CHAPITRE VIL
Je n’ai jamais pu comprendre les fantastiques tableaux que Messieurs les poltrons et les menteurs ont tracés de Paris pendant la Commune, où ils le représentent à leur manière, dans sa population et sa physionomie. — Tout voyageur arrivant à Paris eût été singulièrement étonné à l’aspect de ces rues si tranquilles qu’on lui avait dépeintes comme étant une scène permanente de carnage, de grotesques pantomimes, et de crimes infâmes.
Ces peintres-là ont puisé dans leur haine de l’égalité, qui les condamne, toutes les calomnies qu’ils ont émises, toutes les paroles qu’ils ont prononcées. Jamais, au contraire, la grande cité n’avait été si digne; jamais si belle. C’était un foyer d’enthousiasme et d’efforts généreux, s’exprimant dans tous les sens. Ce qui était vice, pour l’esprit et le corps, était éliminé. Les prêtresses de la nuit avaient
disparu. De même que contre les fainéants et les parasites, la Commune avait pris des mesures contre îes prostituées — cette double plaie des sociétés. Ces Messieurs et ces Dames, fugitifs, s’en étaient allés rejoindre la «chk&lité, » et Versailles ouvrait pour eux ses portes
Il ne restait ^guëre^ que la partie saine d’une grsfide population :*e%|puvriers, les marchands, les artiste* et Içs proseurs. Tout le monde producteur en unjttio^gParlBxemple, ce monde-là était animé de trèWvifs^ent^ihÿts républicains ; il prenait’ sa revanche, S^jyilaiti rôle qu’on lui avait fait jouer sous l’empire de Ébnaparte et sous celui de Trochu : il n’y avait donc rien d’étonnant dans l’énergie parfois bruyar|te du peuple délivré.
La vie publique avait, pouÉbr^|fcipale expression les clubs, où se manifestaient les opinions de la foule, et où venaient souvent retremper leur énergie ceux mêmes que la foule avait délégués, les membres de la Commune. Non que les clubs fussent toujours pour ceux-ci un lieu d’encens populaire : c’était au contraire là où la Commune était le plus vivement interpellée, sommée d’agir. Là, toutes les idées pouvaient se faire entendre, toutes les forces étaient mises à contribution, toutes les questions du jour discutées, les mesures critiquées, les nouvelles applaudies. Là, on racontait les massacres de prisonniers accomplis presque journellement par
Versailles, ce qui causait des transports de fureur. Les exaltés voulaient et proposaient des mesures violentes, et il faut le dire, un peu d’audace et de résolution du côté de la Commune eût sans doute calmé la rage des Versaillais.
D’ordinaire, les clulgs te^ent dans les églises. Une foule ardente s’y pressait, 'pour la plus grande confusion des simples. Lès réunions ne finissaient jamais sans que les voûtes sp&cieqges ne frémissent aux chants républicains du-i’orurq. Il était curieux de voir la chaire des c£rés servir de tribune aux orateurs de la Révolution. Semblable aux rostres antiques, elle était désoftnais consacrée aux harangues populaires. Le. drapeau rouge flottait autour, avec l’ardente pensée du jou*\ Au lieu d’une Bible, et de versets latin», il^y avait le choc de l’idée et les décrets du Peuple. Au lieu de la soumission de l’esclave, on y prêchait la révolte de la Liberté. Au lieu d’anathèmes lancés contre les murmures des opprimés, il y avait la flétrissure jetée sur les hypocrites et les tyrans .
D’ailleurs, il ne faut pas comparer les clubs de 71 à ceux des Jacobins, en 93. Il n’y avait pas de Danton, pas de Marat, pas même de Camille Desmoulins. Le socialiste populaire du jour était le citoyen tout le monde, — mais tout le monde enflammé par la belle cause, par le combat, par le danger.
Un des sujets dont on s’occupa le plus dans les
clubs de l’époque, et qui souleva justement l’indignation des gens éclairés, fut celui des découvertes que l’on fit dans les maisons religieuses. Dans l’église Saint-Laurent, on trouva des cadavres de jeunes femmes et d’enfants nouveaux nés, sans doute victimes des vertueux prêtres célibataires. Dans le couvent de Picpus , on délivra des religieuses enfermées depuis neuf ans dans des cellules de quelques pieds carrés, et dont plusieurs avaient déjà perdu le sentiment de l’existence. Des fouilles opérées dans le couvent amenèrent au jour des découvertes que l’on croyait bonnes à faire il y a trois cents ans. Ainsi, une collection variée d’instruments de torture, dont on voit quelques échantillons dans les oubliettes des châteaux-forts. Entre autres intéressantes trouvailles, il y avait, dans la cellule d’une religieuse, un ouvrage sur la manière de faire avorter (1) .
(1) Voici quelques extraits du journal la Commune , du 7 mai; le lecteur y prendra connaissance d’un couvent au 19e siècle. Que n’ai-je en mains les documents existants pour le conduire aussi dans les souterrains des églises !