‹ Paris pendant la domination anglaise (1420-1436): documents extraits des registres de laChapitre 41 sur 105 · Le 27 février était effectivement un dimanche · texte numérisé non relu

Le 27 février était effectivement un dimanche

1424» mars] domination anglaise. i33

dont elle fut forment troublé. Et en alant pour ce querre de ses voisines^ apperceut ladicte mère qui se estoit ou bouge sur la rue dudit hostel catie, à laquelle mère ladicte serorge dist que c'estoit une mauvaise femme, et qu'elle avoit noyé sondit enfant, laquelle mère dist ou paroles en effect\ car elle se teust, car il estoit bien et le rameneroient (?) bien, et la print par les mains pour la cuider retenir, dont elle n'ot pas la force. Et fist ylec venir ladicte serorge une de sesdictes voisines, et commencèrent à peschier en icellui puys ledit enfant, à seaulx à traire et mettre eaue, et mesmes ladicte mère y commença avec elles et, come aucuns dient, toute la première; mais pour ce qu^elle apercent ylec appliquer pluseurs personnes, elle se demuça et absenta. Et, après ce, fiit par le père, qui là vint, traict hors du puys ledit enfant mort. Pour quoy ladicte mère n'oseroit jamais retourner avec sesdiz mary et enians, dont elle seroit en avanture de périr sa personne par deffault de la compaignie d'iceulx, se par nous ne lui estoit sur ce impartie nostre grâce et miséricorde, si come sesdiz parens et amiz dient, suppliant que sur ce lui vueillions estre piteables et misericors. Pour ce est il que nous, ces choses considérées et pour ce saint temps de Karesme où nous sommes de présent....,

à ladiae Jehannette Voidié, femme dudit Jehan Lambert,

quittons, remettons et pardonnons ledit cas et mesfait avec toute punicion, peine, amende et offense corporelle, criminelle ou civille... parmi ce qu^elle sera en prison xv jours au pain et à Teaue et fera dire et chanter cinquante messes.

Si donnons en mandement au prevost de Paris

Donné à Paris, ou mois de mars. Pan de grâce mil cccc xxiii et de nostre règne le second.

Ainsi signé : Par le roy, à la relacion du G)nseil,

Chembaut.

1424. 6 juin. Paris.

Henri VI donne à Jean de Saint- Yon, trésorier et gouverneur général des finances de France, un hôtel situé rue de la Verrerie et confisqué sur les héritiers de Miles Baillet ; M* Germain Rapine, à qui cet hôtel avait été

I. 11 y a probablement un bourdon vers cet endroit du manuscrit, car le sens n'est pas clair.

l34 PARIS PENDANT LA [1424, juin

baillé à raison de 32 livres parisis payables chaque ann^e au domaÎDe, est déchargé de cette obligation^ en faveur de Jean de Saint- Yon.

(JJ. X72, n* 484.)

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et avenir que pour consideracion des bons et aggreables services que nous a iaiz et fait de jour en jour nostre amé et féal, Jehan de Saint- Yon, trésorier et gouverneur gênerai de noz finances de France^ et aussi des pertes et dommaiges qu'il a euz et soustenuz le temps passé pour causes des guerres de nostre royaume de France et autres causes et consideracions à ce nous mou vans, à icellui par Fadvis de nostre très cher et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedford, avons de nostre grâce especial, plaine puissance et auctorité royal, donné, cédé, transporté et délaissé, cédons, délaissons et transportons par ces présentes un hostel ou maison avec ses appartenances séant à Paris en la rue de la Voirr[er]ie qui souloit appartenir à feu Miles Baillet*, et lequel nous est venu et escheuparforfaictureetconfiscacionpourd'icellui hostel ou maison, ensemble de ses appartenances, joir et user par ledit Jehan de Saint-Yon et ses hoirs masles venans de lui en loyal mariage, perpetuelment, hereditablement et à tousjours, en

1 . Ce personnage n'est pas dififérent du c maistre des bouchiers de Paris 1 qui, le 7 avril 1422, reçut du roi Charles VI 3oo livres de revenu annuel (voyez plus haut, p. Sg), lesquelles furent assises le 26 juin 1428 sur la seigneurie de Clichy-la-Garenne, dont Pierre de Giac avait été dépouillé (Arch. nat,, JJ. 172, n* 32o) ; Saint-Yon est déjà qualifié, à cette dernière date c trésorier et gênerai gouverneur de toutes les finances de France. On trouvera, plus loin, sous les n" XC et CXXVI d'autres actes de don en sa faveur.

