Tome I
[24 FÉVRIER i795] RÉACTION THERMIDORIENNE
langer, rue de Marivaux, charge à six heures du matin, dans un cabriolet, du pain qu'il dit destiné aux ouvriers du bois de Boulogne ;
cette exportation de pain sera surveillée
Viande et comestibles. — Rouyer, Poinsignon et plusieurs autres annoncent que, dans leur arrondissement, la distribution de la viande s'est faite légalement, mais que, chez différents bouchers, plusieurs citoyens n'ont pas été servis, ce qui a causé un peu de trouble.
Murât rapporte que, dans la rue des Prêcheurs, on tue de très mauvaise viande, destinée aux Halles. Ce rapport s'accorde avec celui fait à la Commission sur la situation des halles, où Massard et Le Hodey annoncent avoir remarqué des viandes de mauvaise qualité ; la Commission a engagé ces inspecteurs à surveiller ces délits et les dénoncer aux autorités constituées
Les halles et marchés ont été faiblement approvisionnées en toutes sortes de marchandises ; il y est arrivé 328 voitures de différentes denrées, et 4 de marée.
Bois. — Baron et autres rendent compte du trouble qui a régné au chantier de Déségouttes; à onze heures du malin la garde a été forcée et la vente suspendue ; mais, à deux heures, on a été obligé de fermer le chantier, où le désordre était à son comble. . . . Dès minuit, il y a à ce chantier des rassemblements qui troublent le repos des citoyens.
Gendet, Dufresnoy et autres disent que sur différentes places on vend du bois à raison de 300 livres la corde ; ils ont entendu dire qu*une voie de charbon coûtait 60 livres ; cette cherté fait murmurer le public, qui dit qu'il est étonné que le gouvernement ne mette pas un frein à cette cupidité
Surveillance. — Du rapport de Gallée, il résulte que les serruriers et leurs compagnons sont très mécontents de la taxe et du prix excessif du charbon de terre ; que, par suite de ce mécontentement, des compagnons auraient des projets contre-révolutionnaires, si décadi prochain ils n*obtiennent pas ce qu'ils demanderont à la Convention nationale, & laquelle ils doivent se présenter en masse. Vu Timportance de ce rapport, la femme qui a connaissance de ce projet est mandée pour mettre la Commission dans le cas de prendre les mesures nécessaires. Copie de ce rapport est envoyée au Comité de sûreté générale. Le lieu indiqué pour être celui du rassemblement est dès à présent mis à la surveillance. Il sera surtout surveillé décadi prochain.
Lecoq annonce que des citoyens disaient hier que l'armée catholique s'approche de Nantes, et que la Convention devrait déployer toutes les forces nécessaires pour exterminer tous les brigands. Copie
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des rapports est envoyée aux Comités de salut public et de sûreté
générale
Dëlâbaye, Fauconnier.
Journaux.
Gazette française du 4 ventôse : « Paris, 3 ventôse. Il y a quelques jours que nous avons dénoncé aux arts et aux amis de notre pays la statue colossale que des Vandales avaient érigée sur la place des Invalides. Ce monument absurde, proscrit hier par la Convention nationale, avec toutes les montagnes à la Robespierre \ n'existera plus ce soir. On s'occupe en ce moment à rabattre ; et ce qui peint parfaitement la légèreté française, c'est que le peuple prend une part aussi active à sa démolition qu'il en a prise à son élévation. Il parait qu'on va aussi faire disparaître ces placards ridicules, imaginés par Momoro, que nous dénoncions hier, et qui nous invitent à choisir entre la fraternité ou la mort. Ces sortes de signaux sont le caractère des factions qui divisent un Etat ; et aujourd'hui il ne doit plus y avoir en France d'autre faction que celle du patriotisme, l'amour des lois, et l'attachement des bons principes. Il y a trois ans qu'on lisait sur les frontispices de toutes les maisons : la Constitution ou la mort; et deux jours après, cette inscription a disparu pour faire place à une autre non moins ridicule : Pelion ou la mort. L'idolâtrie et l'exagération seront-elles donc toujours le propre du caractère français? « ... « Le juif Moyse Bayle vient de faire afficher dans Paris, un placard contre Fréron •. Il s'étonne que VOrateur du peuple prêche aujourd'hui la modération, après avoir prêché la terreur ; et pour prouver son assertion, il cite quelques-unes des lettres qui lui furent adressées par Fréron, dans sa mission à Marseille. Si l'on en croit ces lettres, Fréron applaudissait aux fusillades, et il ne demandait rien moins que la transfusion des habitants de certaines contrées du Midi dans les départements du Nord. Nous ne prendrons pas sur nous de juger un pareil différend ; mais, quelle qu'ait été autrefois l'opinion de Fréron, dans cette lettre confidentielle, il n*en est pas moins vrai qu'il est un de ceux qui ont le plus contribué à renverser la tyrannie des buveurs de sang. »
Rapport du 5 ventôse.
Esprit public. — Les lieux publics et cafés ont été hier très
1. C'est une allusion au décret du 2 ventôse an III, qui ordonnait la démolition des monuments en forme de montagne élevés dans toute l'étendue de la République.
