‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris (volume 2)Chapitre 101 sur 138 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

[i4 FÉVRIER 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 482

Journaux.

Ami du peuple du 26 pluviôse : « Le Concert de la rue Feydeau,

dont nous avons parlé, ne reparaîtra plus sur la scène, parcequ'il désigne les masques. Certain abbé républicain veut nous préparer d'avance à ne plus voir la vérité sur la scène. « Dans des temps critiques, dit-il, les directeurs devraient s'abstenir de faire représenter toutes sortes de pièces qui peuvent animer un parti contre l'autre. » L'auteur nous parle ensuite de la Grèce et de Rome. Mais ce vil esclave qui fait, depuis deux ans, la cour au parti dominant, n'aurait pas dû nous engager à compulser l'histoire de ces deux peuples. A Rome, un triomphateur était suivi et précédé d'un groupe qui publiaient ses vices quand on couronnait ses vertus. » Dans le numéro suivant, VAmi du peuple revenant sur cette interdiction, la compare avec celle de VAmi des lois en 4793.

26 PLUVIOSE AN IIl (14 FÉVRIER 1795).

Rapport du ^7 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — L'esprit public s'est soutenu hier au même degré de tranquillité. Les plaintes générales tombent sur la cherté des denrées, notamment sur le prix excessif de la \ viande, qui se vend de 3 livres 5 sols la livre à 3 livres 10 sols, prix auquel personne ne peut atteindre. Les conversations dans les groupes étaient sur la discussion faite à la Convention d'envoyer des représentants ou des commissaires qui, disait-on, n'ont cessé, dans les missions qui leur étaient confiées, de trahir les intérêts de la République.

On attend, dil-on, avec impatience, la suppression des retenues promises par la Convention aux rentiers.

On rapporte que, sur les huit heures du soir, huit jeunes gens entrèrent au café Payen, se placèrent à plusieurs tables, et y provoquèrent des citoyens; mais, n'ayant reçu aucune réponse, ils se retirèrent.

Le café des Canonniers, quoique nombreux en citoyens, a été parfaitement tranquille

Commerce, Viande et autres comestibles. — . . .RoUin annonce qu'il y a toujours beaucoup de bruit et de plaintes à la porte du citoyen Salmon, boucher, rue Beaubourg; on a même dit que demain le tumulte serait plus considérable

Les marchés et les halles sont très bien approvisionnés ; il y est

483 RÉACTION THERMIDORIENNE [15 février 1795]

arrivé, le 26 et le 27 pluviôse, 430 Voitures de diflférentes denrées ; la viande y est en abondance : elle se vend 3 livres la livre. La marée a été bien garnie.

Combustibles. — . ..La garde a été forcée au chantier du citoyen Deségouttes ; la vente a été suspendue un moment, mais elle a repris jusqu'à cinq heures du soir sans aucun accident.

Semé et Gruet rapportent que le désordre est à son comble au quai d'Orsay ; les voitures des charrois n'arrivant qu'à onze heures du matin, le riche est bientôt servi, en ce qu'il prend une voiture du port, et le malheureux se trouve sans bois ; de là des murmures contre Tadministration. Les mesures ont été prises pour rétablir l'ordre, et il a été enjoint aux inspecteurs de faire constater par le commissaire les préférences données par les garçons de chantier.

Surveillance. — Il résulte des rapports des inspecteurs préposés pour les tribunes de la Convention que la plus grande tranquillité a régné pendant toute la séance d'hier. Dans son rapport, Boyer signale un représentant du peuple comme intrigant pour se faire envoyer en mission dans les lies et pouvant être dangereux. Copie de cette partie du rapport est envoyée aux Comités de salut public et de sûreté générale.

Bance rend compte de la satisfaction qu'occasionne dans le public l'arrestation de l'ancien Comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social.

Bouillon annonce que l'effervescence qui agitait la plus grande partie des tètes du café des Canonniers parait entièrement calmée. La même affluence de monde continue à s'y porter; il s'y fait toujours des motions, mais elles ne donnent lieu à aucun mouvement.

A l'occasion de la misère du temps, on se plaignait hier, dit Dangouville, de ce que, suivant les plaignants, le gouvernement ne s'occupe pas assez du bonheur du peuple

GOSSET, HORNIN.

(Arch. nat., F ^ » lU^ Seine, 15.)

RaïTORT du 28 PLUVIOSE.

Esprit public. Groupes et cafés» — Dans les groupes, aux environs de la Convention et.Maison-Ëgalité^ l'on s'entretenait des finances.

L'on désire que la proposition faite de discuter cette partie intéressante de raffermissement de la République ait lieu trois jours par décade, ainsi qu'elle a été annoncée. Gambon y était traité très défavorablement ; on l'accusait de malversations et d'avoir, par ses opérations financières, ruiné le crédit de la République et discrédité les assignats ; les petits rentiers surtout font entendre les plaintes les plus amères.

