I. Les lions du roi étaient logés à l'hôtel Saint-PauL
14^3, mars] domination anglaise. 83
aucunes lettres d'icellui Rentier, dist que oyl. Et lors nostre dit prevost lui demanda oti elles estoîent ; laquelle respondi qu'elle les avoit dessirées en pièces à la première fois qu'elle fut amenée en jugement devant le buffect du parquet du juge. Et ce fait, lui demanda scelle les congnoistroit, dist que non ; et s'elle les vouloit oîr lire, laquelle dist oïl pour savoir qu'il y avoit, car elle ne les avoit onques oyes ne fait lire. Et par ce lui furent lustes contenant en effect ce que dessus est dit, et que depuis deux ans en ça ou environ un nommé Girard de Bouqev[r]ard lui avoit apporté unes lettres à elle envoyées par ledit Routier, contenant comme elle se gardast bien et qu^il se recommandoit à elle, et que elle nefeist point chose par quoy on se deust moquer d^elle, en lui disant de bouche par icellui de Boucquevrard que qui en vouldroit oîr nouvelles que on le trouveroit au Puy en Auvergne, et, avecques ce, que icelle Jehannete s^estoit recommandée audit Routier par un nommé Jehan le Maire, son compère, qu^il disoit aler oudit pays, et lui envoya un petit tixu de deux ou trois couleurs ferré de ferrures de Saint-Marcel, en lui priant qu'il sceust dudit Routier se il vouldroit espouser icelle Jehannete, et que s'il la vouloit espouser, qu^elle iroit vers lui, mais qu'il pleust à la justice de ceste nostre diae ville de Paris. Pour occasion desquelz casladicte Jehannette a esté bannye de nostre royaume de France, qui lui est moult dure chose à supporter, attendu qu^elle est ensainte d^enfant, et le jeune aage d'elle, et qu'elle ne sauroit oti aler demourer ne gangner sa vie ailleurs que en icelle nostre dicte ville de Paris, et aussi que onques elle ne fut coulpable ne consentent d'aucun mal, desplaisir ne trahyson estre faiae en nostre dicte ville de Paris ne ailleurs, et que les recommandacions à elle faictes par ledit Rontier estre pour ce qu'elle a esté et demouré ou temps passé avec et en la compaignie d'icellui Rontier. Par quoy eue seroit en advanture de perdre le fruit qui est entour elle, et par ce moyen finer misérablement ses jours se nostre grâce et miséricorde ne lui estoit sur ce impartie
Si donnons en mandement par ces présentes au prevost de Paris.....
Donné à Paris, ou mois de mars, Tan de grâce mil ini« xxii et de nostre règne le premier.
Ainsi signé : Par le Roy, à la relacion du conseil tenu par l'ordonnance de monseigneur le régent de France, duc de Bedford * .
I . Le scribe de la chancellerie a omis de transcrire le nom du secrétaire.
84 PARIS PENDANT LA [i423,mars
1423. Mare. Devant Meulant.
Henri VI donne à Hugues de Saubertier, écuyer, un revenu annuel et viager
de 1 5oo livres tournois, à prendre sur les biens confisqués d'Alexandre le
Bounier 1.
(JJ. 172, n* 266.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et avenir que, pour les bons et aggreables services que a faiz par longtemps à feu nostre très chier seigneur le roy de France, derrenierement trespassé, cui Dieu pardoint, fait à nous et à nostre très chier et très amé oncle, Jehan, régent nostre royaume de France et duc de Bedford, et espérons que face ou temps avenir, nostre bien amé Hugues de Saubertier, escuier, à icellui par Tadvis de nostre dit oncle avons donné, cédé, transporté et delaissié, et par ces présentes, donnons, cédons, transportons et délaissons de nostre grâce especial, plaine puissance et auctorité royal, la somme de quinze cens livres tournois de revenue par an à icelle prendre et avoir sur toutes les terres, seigneuries, rentes^ revenues, héritages, et possessions quelxconques situez en nostre royaume de France, qui furent et appartindrent à Alixandre le Boursier, à nous appartenans par droit de confiscacion, à nous venuz et escheuz par le moien de la rébellion et désobéissance commise par ledit Alizandre envers nostredit feu ayeul et envers nous pour joir par ledit de Saubertier de ladite revenue de quinze cens livres tournois par an, et sur les terres, seigneuries, rentes, revenues, héritages et possessions dessus spécifiées, sa vie durant seulement, et eu regard au temps qu^eUes valoient maintenant xv ans a, en faisant et payant par lui les charges, droiz, devoirs et services pour ce deubz et accoustumez
Si donnons en mandement à noz amez et feaulx gens de noz comptes et trésoriers à Paris, aux commissaires ordonnez sur le faict des forfsiiaures et confiscacions , au prevost de Paris
Donné au siège devant Meulent, ou mois de mars, Fan de grâce mil nti^ xxii, et de nostre règne le premier.
Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le régent de France, duc de Bedford,
J. MlLET.
I . Sur Alexandre le Boursier et ses biens, voyez plus haut la note 5 de la p. 62.
1423, avril] domination anglaise. 85
1423. Du 20 au 3o avril. Paris.
Henri VI donne à la reine Isabeau de Bavière, son aïeule, les biens que Hémon Raguier, rebelle, possédait en France, et ce en paiement de ce que ledit Raguier, jadis trésorier et receveur général des finances de cette princesse, lui est redevable.
(JJ. 172, n* 264.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et advenir nous avoir esté exposé de la partie de très haulte et très excellente princesse nostre très chiere et très amee ayeule, Ysabel, par la grâce de Dieu royne de France, que un appelle Hemon Raguier \ lequel est rebelle et désobéissant à nous, par quoy tous ses biens, possessions et héritages sont à nous confisquez et acquis, a esté par long temps trésorier et receveur gênerai de toutes ses finances et tant que, par la fin de certains comptes par lui renduz en la chambre de noz comptes à Paris, il doit et est tenuz à nostre diae aieule en la somme de cinq mil m^ nu" XV livres, x sols, n deniers ob. tournois, et si a encores à compter des deniers de nostre dicte ayeule de la somme de sept vins quatre mil cinq cens livres tournois, et oultre a encores à compter ledit Hemon du fait dudit office de trésorier et receveur gênerai depuis le derrenier jour de janvier l'an mil nif^ et xvi jusques au derrenier jour d'octobre Tan mil iiii<^ xvti, dont ledit Hemon puet estre tenuz envers nostre dicte ayeule en grant somme de deniers, lesquelz elle ne puet recouvrer sur iccllui Hemon Raguier si comme elle dit, en requérant, pour paiement et recompensacion de ce, que tous les héritages, seigneuries, maisons, cens, rentes, revenues et possessions que ledit Hemon Raguier tenoit et possedoit en nostre royaume de France lui feussent octroyez et délaissiez^. Pour ce est-il que nous, voulans
1. La fiamille Raguier, qui jouit d'une grande notoriété au xv* et au xvi' siècle, était, parait-il, originaire d'Allemagne, d*où elle vint en France en i383 avec Isabeau de Bavière, femme de Charles VI (La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, t. XI, p. 671).
2. Les extraits de comptes de confiscations que donne Sauvai nous font connaître quelques-unes de ces propriétés : ce sont d'abord une maison de la rue des Blancs-Manteaux, tenant à l'église du même nom ; trois maisons de la rue de Paradis, situées non loin de là ; une maison de la rue Vieilledu-Temple aboutissant par derrière aux Poulies, et , enfin, des héritages sis à Arcueil (Sauvai, p. 3oa, 32o, 328, 5y3),
86 PARIS PENDANT LA [l423,avril
complaire à nostre dicte ayeule, et icelle estre contentée, et satisfaicte de sondit deu, considerans les choses dessus dictes, à icelle nostre ayeule par Tadvis de nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, avons donné, cédé, transporté
Si donnons en mandement par ces mesmes présentes à noz amez et feaulx gens de noz comptes, et aux trésoriers et gouverneurs generaulx de toutes noz finances de France, aux commissaires ordonnez et à ordonner sur le faict des foriaictures à nous venues et escheues...., au prevostde Paris
Donné à Amiens, ou mois d'avril. Tan de grâce mil niic xxiir après Pasques et de nostre règne le premier.
Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bedford,
J. MlLET.
1423. Du 20 au 3o avril. Amiens.
Henri VI donne à Roland de Dunkerque, grand^pannetier de France, une maison aise à Paris, rue Saint-Martin près l'ancienne porte de la viUe; cette maison avait été confisquée sur feu Guillaume le Bouteiller, chevalier.
