Voir plus haut, p
[22 FÉVRIER 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE bOa
quand on n*a pas intérêt à Tégarer, l'a accueilli avec des transports de joie ; et les honnêtes gens, dont la dénomination n*est plus, sans doute, une injure, s'applaudissent de savoir que Texécrable doctrine de Jacob Dupont * n'est plus à Tordre du jour. L'éducation nationale, négligée depuis trois ans, se ressentira vraisemblablement de cette heureuse métamorphose, et les maîtres et maîtresses de pensions, qui n^osaient prononcer le nom de Dieu devant leurs élèves, pourront désormais leur inculquer les principes de religion, sans laquelle un homme ne peut être qu'un brigand, une nation entière qu'une horde de scélérats. II est un fait qui prouve jusqu'à quel point la nation française est flexible dans les points même les plus importants de son existence politique. Tandis qu'à Paris des hommes soldés par Hébert, Chaumette et les décemvirs, promenaient indécemment des bêtes de somme couvertes d'habits sacerdotaux, et que des saltimbanques traversaient en dansant la salle de la Convention, tenant à la main les signes les plus sacrés de la religion de leurs pères, on rougissait en divers endroits d'avoir cru à l'existence de Dieu. Ceux qui, pendant ces temps de calamités publiques, ont voyagé en France, ont dû voir des auberges portant pour enseigne la Grâce de Dieu, ayant effacé les deux derniers mots. Nous l'avons remarqué nous-mêmes en divers endroits de France ; et quiconque, dans certaines communes, eût osé proférer le nom de Dieu, se serait exposé aux plus violents outrages de la part des brigands et aux persécutions de cette horde de monstres qu*on appelait Comités révolutionnaires, et qui couvraient alors la surface de notre malheureuse patrie. » — Courrier républicain du 5 ventôse : « Paris, 4 ventôse. Le décret qui rend aux Français l'exercice de leur conscience, s'il peut être permis de s'exprimer ainsi, doit être compté au nombre des mesures tutélaires de la vie qui ont été prises depuis quelque temps. Grâces soient rendues à ceux qui ont rendu ce salutaire décret, ou plutôt qui ont rendu aux hommes un droit qu'aucune puissance n'avait le droit de leur enlever. Il sera donc permis aux infortunés d'avoir encope de l'espoir et d'élever leurs vœux vers celui-là seul qui peut dispenser la félicité. Nous nous sommes plus à examiner quel pouvait être l'effet de la déclaration de la Convention nationale sur la liberté des cultes ; elle a causé la satisfaction la plus générale et la mieux sentie, malgré la gêne cruelle où se trouve le peuple par l'extrême et continuellement progressive cherté de tous les objets qui nous sont nécessaires. Sans doute, la Convention, en laissant les Français adorer rÉlre suprême comme bon leur semble, n'a pas prétendu faire une opération de finances ; elle en a cependant fait une, qui n est point du tout indifférente. On suppose que cinquante mille églises ou temples, et c'est caver au plus bas, soient nécessaires pour l'exercice des différents cultes; que ces bâtiments soient vendus dix mille livres, le fort emportant le faible ; voilà cinq cents millions au moins en assignats qui vont rentrer, et il est possible que celle vente s'élève à plus d'un milliard. » — « On a joué hier Œdipe à Colone à l'Opéra. Cette pièce, une des plus intéressantes peut-être, sous tous les rapports, de toutes celles qui se jouent à ce théâtre, a été tellement mutilée, tellement hachée, qu'on n'y trouve presque plus rien de son antique beauté. »
1. Voir la notice que j'ai consacrée à ce conventionnel dans la revue la Révolulion française^ t. VIII, p. 580.
SM)3 KÉACTION THERMIDORIENNE [23 pévrib» 1795]
Rapport du 6 ventôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Le bruit courait hier dans différents groupes que Gharette, chef des rebelles de la Vendée, avait eu plusieurs conférences avec nos généraux et nos représentants de rarmée de l'Ouest, et qu'il avait de suite mis bas les armes. Cette nouvelle parait satisfaire tous les bons citoyens ; d'autres pensent qu'il faut toujours se tenir en garde contre les promesses de ce chef, dont TinQuence a été si grande sur les peuples de ces déparlements. Les murmures se propagent sur le retard du rapport de. la Commission des Yingt-un; on craint que ce ne soit un moyen pour assoupir une affaire à laquelle la tranquillité publique parait intéressée.
Le prix excessif des denrées et la difficulté de se procurer du pain dans quelques quartiers portent les manœuvres à leur comble.
