d'heure de Rabelais: M. D... confia la délicate affaire « de la facture » à son caissier, M. P...

Ce dernier, homme respectable à tous égards, se présenta rue de l'Entrepôt, au siège du Comité ; on le renvoya à riIôtel-de-Villo ; l'Hôtel-de-Ville le renvoya au ministre de la guerre. Là, Tridon reçut la requête de M. P..., et, du ton rogue, cassant, qui lui était habituel, il lui ordonna de repasser plus tard.

Deux fois, les jours qui suivirent, même démarche, même réception.

Lassé de ce mauvais accueil, M.P... insistapour qu'on lui lixàt un jour.

— Revenez demain, à une heure et demie, lui dit brusquement Tridon.

A riieure précise, M. P... arriva rue Saint-Dominique ; la « commission militaire » était en séance. Il traversa plusieurs antichambres garnies de colonels, de lieutenants-colonels, d'officiers de tous grades, galonnés sur toutes les coutures. Après avoir attendu longtemps, on finit par l'introduire dans un salon somptueux où délibérait Delescluze avec deux généraux et... Tridon.

Ce dernier se leva en croisant les bras.

— Savez-vous, citoyen, que vous commencez à m'em..., cria-t-ilàM. P...

— Je ne vous comprends pas, monsiew, répliqua M. P..., appuyant sur ce mot, si vous n'avez, ni le respect de moi, ni de vous-même, vous devriez au moins respecter vos collègues.

— Conduisez-moi cet homme daus la cour, dit froidement Tridon à l'un des fédérés de planton.

Dans la cour, stationnait en permanence un peloton d'exécution ; le fédéré, plus humain que son maître, fit prendre à M. P... un escalier dérobé qui le conduisit dehors. Il échappa ainsi à l'impitoyable vengeance de Tridon.

Jamais M. P... ne voulut reporter la facture.

Tridon mourut en exil, à Bruxelles, je crois. '

Albert Glatigny, grand comme un jour sans pain, maigre, presque diaphane, la peau pour ainsi dire collée sur les os, était un commensal fidèle du Café de l'Union dans les jours de détresse, et ils n'étaient pas rares ; il y trouvait toujours un ami qui partageait la frugale portion de l'amitié ; je me rappelle toujours la joie du pauvre Gringoire, lorsqu'il vint nous annoncer que le directeur de l'Alcazar venait de lui signer un engagement de 600 francs par mois, pour accomplir chaque soir les tours de force poétiques dont tout Paris se souvient.

— Comprends-tu, disait-il à Vermersch, 600 fr. par mois, moi qui n'ai jamais gagné plus de

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50 francs en province à jouer les grimes. Combien cela représente- 1- il de boudins aux pommes frites ?

La stabilité n'était pas la qualité dominante de Glatigny ; c'était un coureur de grandes routes ; insouciant comme les oiseaux du ciel, et amoureux comme eux de la liberté et de l'imprévu. Aussi, un soir, au moment d'entrer en scène, on chercha le poète partout : il s'était envolé, il avait tranquillement pris le train pour Rouen, oubliant son engagement.

Une après-midi d'hiver, il tombait une neige fine qui pénétrait les piétons jusqu'aux os. La nuit commençait à venir, nous étions au grand complet, entourant le poêle avec une sollicitude marquée. Pierre Dupont nous chantait ses nouvelles compositions : La Brebis et la Paijsaiine. Tout à coup la porte s'ouvrit et Glatigny se précipita dans la salle comme une trombe, tout ruisselant d'eau.

— Faites-moi un peu de place, dit-il en grelottant, je suis trempé comme une soupe.

Il prit une chaise, étendit ses longues jambes et soupira d'aise : Ah! les veinards, qu'il fait bon ici!

— D'oii diable viens-tu dans un pareil équipage? dit iVndré Gill.

— Yoilà la chose. Je revenais d'Argenteuil ; arrivé au pont d'iVsnières, je fus accosté par un mendiant qui me demanda l'aumône : je lui donnai un sou. Au moment oi^i je me proposais de

passer le pont, un Lonhomme courut après moi :

— Votre sou? me dit-il brutalement.

Je fouillai dans mes poches, hélas! je venais de donner le dernier,

— Je n'en ai pas, lui dis-je.

— Alors vous ne passerez pas.

Il me prit par les épaules et me poussa sur la chaussée.

Comment faire? je me déshabillai, je fis un paquet de mes effets que je nouai sur ma tète et je me mis en devoir de traverser la Seine. Je ne sais comment mon paquet glissa, mais lorsque j'arrivai à terre et que je voulus me rhabiller, j'étais littéralement inondé, je pris mes jambes à mon cou et me voilà.

C'est égal, ajouta-t-il, l'autre est plus heureux que moi; avec mon dernier sou, il aura de quoi dîner!

Glatigny aussi est mort.

Yermersch avait établi son quartier général au Café derUnion, toute la journée il crayonnait sur le cahier de la maison une foule de petites lignes flanquées de chaque côté d'une grande marge blanche .

Rien alors, dans ses compositions charmantes, ne faisait prévoir qu'un jour l'agneau deviendrait tigre .

Sur ce cahier on pouvait lire : Les Voleiirs (T auréoles^ pièce qui se terminait ainsi :

6't PARIS OUBLIÉ

Non! car nous sommes nés aux pays enivrants

Des étoiles et des grands aigles, Car nons aimons oiûr les doux oiseaux charmants

Chanter dans les blés et les seigles.

Car nous voulons enfin — nous l'avons bien gagné —

Savoir le fond riant des choses :

Notre acte de naissance, auquel Dieu a signé,

Dit : Poètes, frères des roses.

Allons, la joie ! Allons, les fleurs ! Allons, le jour !

