L.-J. BABU.LE, Fauconnier
Rapport du 26 pluviôse.
Esprit public. Cafés. — Tous les cafés près la Convention étaient paisibles. On rapporte que chez un limonadier, rue des Minimes, plu-
sieurs citoyens s*enlretenaient de dilapidations commises dans le département des Ardennes, où les fermiers vendent le setier de blé méteil, du poids de 200 livres, 150 livres en assignats et 15 à 18 livres en numéraire. Les maires et officiers municipaux sont d'accord, disaient-ils, sur ces dilapidations . et font incarcérer ceux qui se plaignent. Us assuraient que, dans ce département, le commerce de cette denrée de première nécessité se fait avec l'étranger, et qu'ils faisaient partir de nuit tout ce qu'ils veulent soustraire à la surveillance en cette partie.
Groupes, — Dans les groupes, la plupart des conversations roulaient sur la paix conclue avec le grand-duc de Toscane ; on Ta considérée comme le prélude d'une paix générale; d'autres, sur la discussion du projet d'envoyer des représentants dans les colonies, ont craint, dit-on, l'abus des pouvoirs dans les mains des représentants, si éloignés de la mère patrie. D'autres enfin analysaient une nouvelle affiche intitulée : Réponse dTOrateur du peuple au prêtre Châles et compa-* jm«*. On croit y apercevoir que Fréron donne la préférence à la CSonstitution de 1789 sur celle de 1793.
On a vu avec pl^sir l'affiche contenant l'arrèlé du Comité de sûreté générale portant que tout citoyen sera tenu de lire lui-même ou être présent à la lecture de papiers qu'il voudrait jeter sur le théâtre.
Spectacles* — Tous les spectacles avaient été tranquilles, le théâtre du Lycée des Arts excepté ; il fut rapporté à la Commission de police qu'il s'élevait une rixe à ce spectacle, causée par l'acteur jouant le rôle de Tartuffe, reconnu par plusieurs citoyens pour avoir été membre d'un Comité révolutionnaire de Bordeaux. Deux partis s'étant prononcés, Tun pour qu'il continuât son rôle et l'autre pour qu'il quittât la scène, les esprits s'échauffèrent au point de faire craindre les suites de ces diversités d'opinion. La Commission crut de son devoir d'envoyer à l'instant des officiers de paix et inspecteurs pour, avec le commissaire de police, y rétablir le calme, et, dans le cas où ils ne réussiraient pas, faire fermer le spectacle. Le directeur avait substitué un autre acteur pour remplir ce rôle et tout est rentré dans l'ordre.
Commerce. Pain, — . . .La Motte et autres rapportent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, plusieurs boulangers ont manqué de pain, faute de farine, ce qui occasionna quelques rassemblements, sans que pourtant l'ordre ait été troublé.
Suivant Ollivier, on répand dans les halles et autres endroits qu'au
1. Bibl. nat., Lb. 41/1623, in-8. Cf. ChâleSj représentant du peuple^ à son col" lègue Fréron, Paris, 23 pluviôse an III, iii-8. Bibl. nat., Lb 41/1622.
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RÉACTION THERMIDORIENNE [13 péyrter 1795]
renouvellement des cartes, on ne donnera qu'une livre de pain par personne. Ce bruit fait murmurer le public.
Goisier dit que le public murmure de ce que les boulangers font des pains en forme de couronne ; il prétend qu'ils sont faits avec de la farine meilleure que celle du pain ordinaire. On a^arrêté beaucoup de ces couronnes à la barrière de la section de la République
Viande et autres comestibles, — Vandervelle dit qu'il se répand dans le public le bruit que la viande qui se distribue dans les sections va être portée à 25 sols ou 30 sols la livre. Ce bruit occasionne des murmures.
Oudinet et autres disent que le peuple se plaint beaucoup de la cherté des denrées et marchandises, dont le prix augmente tous les jours, qu'on dit qu'il ne sera plus possible de vivre, si cela continue, et qu'on accuse de cette hausse les marchands, qui ne sont jamais contents de leurs bénéfices.
Boyer rapporte que la propreté n'est pas maintenue dans la cidevant église Saint-Leu, qui sert d'entrepôt pour la viande salée destinée aux charcutiers de la sectiop des Lombards; il observe en outre qu'on transporte ces viandes sur des charrettes à bras sans les assujettir avec des planches ou des toiles; souvent des morceaux tombent dans la boue, ce qui fait crier le peuple et la plupart du temps occasionne des rixes.
Les halles et marchés ont été très bien approvisionnés en toutes sortes de denrées; la viande n'y était pas si abondante que de coutume ; le beurre se vend 3 liv. 15 sols la livre ; les pommes de terre, 6 livres le boisseau. La marée était assez bien garnie.
Bois. — Les ouvriers, dit Vandervelle, se plaignent de ce que depuis très longtemps ils ne peuvent travailler, faute de charbon.
Surveillance, — Suivant le rapport de Descamps, un père et un fîls qui ont émigré sont en ce moment à Paris ; il indique leur adresse, mais comme cet objet est de la compétence des Comités révolutionnaires, la copie de ce rapport a été envoyée au Comité révolutionnaire de l'arrondissement, avec invitation de prévenir la Commission des mesures qu'il aura prises.
Tous les rapports sur la séance de la Convention nationale annoncent que tout s'y est passé dans le plus grand ordre.
Le rapport de Goumoze et Caillouet, sur le café Payen, mis à la
surveillance, ne présente rien qui doive alarmer la tranquillité
publique
Hannocque-Guérin, Pasté.
(Arch. nat., F * « IIl, Seine, 15.)