Spectacles. — Au théâtre de la rue Favart, il s'est élevé du trouble, occasionné par un jeune homme qui persistait à garder son chapeau sur la tète, quoiqu'il eût été invité par la sentinelle à se découvrir. Plusieurs jeunes gens dirent que la force armée n'avait point l'exercice de la police dans l'intérieur du spectacle, et que ce droit appartenait au public seul. Le factionnaire voulut arrêter deux de ces jeunes gens; mais une centaine se présentèrent pour s'y opposer, en disant que la Terreur était passée, que les mouchards de la police en avaient déjà arrêté, mais qu'ils avaient bien trouvé les moyens de les enlever. L'officier de paix invita la force armée à*meltre beaucoup de prudence et à ne pas faire attention aux mauvais propos, ce qui fut fait. Le calme pour lors s'est rétabli.
Commerce. Pain. — Massard, Cavaignac et autres ont vu beaucoup de rassemblements aux portes des boulangers qu'ils ont surveillés ; plusieurs se plaignent de ne pas recevoir la quantité de farines nécessaires pour satisfaire leurs pratiques, ce qui occasionne beaucoup de mécontentement de la part des citoyens qui ne peuvent avoir suffisamment de pain. Quoi qu'il eu soit, l'ordre n'a point été troublé..
Viande et autres comestibles. — Les halles ont été mieux approvisionnées que ces jours derniers en beurre, volailles, poissons, viande
de boucherie et porc frais, mais les marchés sont peu fournis en légumes.
Depuis le 2 jusqu'au 4 de ce mois, il est arrivé au carreau de la Halle 3,647 livres de beurre, 105,600 œufs, 194 douzaines de fromages de Brie. — Le beurre se vend 3 livres 15 sols la livre, le mille d*œufs 330 livres, le bœuf 2 livres 10 sols, le veau 3 livres, et le mouton 3 à 3 liv. 10 la livre«
Bois et charbon, — . . .Desbourdelles rapporte que le public a forcé le citoyen Grenier, marchand de bois, à distribuer à 60 livres la voie de bois de deux bateaux requis pour les boulangers, qui étaient sur la berge en face du Jardin des Plantes. L*après-midi, le reste de ce bois a été délivré aux boulangers à raison de 32 livres 15 sols la voie.
Surveillance. — . . .Villeneuve rapporte qu'une femme, qui n avait pas de cocarde, a été invitée par la garde d'en mettre une; mais, après ravoir mise, elle a proféré des sottises, tant sur la garde que sur la cocarde ; elle a été arrêtée et traduite devant le commissaire de police, qui est invité à rendre compte à la Commission du parti qu'il
a pris
GossET, Hannocque-Guérin.
(Arch. nat., F * « III, Seine, 15.)
Journaux.
Messager du soir du 6 ventôse: vj^aris, S ventôse. ...Choudieu qui, avec Levasseur, assassina le vertueux Philippeaux, était ces jours derniers au spectacle; on le reconnaît, et aussitôt il resta seul sur sa banquette '. Chacun s'éloigna d'un monstre qui sue le crime ; on sembla craindre que les vapeurs contagieuses qui s'exhalent de son corps n'empoisonnassent ceux qui s'en approcheraient. Le prêtre Bassal, qui sans avoir acquis les mêmes droits à l'indignation publique, ne laisse pas de partager le mépris qu'on a voué à tons les hommes de sang qui ont conspiré aux Jacobins pour faire rétrogader la révolution du 9 thermidor, d éprouvé aussi une scène à peu près semblable. » — Abréviateur universel du 6 ventôse : « Paris, 5 ventôse. . . .Nos mœurs publiques contractent une tournure romanesque cxpéditive d'un courtage d*un genre assez singulier. Les Petites Affiches sont peuplées de jolies citoyennes de 18 à 22 ans, du caractère le plus liant, du physique le plus agréable, qui savent heureusement un peu de tout, et qui demandent à se placer auprès d'un homme seul. Dernièrement, dans le Journal des nouvelles, d'indications et annonces pour Paris et les départements, une femme de 50 ans s'offrait, avec la touchante ingénuité de cet âge, comme ayant des écus, des quartiers^ et comme n'étant pas trop déchirée. Le 2 ventôse, une citoyenne
i« Voir plus haut, p. 493.
bOS RÉACTION THERMIDORIENNE [24 févribu 17§S]
de 21 ans, âge qui dure longtemps pour certaines belles, promit, par la voie des affiches, ni plus ni moins que son cœur au citoyen qui pourra le mériter; et le 4 ventôse déjà trois citoyens donnaient, par la même voie confidentielle, chacun leur adresse, afin d'être mis à portée de mériter ce tendre cœur. On croit assister à une foire entre Abdère et les bords du Lignon. » — Courrier républicain du 6 ventôse : « Paris, 5 ventôse. Les réserves de la force armée sont doublées aujourd'hui dans les sections ; c'est sans doute une mesure de précaution nécessitée pour le maintien de l'ordre public, pendant le rapport de la Commission des Vingt-un, qui se doit faire l'un des jours de cette décade, et le résultat qu'il doit avoir. Au surplus, à quelques murmures près, occasionnés par la cherté des denrées, nous sommes parfaitement tran* quilles. » — Journal de Perlet du 5 ventôse : Analyse d'un écrit de Chalmel contre Garât et Ginguené \
Rapport du 7 ventosb.
