SCÈNE II
MADAME BENOITON, toilette de bains de mer.
(Regardant de touscùtés.) Personne dans cet endroit? — Je puis me mettre en colère! — Eh bien! oui, oui, je me mets en colère, et j'en ai le droit, et personne ne m'empêchera d'avoir ce droit-là !... — Figurez-vous qu'il y a quinze jours, le docteur arrive chez moi et me dit : Chère madame, — ces docteurs ont toutes les impertinences, — ils savent qu'ils
Une cabine pour deux 3o5
nous tiennent. — Chère madame, dit le docteur, les bains de mer vous feront le plus grand bien ! — Moi, naïve, je crois à cela, je me fais faire une douzaine de toilettes, j'achète, des cannes, des éventails, des ombrelles, je me munis de cigarettes, des cigarettes ottomanes, du boulevard des Italiens! j'envoie mon mari en Allemagne et mes filles en Suisse, chez des amies, je donne des ordres à mon intendant. — (Vieux style, — aujourd'hui l'intendant c'est l'homme d'affaires, l'huissier, le notaire parfois, ou ordinairement un ami) ! — Je donne donc des ordres à mon intendant et j'arrive ici ! — Pas une maison de vacante, — pas même un chalet. — Je vais à l'hôtel, pas une chambre, pas un cabinet. — — Je descends sur la plage, pas une cabine! — Je la trouve raide! comme disent les gens d'esprit. Aller ailleurs, c'est la même chose ; retourner à Paris, serait conspirer contre ma santé. Que faire? Mais voici une cabi ne entr'ou verte ; ma foi, tant pis, je m'y glisse; si son possesseur est un homme, il sera galant, je l'espère,* si c'est une femme, ma foi, je dirai que je suis madame Benoiton! — Comme je suis toujours dehors, j'aime à croire que, pour une fois, on ne sera pas fâché de me voir dedans. Allons, allons, pas de fausse timidité! Allons revêtir le costume consacré ! A la cabine ! A h mer! A la vague I Et puis après à l'hôtel, s'il y a de la place !
(Elle entre dans la cabine.)
3o6 Paris pantin