(JJ. 172, n» 347.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et avenir que nous considerans les grans, notables et aggreables services que a faiz par long temps à feuz noz très chiers seigneurs ayeul et père les roys de France et d'Angleterre derrenierement trespassez, ausquelz Dieu pardoint, fait chacun jour à nous en plusieurs et diverses manières et espe* rons que nous face ou temps advenir nostre amé et féal chevalier Roland Dunkerke * , nostre grant pannetier de France, à icellui par l'advis et deliberacion de nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, avons donné ... un hostel avecques ses appartenances et appendances, assis en nostre
I. Roland de Dunkerque, dont le nom indique l'origine âamandei faisait partie de la maison du duc de Bourgogne, auprès duquel on le trouve de 1416 à 1419, remplissant les fonctions de conseiller et de chambellan {Mém, pour servir à Vhist. de France et de Bourgogne, t. Il, p. 124, 179, 208). U ne figure pas, chez le Père Anselme, au nombre des grands pannetiers de France.
14^3, avril] domimatiom anglaise. 87
bonne ville de Paris en la grant rue Saint-Martin lez la porte des Vielz-Murs\ qui fut et appartint à Guillaume le Bouteillier en son vivant chevalier, à nous venu et escheu par confiscacion', par le moien de la rébellion et désobéissance commise par ledit feu chevalier envers nostre dit feu seigneur et ayeul et envers nous, pour dudit hostel, appartenances et appendances d*icellui, joir et user par ledit Dunkerke et ses hoirs masles légitimes venans de lui en droicte ligne et procréez en loyal mariage plainement per* petuelment, hereditablement et à tousjours, et tout par la forme et manière que les tenoit ou possidoit ledit le Bouteillier durant sa vie, pourveu toutesvoies que ledit Dunkerke et ses hoirs masles, comme dit est, maintendront icellui hostel de tous édifices en bon et competant estât, et qu'ils feront payer et payeront les charges
Si donnons en mandement par ces présentes à noz amez et feaulx gens de noz comptes à Paris, aux trésoriers et gouverneurs generaulz de toutes noz finances de France, aux commissaires ordonnez sur le fait des forfaictures , au prevost de Paris
Donné à Amiens, ou mois d'avril. Tan de grâce mil cccc xxm et de nostre règne le premier.
Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bedford,
J. MtLET.
I. Déjà, dans le compte allant du 24 juin 1420 au 24 juin 142 1, on trouve cette maison^ située dans la rue Saint-Martin et aboutissant par derrière à la rue Bourg-l'Abbé, indiquée sous le nom de c hostel Gaucher i ; confisquée sur Guillaume le Bouteiller, ainsi qu'il est dit ici, on rapporte qu'elle était alors occupée par c messire Robert de Dunkerque », qui prétendait la tenir par don du roi (Sauvai, p. 291). Il nous paraît probable que Sauvai, ou peut-être son éditeur, a fiait en cette occasion une faute de copie et que ce Robert de Dunkerque ne doit pas être distingué du Roland de notre pièce: l'acte daté d'avril 1423 n'aura fiait que régulariser une situation contestée. Quoi qu'il en soit, le compte de confiscations pour les années 1423 à 1427 nous fait connaître que Roland de Dunkerque, — qualifié alors de c conseiller et chambellan de M' le duc de Bourgogne >, tandis qu'on tait son titre de grand-pan netier de France, — occupait aussi une autre grande propriété, située comme Thôtel de G. le Bouteiller dans la rue de Saint-Martin et tenant également aux anciens murs de la ville ; celle-ci avait été confisquée sur le comte de Dammartin (Sauvai, p. 307).
2. Les dépouilles de Guillaume le Bouteiller furent partagées entre plusieurs des partisans du roi anglais ; Jean Bezille, par exemple, eut ses biens de Guyancourt, Galie et Villeroy (voyez, plus bas, pièce XLIX), et Garnier de Saint- Yon reçut les héritages situés à Louvres (Sauvai, p. 585}.
88 PARIS PENDANT LA [14^3, avrîl
1423. 29 avril. Le Grand-Andely.
Henri VI donne à Guy le Bouteiller, seigneur de la Roche-Guyon, l'hôtel de Besançon confisqué sur Martin Gouge, évêque de Clermont, et ce en paiement de 240 livres qui étaient dues audit Guy pour la garnison quil avait tenue pendant trois mois et demi à Paris, en l'année 1422.