D'autres groupes s'entretenaient de la nécessité de poursuivre sans relâche les terroristes et les buveurs de sang, et qu'il n'y aurait de tranquillité que lorsque ce parti serait entièrement abattu.

L'on rapporte qu'hier, près le Pont-Tournant, à deux heures, il y avait quantité de citoyens rassemblés autour d'un orateur qui parlait de la liberté des cultes de manière à fixer l'attention de partie des spectateurs ; il opinait, entre autres, sur Tutilité de la religion catholique; l'un d'eux fît à l'orateur quelques observations sur les dangers qui pourraient résulter de ses réflexions : il ne répondit que par des personnalités et des sarcasmes, qui pensèrent causer des voies de fait. Mailly, inspecteur, qui se trouva dans le moment, invita l'orateur à se retirer.

Spectacles. — Au théâtre de la rue Feydeau, l'on aperçut dans une loge le citoyen Garât, artiste dudit théâtre; Ton demanda que le B^veil du Peuple fût chanté par lui ; il chercha à se débarrasser de cette mission; il fut traité d'homme à quinze cents livres, ce qui l'obligea de sortir de la loge.

A celui de la Cité, dans une pantomime représentant le despotisme, un fort de la Halle qui était au parterre s'est mis à crier contre Tactrice qui jouait le rôle de la reine : « Si j'étais près de toi, disait-il, je t'aurais bientôt cassé le col I d Ce qui fit bien rire les spectateurs. Du reste, rien n'a troublé la tranquillité

Commerce, Pain, — Roblastre -et plusieurs autres inspecteurs rapportent que la distribution du pain s'est faite avec calme, conformément à la loi; cependant quelques boulangers n'ont pu satisfaire toutes leurs pratiques, faute de farine ; d'autres se plaignent qu'on leur envoie trop tard.

Bergeret annonce qu'il y a beaucoup de rassemblements aux portes des boulangers de l'Ile de la Fraternité, en raison de ce que les commissaires font le recensement des cartes, et que l'on s'imagine que dans trois jours elles n'auront plus cours *

Viande et autres comestibles, — . . Dans Farrondissement qu'An-

1. En marge : « On a écrit au Comité tivil de cette section pour Tinviter, dans le cas où ce bruit courrait^ à tirer leii citoyen? d'erreur. »

485 RJSACTION THERMIDORIENNE [15 pévhibr 1795]

celle a sarveillé, plusieurs citoyens n'ont pas eu de viande, ce qui a occasionné des murmures. Durouiliet rapporte que Ton ne cesse de s'entretenir de la cherté de tout en général et du désir qu*on a que la Convention nationale y mette ordre.

Les halles et marchés sont très bien approvisionnés en toutes sortes de denrées, vendues fort cher; il y a beaucoup de porc frais et de volailles ; la vianjde se vend 50 sols la livre, et les œufs 8 sols pièce.

Bois. — Labaubé et plusieurs autres rapportent qu'au chantier de Deségouttes la garde a été forcée; la vente a été suspendue trois fois; cependant elle a été continuée jusqu'à quatre heures; il y a eu des piques de cassées et des portefeuilles de volés. Deux particuliers ont été arrêtés pour avoir excité du trouble. Les inspecteurs observent qu'il faudrait à ce chantier au moins 80 hommes de force armée pendant la distribution.

Le Hodey et Vassor ont vu à la porte du chantier de la Madeleine beaucoup de citoyens qui étaient de fort mauvaise humeur de ce qu'il n'y avait pas de bois dans ce chantier ; ils disaient : « On cherche à nous faire souflTrir de toutes les façons. »

Le public, disent Semé et Gruet, murmurait de ce qu'il n'a été délivré que sept voies de bois au chantier du quai d'Orsay; on s'est transporté à l'Agence des subsistances pour lui demander pourquoi il arrivait si peu de bois à ce chantier ; personne n'a pu leur répondre.

Surveillance. — Cornet et Denel observent qu'hier les tricoteuses habituées des tribunes et la femme {sic) à chapeau et à ruban bleu n'étaient ni dans les tribunes, ni dans les environs de la Convention.

Mitrecey rapporte que l'agiotage existe plus que jamais au Palais- Égalité ; l'argent s'y vend, et au lieu d'argent on présente un échantillon de sucre, sur lequel se fait la négociation

Il y a toujours grand monde au café des Canonniers ; il se fait toujours beaucoup de motions; mais la tranquillité n'est pas troublée. ••

Auvray annonce que les plaintes se renouvellent contre les membres du Comité des subsistances.; on les accuse d'être les auteurs de la disette; on leur reproche de laisser dépérir des vivres dans la cidevant église Saint-Leu et d'avoir fait augmenter le prix des chandelles de 15 sols par livre

Bococet-Destournelles, Hornin.