Esprit public. Groupes et cafés. — Les esprits s'agitent de plus en plus sur la cherté des subsistances; les bruits circulent sourdement d*une réduction de pain par chaque bouche. Ces bruits, accrédités par la malveillance et Tagiotage en tous genres, ne laissent aux citoyens que la perspective de la plus profonde misère par la privation d*une partie de leur portion de pain, seule et unique ressource de ceux qui ^e peuvent atteindre aux prix exagérés de toute espèce de denrées, et causent en ce moment les plus vives inquiétudes. L'espérance de jours plus heureux soutient encore leur courage ; ils les attendent de la sollicitude de la Convention nationale.
Dans quelques cafés, on s'entretenait de la situation de nos affaires dans la Vendée; plusieurs assuraient que Parmée de Charette avait déposé les armes, et que cette malheureuse guerre était enfln terminée; cette nouvelle était combattue par d'autres, attendu qu'il n'avait pas été fait de rapport à la Convention, et qu'il fallait attendre les nouvelles ofllcielles.
Approbation du décret rendu hier pour la vente des biens natio-
1. Garât et Ginguené, membres de la Commission, de l'instruction publique^ intrigants et dilapidateurSy ou lettre de J.-L, Chalmel, exsecrétaire général de la Commission de l'instruction publique, à Garât et Ginguené. Imp. de la veuve Corsas, s» d., in-8. Bibl. nat., Lb 41/1654. Cf. la réponse de Ginguené, Bibl. nat., Lb 41/1655, in-S.
nauxS impatience contre le retard du rapport de la Commission des Vingt-un, telles étaient les conversations des différents autres endroits.
Spectacles. — Au théâtre de Montagne, Maison-Égalité, on a ré* présenté la pièce intitulée : Le Concert de la rue Feydeau. Cette pièce, dit-on, a été fort applaudie. Pendant la représentation, plusieurs voix s'écrièrent : « Point de grâce aux Jacobins I » On entendit* nous a-t-on rapporté, quelques jeunes gens crier : « Nous leur couperons bras et jambes, et le temps approche où nous marcherons dans leur sang. » On dit que le commissaire de police a reconnu un de ces jeunes gens pour avoir été payé par la liste civile avant le iO août. Cette effervescence n*a pas eu de suite ; tout s*est passé avec assez de tranquillité.
Commerce, Pain. — Bercé, Thion et plusieurs autres rapportent que, dans les lieux qu'ils ont surveillés, il y avait des rassemblements aux portes des différents boulangers; ils disent au public que Tadministration leur donne un sac de farine de moins que de coutume; en second lieu, on répand le bruit qu*on va diminuer la portion de pain accordée à chaque citoyen, ce qui fait que chacun a peur d*en manquer. La force armée assistait & plusieurs de ces distributions, et, quoique quelques citoyens n'aient point eu de pain, Tordre n'a pas été troublé
Viande et autres comestibles. — Suivant Rohiastre et Dumortier, la tranquillité règne, mais la viande manque toujours chez plusieurs bouchers.....
... Il résulte du rapport de Moreau que la porte du citoyen Crépin, boucher, rué Poissonnière, a été forcée par le public, et on a été obligé de requérir la force armée pour rétablir l'ordre. Cet inspecteur a entendu des murmures sur la cherté des denrées et la difficulté de s'en procurer.
Les halles ont été assez bien fournies ; il sY vend de la viande très défectueuse, car on tue des veaux presque nouveaux -nés; il y a eu beaucoup de porc frais de belle qualité.
Le 6 et le 7 courant, il est arrivé pour l'approvisionnement des
halles 450 voitures de différentes denrées et deux voitures de
marée
Bois et charbons. — Il résulte du rapport de Cornet et Denel que,
dans différents groupes, on disait que les marchands veulent la
contre-révolution, et que leurs spéculations sont un brigandage; on y
\, Le décret du 6 ventôse an III accordait diverses facilités pour la vente et le paiement des biens nationaux.
RÉACTION THERMIDORIENNE [24 février 17951
disait aussi que le bois de Fadministration était trafiqué, et qu'on gagnait dessus 30 livres par voie.
La Commission a recommandé à ces inspecteurs de remonter à la source du bruit répandu sur le trafic du bois de l'administration et de lui rendre compte du résultat de leurs découvertes.
Surveillance. — La femme qui, d'après le rapport d'hier, avait in-» suite la cocarde nationale et la garde qui l'avait obligée de s'en décorer, a été traduite au tribunal de police correctionnelle et envoyée à Pélagie par le commissaire de police de la section de la Cité.
