A MES COMPATRIOTES
DE
BILLANGOURT-LA-GHATJMIÈRE
Je vous dédie ce livre, mes amis.
J’ai à vous conter, en effet, bien des choses qui vous touchent. Vous aimiez Lucette comme moi. La cansè de la Commune ne vous est pas familière, mais vous êtes dignes d’être éclairés. Puisque le sort a voulu me mêler à ces grands événements de Paris, et me laisser survivre à la cause que j’avais embrassée, j’en profiterai pour vous conter ce que j’ai vu, en même temps que se déroulera fhistoire de ma pauvre Lucette. Vous verrez, je l’espère, que la Commune de Paris défendait la République et n’avait pour but que le bonheur du peuple, tandis que Versailles combattait pour le rétablissement des rois et le maintien de toutes les iniquités qu’un homme honnête réprouve. — Vous convaincre cependant est une tâche difficile, tant la calomnie s’est infiltrée dans les consciences, tant le mensonge a pénétré jusque dans les esprits les plus sains, tant la haine et la réaction ont répandu de fiel sur la mémoire des vaincus.
Pour rétablir à vos yeux la vérité, je ne m'y pren drai point comme pourrait le faire un penseur, un savant historien. Je vous dirai simplement les inr pressions que vous auriez eues certainement à ma place. Je vous racontera aussi, le mieux que je pourrai, les faits saillants de Féppque; cela viendra tout naturellement, puisqu’ils eurent une influence immédiate et quotidienne sur ma vie d’alors, sur celle aussi, hélas, de cette douce enfant que vous avez connue : Lucetle !
Repassons donc ces jours qui brilleront dans la nuit de l’histoire. — Il y eut aussi du soleil et des scènes intimes, sous la Commune. Je vais essayer de colorer quelques-uns des tableaux que j’ai vus de ce soleil de floréal, qui resplendissait dans le ciel pendant que les obus décidaient la question. — J’éloignerai le plus longtemps possible les scènes de carnage qui couvriront de bitume les dernières pages de ce livre, et qui changeront votre sourire en pleurs, comme mon bonheur à moi, fut changé en deuil éternel.