(Arch. nal., F *«1II, .S.'ine, 15.)

cav

Rapport du 29 pluviôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Tous les environs de la Convention et autres endroits publics étaient parfaitement tranquilles ; Ton s^entretenait dans quelques-uns des groupes des nouvelles annoncées à la Convention sur la capitulation de la Zélande '. Le public, dit-on, désapprouve cette capitulation et la trouve déshonorante pour la nation française.

La matière intéressante des finances fait un objet principal des conversations ; l'on désire voir le terme des maux par les moyens prudents qui pourront être employés à la suppression de partie des assignats en circulation

Commerce. Pain. — . . .Kerchoves et autres rapportent que tous les jours dans Paris Ton voit des femmes et des enfants avec des sacs remplis de morceaux de pain, qu'ils sortent par les barrières.

Suivant le rapport de Bergeret, le bruit court qu'aussitôt que les commissaires seront installés chez les boulangers, il y aura des queues à leurs portes.

Viande et autres comestibles. — . . .La Motte et autres rapportent que dans les lieux qu'ils ont surveillés, il y a toujours des rassemblements aux portes des bouchers et charcutiers dès trois heures du matin ; les habitants des environs se plaignent de ne pouvoir jouir de leur repos. Bertaut, ofQcier de paix, annonce que plusieurs citoyennes se plaignaient chez différents charcutiers de ce que Ton faisait vendre du bœuf salé, dans lequel il y avait des vers; elles disaient qu'on aimait mieux attendre que la viande soit totalement pourrie pour la distribuer que lorsqu'elle est fraîche

Il est arrivé aux Halles, disent Le Hodey et Vassor, six voitures de beurre, œufs et fromages ; la viande en abondance. Le porc frais s'est vendu 3 livres la livre; le mouton, 55 sols à 3 livres.

Du 28 au 29, suivant Petitdidier et Martin, il est arrivé 539 voitures de différentes denrées et 2 de marée.

1. Voir la lettre écrite de La Haye, le 22 pluviôse, au Comité de salut public par les représentants aux armées du Nord et de Sambre-ei-Meuse, lue à la Gonvenlion dans la séance du 28. (Moniteur^ réimpression, t. XXIII, p. 486).

487 RÉACTION THERMIDORIENNE [16 février 1795]

Du rapport de Dessault, officier de paix, il résulte que, du 25 au 28, il est arrivé au carreau de la Halle 35,882 livres de beurre, 61,460 œufs, 249 douzaines de fromages de Brie.

Bois. — Ëgasse, Guérin et autres disent qu'au chantier Deségouttes le désordre a été épouvantable ; plusieurs piques ont été cassées et des portefeuilles volés ; malgré cela, la vente a toujours continué, et tout le monde a été servi ; plusieurs citoyennes se sont trouvées mal dans la foule. La Commission a instruit les autorités supérieures de ces faits.

Yassor et Le Hodey se sont transportés au chantier de la Madeleine, où les préposés ont annoncé au public que le bois qui était dans ce chantier était destiné pour les malades et indigents ; le public ne les a point écoutés ; il a cordé lui-même, et s'est fait délivrer ce bois d'autorité

Surveillance. — Il résulte de l'ensemble des rapports que tout s*est bien passé dans les tribunes de la Convention, et que le public a été en général fort mécontent des conventions arrêtées sur les lieux par suite de la conquête de la Hollande.

Boyer dit que, d'après une lettre écrite de Nantes, les brigands se rassemblent dans les environs de cette ville. Copie du rapport sur cet objet a été envoyée au Comité de salut public.

Il résulte du rapport de Honneton qu'au moins trente citoyens dans la même tribune regardent comme temps perdu le temps employé à la lecture des adresses relatives aux Jacobins, attendu qu'il faudrait les regarder comme n'existant plus.

Baffert rend compte que, d'après une lettre venue de Senlis, on a dit que des malheureux poussés par la faim avaient tué deux fermiers ; mais qu'on ne devait pas craindre que, dans six décades, on fût dans la disette de pain, que le bruit s'est répandu récemment qu'on pensait à réduire chaque personne à demi -livre de pain chaque jour, et qu'un décret porte qu'on mettra de l'orge dans le pain, ce qui fait présumer que l'approvisionnement à Paris n'est pas complet.

Racine dit qu'au café des Canonniers, l'opinion est toujours fortement prononcée contre Marat et les Jacobins ; quelques-uns des motionnaires désireraient que les Jacobins fussent pendant six jours au carcan, pour qu'on pût bien les reconnaître ensuite

Pasté, L.-J. Babille.

(Arch. nat., F» «III, Seine, 15.)

Journaux.