Dans la mansarde et la chaumière !

Et qu'un enthousiaste et large chant d'amour

Monte, immense, dans la lumière!

La révolution n'avait pas desséché alors le cœur du poète. Deux ans plus tard, il adressait à la Commune, en vers ignobles qui suintaient le sang', le reproche de n'avoir pas fusillé assez d'otages, ni ])riilé assez de maisons; de s'être arrêtée aux demimesures et de n'avoir pas taillé assez dans le vif.

Quel contraste !

Sur un front de bataille épouvantable et large

L'émeute se relèvera.

Là. sortant des pavés pour nous sonner la charge,

Le spectre de IMai parlera; Il ne s'agira plus alors, gueux, hypocrites,

De fusiller obscui'ément Quelques mouchards abjects, quelques obscurs jésuite?

Canonisés subitement; Il ne s'agira plus de brûler trois bicoques

Pour défendre tout un quartier.

Plus d'hésitations louches! Plus d'équivoques!

Bourgeois, tu mourras tout entier.

Non! Rien ne restera de ces coquins célèbres,

Leur monde s'évanouira; Et toi, dont l'œil nous suit à travers nos ténèbres,

Nous t'évoquerons, ô Marat.

Yermerscli est mort à Londres, méprisé de tous, môme de ses anciens complices.

Les habitués du Café de l'Union avaient surnommé Jules Vallès le /rt/)z« anthropoplmge. Barbu comme Dumollard, le terrible Auvergnat n'avait qu'un rêve : il guettait Louis Veuillot comme le chat guette la souris, et jurait qu'il aurait un jour ou l'autre raison du fougueux polémiste.

Les jeunes étudiants qui sont devenus de graves médecins, se souviennent-ils, du fond de leur province, des heures de jeunesse envolées chez Théodore ; se rappellent-ils de leurs effarements lorsqu'ils entendaient Vallès lancer froidement des énormités du g'enre de celles-ci: « — Il faut briser les statues et trouer les tableaux ! — Michel-Ange et Raphaël sont les papes du sculpturat et de la peinturlure; — delà solennité, il n'en faut plus ! Je jure que la prostitution dans l'art est d'une rigoureuse nécessité. — Le rire est le seul moyen d'affranchissement qui nous reste ; Offenbach est un précurseur ; Schneider, une prêtresse ; sus aux Pindares perruques, et aux vieux Homères, ces patachons immortels ! Cascade, ô Clodoche, chahute, Hortense ! Vous représentez, devinez quoi, jeunes lutteurs? — La révolution! ! ! »

Elle vint, sa révolution, et lui qui déclarait que le Misanthrope de Molière l'ennu3'ait, lit partie de la commission de l'enseignement ! ! !

Vallès haïssait le passé, parce que je passé avait

VU ses misères et ses souffrances; c'était un caractère aigri, mais pas méchant, au fond, disait-on; pourtant le lapin anthropophage n'a-t-il pas écrit quelque part : « On mettrait le feu aux bibliothèques et aux musées qu'il y aurait pour l'humanité, non pas perte THdd?, profit et gloire. »

Vallès a été prophète. Je ne sais pas s'il y a eu gloire pour la Commune d'avoir réalisé son rêve, mais, quant au profit, cela nous a coûté de beaux millions, sans compter des milliers de victimes !

Vallès, plus prudent que Vermorel, ne jugea pas à propos de se faire tuer sur une barricade pour défendre ses principes ; le rôle de martyr n'était pas à sa taille, il préféra s'échapper ; il devint pour un jour conservateur!

A son retour d'exil, il créa le Cri du Peuple, dans lequel il continua à jouer le rôle de sauveur du peuple et à préparer l'avènement d'une nouvelle.

J. Vallès est mort en février 1885,

Autour de Vallès, comme autour d'une mère Gigogne en mac-farlane, gravitait le célèbre Pipe-en- Bois {Georges Cavalier).

Pipe-en-Bois collaborait au journal la Rue; c'était certainement l'homme le plus laid de France et de Navarre. Imaginez-vous un faucheux gigantesque, la tète ovoïde et exangue de Debureau et au milieu du visage le nez phénoménal du brave Hyacinthe ; quand il parlait, il ouvrait une énorme bouche qui laissait voir des dents larges comme des touches de

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piano et noires comme du jais, par l'habitude de mâcher du tabac.

11 était employé comme dessinateur, à l'usine Cail, fort en x^ il avait passé par l'Ecole polytechnique, ce qui l'avait rendu profondément matérialiste et raisonneur.

Il fit aussi partie de la Commune comme directeur des plantations, un comble. Il fut condamné, mais sa peine fut commuée en celle du bannissement ; il se réfugia à Bruxelles, où, pour charmer les tristesses de l'exil, il allait régulièrement danser à l'Alhambra. Je me souviens l'y avoir vu en 1874 figurer dans un quadrille et exécuter des pas fantaisistes à faire pâlir Clodoche.

Ce fut à la première représentation à' Henriette Maréchal que commença la célébrité de Cavalier. Voit-on d'ici ce bohème qui, jusque-là, ne s'était illustré que dans les brasseries du quartier Latin, se faisant l'instigateur d'une cabale pour jumir les auteurs de la pièce, MM. de Concourt, d'être, suivant la chronique, appuyés par la princesse Mathilde.

Pipe-en-Bois grand justicier, c'est à crever de rire !

Pipe-en-Bois était le roi des blagueurs ; on avait beau être son ami, il fallait y passer.

Vers 1868, il nous amena un jeune homme qu'il nous présenta comme un Vicomte portant un des plus beaux noms de France, jamais Cavalier ne lui pardonna do l'avoir fait poser.

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