Les rapports d'hier et d'aujourd'hui sur les deux cafés indiqués comme le rendez-vous des égorgeurs de Brest annoncent qu'il n'y parait aucun de ces individus, sur quoi l'on peut remarquer que, s'ils s'y rendent, la dénonciation publique faite contre eux les aura fait partir sans doute ailleurs ....
Suivant Delaporte, c'est l'agiotage dans le Jardin-Ëgalité, où Ton fait le trafic de l'or et de l'argent, qui donne du discrédit aux assignats.
Gilbert rapporte qu'il observe qu^il y a beaucoup de plaintes sur la diminution du pain dans plusieurs sections, et de la fermentation de la part de plusieurs personnes, qui se permettent, dans les cabarets, différents propos contre les autorités constituées, surtout contre l'ad^ ministration des subsistances, où ils veulent se porter. . ...
Barbarin, Beurlier.
(Arch. nat., F» « III, Seine, 15.)
' Jî
Journaux.
Abréviateur universel du 7 ventôse : « Lettre au rédacteur du Journal du Malin de la République française. Rends publiques, citoyen, les remarques suivantes ; elles éveilleront peut-être Tattention des hommes dans toutes les actions de leur vie. On ne peut toucher une pension sans un certificat de civisme. Mais Dieu sait comment on lés délivre, et comment on les obtient! On ne peut sortir de Paris; cette grande cité est une prison, dont les portes ne s'ouvrent qu'à ceux qui ont obtenu d'un maire ou d*un Comité de section le droit d'entrer et de sortir. Ce droit est assez difficile à avoir; il est exprimé en mauvais français, sur une patente appelée carte de sûreté, pa^seport. Un citoyen de la rjie de Vaugirard ne peut aller au-delà de la muraille chez son voisin, sans sa carte ou un passeport de la municipalité de Vaugi" rard, comme si une distance de cinquante pas mettait une grande inégalité entre les intérêts politiques des habitants du même pays ! Ce n'est pas tout : une loi toute récente déclare suspects et ordonne d'arrêter comme tels tous ceux qui seront trouvés sans carte. Ainsi, nous voilà tout à plat retombés sous la bureaucratie révolutijonnaire. 0 Robespierre ! que veux-tu de plus? sus-
pects, arrêtés, incarcérés, faute d'une carte de sûreté ! El les visites de nuit, et les enlèvements des filles, et TinsulUnle bruUlilé des remplaçants, et la police sartinique des maisons garnies ! Es-tu mariée ? Est-ce ià ton mari? Viens au Comité. — Mais il est minuit. — Avance... 0 Chaumette! tu n'as perdu que la vie, ta morale reste. Et vous, Parisiens , qui brûlez des mannequins, et qui avez des cartes de sûreté, que dire de vous? Signé ; Pouillbt. »
Rapport du 8 ventôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Les rapports qui nous sont parvenus expriment tous les mêmes inquiétudes ; la consternation se caractérise sur toutes les figures ; la difficulté de se procurer le pain actuellement au prorata de la consommation journalière, et les réductions que Ton assure devoir avoir lieu, jointes à Timpossibilité de pouvoir atteindre à aucuns autres sujets de première nécessité, excitent des murmures dont les suites pourraient devenir alarmantes. Un de nos préposés nous rapporte, entre autres, que le public menace de corriger la cupidité des marchands^ de s^occuper au préalable de découvrir leurs manœuvres perverses, en demander justice, et de se la faire lui-même, si on ne cherche pas les moyens de faire cesser leurs exactions.
Ves ouvriers font entendre leurs plaintes de ce qu'ils ne peuvent plus travailler, faute de marchandises, et les petits rentiers, dont les revenus actuels diminuent encore par les retenues, ne leur produisent pas la faculté de pouvoir atteindre aux prix des denrées.
Au Jardin-Égalité, sous les yeux d'un de nos inspecteurs, quelques jeunes gens réunis déterminèrent entre eux de se transporter dans tous les cafés de l'arrondissement pour y chanter le Réveil du peuple^ à bas les Jacobins, à bas Duhem, etc., ce qu'ils exécutèrent assez tranquillement.
Hier, a été saisi, rue Traver&ière-Honoré, un jeu de biribi; tout à été enlevé, argent et ustensiles, et sont déposés entre les mains du commissaire de police de la section de la Butte-des-Moulins, pour être envoyés aux tribunaux qui doivent en connaître. La citoyenne Hartinach, qui tenait ce jeu, a déclaré dans le procès-verbal que le nommé Gilbert, agent du Comité de sûreté générale, avait voulu la
RÉACTION THERMIDORIENNE [:fô février 1795]
faire contribuer de 400 livres par mois, en rassurant de la garantie des poursuites de la police.