Ami du peuple du 29 pluviôse : « Nous avons dit que les bataillons de la jeunesse dorée se divisent en trois armées : l'une parcourt les sections; Tautre se tient dans les lieux publics, et la troisième se rend dans les tribunes de la Convention. Depuis que le signal de la proscription a été donné par VOrateur du peuple, nous avons reçu les notes suivantes ; la première nous est envoyée par un des proscrits lui-même. Le citoyen Réaume, tablettier, rue Denis, section de Bonne-Nouvelle, a été chassé du corps de garde de la caserne par le citoyen Benoît, lieutenant de sa compagnie, d'après une dénonciation faite contre lui, décadi 20 pluviôse, comme ayant servi dans l'armée révolutionnaire. Le citoyen Saillant en lut chassé le même jour par le citoyen Mariller» président de l'assemblée générale, comme ancien membre du Comité révolutionnaire. Ce citoyen Hariller, digne émissaire des honnêtes gens, a même voulu désarmer ce citoyen Saillant. .. »

Esprit public. Groupes et cafés, — Rien n'a troublé hier Tordre et la tranquillité ; les plaintes continuent cependant sur la cherté des denrées de première nécessité et sur ce que les marchands aigrissent encore les citoyens par leur dureté en survendant leurs marchandises.

Dans les cafés, Ton s'entretenait du projet de quelques députés, qui voulaient que Ton touchât à la Constitution de 1793 ; mais le peuple français, dit-on, a sanctionné cette Constitution; il la suivra fidèlement, comme il Ta promis. L'on voit avec peine la division qui règne entre les représentants du peuple; elle ne peut que retarder le bonheur du peuple. L'on désire beaucoup que le Comité des finances fasse son rapport sur les rentes; l'existence des petits rentiers dépend des mesures qui seront prises à cet égard.

L'on assurait hier, dans quelques cafés, que le gouvernement allait s'emparer des denrées de première nécessité, les repasser aux marchands pour qu'ils les revendent aux citoyens à un prix honnête; cette mesure paraissait satisfaire et Ton en désire l'exécution.

A un café, près l'Arsenal, deux citoyens racontaient une conversation qu'ils avaient eue avec des ci-devant Jacobins, tendante à décou-

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489 REACTION THERMIDORIENNE [il février 1795 J

vrir leur désespoir sur la chute de leur autorité, et paraissent (sic), pour en tirer parti, partager leurs disgrâces. Us avouèrent qu'ils avaient encore des ressources, et que leur signe de ralliement était de mettre la queue de leurs cheveux dans le collet de Thabit, lorsqu*ils étaient assez longs, et sous le chapeau, lorsqu'ils étaient courts.

Au café des Canonniers, les jeunes gens se sont portés au spectacle de Molière pour y empêcher le nommé Saint-Amand déjouer; ils ont demandé le directeur, qui a paru sur la scène et a dit qu^effectivement il avait engagé Saint-Amand dans sa troupe; mais, ayant appris qu'il avait été membre d'un Comité révolutionnaire, il l'avait remercié, ce qui a été couvert d'applaudissements

Surveillance. — Buffe et Dorléans rapportent qu'un particulier s'étant permis de dire dans un groupe que les membres de la Convention étaient des gueux, a été signalé et suivi; sa demeure et son nom sont connus; il est mandé pour s'expliquer sur ces imputations

Alletz, Rouchas.

(Arch. nat., F * « III, Seine, 15.)

Journaux.

Gazette française du 30 pluviôse : « Paris 29 pluviôse. On vient de reproduire ici un plaidoyer, publié environ 400 ans avant l'ère vulgaire, par Lysias contre Eratoslhène, Tun des trente tyrans d'Athènes*. Les auteurs de cette petite espièglerie, faite aux tyrans du précédent gouvernement, ont cm apercevoir dans les circonstances où nous nous sommes trouvés, les Athéniens et nous, une identité qui doit frapper les esprits; mais ce rapprochement là est tout en faveur des trente, et il en demeure pour constant que nos tyrans modernes ont surpassé en raffinements de cruauté les animaux les plus féroces de la Lybie. En effet, l'acte de barbarie que Lysias reproche particulièrement aux trente brigands que les Lacédémoniens avaient donné pour gouverneurs aux Athéniens, c'est d'avoir décidé entre eux de faire arrêter un certain nombre d'étrangers, établis à Athènes, qui paraissaient contraires au gouvernement actuel, de les faire mourir et dé confisquer leurs biens. Chez nous, les indigènes comme les étrangers, ont été indistinctement inscrits sur la liste de proscription; et pendant un an entier, ils ont été portés péle-méle sur Téchafaud. Les annales même des cannibales ne fournissent rien qui puisse être comparé aux douloureux événements dont nous avons été les lâches témoins. » — « Il n'y a pas jusqu'aux théâtres qui, parmi nous, ne se ressentent (^c l'augmentation progressive du prix des marchandises. Celui des Arts, ci-devant l'Opéra, vient de prévenir le public qu'à compter du 2 ventôse prochain, le prix des places et celui des loges louées d'avance sera augmenté d'un tiers. Les places du

1. U 8'agit sans doute du pamphlet attribué à Du Pont (de Nemours) et intitulé : Plaidoyer de Lyettu contre les membres des anciens Comités de salut public 7C de sûreté générale^ ?9jris, an III, in-8 d&34 pages. BibL nat., Lb 41/1534.

