‹ Paris pendant la Commune révolutionnaire de 71Chapitre 10 sur 33 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Avant de parler du rôle politique et militaire de la Commune, complétons nos renseignements particuliers. Dans la lre partie de ce volume, j’ai signalé à peine les principaux événements antérieurs au 18 mars, pensant qu’il était inutile d’allonger un thème que chacun connaît, ou de répéter ce qui a été dit cent fois. Peut-être ai-je été trop bref dans le récit des premières journées de la Révolution; j’ai même, par exemple, passé sous silence le drame de la rue de la Paix, bien que j’aie sur ce

sujet de complets renseignements. Il me convenait plus spécialement de réserver mes pages pour le développement des choses sinistres que j’ai vues. Du reste, je ne prétends pas me donner comme historien, malgré le titre écrit en tête de cette feuille. Aux écrivains de métier appartient la tâche de tous savoir et de ne rien omettre. Quant à moi, ce que j’ai en vue, je le répète, c’est avant tout de raconter les crimes commis dans les derniers jours, et dont j’ai été témoin. Seulement, pour que ce récit ait quelque valeur, pour que l’on comprenne mon jugement, il est nécessaire de montrer en même temps quelle était la cause que l’on traita ainsi, les hommes que l’on fusilla par milliers, les femmes que l’on appella pétroleuses, les idées que l’on méconnut, calomnia, voua au pilori des gens honnêtes. — Si je parviens à poser le germe de la vérité dans quelques esprits, j’aurai réussi au gré de mes désirs. Quiconque est sincère et veut connaître, a bientôt dévisagé ce qui est comédie, et approfondi ce qui est loyal, honnête, légitime.

Les premières élections à la Commune avaient donné les résultats suivants ; je donne les noms des élus par groupes politiques:

Le parti des clubs : Amouroux, Jules Allix, Champy, Emile Clément, Demay, Descamps, Fruneau,

Ch. Gérardin, Goupil, Ledroit, Lefèvre, Léo Meillet, Martelet, Ostyn, Oudet, Ulysse Parent, Puget, Parisel, Rastoül, Réfère, Urbain.

Le parti révolutionnaire radical: Arthur Arnould, Jean-Baptiste Clément, Cournet, Delescluze, Flourens, Gambon, Paschal Grousset, Jules Mio.t, Félix Pyat, Robinet, Jules Vallès, Verdure, Vermorel.

Le Comité central: Antoine Arnaud, Babick, Bergeret, Billioray, Blanchet, Brunei, Clovis Dupont, Eudes (blanquiste), Henri Fortuné, Géresme, Jourde, Mortier, Ranvier.

Le groupe des blanquistes: Blanqui (1) Chardon, Ferré, Protot, Ranc, Rigault, Tridon.

Le groupe socialiste ne se dessina guère qu’après les élections complémentaires du 16 avril, où il fut renforcé, sous le nom de yninorité, par plusieurs élus du parti radical. Le noyau de ce groupe était Flnternationale, qui, aux lres élections, avait eu 17 élus, savoir: Avrial, Assi, Beslay, Chalain, Clémence, Victor Clément, Dereure, Duval, Frænkel, Eug. Gérardin, Langevin, Lefrançais, Malon, Pindy, Theisz, Vaillant, Varlin.

Viennent ensuite les noms des réactionnaires, qu'il est inutile de citer. Ces messieurs donnèrent

(1) Blanqui était dans une petite ville du Midi, près Figeae, quand il fut arrêté par la gendarmerie versaillaise, le 19 mars. 11 était au lit, déjà alors; où est-il maintenant? Dans quelle oubliette gémit-il ?....

leur démission bientôt après, et ne jouèrent pas d’autre rôle.

Il y eut en outre six démissions parmi les députés révolutionnaires : Fruneau, Goupil, Lefèvre, Ulysse Parent, Ranc et Robinet.

L’Assemblée communale ainsi composée, en sa majorité et sa minorité; division malheureuse qui donnera lieu à de graves débats, au moment où il aurait fallu s’unir et agir dans un même sens.