2. Cette maison, célébrée par Guillebert de Metz, tenait d'une part c à la Gencienne >, d'autre part à f M* Pierre Gencien 1 et par derrière à l'hôtel de Tanneguy du Châtel ; elle passa, après la mort de Miles Baillet, à ses héritiers, les enfants de sire Arnoul Boucher sur lesquels on la confisqua. La concession à M* Germain Rapine dont il est question plus bas remonte au moins à l'année 1421 (Sauvai, p. 289, 298 et 592). Miles Baillet avait laissé une veuve, nommée Denise, dont les terres de Mitry, également confisquées, furent données à James Houtar, anglais, en même temps que la seigneurie du Tremblay qui avait appartenu à Baillet {ibid.^ p. 325 et 329). On peut consulter sur Miles Baillet qui, en 1404, était gouverneur des finances de Langue d'Oïl, la notice que lui ont consacrée MM. Leroux de Lincy et Tisserand {Pcuris et ses historiens aux XIV* et XV* siècles, p. 349-353).

1424» juin] DOMINATION ANGLAISE. l35

payant les charges et deroirs pour ce acoustumez, pourveu qu'il n'ait esté donné à aucun par nous ou nostre dit oncle paravant la date de ces présentes^ et qu'il ne soit de nostre ancien demaine. Et pour ce que ledit hostel ou maison, ensemble ses appartenances, avoit esté baillé à maistre Germain Rapine, advocat en nostre Cbastellet à Paris \ à la charge de xxxii livres parisis de rente chacun an pour toutes charges, si comme rapporté a esté à nostre dit oncle, nous, en ampliant nostre dite grâce, par Tadvis et deliberacion que dessus, en faveur dudit de Saint-Yon et pour consideracion des choses dessus dites, avons ledit maistre Germain deschargé et deschargeons de tout le droit qui nous compete et appartient sur lesdites xxxii livres parisis pour le temps advenir, et Ten avons quittié et quittons par ces présentes, voulans le receveur ou commis sur le tait des confiscacions estre deschargié dudit droit à nous appartenant en rapportant vidimus de ces présentes, fait sous scel royal, ensemble certifficacion dudit maistre Germain Rapine d'avoir esté tenu quitte et paisible de nostre droit dessusdit.

Si donnons en mandement par ces mesmes présentes à noz amez et feaulx les gens de noz comptes à Paris, les trésoriers et generaulx gouverneurs de nosdites finances de France, aux commissaires sur le fait desdites confiscacions à nous escheues et à escheoir en nostredit royaume de France, au prevost de Paris et à tous noz autres justiciers et officiers

Donné à Paris, le vi« jour de juing. Pan de grâce mil iiii^^xxiin et de nostre règne le second.

Ainsi signé : Par le roy, à la relacion de monseigneur le régent de France, duc de Bedford,

J. MlLET.

1424. Juin. Paris.

Henri VI donne Thôtel de Clisson à son oncle Jean, duc de Bedford, régent

du royaume de France.

(JJ. 17», n* 487.)

savoir faisons à tous presens et avenir que pour la singulière

I. En 1421, Germain Rapine était lieutenant civil du prévôt de Paris (Sauvai, p. 269).

l36 PARIS PENDANT LA [1424, ^ui II

amour et affection que nous avons à nostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedfbrd, à icellui par Tadvis de nostre grant conseil de France, de nostre grâce especial, plaine puissance et auctorité royal avons donné, cédé, transporté et delaissié, donnons, cédons, transportons et délaissons par ces présentes un hostel à nous appartenant assis à Paris, appelle Postel de Qiczon \ ensemble ses appanenances et appendances, ainsi corne il se comporte, pour d'icellui hostel et appartenances joir et user par nostre dit oncle et ses hoirs légitimes descendans de lui en loyal mariage, perpetuelment, hereditablemeht et à tousjours, en payant les droiz et devoirs anciens et acoustumez; pourveu qu^il ne soit de nostre ancien demaine et que par nous il n^ait esté donné à autre, par avant la date de ces présentes.

