l'A [US OUBLI K
chanta la fameuse chanson : l.e Bataillon de la Moselle en sabots et Y Odalisque.
Pauvre Gilles! de crainte de mourir comme Hégésippc ^loreau, Gilbert, Privat-Danglemont et Charles Goligiiy, à l'hôpital, il se pendit rue Delaitre, à Ménihnontant, La chanson, au lieu de le conduire au ministère comme Bréant, le conduisit à la fosse commune ; il est vrai que ses œuvres ont laissé des traces, tandis que celles de Bréânt sont oubliées, mais qu'importe Timmortalité, un peu de pain eût été préférable.
Au Sacrifice d'ÂbraJiani on chantait également le répertoire d'iuiouard Plouvier, encore un disparu trop tôt!
Alexandre Blacher , que les hahitués avaient surnommé le grand imitateur de Déjazet, quoiqu'il appartînt au sexe laid , égayait les goguettiers par la célèbre chanson du Moulin à parttle.
Tout cela est évanoui. A la place où jadis retentissaient les joyeux tlons-flons de nos aînés on entend résonner la trompette des gardes républicains qui sonne la hotte à Coco et le boute-selle.
AuPalais Bonne-Nouvelle, boulevard de ce nom, se trouvait, vers 185o, un café-concert, connu sous le nom de Café de France, le rez-de-chaussée du Palais était un bazar, le concert était au premier; il était alors en grande vogue.
ûarcier chantait la Musette neuve., accompagné
l'Ail I s ULIfLlÉ M'a
par un aveuj^le, qui jouait du hautbois; rien de plus cocasse n'était possible.
Lorsque l'artiste avait terminé son couplet, l'aveugle jouait la ritournelle ; c'était grotesque. Mais personne ne songeait à rire. Ah ! c'est que Darcier était un solide gars qui écrivait son nom sur la muraille avec un poids de 20 kilos ; fort heureusement il était aussi bon qu'il était fort.
Darcier mourut eu 188.J, fatigué, et oublié du public qu'il charma pendant plus de vingt ans.
M. Javal était propriétaire du Palais-Bomie- Nouvelle, il avait contracté l'habitude de venir quotiiliennement s'enfermer dans certain réduit où le roi, quelle que soit sa grandeur, est forcé d'aller à pied; quand il vendit son immeuble, il se réserva par clause spéciale le droit gratuit d'accomplir son petit pèlerinage au petit local ; la caissière, qui k^ connaissait, ne lui demandait jamais rien ; elle le saluait, lui olfrait les papiers les plus soyeux, elle était pleine de prévenances pour son fidèle client.
Un jour on changea la caissière parce qu'elle avait fait du scandale.
Deux soldats, Dumanet et Pitou étaient entrés au bazar; Dumanet après l'avoir visité en détail, s'arrêta devant l'entrée du ôarn retiro et plongea ses regards dans l'antre mystérieux.
— Qu'est-ce qu'il y a là, dit-il à Pitou ?
— Là, répondit Pitou, c'est subséquemment la cuisine du directeur.
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— Que j'ai la gamelle de l'ordinaire dans les talons, dit Dumanet, veux-tu entrer m'acheter quelque chose ?
— Pour combien ?
— Pour six sous !
Pitou entra sans hésiter et demanda à la caissière pour six sous de sa marchandise, pour son camarade qui était à la porte. Elle lui répondit que sa marchandise ne se vendait pas à emporter, qu'il fallait consommer sur place. Pitou n'en voulut pas démordre, il se fâcha, la caissière aussi; Dumanet intervint, furieux, il dégaina.
— Je vas la couper ta marchandise, dit-il; puisque je peux pas en mangsr, personne n'en mangera... Bref, la garde arriva et emmena tout le monde s'expliquer au poste.
Revenons à Javal. Il entra comme d'habitude, la nouvelle caissière, qui ne le connaissait pas, l'arrêta au passage et lui tendit la main. J'ai oublié de dire qu'il était sourd comme un pot.
— Tiens, se dit-il, cette caissière est plus aimable que l'autre^ et lui serra la main, et, comme il était pressé, il s'engagea au plus vite dans l'étroit couloir.
La caissière le rattrapa et lui tendit à nouveau la main, en disant : C'est trois sous !
11 n'entendait pas, elle lui répéta : C'est trois sous !
Javal! Javal! répondait-il. Abasourdie, la caissière le laissa entrer. 11 était temps.
Quand il sortit, tout s'expliqua, et il put conti-
nuer à son aise de jouir du privilège qu'il s'était réservé.
En face du hazar Bonne-Nouvelle, remplacé aujourd'hui par la Ménagère, il existait un poste à l'endroit où se trouve l'escalier qui conduit à la rue de la Lune. Quand la g'arde nationale était un des ornements de Paris, elle occupait ce poste.
Il était d'usage que les patrouilles qui se rencontraient criassent pour se reconnaître le nom de leurs quartiers.
Une nuit, la sentinelle qui était en faction vit venir à elle une forte patrouille.
— Qui vive? cria-t-elle.
La patrouille répondit : Bonne-Nouvelle.
— Caporal! Caporal! Venez reconnaître patrouille.
Le caporal accourut en bâillant.
— Qui vive I
— Bonne-Nouvelle !