(JJ. 172, n* 443.)
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et avenir que nous considerans les bons , grans, notables et proufGtables services que nostre amé et féal conseiller, Guy le Bouteiller, chevalier, seigneur de la Roche-Guion^ a faiz le temps passé à feu noz très chiers seigneurs ayeul et père les roys de France et d'Angleterre derrenierement trespassez, que Dieu pardoint, à nous et à nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, tant ou fait de noz guerres et en la garde de nostre bonne ville de Paris corne autrement en maintes manières, fait chacun jour et espérons que face ou temps advenir, et pour et en recompensacion et remuneracion de la some de deux cens quarente^ livres tournois qui deues lui sont de reste pour les gaiges et souldes de lui et dts gens d^armes qui, par l'ordonnance et commandement de nostre dit seigneur et pere^ il tint Pan mil nn<^ xxn à la garde de nostre bonne ville de Paris par Tespace de trois mois et demi ou environ, et aussi en Fostel qui pieça fut à Tarcevesque de Besançon' et depuis à Martin Gouge, evesque de Qeremont*, situé à Paris en la rue d'Aron-
1. Guy le Bouteiller, capitaine de Rouen, suivit le parti anglais dès 141 8. Il concourut activement à la prise du château de la Roche-Guyon, dont le roi Henri V lui donna alors la seigneurie en lui permettant d'épouser la dame du lieu ; mais celle-ci préféra l'exil (Religieux de Saint-Denis, t. VI, p. 3i3).
2. Le ms. porte ici deux cens quatre, mais le bon chiffre est certainement 240 qu'on trouve plus loin.
3. Gérard d'Athies, archevêque de Besançon, acheta cette maison, le 27 septembre 1397, de Louis de Sancerre, connétable de France (Godefroy, Les œuvres de M* Alain Chartier, p. 812). Il mourut le 22 novembre 1404.
4. Martin Gouge de Charpaigne, originaire de Bourges, appartenait originairement à la maison du duc de Berry, oncle de Charles VI, dont il devint le chancelier. Nommé évéque de Chartres en 1408, il quitta ce si^e éptscopal en 141 5 pour celui de Clermont qu'il occupa jusqu'à sa mort, survenue le 8 octobre 1444. Il remplit l'office de chancelier de France pour le Dauphin
14^3, avril] DOMINATION ANGLAISE. 89
ddle^ tenant d'une pan à Posteloù pend l'enseigne du Mouton , et d'autre part au Ipng de la rue des Noyers ^, et aboutissant par derrière sur la rivière de Saine en la rue des Âugustins ', par où l'en va du Pont Neuf'* à Fostel de Neelle<», ouquel hostel ledit chevalier fut logié durant le temps qu^il eut la garde de nostre dicte ville, et y fist faire plusieurs et grans reparacions, et pour certaines autres causes et consideracions qui à ce nous ont meu et meuvent, audit nostre conseiller et à ses hoirs masles légitimes descendans de lui en droicte ligne, avons par l'advis de nostre dit oncle, donné, octroyé, cédé, transponé, etdelaissié, donnons, octroyons, cédons, transportons et délaissons du tout, de nostre grâce especial et plaine puissance, par ces présentes, ledit hostel avec ses louages, appartenances et appendances quelconques, ainsi que tout se comporte et extant en quelque valeur ou extimacion quUl ait esté ou temps passé, soit de présent ou puist estre ou temps avenir, à nous advenu, escheu et appartenant corne forfait, confisqué et acquis par ce que ledit Martin Gouge, en soy rendant envers nous rebelle et désobéissant, s'est retrait avecques noz ennemiz et adversaires et a tenu et tient leur parti, et icelle maison, louages, appartenances et appendances avoir, tenir et possider d^ores en avant par ledit nostre conseiller et ses hoirs masles légitimes, descendans de lui en droicte ligne, et en joir, user etexploictier plainement et paisiblement, hereditablement et à tousjours
du 3 février 1422 au 6 avril 1425, puis du 6 août 1425 au 8 novembre 1426 (Anselme, Hist, généal.y t. VI, p. 396-397). On avait aussi confisqué sur Gouge deux maisons avec jardins, situées dans la rue de la Harpe, entre les G>rdelier8 et le collège de Justice (Sauvai, p. 3i5 et SyS) , c'est-à-dire dans la partie supérieure de cette voie.