Aux élections complémentaires du 16 avril, que la Commune valida, les noms suivants sortirent avec la majorité absolue des voix exprimées : Gluseret, Durand, Johannard, Pillot, Vésinier, Sicard, Philippe, Lonclas, A. Dupont, Viard, Trinquet, Andrieu, Serrailler, Pottier, Longuet, Arnold, Courbet, Ménotti Garibaldi, Rogeard etBriosne. — Ces 3 derniers ne siégèrent pas.

Indépendamment des dix commissions entre lesquelles les travaux et attributions de la Commune étaient répartis, il y avait un nombre correspondant de délégations, qui s’installèrent dans les différents ministères. Dans la séance du 20 avril, la Commission exécutive fut supprimée, et son pouvoir fut confié aux délégués réunis des neuf autres Commissions.

Furent nommés délégués, les citoyens: Cluseret (Guerre), Jourde (Finances), Viard (Subsistances) , Pàschal Grousset (Relations extérieures ), Vaillant

{ Enseignement ), Protot (Justice), R. Rigault (Sûreté générale), Frænkel (Travail et échange), Andrieu ( Services publics ).

Dans le chapitre 3 de la lre partie, j’ai déjà parlé de la première séance de la Commune, de sa première proclamation, puis de la façon dont elle entreprit d’administrer Paris. Il resterait encore une grande lacune à combler en précisant davantage le rôle du Comité central pendant les 10 jours qui s’écoulèrent depuis le 18 mars, date de la délivrance, et le 29 mars, jour où la Commune prit possession de ses pouvoirs. Mais je renonce à le faire en songeant qu’il me faudrait revenir en arrière de trop loin, et que tout, à ce taux là, serait à recommencer.

Pour être libre d’aborder le récit des opérations militaires, puis ensuite d'entreprendre à ma façon quelques peintures de la population parisienne, je vais reproduire, dans sa splendeur, la Déclaration au peuple français , que la Commune lançait le 19 avril, comme un testament officiel de ses principes et de ses vues. A cette date du 19 avril, bien des événements s’étaient déjà produits; la guerre était dans sa période acharnée, le canon tonnait aux portes de Paris.

Déclaration au Peuple français .

Dans le conflit douloureux et terrible qui impose une fois encore à Paris les horreurs du siège et du

bombardement, qui fait couler le sang français, qui fait périr nos frères, nos femmes, nos enfants écrasés sous les obus et la mitraille, il est nécessaire que l’opinion publique ne soit pas divisée, que la conscience nationale ne soit point troublée.

Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la révolution qui s’accomplit. Il est juste, enfin, que la responsabilité des deuils, des souffrances et des malheurs dont nous sommes les victimes, retombe sur ceux qui, après avoir trahi la France et livré Paris à l’étranger, poursuivent avec une aveugle et cruelle obstination la ruine de la grande Cité, afin d’enterrer, dans le désastre de la République et de la Liberté, le double témoignage de leur trahison et de leur crime.

La Commune a le devoir d’affirmer et de déterminer les aspirations et les vœux de la population de Paris ; de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.

Cette fois encore Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il prépare, par ses combats et ses sacrifices, la régénération intellectuelle, morale, administrative et économique, la gloire et la prospérité.

Que demande-t-il?

La reconnaissance de la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société.

L’autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France et assurant à chacune l’intégralité de ses droits, et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur.

L’autonomie de la Commune n’aura pour limites

que le droit d’autonomie égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l’association doit assurer l'unité française.

Les droits inhérents à la Commune sont :

Le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la répartition de l’impôt, la direction des services locaux , l’organisation de la magistrature, de la police intérieure et de l’enseignement, l’administration des biens appartenant à la Commune.

Le choix par l’élection ou le concours, avec la responsabilité et le droit permanent de contrôle et de révocation, des magistrats ou fonctionnaires de tous ordres.

La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté du travail.

L’intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leurs idées, la libre défense de leurs intérêts : garanties données à ces manifestations par la Commune, seule chargée de surveiller et d’assurer le libre et juste exercice du droit de réunion et de publicité.

L’organisation de la défense urbaine et de la garde nationale, qui élit ses chefs, et veille seule au maintien de l’ordre dans la cité.