Commerce. Patn.— Bocquoin, Didier et autres, au nombre de vingtdeux, rapportent que, dans leurs arrondissements, il y avait beaucoup de monde aux portes des boulangers, en ce que plusieurs de ces derniers ont donné un tiers de moins de pain que porte la carte de chaque citoyen, attendu qu'on leur a délivré un sac de farine de moins que de coutume. Malgré cette retenue que Ton a faite à chaque citoyen, plusieurs n*ont point eu de pain, ce qui a occasionné des murmures et des propos contre les autorités constituées ; Tordre, cependant, n'a point été troublé.
Viande et autres comestibles. — Des rapports de Chevalier, Desbourdelles et plusieurs, il résulte que, dès quatre heures du matin, il y avait du monde aux portes des bouchers et charcutiers, que le public murmure de la difficulté de se procurer des denrées de pre^ mière nécessité, que quelques citoyens n*ont pas eu de viande, que Tordre, néanmoins, n*a pas été troublé.
Les halles ont été très bien approvisionnées en toutes sortes de denrées, mais tout se vend à un prix excessif. La halle à la viande était bien fournie; la viande se vend 3 livres à 3 livres 8 sols la livre ; il s'y est vendu environ 60 à 70 cochons, moyennant le même prix.
Simon rapporte que dans un café, rue Jacob, plusieurs citoyens témoignaient leur indignation contre les citoyens Durieux, demeurant rue des Petits«Augustins, chez le boulanger, et Cbrysostome, italien, demeurant en garni rue du Colombier, au Parc ci-devant Royal, qui vont chez tous les marchands pour retenir les marchandises^ k quelque prix que ce soit, et ne retournent pas les enlever, ce qui ferait croire que ce sont des agioteurs qui veulent faire hausser le prix des marchandises en tout genre. La Commission fera surveiller ces individus
Surveillance. — Il résulte de tous les rapports dé la surveillance ' que le public est mécontent, et très mécontent, de la réduction à une livre et demie de pain par personne; que les malveillants cherchent à en profiter pour soulever le pieuple contre la Convention et toutes les autorités constituées; que, s'il est besoin, de la part de la Commission, d*ane surveillance plus active, il devient aussi très nécessaire que les dépositaires de la force publique veillent plus que jamais, avec d'autant plus de raison que cette réduction est faite à contre-temps, puisque la Commission des Yingt-un n'a pas encore fait son rapport, et que les mécontents cherchent à tirer parti des événements pour
L25 FÉVRIER n95J RÉACTION THERBfiDORlENNE blO
apitoyer le peuple sur ceux que la Convention pourrait livrer à la vengeance des lois, s'il y a lieu.
La surveillance de la Commission vient de découvrir des rassemblements secrets dans certains endroits du faubourg Antoine. Des rapports rendent compte des menaces publiques que font plusieurs acteurs de ces rassemblements, qui se disent même Jacobins. Copie de ce rapport est envoyée au Comité de sûreté générale, dont l'attention est appelée sur les individus dont parle ce rapport, et notamment sur l'un d'eux.
' Un lieu de rassemblement, dénoncé k la Commission comme étant composé de membres d'anciens Comités révolutionnaires, a été mis ft la surveillanct ; le rapport de l'inspecteur chargé de cette surveillance est très précis sur ce rassemblement. Attendu l'importance des faits qu'il contient, ce rapport a été envoyé au Comité de sûreté générale, auquel il a été écrit en même temps que la surveillance va se continuer. Des malveillants ont affecté de répandre dans te public que les bijoux et l'argenterie déposés au Mont-de-Piété avaient été arrêtés. Le public a été bientôt désabusé; des mesures sont prises pour qu'à l'avenir de semblables propos ne soient point répandus impunément.
Au Palais national et dans les environs de la Convention, Cornet a entendu des plaintes de ce qu'on maltraite très fort les petits rentiers en leur 6tant, par des retenues, le moyen d'exister.
Plusieurs groupes se sont formés; ils Ront devenus nombreux, et l'on se plaignait fort de la cherté excessive des denrées.
Barbarih, Horhin.
(Arch. nat., P> MU, Seine, 15.)
Journaux.
Nouvelles politiques du S ventâse. >< Qui croirait que l'agiotage ail porté ses combinaisons jusque sur les idées religieuses ? Quelques personnes, profilanl du décrcl sur la liberté des culles, se son! réunies en compagnie dans le projet d'acheter des églises et de faire dire des messes. A voir l'esprit qui règne à Paris et dans les déparlemenis, il est à croire que ce projet doit être nue des plus belles spéculations du génie qui iospire les agioleurs. Partout on accapare les Missels, les Heures, les Evangiles et tous les livres qui peuvent servir à la célébration des cérémonies religieuses ; ce relour à la religion vient 1res heureusement dans les circonstances actuelles ; les prêtres qui seront chargés d'éclairer la conscience des nouveaux fidèles doivent mettre tous leurs soins à faire obsener le carime ; c'est un moyen très sage de nous faire supporter avec patience la disette de viande où se trouvent la plupart des déparlemenis; ce sérail d'ailleurs rentrer dans le but politique des instituiions
RÉACTION THERMIDORIENNE [26 février 1795]
sacrées, qui ne nous ont pas interdit Tusage de la viande, parce que cela déplaît à Dieu, mais parce que c'est dans cette saison que la nature travaille à la réparation des espèces. » — Journal de Perlet du 9 ventôse : a On a eemé, avant-hier*, la Halle, où les marchands d'argent faisaient leur trafic et spéculaient avidement sur nos embarras actuels. On en a arrêté un grand nombre, et personne ne sera tenté de les plaindre.»