2; Voir plu» haut, p. 495.
calmes. Les subsistances sont les sujets principaux des conversations; les inquiétudes deviennent plus actives; plusieurs citoyens se plaignent d*avoir manqué de pain, quoique munis de leurs feuilletons de distribution; d*autres, pour augmenter les craintes, assuraient qu*incessamment on retrancherait une partie des demandes des citoyens. Ces bruits, accrédités par la disette qui existe dans les environs de Paris et les autres départements, propagent les inquiétudes.
Le décret sur la liberté des cuites, le rapport de la Commission des Yingt-un et Tagiotage qui se fait sur toutes les marchandises étaient les autres sujets d*entretien des différents cafés. Le décret sur la liberté des cultes, fondé sur la Déclaration des droits et la Constitution, fait espérer les plus heureux effets. On est étonné du retard du rapport delà Commission des Yingt-un, et on est effrayé du succès de l'agiotage, qui, ne servant qu*à alimenter la cupidité de quelques individus, plonge tous les autres citoyens dans la plus profonde misère.
Au milieu de ces événements, le peuple montre le plus grand courage et espère toujours que ses maux ne sont que momentanés, et que Tœil vigilant de la Convention les fera incessamment disparaître.
Commerce. Pain. — .. .Quelques boulangers ont eu un sac de farine de moins qu'à Tordinaire et ont manqué de pain ; d'autres se plaignent de n*avoir pas assez de bois pour leurs cuissons
Chevalier, officier de paix, annonce que, dans Tile de la Fraternité, il y avait des rassemblements considérables aux portes des boulan* gers; on a retiré à beaucoup de citoyens une partie du pain porté sur leurs cartes ; cette diminution leur fait craindre d'en manquer tout à fait, et a donné lieu à beaucoup de propos
Viande et autres comestibles. — Pilfer, Henet et plusieurs autres rapportent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, la distribution de la viande s'est faite légalement et avec ordre ; cependant quelques citoyens n'ont point été servis ; des citoyennes même se sont plaintes que c*était le troisième jour qu'elles ne pouvaient en avoir
Les halles sont très peu approvisionnées, parce que les regratières vont au-devant des denrées et les enlèvent toutes; il y avait peu de viande à la halle ; elle s'est vendue depuis 45 sols jusqu'à 3 livres 10 sols la livre. 11 y est arrivé, le 4 et le 5 courant, 382 voitures de différentes denrées et une de marée.
Bois et charbon. — Bergeret et autres rapportent qu'à la distribution du charbon, port Bernard, Tordre a été troublé par les charbonniers, qui demandaient 4 et 5 livres pour le port d'une demi-voie
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de charbon; les citoyens se sont refusés. Les mesureurs, coalisés sans doule avec les charbonniers, n'ont plus voulu verser ; le public a descendu dans les bateaux et a mesuré lui-même, ce qui a occasionné beaucoup de trouble. La Commission a écrit aux Comités de salut public, de sûreté générale et militaire de la Convention nationale et à TAgence des subsistances pour qu'il soit pris des mesures répressives de cet abus. . . .
Chevalier, officier de paix, rapporte qu'au chantier, rue Basse-du- Rempart, il y avait beaucoup de désordre, attendu qu'il n'y avait que seize voies de bois à distribuer, et au moins deux cents personnes. En second lieu, un inspecteur ou commis du chantier a dit au public que les bons depuis le 1" pluvij5se jusqu'au 8 seraient servis, ce qui a porté le désordre à son comble. Chevalier n'a pu ramener la tranquillité qu'en faisant servir les bons de nivôse
Bocquet annonce que, dans la section de la Fraternité, il y avait des queues considérables aux portes des boulangers et bouchers ; les femmes et les hommes y juraient la perte des représentants du peuple et des autorités constituées, et que demain ils mettraient à la porte les commissaires chargés de veiller à la distribution du pain et de la viande. La Commission a nommé pour demain un officier de paix et six inspecteurs, afin de surveiller ces malveillants.
Surveillance. — Les égorgeurs de Brest, dénoncés à la Convention dans sa séance d'hier ^ comme se réunissant dans un café rue Nicaise et dans un autre rue Thomas-du-Louvre, et y menaçant d*égorger la représentation nationale, viennent d'être mis à la surveillance. Il a même, en tant que de besoin, été remis aux inspecteurs chargés de la surveillance un mandat à Teffet de conduire ces égorgeurs au Comité de sûreté générale, si on les trouve dans ces cafés, et surtout s'ils tiennent des propos coupables.
Au café des Canonniers, rapporte Doucet, on se plaint de ce que l'on met en liberté les membres des anciens Comités révolutionnaires
Pasté, Gosset.
(Arch. nat, F » « III, Seine, 15.)
Journaux.
Gazelle française du 3 ventôse : « PariSy A ventôse. Le décret d'hier sur la liberté des cultes' a fait ici une très vive sensation. Le peuple, toujours juste,
1. C'est Blad qui, dans la séance de la Convention du 4 ventôse, avait ainsi dénoncé les membres de Tex-tribunal révolutionnaire de Brest. {Moniteur , réimpression, t. XXtlI, p. 535).