Si donnons en mandement par ces mesmes présentes à noz

I. L'hôtel Cl iftson, assez connu alors, paraît-il, pour qu'on pût ne pas indiquer son emplacement, était situé dans la rue du Chaume, presqu'en face la rue de Braque. Il avait été construit par Olivier de Clisson, et appartenait alors au petit-fils de ce redoutable guerrier, Olivier de Blois, comte de Penthièvre, grand partisan du Dauphin dont il compromit malheureusement la cause en Bretagne, au cours de l'année 1420, par une indigne trahison envers le duc Jean VI. Le roi d'Angleterre Henri V avait d'abord disposé de cet hôtel en faveur de son frère, le duc de Clarence (Sauvai, p. a88 et 653); mais ce prince ayant péri à Baugé le 23 mars 1421, sans laisser de fils légitime, Thôtel Clisson fit retour au domaine. Les comptes de confiscations nous apprennent qu'il fut occupé par un breton nommé Thomas Carnavalet, puis par Raoul le Saige, chevalier normand (Sauvai, p. 3o2), qui fut successivement conseiller du roi Henri V et du duc de Bedford et auquel un ancien élève de l'Ecole des chartes a consacré une importante notice dans un travail anonyme publié en 1874, *^^^ le titre Note pour servi f à Vhistoire de la famille Satge ou Sagb, dénommée suivant les branches Le Saige, Le Sage, du Saige, du Sage, de Saige, Les mêmes documents mentionnent aussi, parmi les hôtes de cette demeure, Jean Poupan, chevalier anglais, chancelier du régent, et ce prince lui-même (Sauvai, p. 3o2}. 11 est à peine besoin de rappeler qu'il reste de l'hôtel Clisson une porte ogivale, flanquée de deux tourelles, et que ce curieux vestige, le seul qui subsiste à Paris, de l'architecture civile du xnr* siècle fait partie des bâtiments des Archives nationales.

M. Jules Quicherat a publié en 1847, ^^^^ la Revue archéologique (t. IV, p. 760-769), un mémoire sur la porte de Vhôtel Clisson. On lira aussi avec intérêt les Pièces sur Vhôtel de Clisson, documents du xv* et du xvi* siècle, extraits des Archives départementales des Basses-Pyrénées et insérés dans la Bibliothèque de l'École des chartes, par M. Paul Raymond (t. XX, p. 446 à 454; t. XXI, p. 5 16-3 18).

I424tS^^-] domination anglaise. i3j

amez et feaulx les gens de noz comptes à Paris, les trésoriers generaulx gouverneurs de toutes noz finances de France, aux commissaires sur le fsdt des confiscacions au prevost de Paris

Donné à Paris, ou mois de juing. Pan de grâce mil iin^ xxin et de nostre règne le second.

Ainsi signé : Par le roy, à la relation du grant Conseil,

J. MlLET.

1424. Septembre. Paris.

Rémission accordée par Henri VI à Sander Russell^ anglais, détenu au Châtelet pour avoir donné trois coups de dague à Robin Morillon, sergent à verge au Châtelet de Paris, qui le voulait arrêter. Le pardon, accordé sous la condition, pour Russell, de rester prisonnier au pain et à l'eau, eat fondé sur l'ignorance dans laquelle Russell se trouve en fait d'usages français et sur ce fait que Morillon, ne portant pas pour lors la verge fleurdelisée des sergents au Châtelet, son adversaire pouvait ne pas savoir à qui il avait afiaire. — La tentative d'arrestation de Russell par Robm Morillon était motivée par le tapage que Russell et deux de ses compatriotes, appartenant a la garnison de Melun et alors de passage à Paris, faisaient à la taverne de l'Ecu-de -Bretagne, de la place Baudoyer, à la suite d'un différend qui s'était élevé entre eux et la maîtresse de fa taverne pour le paiement de leur écot.