Rapport du 9 ventôse.
Esprit public, — Les rapports de ce jour annoncent les mêmes plaintes que les jours précédents sur la pénurie et les difficultés des comestibles et de toutes denrées de première nécessité.
L*attroupement recommence aux portes des boulangers, et les citoyens qui ne veulent pas faire foule se trouvent en partie privés de la distribution à laquelle ils ont droit.
La valeur de Tor et de l'argent entraîne avec elle le discrédit des assignats, donne lieu à des conversations très affligeantes ; Ton annonçait, dans les divers cafés de la Maison-Egalité, que Técu de six livres se vendait 34 livres; et le louis 140 livres en assignats.
L'on fait beaucoup d'éloges du plan d'établissement des Ecoles centrales; Ton pense que c'est l'unique moyen de rétablir les arts, que la malveillance avait cherché à détruire.
Legrand rapporte que, dans un groupe, sous la galerie du Jardin national, on disait que dans Paris il y avait des gens qui criaient hautement qu'il fallait un roi, et qu'en s'adressant à des passants, ils leur demandaient combien valaient 15 et 2, et que, sur la réponse: 17, ils disaient : « C'est ce qu'il nous faut, car dix-sept valent mieux que trente-six.»
Au spectacle seul de la rue Feydeau, deux événements momentanés ont suspendu un moment la tranquillité ; l'apparition aux loges et au parterre de deux citoyens qui avaient été reconnus pour membres des ci-devant Comités révolutionnaires a excité les murmures publics ; mais leur disparition subite a ramené le calme
Commerce. Pain. — Vontschritz et nombre d'inspecteurs, Massard officier de paix et autres rapportent que, dans les lieux qu'ils ont
4. Diaprés le Narrateur du 9 ventôse, ce fait se serait passé le 6 ventôse.
[26 Pi?.vHiRR 1795] RÉACTION THERMIDORIENNE 311
surveillés, îl y avait beaucoup de monde aux portes des boulangers ; ils disent que ces rassemblements sont occasionnés par la diminution que l'on a fait à chaque citoyen, et par la lenteur que Ton met dans la distribution du pain ; ils ajoutent que plusieurs citoyennes pieu* raient en disant qu'elles avaient des enfants et point de pain à leur donner ; elles disaient aussi qu'on cherchait à les faire mourir 4|e Taim ; quelques boulangers se plaignaient de n'avoir pas assez de farine pour satisfaire leurs pratiques. Malgré ces rassemblements, Tordre n'a point été troublé en général.
Cascel annonce que onze boulangers delà section de THomme- Armé ont manqué de pain» faute de farine. L'agent des subsistances a envoyé une lettre au Comité de bienfaisance de cette section pour que les commissaires ne donnent à chaque citoyen qu'une livre de pain et aux ouvriers une demi-livre de plus; le Comité a renvoyé cette lettre au Comité de salut public, parce qu'ils ont cru cette mesure dangereuse.
D'après le rapport de Chevalier et autres, Ton a annoncé, au son de la caisse, dans différentes sections, la diminution du pain, par message et par des affîches ; tous les citoyens sont très mécontents de cette mesure, Chevalier ajoute que c'est l'Agence des subsistances qui a pris ce parti.
Viandes et autres comestibles, — Bance, officier de paix, Labaubé et autres inspecteurs rapportent qu'il y avait beaucoup de monde aux portes des bouchers et charcutiers, en ce que plusieurs personnes ne sont pas servies ; les bouchers se plaignent de ce que l'administration leur donne moins de viande que de coutume ; malgré ces rassemblements, Tordre n'a point été troublé. . . .
Le Hodey dit que quatre charcutiers de la rue Mouffetard vendent du lard à raison de 25 sols la livre, qui a très mauvaise mine; les citoyennes disaient que Ton voulait les empoisoimer, que Ton avait chassé les despotes pour mettre des scélérats à leur place, et que Ton est plus malheureux qu'auparavant
Suivant le rapport de Leroux, Plantin et autres, le commissaire de police de la section des Marchés a saisi aux marchés trois moutons, vendus à raison de 15 sols la livre; ils étaient si gâtés que les animaux n'ont pas voulu les manger.