xr- —

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parterre, aujourd'hui à 50 sols, sont portées à 4 livres. Le déficit épouvantable qui se trouve dans les dépenses publiques de chaque mois, et la crainte, peu fondée^ sans doute, que Ton a d'une émission d'assignats, sont la principale cause de ce surhausscmcnl subit dans le prix des marchandises, que l'économie dans l'administration peut seule faire baisser. »

Rapport du 1" ventôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les différents cafés ont été moins fréquentés hier que de coutume. Dans les groupes, quoique peu nombreux, à cause de la rigueur du froid, Ton murmurait beaucoup contre la Commission des subsistances, que Ton accuse d'être la cause du renchérissement de toutes les denrées ; on est étonné^ aussi que les autorités constituées ne prennent aucune mesure pour remédier au discrédit des assignats, et notamment dans les départements où les fermiers refusent de vendre leurs grains, à moins qu'on ne les paie en numéraire ou à un prix excessif en assignats.

Dans d'autres groupes, des ouvriers se plaignent de ce que les charbons n'arrivent pas et craignent, après un hiver aussi long et aussi rude, d'être plongés dans la dernière misère ; ils espèrent que la Convention ouvrira les yeux sur ces calamités.

L'on rapporte que les assemblées de sections ont été très orageuses, notamment celles du faubourg du Nord, des Gravilliers, Bon-Conseil, le Muséum et autres, qu'on n'y est parvenu qu'avec peine à y rétablir le calme, et qu'à celle de la Bulte-des-Moulins on y a fait lecture d'une liste assez étendue des ci-devant Jacobins, depuis 1793, et autres qui ont été tous traités de dilapidateurs, de terroristes et d'hommes de

sang

Commerce. Pain. — ...Quelques boulangers n'ont pu satisfaire toutes leurs pratiques, faute de farine, et d'autres se plaignent de

n'avoir pas assez de bois pour leurs cuissons Gambet dit que

l'on sort le pain de Paris de toutes parts ; il dit en avoir vu emporter plus de soixante, du poids de quatre livres, sur la route de Vaugirard et d'Issy ; il attribue au peu de surveillance de la garde des barrières l'exportation fréquente de cette denrée ; il ajoute qu'il y a des personnes chargées de ces expéditions pour la sortie du pain. La Gom-

491 RÉACTION THERMIDORIENNE [18 février Ï798]

mission a écrit à cet égard au Comité militaire de la Convention pour armée soit plus surveillante.

H autres comestibles. — Henry, Rouyer, Charpentier et it que. la distribution de la viande s'est faite avec ordre et BDce, Cependant, plusieurs citoyens n'en ont point eu,

es jours de décade, il y a plus de monde à servir

etitdidier et Martin, il est arrivé, les 30 pluviôse et !« venitures de différentes denrées et une de marée, îémé, Fabre, Gruet et Chevalier rapportent que la distrifaite avec beaucoup de tumulte au chantier du quai endu le mauvais ordre qui y règne ; ils ajoutent que dans il existe un abus qu'il serait urgent de réprimer. Plusieurs deurs, diaent-ils, viennent dans ce chantier avec des memcorder au plus offrant et dernier enchérisseur La garde lulu empêcher ce monopole; il n'y avait ni commissaire de )fficier de paix.

tce. — Le commissaire de police des Thermes a fait arréme qui faisait colporter des lettres dans tous les ateliers en caractères, tendantes à faire soulever les ouvriers ; on i lettres avec un nouveau tarif portant le prix qu'on prédes maîtres fondeurs ; on est à la trace de ces malveil-

I rapport de Delaporte et Tissot, les habitués du café des ont déclaré qu'ils n^entendaient pas être surveillés et qu'ils aucun quartier à ceux des (ig.mls de la police qu'ils recon- Les inspecteurs qui ont eiilendu ces propos ont reçu 1 porter à ce café et de prendre, sinon les noms et demeures

mneurs, au moins leur signalement

yant été signalé comme recevant des femmes sans comaltre de ce bal est mandé pour recevoir les averlécessaires, et son bal est d'ailleurs recommandé k la pour s'assurer s'il profitera de la leçon qui lui sera

eroy, on a arrêté, à l'assemblée générale, de la section des )alrie, de poursuivre las anciens Comités révolutionnaires personnes qui ont eu des relations intimes avec eux, . .

BaBBARIN, BeURLlER.

tat., F * ' m, Seioe, 15.)

fl9 FEVRIER 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 492

Journaux.

