‹ Paris PantinChapitre 118 sur 122 · M. PRUDHOMME, MADAME BENOITON · texte numérisé non relu

M. PRUDHOMME, MADAME BENOITON

M. PRUDHOMME, sortant de l'eau.

L*eau est excellente^ c'est vrai, mais elle commence à se refroidir. C'est Timage de tous les enthousiasmes f Ils n'ont pas la résistance de la conviction ! Allons nous r'habiller. — Tiens^ ma cabine est fermée. (Il agite la porte.)

MADAME BENOITON j dans la Cabine, Il y a quelqu'un!

Me serais-je trompé ! — Non ! c'est bien ma cabine I Nom d'un petit bonhomme î Je suis exproprié ! Pourtant, je ne suis pas à Paris î Voyons ! voyons I pas de bêtises ! je sors de l'eau, je grelotte, laissez-moi prendre mes vêtements.

MADAME BENOITON, Id.

Veuillez attendre, cher monsieur, que j'aie quitté les miens.

M. PRUDHOMME

IJne voix de femme ! C'est une femme ! Une femme dans ma cabine ! Sapristi, mes habits vont être incendiés! — Voyons, belle dame, si j'avais

Une cabine pour deux ?oy

celui de vous connaître, je vous demanderais l'hospitalité dans ce réduit maritime et d'une élégance.., contestable.

MADAME BENOirON, Id.

Allez vous mettre à Teau ! ça vous réchauffera.

M. PRUDHOMME

(a part.)

Je connais cette voix-là I Mais oîi diable Pai-je entendue î Ça ne peut être que du corps de ballet. . . (Haut.) Voyons, Ernestine, rends-moi ma'cabine, je te la prêterai tout à l'heure !

MADAME BENOITON, Id.

Ça n'est pas Ernestine, mon cher !

(A part.) Sapristi ! j'aurais bien cru que c'était Ernestine I — Mais si ce n'est pas Ernestine, qui ça peut-il être ? Car enfin, je connais bien tout l'Opéra, mais je n'ai pas le droit de dire : Ernestine ! à tout l'Opéra ! Voyons! Voyons! — Tiens ! je suis bête! — C'est Chouchoute ! parbleu ! — (Haut.) Voyons, je sais bien que tu n'es pas Ernestine, ma petite Chouchoute, c'était pour te faire enrager! Rendsmoi ma cabine.

MADAME BENOITON, Id.

Que que tu m'donneras?

!o8 Paris pantin

M. PRUOHOMME

(A part.) Je savais bien que c'était Chouchoute! C'est une femme qui n'ouvre la bouche que pour demander quelque chose! (Haut.) Je te donnerai tout ce que tu voudras, mais ouvre-moi. Je vais m'enrhumer I

MADAME BENOITON, Id.

(A part.) C'est une voix que je connais, mais laquelle? 11 y a un boursier de ma connaissance qui... mais non, il ne va qu'aux eaux d*Asnières !

M. PRUDHOMME

Voyons ! Chouchoute, ouvre-moi, je te donnerai ce que tu voudras, là I

MADAME BENOITON, Id.

Je vais vous ouvrir! Mais dites-moi votre nom!

Mon nom.'^ — Tu le sais bien, parbleu ! Tu ne reconnais donc pas ton petit Joseph ?

M ADAM K BENOITON, Id.

Joseph! Qui ça, Joseph? — Joseph qui ?

M. PRUDHOMME

Parbleu ! Joseph Prudhomme, qui t'a donné des leçons d'écriture, petite diablesse! Même que tu écrivais toujours mon nom avec un g. — Je t'ai pourtant assez dit que le g est dur toutes les fois qu'il n'est pas suivi d*un e.

Une cabine pour deux 3 09

MADAME BENOITON, Id,

Ah ! VOUS m'avez donné des leçons d'écriture ?

M. PRUDHOMME

Oui, ma petite Chouchoute! et d'orthographe aussi I «

MADAME BENOITON, sortant en costume de bain.

Eh bien! vous avez un rude toupet, M. Prudhomme!

M. PRUDHOMME

Madame Benoiton!... Madame, ohl de grâce!

MADAME BENOITON

Ainsi, vous protégez mademoiselle Ernestine, et mademoiselle Chouchoute, et mademoiselle... J'ai eu pitié de vous, je vous en aurais fait nommer une douzaine... N'est-ce pas honteux? Vous, uii homme marié, un père de famille. — Ne pouvezvous donc pas laisser ces erreurs-là aux petits crevés ?

M. PRUDHOMME

Mais, madame, je protège en tout bien tout honneur, croyez-le bien.

MADAME BENOltOl^l

Oh ! je le crois, monsieur Prudhomme, je le crois! Mais vous vous compromettez! — Allons, grand enfant, ne rougissez plus, jen airien entendu^

3 I o Paris pantin

je n'en dirai rien à madame Prudhomme. Allez moi chercher un baigneur !

H. PRUDHOMME

Un baigneur^ madame, pourquoi faire quand je suis là ?

MADAME BENOITON

Ah ! si vous voulez me donner le baptême et me guider sur la plage?... au moins^ savez-vous nager?

M. PRUDHOMME

Comme un poisson.

MADAME BENOITON

Et puiSj est-ce bien convenable ?

Mon Dieu, madame^ dans l'eau, tous les chats sont gris... c'est-à-dire... qu'un baigneur en vaut un autre.

MADAME BENOITON

Allons, pas de phrases, vous n'en savez pas faire. — Je vous prends pour baigneur mais vous répondez de moi.

M. PRUDHOMME

Comme de moi -même I

MADAME BENOITON

Merci! prenez une autre comparaison, car d'après ce que je viens d'apprendre... Je ne répondrais

Une cabine pour deux 3 1 1

pas de vous, moi ! Prenez ma main et guidez^moi ! L'eau est-elle bonne ?

M. PRUDHOMME

Elle est excellente ! — Une vraie lessive!

MADAME BENOITON

Vous savez que je ne sais pas nager, moi ! Je lis tous les jours dans les journaux un désastre financier sous ce titre : Encore un homme à la mer! Et trois mois après le naufragé est encore sur l'eau I — Je ne suis pas de cette force-là, et je vous préviens que si je bois un coup ce sera le dernier, vous répondez de mon existence !

Je l'endosse, madame, je l'endosse I et si le billet est protesté, l*huissier retombera sur moi î

MADAME BENOITON

Cela m'est égal I Arrangez^vous pour que l'huissier ne tourmente personne*.. Voici du monde, éloigixons-nous, je ferais rire la galerie.

M. PftUDHOMME

N'en croyez rien, chacun est ici poiir son compte.

MADAME BENOITON

En attendant^ donnez-moi ma première leçon de natation.

(ils sorteut.)

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