Paris ne veut rien de plus à titre de garanties locales, à condition, bien entendu, de retrouver dans la grande administration centrale, délégation des communes fédérées, la réalisation et la pratique des mêmes principes.

Mais à la faveur de son autonomie, et profitant de sa liberté d’action, Paris se réserve d’opérer comme il l’entendra chez lui, les réformes administratives et économiques que réclame sa population, de créer des institutions propres à développer et

propager l’instruction, la production, l’échange et le crédit, à universaliser le pouvoir et la propriété, suivant les données fournies par l’expérience.

Nos ennemis se trompent ou trompent le pays, quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l’indépendance et la souveraineté des autres communes.

Ils se trompent ou trompent le pays, quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l’unité française constituée par la Révolution aux acclamations de nos pères, acourus à la Fête de la Fédération, de tous les points de la vieille France.

L’unité, telle qu’elle nous a été imposée jusqu’à ce jour par l’empire, la monarchie et le parlementarisme, n’est que la centralisation despotique inintelligente, arbitraire ou onéreuse.

L’unité politique, telle que la veut Paris, c’est l’association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d’un but commun, le bien-être, la liberté et la sécurité de tous.

La révolution communale, commencée par l’initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique.

C’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres.

Que cette chère et grande patrie, trompée par les mensonges et les calomnies, se rassure donc !

La lutte engagée entre Paris et Versailles est de

celles qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires ; l’issue n'en saurait être douteuse.

La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la garde nationale, restera à l’idée et au droit.

Nous en appelons à la France.

Avertie que Paris en armes possède autant de calme que de bravoure ; qu’il soutient l’ordre avec autant d’énergie que d’enthousiasme ; qu’il se sacrifie avec autant de raison que d’héroïsme, qu’il ne s’est armé que par dévouement pour la liberté et la gloire de tous : que la France fasse cesser ce sanglant conflit !

C’est à la France à désarmer Versailles, par la manifestation solennelle de son irrésistible volonté 1

Appelée à bénéficier de nos conquêtes, qu’elle se déclare solidaire de nos efforts ; quelle soit notre alliée dans ce combat, qui ne peut finir que par le triomphe de l’idée communale ou par la ruine de Paris !

Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d’accomplir la Révolution moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l’histoire.

Nous avons le devoir de lutter et de vaincre.

La Commune de Paris .

Paris, le 19 avril 1871.

Cet appel à la France ne fut pas entendu.

Les Francs-Maçons, eux aussi, firent un appel en faveur de la conciliation et de la paix. Ils s’étaient levés au nom de l’humanité pour prévenir les désastres d’une guerre civile.

De concert avec les ex-députés de Paris et les maires, ils voulurent intervenir, et ils se rendirent à cet effet auprès de M. Thiers. Celui-ci fut inexorable; ne voulant pas reconnaître Paris comme belligérant, il foulait aux pieds tous les droits de cette noble ville, et posait comme première condition, sine quâ non , qu’elle se rendit à merci. — Quoique animé du meilleur esprit , prêt à faire toutes les concessions qui ne -touchaient pas à la grande cause républicaine, Paris, on le comprend, n’entendait pas perdre ainsi le fruit de la pacifique révolution du 18 mars. Eu attendant la rupture des tentatives de conciliation, la guerre suivait son cours, témoignant ainsi de l’inanité des efforts d’hommes généreux.

Je n’insisterai pas sur le détail de ces efforts: ils sont consignés dans l’adresse maçonnique reproduite plus bas. En quelques mots, voici le résumé des faits :

Le 23 avril , les Francs-Maçons renouvelèrent leur demande, afin « d’obtenir un armistice pour l’évacuation des villages bombardés, — et la paix à Versailles, basée sur le programme delà Commune, le seul qui puisse assurer une paix définitive ». — Leur démarche ayant été infructueuse comme la première, ils prirent le 26 avril la résolution suivante : « ayant épuisé tous les moyens de conciliation avec le gouvernement de Versailles, la franc-

maçonnerie est résolue à planter ses bannières sur les remparts de Paris, et si une seule balle les touchait, les F.*. M.\ marcheraient d’un même élan contre l’ennemi commun. »

Ce qui eut lieu le 29 avril.