Gazette française du l**" ventôse : « Paris ^ 30 pluviôse. On commence enfin à se ressentir ici du bienfait de la loi sur la liberté des cultes. Depuis quelques jours, on dit, en quelques endroits de Paris et des environs, des messes, auxquelles assistent ceux qui sont attachés à la religion catholique. On ne voit pas que cet acte religieux ait excité la moindre effervescence parmi le peuple, qui sera toujours paisible, honnête et soumis aux lois, lorsqu'on lui permettra de satisfaire aux mouvements de sa conscience. On assure que plusieurs communes de quelques départements ont aussi repris leur ancien culte ; et ce qui fait l'éloge des citoyens qui se réunissent ainsi paisiblement dans leurs temples, c'est qu'on ajoute qu'ils ont constamment refusé de revoir ceux de leurs anciens prêtres qui se sont couverts d'opprobre en désavouant publiquement la doctrine qu'ils avaient précédemment prêchée comme divine*. » — Vedette du i*"" ventôse : « Paris ... .Le concert de la rue Feydeau étale un luxe que l'on aurait à peine trouvé dans l'ancienne cour; les diamants, les ajustements y paraissent dans le plus brillant éclat ; et cependant ces femmes étincelantes de richesses, de luxe, ne sont ni des femmes d'ex-nobles, ni de financiers. Toutes les fortunes individuelles sont menacées de l'écroulement de la fortune publique ; le pain est sur le point de manquer ; la viande se vend trois livres ; les bois et forêts de trente lieues à la ronde se charient vers Paris, au prix de quatre et cinq cents livres la corde ; d'où peut venir ce rassemblement de somptuosité ? Ce n'est pas le concert qui l'occasionne, car, quoique les plus grands talents s'y réunissent, à peine écoute-t-on ; les femmes ne sont occupées que de se faire remarquer. Un étranger qui des rues entre au concert doit être singulièrement frappé de ce contraste de misère et de luxe, de dénuement et de ces parures, signes de l'abondance. Mais voilà Paris : les révolutions ne le changent point. »

1er VENTOSE AN III (19 FÉVRIER 1795).

Rapport du 2 vbntose.

Esprit public. Groupes et cafés. — L'opinion publique était fixée hier sur divers objets : la cherté progressive et effrayante des denrées et de toutes les choses de première nécessité est le point sur lequel Tattention du peuple est plus fortement attachée, parce que cette cherté frappe, d'une manière extrêmement onéreuse, sur la classe la plus nombreuse des citoyens.

1. Sur l'exapcice du culte catholique à cette époque, on trouvera beaucoup de détails dans le journal les Annales de la religion, Bibl. nat., Le 3/tO, in-8.

493 RÉACTION THERMIDORIENNE [19 février 1795]

Les môuvemenls tumultueux qui se sont manifestés décadi dernier, dans plusieurs sections, occupent beaucoup les esprits. Les uns considèrent ces mouvements comme une lutte entre les citoyens qui ont été opprimés et leurs oppresseurs; les autres veulent les faire passer pour les efforts de Taristocratie qui voudrait comprimer le patriotisme. Les citoyens paisibles qui ont gémi sur les horreurs dont la France a été couverte pendant la tyrannie de Robespierre gémissent aussi sur la durée de ces mouvements exaltés, qui entravent la marche des affaires publiques et retardent le cours de la Révolution.

On rapporte que, dans la section des Lombards, des citoyens ont dit que, décadi prochain, ils déchireraient la Déclaration des droits de l'homme, que d'autres ont répondu que les patriotes s'y trouveraient, et qu* on verrait qui l'emporterait. Ce fait est trop invraisemblable, trop extraordinaire, pour qu'on puisse facilement y ajouter foi ; la Commission va se procurer, s'il est possible, des renseignements plus positifs sur ces menaces réciproques faites pour provoquer la sollicitude des véritables amis du bien public.

Les nouvelles arrivées des colonies ont répandu une joie universelle, et soilt bien propres à soutenir le courage du peuple qui supporte, avec une constance vraiment digne d*éloges, toutes les calamités que la saison rigoureuse et le concours d'événements imprévus font peser sur lui.

Spectacles. — Au théâtre des Variétés, Jardin-Égalité, pendant qu'on chantait le Réveil du peuple, des citoyens s'écrièrent : « A bas les hommes de sangl voyez comme ils pâlissent »; et en faisant remarquer un citoyen qui était aux loges, ils le désignèrent comme celui qui avait dénoncé Philippeaux; les rapports ajoutent que ce citoyen était Choudieu, représentant du peuple; tous les regards se sont portés sur lui pendant la durée du spectacle, mais cela n'a pas eu d'autres suites.

Au spectacle de la rue Favart, un particulier, qui était placé aux secondes loges, ayant dit en regardant le parterre : Les scélérats t un cri d'indignation se fit entendre, et ce particulier fut obligé de se retirer; on n'a pu savoir ce qu'il était devenu.

Quelques agitations légères et de peu de durée se sont manifestées dans d'autres spectacles, mais elles n'ont pas eu de suite, et la tranquillité n'a pas été troublée.

