‹ Paris pendant la domination anglaise (1420-1436): documents extraits desChapitre 50 sur 98 · L. Calot · texte numérisé non relu

L. Calot

1425. 14 septembre. Paris.

Henri VI donne à Richard de Beauchaxnp, comte de Warwick, tous les biens que Jean de la Haye, dit Picquet, et sa femme, possédaient à Paris, notamment une maison sise à Paris, rue de la Parcheminerie près de l'église des Blancs-Manteaux.

(JJ. 173, n* 222.)

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et avenir que pour considération des grans, notables et aggreables services que nostre très chier et féal cousin Richart de Beauchamp, conte de Warrewiket d'Aubixialle ', natif de nostre royaume d'Angleterre, a faiz à feuz noz très

1. Pierre de Fontenay, seigneur de Rance (Aube, arr. de Bar-sur- Aube, cant. de Brienne), avait été conseiller et maître d'hôtel du roi Charles VI (JJ. 172, n» 36).

2. Le comté d*Aumale, confisqué sur la maison d'Harcourt, avait été donné par Henri V au comte de Warwick, car on trouve déjà celui-ci qualifié comte d'Aumale dans le traité de reddition de la ville de Gamaches signé le XI juin 1422 (JJ. 172, n* 36o}. Warwick fut aussi gratifié par le duc de Bedford, le f mars 1428, de la seigneurie de Laval {ibid,, JJ. 174, n* 192), laquelle relevait du comté du Maine que Bedford s'était fiût attribuer dès 1424 comme une annexe du duché d'Anjou.

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chiers seigneurs, ayeul et père, les roys de France et d'Angleterre derrenierement trespassez, dont Dieu ait les âmes, en plusieurs et maintes manières, et par especial à nostredit feu père ou fiait de ses guerres, en quoy nostredit cousin s'est employé par longue esfMice de temps, y a diligemment et vaillamment traveillé et entendu, fiait encore pour nous, et espérons que fiice ou temps advenir, et mesmement afin que nostre dit cousin quand nous le manderons et voudrons avoir en nostre bonna ville de Paris pour la conduite des affaires de nostredit royaume de France, ait en icelle ville sa demeure et lieu aproprié pour lui et son estât, à icellui nostre cousin, conte de Warrewik, avons par la délibération de nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, donné^ cédé, transporté et delaissié, et par la teneur de ces présentes de nostre grâce especial, plaine puissance et auaorité royal, donnons, cédons, transportons et délaissons à héritage perpétuel pour lui , ses hoirs et ayans cause, une maison, ainsi qu'elle se comporte, cours, jardins et appartenances, tout assis à Paris en la rue de la Parcheminerie^ emprès Peglise des Blancs-Manteaulx ', laquelle appartint à Jehan de la Haie dit Picquet et à sa femme', et aussi toutes les rentes, louages et possessions quelconques assises à Paris que lesdis Picquet et sadicte femme avoient, tenoientet possidoient en nostre dicte bonne ville de Paris '^^ â nous acquises,

1 . Cette rue porte aujourd'hui le nom de rue des Blancs-Mantetux qui lui est déjà donné en 1289 (Jaillot, Quartier Sainte-Avoief p. 18).

2. L'ordre des Blancs-Manteaux, à qui Ton doit la fondation de cette église, ne subsista que de i255 à 1274, date à laquelle il fiit aboli. Sa maison de Paris devint en 1297 la proprié^ des GuiUemttes qui furent unis en 16 18 à la congrégation bénédictine dite depuis de Saint-Maur.

3. Jean de la Haye, dit Picquet, trésorier général des finances, fut accusé d'avoir occasionné, par l'incurie de son administration, la défaite éprouvée en 1407 auprès dUarfleur par la marine de Gènes qui servait la cause du Dauphin ; on le poursuivait pour ce fait au mois de juin 142 1, date à laquelle le roi d'Angleterre, Henri V, reçoit d'un de ses affidés l'avis que Picquet et sa femme se sont enfuis d'Angers à La Rochelle par crainte du Dauphin qui avait donné l'ordre d'arrêter l'ancien général des finances (Vallet de Viriville, Histoire de Charles VU, t I^ p. 55 et 348, notes). Picquet, on le voit par l'acte que nous publions id, n'embrassa pas cependant la cause de l'étranger. Jeanne, soeur de M* Philippe Dupuis et veuve en premières noces de Nicolas Brulart, survécut également à Jean Picquet, son second mari (Sauvai, p. 328 et 565).