savoir faisons à tous presens et avenir à nous avoir esté exposé de la partie de Cendre * Roussel, angloiz, povre jeune homme aagié de xxiiii ans ou environ, à présent prisonnier en nostre Chastellet de Paris, que, comme puis trois mois en ça ou environ, à un jour de mardi, ledit exposant, Thomas Tournoul et un nomé Guillaume le Mareschal, angloiz de la garnison de Meleun, feussent venuz dès le dimenche devant en ceste ville de Paris par eaue en la compaignie de nostre très chiere et amée cousine la dame de Salisbury ^, pour icelle conduire, amener et faire compaignie dudit lieu de Meleun en ceste nostre bonne ville de Paris. Et il soit ainsi que ledit jour de mardi, ledit exposant, acompaignié desdiz Thomas Tournoul et Guillaume le Mareschal feussent assembléement et d'un commun accord et assentement alez boire en Tostel

1. Forme francisée de Sander, diminutif anglais d*Alexander (Alexandre).

2. Femme de Thomas de Montagu, comte de Salisbury, l'un des plus valeureux capitaines du roi anglais.

l38 PARIS PENDANT LA [l424,Sept.

et taverne de l'Escu-d&>Bretaigne, assis à Paris à la porte Bau* doyer\ ou quel hostd lesdiz m oompaignons eussent despendu en despense de bouche U. some de m ou iiir sols parisis ou environ. Et, après ce, lesdis m compaignons veant qu'ilz nWoiem point de menu argent ou monnoie pour paier leur dit escor, ledit Thomas Toumoul sacha et tray hors de sa bourse un escu en or, lequel il bailla à la dame dudit hostel, en lui priant et requérant qu^elle leur voulsist baillier la menue monnoie dudit escu pour paier et contenter leur dit escot, c'est assavoir d'icellui escu la somme de vint six solz parisis, en disant par ledit Thomas à la dicte dame d'icellui hostel de TEscu-de-Bretaigne que tant valoit pour lors un escu en or. A quoy fut respondu par ladicte dame audit Thomas que dudit escu elle ne bailleroit que la some de 'xxim solz parisis. Et ce fait, ledit exposant dist à icelle dame dudit Escu-de-Bretaigne : « Dame, bailliez moi Tescu que Thomas « Tournoul vous a baillé. Tenez, veez cy un fleurin de Rin que « je vous baille en lieu pour seurté de vostre escot, et, entendis, « je yray en la ville changier Tescu que vous a baillé ledit Thomas a Toumoul. » De laquelle chose faire ladicte dame fut refusant, délayant et en demeure. Et pour ce, ledit exposant veant que icelle dame et hostesse ne se vouloit autrement, ne plus gracieusement, paier de sondit escot, ne que sesdis compaignons et lui, en bien voulans paier icellui leur dit escot, ne povoient issir hors la dicte taverne, fut de ce grandement courroucié, animé et indigné en disant ces mos : « De par le dyable, ne pourrons-nous autre- « ment saillir ou yssir hors de céans, et si voulons bien paier « nostre escot ?» Et en ce disant, gecta ledit exposant deux woires wiz l'un après l'autre contre le mur, qui furent rdmpuz et despeciez. Et incontinent vint et s'apparut sur lesdis exposans et ses deux compaignons un nommé Robin Morillon, que on dit estre nostre sergent à verge en nostre Chastelet à Paris, lequel Morillon dist alors audit exposant et à ces diz deux compaignons ces parolles : « Que faictes-vous cy, comment vous démenez, ne à qui « estes vous? » Lequel exposant respond audit Morillon : « Vous « povez assez veoir et entendre à nostre langue quelles gens et à « qui nous sommes. » Lequel Morillon leur respondi en gênerai : « Vous roberiez bien les gens hors de céans ou aux champs, se les « y teniez, quant céans vous les robez ! » Lequel exposant, à ce,

Page 1