Pamphlets. — Il a paru aujourd'hui une brochure ayant pour titre : Fréron démasqué, signée Saint-Maurice, sans indication de demeure de l'auteur et sans nom d'imprimeur ni de libraire. Cette brochure parait être, au premier coup d'œil, une attaque personnelle contre

Fréron. La Commission s*occupe des moyens de connaître Tauteur et rimprimeur, et fera connaître ce qui pourra résulter d'une analyse plus approfondie de cet écrit.

Commerce. Pain. — Suivant le rapport de Martin, beaucoup de citoyens murmuraient à la porte du boulanger nommé Chabot, rue Thiroux^ parce qu'il n'avait plus de pain chez lui, ce dernier se plaint, ajoute le même inspecteur^ de ce qu'on ne lui donne pas assez de farine pour satisfaire toutes ses pratiques.

Museux dit que beaucoup de citoyens, habitants des communes voisines, louent des petites chambres à Paris pour se procurer une carte de pain, et, dès qu'ils l'ont obtenue, ils se croyent autorisés à passer du pain par les barrières, comme habitants de Paris, et en cette qualité beaucoup de fonctionnaires les laissent passer

Losset ajoute que le peuple murmure toujours au faubourg Marcel et autres lieux sur la cherté des denrées et la cupidité des marchands de comestibles

Viande et autres comestibles, — Yassor dit que les halles étaient très bien approvisionnées, qull y est arrivé 20 voitures de beurre et d'œufs, peu de légumes; les pommes de terre se vendent 6 livres le boisseau; ' le porc frais; 3 livres 3 sols la livre. Le même ajoute que le quai de la Vallée, ainsi que différents marchés, étaient peu fournis. La tranquillité a régné partout

Bois. — ...Suivant les rapports de Gruet, Fabre, Semé et Chevalier, le désordre règne tous les jours au chantier du quai d'Orsay, parce que chacun vient prendre du bois dans les dépôts; les commis des subsistances, disent les mêmes inspecteurs, d'accord avec les garçons de chantiers, sont les premiers à faire des réserves, et cordent pour leurs protégés. Chacun en fait autant, et il en résulte des dilapidations. Les voitures de la République n'arrivent que sur les onze heures ce qui occasionne beaucoup de trouble ; point de commissaire de police à ce chantier, qui n'est point fermé; on demande qu'il y ait une garde plus nombreuse.

Dessault, officier de paix, rapporte qu'il est arrivé au carreau de la halle, du 29 pluviôse au !•' ventôse, 3,600 livres de beurre, 117,650 œufs, 4,072 douzaines de fromages. Le beurre se vend 3 à 4 livres la livre ; les œufs, 325 livres le mille; la viande, 2 livres 15 sols la livre.

Chevalier dit que plusieurs personnes vont chercher du bois au chantier de la rue Amelot, non pour leur usage, mais pour le vendre à un prix exorbitant; ils étalent ce bois devant les boutiques des bouilangers, aux environs de la Bastille, ce qui a occasionné beaucoup de

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RÉACTION THERMIDORIENNE [20 février 1795]

troubles aujourd'hui devant la porte de la citoyenne Remy, boulangère, place de la Bastille. Une citoyenne, dit le même inspecteur, qui avait acheté ce bois 3 livres, voulait le vendre 8 livres. Ces sortes d*agiotages se renouvellent presque à tout moment, et le public en est indigné.

Surveillance. — Un citoyen qui s*était permis de dire que, si Ton avait laissé un roi tout irait mieux, est mis à la surveillance. Les inspecteurs qui l'ont entendu, et qui auraient dû l'arrêter sur l'heure, sont porteurs d'un mandat pour le conduire au Comité révolutionnaire de l'arrondissement, auquel ils rendront compte de ce qui s'est passé.

Racine dit que, dans les groupes, au Jardin national, quelques femmes parlaient en faveur des Jacobins ; mais leurs conversations n^étaient pas incendiaires

Museux rapporte que le nommé Billard s'est frappé de deux coups de couteau ; que, questionné sur les motifs de ce suicide, il a répondu que c'était la misère, qu'il ne pouvait supporter l'idée de voir une femme et deux enfants sans pain. Les blessures, ajoute le même inspecteur, ne sont pas dangereuses; il est recommandé à son Comité de bienfaisance, section du Finistère.

Mailly dit qu'un citoyen qui avait été à trois heures du matin porte Antoine, pour avoir une falourde, est mort subitement rue Neuve- Martin ; on attribue ce funeste événement au grand froid qu'il a

éprouvé ....

Barbarin, Duret.

(Arch. nat., F » cm, Seine, 13.)

Rapport du 3 ventôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Le prix excessif des denrées et la rigueur de la saison propagent la continuation des plaintes ; le peuple, cependant, supporte avec patience et tranquillité l'excès de la misère publique. Dans quelques cafés, cependant, Ton disait que la continuité de ces calamités pourrait avoir des suites dangereuses.