4. Grâce aux extraits que Sauvai a £aits des comptes de confiscations se rapportant à la domination anglaise, nous connaissons quelques-unes, au

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for&ites et confisquées par la désobéissance et rébellion et autres crimes de leze-magesté que lesdis Picquet et sa femme ont com«mis à rencontre de nous en tant qu'ilz ont tousjours tenu, c'est assavoir ledit Picquet sa vie durant, et sadicte femme le dampnable parti de cellui qui se dit Daulphin, nostre ennemi et adversaire, pour d^icelle maison, designée comme dit est, et à tele estimation qu'elle puet ou pourroit estre extimée et valoir, et quant aux rentes, louages et possessions dessus dictes, jusques à la valeur et extimation de quatre cens livres parisis de rente annuelle et perpétuelle, eu regard à ce que lesdictes rentes, louages et possessions valoient en Pan mil cccc et dix, )oir à toujours

mais

Si donnons en mandement par ces présentes à noz amez et feaulx conseillers les gens de noz comptes, trésoriers et generaulx gouverneurs de toutes noz finances en France, presens et avenir, aux commissaires ordonnez sur le feit des confiscations

moins, des possessions parisiennes de Picquet, autres que sa maison principale ici mentionnée d^une façon particulière. Nous citerons d*abord une maison sise rue Jean Molard, c laquelle aboutit en la rue des Blancs-Mant teaux i ; cette maison, qui fut occtipée par Warwick, tenait par derrière aux anciens murs de la ville de Paris et d'un autre côté, par son jardin, à la rue du Temple (Sauvai, p. 284, 492 et 565) : ces indications ont permis à Sauvai de reconnaître la rue Jean Molart (alia rue Moulart) dans une impasse qui, en raison du surnom de Jean de la Haye, était encore connue au xvit* siècle sous la dénomination de c cul-de-sac Piquet », altéré depuis en PeqMoy; à la suite du percement de la rue Rambuteau, ce cul-de-sac est devenu le passage Pequay. ~ Une autre maison du même personnage était située dans la rue de Paradis (auj. rue des Francs-Bourgeois), et aboutissait à la précédente qui, par conséquent, était construite sur le côté oriental de la rue Jean-Molart (1^1^., p. 572). Picquet percevait une rente annuelle de 84 sous parisis sur un hôtel sis dans la rue de la Licorne, en la Cité, en face de la petite porte de Tégiise de la Madeleine (ibid., p. 297). Enfin, Jeanne Dupuis, femme de Jean Picquet, possédait en commun avec Philippe Dupuis, semblet-il, une maison de la rue d'Avron, auj. rue Bailleul {ibid,^ p. 328) ; le texte qui nous révèle cette dernière particularité nous apprend aussi que Picquet était mort antérieurement au 24 juin 1427.

Jean Picquet n'a pas seulement laissé son nom au passage Pequay ; la terre du Plessis- Raoul, qu'il possédait près de Paris, est connue depuis le XV* siècle sous le nom du Plessis-Pi^t/ef ; c'est aujourd'hui une commune du dép. de la Seine (arr. et cant. de Sceaux). Confisquée comme les autres biens de Jean de la Haye, elle fut donnée d'abord avec d'autres propriétés rurales de celui-ci, et pour l'espace de trois années, à M* Michel delaTillaye et à Jacquin l'Anglois; puis concédée le 25 septembre 1423 à Guillaume de Dangeul, écuyer (Archives nat.^ JJ. 172, n* 420 ; Sauvai, p. 277 et 327).

l80 PARIS PENDANT LA [l425,Sept.

Donné à Paris, en nostre Sainte Chappelle de nostre palais royal, le jour de la Sainte Croix^ xitn^ de septembre. Pan de grâce mil cccc et xxv, et le m^ de nostre règne.

Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le régent

le royaume de France, duc de Bedford,

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