10,000 francs-macons se réunissent dans la cour du Louvre, se rendent d’abord à l’Hôtel-de-Ville, où ils sont reçus par la Commune dans la cour d’honneur; delà, accompagnés de plusieurs membres de la Commune, ils se rendent en cortège à l’Arc-de-Triomphe, autour duquel tombaient encore les obus, — et posent leurs blanches bannières sur les remparts.

Cette généreuse manifestation n’eut pas d’autre résultat que de procurer une trêve d’un jour. Encore fut-elle accordée par l’initiative des généraux versaillais, francs-maçons sans doute, qui combattaient à Neuilly. La délégation échoua devant l’opiniâtreté de M. Thiers.

Voyant cela, entendant le canon répondre de plus belle à leurs paroles de paix, — comme ils l’avaient annoncé, les francs-maçons se fédérèrent avec les Compagnons de Paris , et lancèrent cet appel :

Fédération des Francs-Maçons et Compagnons de Paris.

Les Francs-Maçons et Compagnons de Paris à leurs Frères de France et du monde entier .

C'est à vous tous que nous nous adressons :

Francs-maçons de tous les rites et de tous les Orients,

Compagnons de toutes les corporations,

Vous le savez, les francs-maçons sont des hommes de paix, de concorde, de fraternité, d’étude et de travail; ils ont toujours lutté contre la tyrannie, le despotisme, l’hypocrisie, l’ignorance .

Ils défendent sans cesse les faibles courbés sous le joug de ceux qui les dominent, leurs adeptes couvrent le monde entier; ce sont des philosophes qui ont pour préceptes : La Morale , la Justice, le Droit.

Les compagnons sont aussi des hommes qui pensent, réfléchissent et agissent pour le progrès et l’affranchissement de l’humanité.

A l’époque malheureuse que nous traversons, lorsque le fléau de la guerre a été déchaîné par les despotes pour anéantir plus particulièrement la noble nation française ,

Quand cette belle France, qui pour tout le monde est l’espérance des opprimés, se voit réduite à merci, et que Paris , sa capitale, est le but d’attaques épouvantables et fratricides,

Les francs-maçons et les compagnons sortent les uns et les autres de leurs sanctuaires mystérieux, tenant de la main gauche la branche d’olivier, symbole de la paix ; et de la main droite le glaive de la revendication.

Attendu que les efforts des francs-maçons ont été trois fois repoussés par ceux-là mêmes qui ont la prétention de représenter l’Ordre, et que leur longue patience est épuisée, tous les francs-maçons et les compagnons doivent prendre l’arme vengeresse et crier :

Frères, debout ! que les traîtres et les hypocrites soient châtiés !

Frères de la maçonnerie universelle, frères, compagnons, écoutez!

Les francs-maçons ont, dans la journée du 22 avril, envoyé à Versailles porter au chef du Pouvoir exécutif des paroles d apaisement et de conciliation; leurs délégués étaient accompagnés de deux citoyens désignés par les Chambres syndicales de Paris; ils n’ont pu obtenir qu’une trêve de neuf heures pour faire sortir les malheureuses et innocentes victimes qui périssaient dans les caves des communes de Neuilly, des Ternes, de Levallois, de Clichy.

Les hostilités ayant été reprises avec une haine indescriptible par ceux qui osent bombarder Paris, les francs-maçoris se réunirent le 26 avril au Châtelet, et décidèrent que le samedi 29 ils iraient solennellement faire adhésion à la Commune de Paris, et planter leurs bannières sur les remparts de la ville, aux endroits les plus menacés, espérant qu’elles amèneraient la fin de cette guerre impie et fratricide.

Le 29 avril, les francs-maçons, au nombre de 10 à 11,000, se rendirent à l’Hôtel-de-Ville, suivant les grandes artères de la capitale, au milieu des acclamations de toute la population parisienne; arrivés à l’avenue de la Grande-Armée, malgré les bombes et la mitraille, ils arborèrent soixante-deux de leurs bannières en face des assaillants.