Loctave dit que les Halles étaient assez bien approvisionnées; la halle à la viande bien fournie ; Ton disait que tous les jours Ton trouvait des bétes à cornes étouffées dans les voitures, parce qu'elles y étaient très serrées
Suivant le rapport de Labussière, officier de paix, la cherté excessive
5i3 RÉACTION THERMIDORIENNE [26 février 1795]
des denrées faisait murmurer extraordinairement le peuple; il se plaint de voir les magasins remplis en tous genres, sans pouvoir se procurer les choses les plus nécessaires à la vie, sans y mettre un prix bien au-dessus des facultés de beaucoup de citoyens.
Le Hodey dit que le vin est en abondance au port Bernard, que le muid de Bourgogne se vend 600 livres.
Surveillance. •— Suivant les rapports de Buffet, Dorléans et autres, on demande plus que jamais combien font 15 et % et, sur la réponse 47, on réplique: « G*est ce quHl nous faut», et l'on ajoute maintenant: « 17 valent mieux que 36». Les teneurs de semblables propos sont recommandés à la surveillance, d*autant mieux que, quand on répond 17, celui qui fait la question traite le répondant de bon vivant, qui est à Tordre du jour. Suivant le rapport d'Honneton, les habitués du café de Chartres en veulent aux habitués du café Payen ; ils se proposent de leur rendre une visite qui ne leur plaira pas ; ce dernier café est de nouveau mis à la surveillance.
D'après divers rapports, le nombre des mécontents augmente, les esprits s^échauffent ; on parle même de se battre. Les marchands sont menacés. On désire la suppression du gouvernement révolutionnaire et son remplacement par une justice sévère et telle que les voleurs, qui se moquent de la peine du tabouret et de ce qui s'ensuit, devraient subir la peine de mort.
Hannocque-Guérin, L.-J. BabUiLe.
[Arch. nat., F « « III, Seine, 15.)
Journaux.
Gazelle française du 10 ventôse : « Paris y 9 venlôse, ...La scène mou- Tante de Paris donne lieu à des événements qui n'intéressent pas toujours la chose publique, mais qui peuvent piquer la curiosité. On a su que Duhem dlait tous les jours au café Payen ; hier, des jeunes gens s'y sont transportés pour faire retentir le Réveil du peuple aux oreilles du médecin de la Montagne ; Duhem n'a pu tenir à ce chant patriotique, il a quitté In champ de bataille. Misérables I vous aurez beau fuir le ridicule qui s'attache à vous, vous serez partout poursuivis par le Réveil du peuple. » — Messager du soir du 13 ventôse : « Décadi dernier. Léopard Bourdon, suivi de sa meute de polichinelles, se rendait, tambour battant, au théâtre du Lycée ; attirés par le bruit des instruments, plusieurs citoyens courent à son passage et frémissent en reconnaissant l'assassin d'Orléans ; on s'attendrissait sur le sort de ces malheureux enfants qui, pour la plupart, sont orphelins, sont confiés aux dignes acolytes d'un apôtre du 2 septembre pour toute morale, et auxquels on insinue chaque jour le poison empesté des maximes de Bourdon. « Le scélérat, disait l'un, va perdre son ami Collot : il veut changer les enfants de la patrie Tome I. 33
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[27 FÉVRIER 1795] RÉACTION THERMIDORIENISE 514
en autant d'histrions dignes du mitrailleur de Lyon.» Un autre s'écriait, de manière à être entendu du maître d'école : « Il a beau chercher à s'étourdir avec le bruit de ses tambours, le voix du sang innocent des victimes d'Orléans est plus forte encore ; elle demande vengeance, elle l'obtiendra. »
Rapport du 10 ventôse.
Esprit public. Groupes et cafés. — Les citoyens rtissemblés aux portes des boulangers témoignent les plus vives inquiétudes sur le bruit que Ton fait courir que bientôt les habitants de Paris seront, comme ceux des départements, réduits à une demi-livre de pain. Ces craintes, jointes à la cherté excessive des subsistances, donnent lieu à des conversations ironiques, dans lesquelles ces malveillants cherchent à imprimer au peuple le regret de Tancien régime et à lui faire perdre patience.
Beaucoup de femmes notamment disent tout haut qu'on veut nous faire mourir de faim, et les rentiers se plaignent amèrement de la détresse où ils sont réduits par la diminution de leurs revenus et le renchérissement des denrées.
Niquille et Latel, officiers de paix, rapportent que l'Agence des subsistances a mandé aux différentes sections qu'elles aient à diminuer la quantité de pain à distribuer dans chaque arrondissement, que les Comités des sections de l'Homme-Armé et des Droits-de- THom-me en ont référé au Comité de salut public, qui, approuvant leur démarche, a paru n'être pas instruit de cette mesure.
Simon disait que, dans des groupes, on disait que, pour connaître ceux qui, par leur agiotage, sont les sangsues du peuple, il fallait faire une visite domiciliaire générale, que, sans ce moyen, on se trouverait forcé à une grande explosion^ dont les suites seraient le pillage et les assassinats.