L'affiche du représentant Moyse Bayle a fixé Tattenlion publique * ;

1. Nous n'avons pas cette affiche. C'est sans doute la même chose que la bro-

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elle a donné occasion aux lecteurs de dire que, si les faits et la correspondance étaient vrais, Fréron était donc un terroriste et un buveur de sang qui ne cherchait qu'à provoquer la guerre civile.

Spectacles, — Au théâtre des Arts, tout a été dans Tintérieur de la salle parfaitement tranquille; mais, au foyer, plusieurs citoyens disaient qu'il faudrait au premierjour aller chercher Lays, l'emmener au spectacle, Tobliger à faire amende honorable au nom du peuple, et le chasser ensuite

Commerce, Pain. — ...Quelques boulangers ont manqué de pain; ces derniers se plaignent de n'avoir pas assez de farine pour satisfaire leurs pratiques, et d'autres qu'on la leur envoie trop tard, ce qui occasionne quelques rassemblements à leurs portes.

Viande et comestibles. — . . .Gordebard dit que la difficulté de se procurer des denrées en tout genre alarme les citoyens ; il ajoute que le mécontentement à cet égard est général.

Suivant le rapport de Massard, officier de paix. Le Hodey et Yassor, les halles étaient bien approvisionnées ; les légumes rares à cause du froid; le beurre en abondance, ainsi que la viande; elle se vend 58 sols à 3 livres la livre. Les marchés peu fournis. La tranquillité a régné partout.

Bois. — Chevalier dit que le grand nombre de citoyens qui se porte au chantier du quai d'Orsay y occasionne beaucoup de désordre, qu'ils s'y font corder d'autorité ; il ajoute que les cordeurs étrangers, ne trouvant point d'obstacles, entrent dans ce dépôts qui est ouvert de toutes parts, et augmentent le désordre.

Vassor et Le Hodey rapportent qu'au chantier de la rue Miroménil, faubourg Honoré, les citoyens étaient mécontents de se voir contraints de payer les voitures pour le transport de leurs bois, par le défaut de présence de celles de la République.

Bouillon dit qu'une rixe s'est élevée près de la Convention entre des citoyens et des marchands de bois, parce qu'un de ces derniers voulait vendre une voie de bois 230 francs. Cependant, après bien des propos, chacun s^est retiré tranquillement.

Surveillance. — Moreau, Mitz et autres rapportent qu'au café des Canonniers on a fait la proposition de faire chasser les brigands qui parcourent les sections pour les soulever

J.-L. Babille, Barbarin.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 15.)

ôhure intitulée : Moyse Bayle au peuple souverain et à la Convention nationale^ Paris, Vatar, s. d., in-8. Bibl. nat., Lb 41/1580. On a aussi une réponse de Fréron et une réplique de Bayle, Lb 41/1581, 1582, in-'8.

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Gax

Rapport du 4 ventôse.

Esprit public. Groupes et cafés. — Les citoyens rassemblés dans le Jardin national, après la séance de la Convention, s'entretenaient du décret rendu sur la liberté des cultes * ; tous y apercevaient beaucoup de sagesse, et sont persuadés qu'il produira les meilleurs effets dans tous les départements et notamment dans ceux de Touest.

Une des principales conversations des cafés était Tadoption annoncée des assignats dans la Hollande. L'on espère que ce succès procurera à nos armées tous les objets qui leur sont nécessaires.

On prend beaucoup d'intérêt aux dispositions annoncées de la Porte-Ottomane d^armer pour la défense de la Pologne ; si ces nouvelles sont vraies, elles peuvent servir avantageusement les armes républicaines.

L'agiotage se fait d'une manière effrayante dans la Maison-Ëgalilé. Le rassemblement se forme sur les onze heures et continue jusqu'à deux.

Plusieurs marchandes des halles, qui avaient connaissance du décret sur la liberté des cultes, disaient hier que Ton devait dire la messe aujourd'hui aux Vertus, et qu'elles iraient l'entendre.

Sans la cherté des subsistances, à laquelle la plus grande partie des citoyens ne peut atteindre, tout serait fort tranquille, l'esprit public étant datis ce moment très calme.

Commerce. Pain. — Beaucoup de boulangers ont manqué de pain, parce qu'on leur a donné un sac de farine de moins ; d'autres se plaignent de recevoir leur farine trop tard. Ces deux causes donnent lieu à quelques rassemblements.

Duroux annonce que, chez deux boulangers, section de la Fraternité, la force armée a été appelée pour maintenir le bon ordre; parce que, faute de farine, ces boulangers n*ont pu satisfaire leurs pratiques et n'avaient plus de pain à huit heures. Suivant le même inspecteur, un boulanger porte son pain au marché Jean pour l'y vendre ; il dit, en avoir la permission Le citoyen Robleau, bou-

1. n s*agit du décret rendu le 3 ventôse, sur le rapport de Boissy d'Anglas. Voir mesi Études et leçons sur la Révolution^ seconde série, p. 120, 122.

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