— Ah ! ah ! lit le brave caporal en déposant son fusil contre la grille; ahl parbleu, mes amis, contez-nous ça !...
Dans le monde entier on connaît le passage Véro-Dodat, rue du Bouloi et rue Jean-Jacques- Rousseau ; il doit son nom à deux charcutiers.
La maison située à l'angle du faubourg Saint- Denis et du boulevard de ce nom, qui fut démolie en 1884, puis reconstruite aussitôt, fut le Ix-rciMu de la fortune de Véra et non Véro.
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Véra, lin nom prédestiné pour nn charcutier, était de Strasbourg; il disait avec orgueil : « Fils de charcutier et charcutier moi-même ! » La boutique de son père portait pour enseigne : Depuis les pieds jusqu'à la tête, tout en est bon. Trop à Fétroit à Strasbourg, écrasé d'ailleurs par la célébrité du fameux pâté de foie gras, il vint à Paris "et acheta la modeste boutique du faubourg Saint- Denis; en peu de temps il la transforma et acquit une grande renommée pour la préparation des langues ; on l'avait, à ce sujet, surnommé : le professeur, parce qu'il se vantait de connaître sept langues : langues à l'écarlate, langues fourrées, etc.
Yéra lit une grande fortune : il songea alors à devenir propriétaire ; il acheta les terrains sur lesquels le passage s'élève aujourd'hui de concert avec un de ses confrères nommé Dada, mais ces deux noms Véra-Dada auraient fait rire le public ; il s'entendit avec son associé pour faire un échange de voyelles dans leurs noms : Véra devint Véro et Dada Doda.
Yéro fît alors construire à Brunoy un château de forme italienne, puis fit placer deux superbes iio)is en marbre dans la cour d'honneur.
L'ancien charcutier devait être heureux, son rêve était réalisé : il était chcàtelain, riche, célèbre. Hélas ! aucun bonheur n'est parfait ici-bas ; il est vrai qu'on ne sait pas s'il est plus parfait là-haut. ]]ref, ses amis l'accablaieiU de quolibets.
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— l'on château a l'air d'un pâté de fromaç/p d'Italie, lui disaient-ils ; ou bien : Est-ce que tu as placé ces lions en souvenir des saucissons?
Véra devint commandant de la garde nationale de Brunoy, mais les honneurs ne parvinrent pas à triompher de sa mélancolie : il mourut fou dans les dernières années du règne de Louis-Philippe, mais son souvenir est resté vivace sous le nom de Marquis du petit salé.
Voilà l' plaisir. Mesdames, voilà l'plaisir ! A.msi chantaient dans les rues de Paris les braves femmes qui vendaient ce gâteau cher aux bébés; quelquefois un gamin en belle humour les suivait et répondait : N'e?i mangez pas, Mesdames, ça fait mourir!
La marcluinde de plaisir est une des professions les plus anciennes de l*aris ; au seizième siècle, elle existait déjà, dans les environs des Halles, mais au lieu de porter sa marchandise dans une boîte, elle la portait sur un éventaire d'osier, iixé sur son ventre; elle annonçait aussi sa marchandise en chantant :
Cbaudos oul)lies renforcées Galétos fliaudes, eschaudez Roinssolles, i;a désirées aux dez.
L'oublie ou plaisir était alors fabriqué spécialement rue des Marmousets (démolie pour faire place à la caserne de la Cité) ; une ruelle se nommait même rue des Oublmjers : c'est là qu'étaient établis les fours.
Plus tard, M"'' Siméon, établie sur le Pont- Neuf, obtint un grand succès et réalisa une grosse fortune en fabriquant des plaisirs.
Depuis quelques années, la vente des plaisirs n'est plus la spécialité des femmes ; un certain nombre d'hommes se livrent à ce métier assez lucratif, mais ils ne fabriquent pas, ils achètent à la douzaine. Les marchands de jjlaisir n'annoncent plus leur marchandise en chantant, ils ont une petite crécelle qui fait un tapage agaçant ; sur Tantiquo boîte, ils ont adapté une flèche qui tourne sur un pivot, et le client peut, à son gré, jouer la rouge ou la noire ou le numéro qui va de un à douze. Dans certains quartiers, la vente du plaisir n'est qu'un prétexte qui sert à masquer un jeu d'argent. C'est une concurrence à Monaco.
La Salle Chanter eine était située au 19 hh de la rue de la Victoire. Elle fut construite, en IS-Sri^ par un nommé Grommaire, ancien machiniste à rOpéra. Elle était d'un style Empire, modeste, sans luxe; en revanche, la scène était établie dans des conditions tout à fait avantageuses au point de vue théâtral. En qualité d'ancien machiniste, le père Grommaire avait apporté là tout son savoir: châssis, portants, trappes, trappillons, costières, etc., etc., rien n'v manquait. Tout ce matériel était inutile, étant donné le genre des pièces qui y étaient représentées. On y jouait principalement la comédie et la tragédie. Beaucoup de nos
l'AHIS OUnLIE
artistes, célèbres aujourd'hui, firent leurs premiers pas sur les planches de la Salle Chantereine. La plupart avaient pour professeur de déclamation Bonhoure Ludovic, connu sous le pseudonyme de Ludovic Fleury.
De fort jolies soirées furent données sur ce petit théâtre, comme en témoigne le programme suivant ;