Suivant le rapport de Leroy aîné, plusieurs personnes se plaignent que, sur des certificats de chirurgiens, les commissaires chez les bouchers refusent de faire délivrer de la viande pour les malades.
Au milieu de ces murmures qui se font entendre de tous côtés et qu'excite la crainte de manquer de pain, le public paraît accueillir le projet de loterie présenté pour diminuer la masse des assignats, dont
REACTION THERMIDORIENNE [27 f^vkieh 17951
t irranHR niiiuitité en circulation est regardée comme la seule iscessive des marchandises, iiru qu'il se préparait un mouvement au faubourg ; habitants devaient aller en masse présenter une ntion ; la surveillance y a été envoyée, et les rapl'hier, dans tes cabarets et cafés dudit faubourg, es citoyens se plaignaient beaucoup de la cherté |u'il n'a pas été question de pétition, re avec impatience le rapport de la Commission
qu'hier après midi, dans les groupes aa Jardin te individus, qui paraissaient d'accord avec pluparlé de Robespierre comme d'une victime ; le de quelques-uns d'entre eux et les a conduits au
ut a été assez calme dans les spectacles. Marceati tre du Vaudeville, on a chanté le Réveil du peuple, rissent les assassins ! une voix s'est élevée et a dit: trois jours », ce qui a été généralement applaudi, peuple et son désir de voir entièrement rétablir le se manifestent toujours dans ces lieux publics, lions que les différentes pièces présentent i faire ctuelles.
— Bichet, Charnel et autres, au nombre de dix- :, dans les lieux qu'ils ont surveillés, il y avait des asidérables aux portes des boulangers, où les ichaulTés, en ce que beaucoup de personnes n'ont algré qu'on ait diminué sur la quantité qui reven, chose qui occasionne beaucoup de murmures ; a point été troublé en général.
Hes. — La Motte et cinq autres disent que, dans urveillés,il y avait beaucoup de monde aux portes charcutiers; le public se plaint, vu la peine qu'il denrées de première nécessité, ainsi que sur la énéral ; malgré cela rien de contraire à la chose
}rtier annoncent de la tranquillité chez les bouimissaires de police de la section du Bonnelue demain il y aurait du bruit chez les boulan- : leur section ; la force armée est commandée, et mortier, s'y transporteront de très bonne heure....
Loctave fait part que les halles ont été très bien approvisionnées ; la halle à la viande bien fournie; environ 90 à 110 cochons; il est arrivé un peu de beurre, qui s'est vendu 3 livres 6 sols à 3 livres 15 sols la livre, ainsi que quatre voitures de marée ; toutes les répartitions calmes et tranquilles.
Des 8 et 9, suivant Petitdidier et Martin, il est arrivé 500 voi« tures de différentes denrées et 5 voitures de marée.
Du 5 au 8, suivant Dessault, officier de paix, il est arrivé aux carreaux de la halle : beurre, 16,001 livres; œufs, 45,600; fromages de Brie et de Gournay^ 933 douzaines.
Bois et charbon. — Suivant La Motte et Bercé, le public murmure beaucoup au chantier de la Madeleine, en ce que les voituriers de la République ne chargent le bois dans leurs voitures que pour ceux qui leur offrent le plus d'argent
Surveillance. — D'après Gambet, un colporteur qui criait : « Plus de République, et que Ton allait avoir des », et qui avait été entendu ainsi crier par le citoyen Martin, commandant du bataillon des Gravilliers, a été arrêté et conduit au Comité révolutionnaire de Tarrondissement, qui, sans doute, instruira le Comité de sûreté générale de ce qu'il aura fait à cet égard.
D'après ce même inspecteur, les malintentionnés répandent le bruit dans le public que plusieurs députés, incertains de ce qu'ils vont devenir, font faire leurs portraits et l'envoient à^eurs femmes. .
Bichel dit qu'une veuve Diu (?) lui a rapporté que plusieurs ci* toyennes, n'ayant pu avoir de pain, sont allées à la section et disaient qu'il était temps que cela finisse, que les choses iront fort mal tant qu'on sera gouverné par des scélérats, qu'on était mieux quand on avait un roi, et qu'il en fallait un.
Masson, inspecteur des maisons garnies, annonce que le mécontentement est général parmi ceux qui vont en queue aux portes des boulangers ; on y parle publiquement d'écraser les autorités constituées ; on les traite de scélérates; on les accuse aussi de ne se laisser manquer de rien au préjudice des autres*
Au café Conti, on témoignait de la surprise du silence du Comité du salut public ; on a des craintes sur ce que la nouvelle de la reddition de l'armée de Charette n'est point annoncée officiellement par la Convention, et qu'une lettre insérée dans le Journal du Soir instruit que la paix entre l'armée des Chouans et la nôtre a été proclamée à Nantes le 3 de ce mois.