Leur bannière blanche : Aimons-nous les uns les autres , s’avançant sur les lignes versaillaises, fit cesser le feu de la porte Dauphine à la porte Bineau ; la tête de leurs profondes colonnes atteignit seule la première barricade des assaillants.

Trois francs-maçons furent admis comme délégués.

Ces délégués, n’ayant obtenu qu’une courte trêve des généraux auxquels ils s’étaient adressés à Neuilly, à Courbevoie et à Rueil, où les populations les acclamaient aux cris de: Vive la Maçonnerie! Vive la Commune ! deux d’entre eux, cédant à l’in-

stance des généraux, qui déclarèrent d’ailleurs qu’ils ne pouvaient pas être leurs interprètes, allèrent à Versailles, sans mandat, et contrairement à la ligne de conduite qu’ils s’étaient tracée, mais pour démontrer une fois de plus que toute tentative nouvelle de conciliation était inutile.

Ils n’obtinrent rien, absolument rien, du chef du Pouvoir exécutif.

Le feu, interrompu le 29 à quatre heures de relevée, recommença plus formidable, accompagné de bombes incendiaires, le 30, à sept heures quarante-cinq minutes du soir. La trêve n’avait donc duré que 27 heures 45 minutes.

Une délégation de francs-maçons, placée à la porte Maillot, a constaté la profanation des bannières.

C’est de Versailles que sont partis les premiers coups, et un franc-maçon en fut la première victime.

Les francs-maçons et les compagnons de Paris, fédérés à la date du 2 mai, s’adressent à tous ceux qui les connaissent.

Frères en maçonnerie et frères compagnons, nous n’avons plus à prendre d’autre résolution que celle de combattre et de couvrir de notre égide sacrée le côté du droit.

Armons-nous pour la défense !

Sauvons Paris !

Sauvons la France!

Sauvons l’humanité !

Paris, à la tète du progrès humain, dans une crise suprême, fait appel à la Maçonnerie universelle , aux compagnons de toutes les corporations, il crie : A moi les enfants de la veuve !

Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons, tous s’uniront pour l’action commune, en protestant contre la guerre civile que omentent les souteneurs de monarchie.

Tous comprendront que ce que veulent leurs frères de Paris, c’est que la justice passe de la théorie à la pratique, que l’amour des uns pour les autres devienne la règle générale, et que l’épée n’est tirée du fourreau, à Paris, que pour la légitime défense de l’humanité.

Non! frères maçons et compagnons, vous ne voudrez pas permettre que la force brutale l’emporte, vous ne supporterez pas que nous retournions au chaos, et c’est ce qui adviendrait si vous n’étiez pas avec vos frères de Paris qui vous appellent à la rescousse.

Agissez de concert, toutes les villes ensemble, en vous jetant au-d3vant des soldats qui combattent, bien malgré eux, pour la plus mauvaise cause, « celle qui ne représente que des intérêts égoïstes, y> et entraînez-les à servir la cc cause de la justice et du droit. »

Vous aurez bien mérité de la patrie universelle, vous aurez assuré le bonheur des peuples pour l’avenir.

Vive la République !

Vivent les Communes de France fédérées avec celle de Paris !

Paris, 5 mai 1871 .

Pour les Francs-Maçons et les délégués Compagnons de Paris,

Les délégués Francs-Maçons.' .

(Suivent les signatures.)

Les délégués compagnons .

(Suivent les signatures.)

Tout est donc fini. La force brutale aura le dernier mot. Paris n’a plus d’autre espérance que celle du droit. Il se lève, compte ses bataillons, et court aux remparts...

Maintenant, lecteurs, revenons en arrière, aux premiers jours d’avril. Les communications sont interrompues entre Paris et la France. Versailles a pris position avec les soldats de Sédan et de Mentana ; ses batteries prennent la place des Krupp dans les travaux prussiens. — La ville insurgée est livrée à elle-même. Bloquée, délaissée, assiégée, tantôt bombardée, elle va avoir son histoire à elle ; c’est un monde isolé, aussi bien par le cercle de feu qui l’entoure que par l’esprit qui l’anime.

Page 1